‹ L'art à travers les mœursChapitre 59 sur 171 · I. L'origine du langage · texte numérisé non relu

I. L'origine du langage

modèles, simplifiant les caractères individuels qui auraient pu diminuer cette sérénité typique dont elle a fait son idéal, elle a mis en relief les beautés, elle a dissimulé les défauts, et ses productions ont été jugées si parfaites, que la génération suivante, les trouvant supérieures aux divins modèles, va les prendre pour exemple et dédaigner la nature qui les a inspirées.

Ce sera là sa grande faute, en même temps que la cause terminale de cette grande et majestueuse évolution. Les types du Beau se classeront en effet. On n’en pourra plus sortir, et l’artiste sera forcé, par cette étroite interprétation des règles, par cette subordination à un idéal qui n’est plus celui de son temps, et qu’il n’aperçoit qu’à travers l’intelligence de ceux qui l’ont exprimé avant lui, d’exiler l’imagination, de dédaigner la véritable observation, de répudier la fantaisie, en un mot, d’immoler sa propre originalité. Dès lors, la science va se substituer à l’émotion. On ne créera plus, on copiera; on saura draper des formes, mais non plus enfermer en elles un cœur qui bat, un souffle qui anime.

Rien n’est à la fois douloureux et triste comme cette dégénérescence presque subite. 11 faut entendre les artistes euxmêmes expliquer cette transformation et gémir sur ses conséquences. « La décadence, écrit Millet \ commence dès qu’on a pu croire que l’Art, que pourtant la Nature a formé, est le but suprême. On se propose alors tel artiste pour modèle et pour but, sans songer que lui il avait eu ses regards sur des choses infinies. » Reynolds, avant Millet, avait encore parlé en termes plus sévères de ces déserteurs de la bonne cause, de ces idéalistes de seconde main : « Leurs dessins, nous dit-il, ressemblent aux modèles par les attitudes. Mais ils en altèrent les formes par des idées vagues et incertaines qu’ils ont conçues de la Beauté,

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