Pline, XXXIV
3. En 1803 et 1804, l’Institut ouvrit un concours sur la question suivante :« Quelles ont été les causes de la perfection de la sculpture antique et quels seraient les moyens d’y atteindre ? » L’auteur couronné, Émeric David, soutint l’opinion que l’étude assidue de la beauté naturelle avait seule conduit l’art antique à la perfection. (Voir : Recherches sur l'art statuaire, Paris, 1805.) M. Quatreinère de Quincy combattit la doctrine du lauréat et défendit la cause du Beau idéal. (Voir : Essais sur l'idéal dans ses applications pratiques.) Cette théorie du Beau idéal et absolu fut dans la suite reprise et admise par M. Cousin. (Voir : Du Vrai, du Beau, du Bien.)
don et d’éducation technique. En quelques mois, un peintre devenait sculpteur ; un sculpteur, architecte, ingénieur, mathématicien. A peine cette flamme généreuse s’est-elle éteinte, à peine la puissance productrice s’est-elle évanouie, que subitement les artistes se spécialisent. La critique apparaît alors; on s’attarde à chercher les raisons, les motifs et les causes. Au lieu de produire, on s’applique à découvrir les proportions et les règles qui ont amené la production artistique à son point de perfection.
C’est, en effet, une particularité très curieuse, que presque tous les critiques qui se sont mêlés de légiférer sur l’Art, même les plus éminents, appartiennent à une époque de décadence marquée. Depuis Vitruve, Pline, Philostrate et jusqu’à Vasari, Baldinucci, Gérard de Lairesse, Diderot, Algarotti, Winckelmann, Lanzi, Bartsch, Smith, Émeric David et Quatremère de Quincy, presque tous ils marquent des déclins, et, malgré leur science, malgré leur dialectique, ils se sont trouvés inhabiles à rappeler la sève fugitive. En pouvait-il être autrement ? — Assurément non. — Les règles retrouvées ne suffisent pas à rendre à l’Art sa jeunesse, sa force d’expansion, sa puissance. La prosodie n’est pas plus la poésie que la grammaire n’est l’éloquence! La critique peut guider l’imagination, le cœur, l’intelligence de l’artiste, en aucun cas elle ne peut les remplacer h
Il est même très intéressant de remarquer que les œuvres d’art les plus justement célèbres ont de longtemps précédé la découverte des règles auxquelles elles sont redevables de leur beauté. Les Athéniens construisirent le Parthénon un siècle avant qu’Euclide eût établi ses Éléments; la langue et la statuaire grecques avaient enfanté leurs œuvres sublimes avant que les
I. En tout, du reste, l’homme est éternellement le même. C’est seulement quand la noblesse fut devenue incapable de grandes choses qu’on se mêla de dresser des généalogies. (Voir, à ce sujet, Ch. Louandre, In Noblesse française sous l’ancienne nmiarchie. Paris, 1880; p. 144.)
règles de la grammaire et de la plastique fussent fixées d\me façon définitive. Phidias ignora le canon de Polyclète, et Homère n’a certainement jamais connu les parties du discours.
Ces admirables génies travaillèrent en s’inspirant de ce que Bacon nomme « une espèce de bonheur ‘ » et qu’on pourrait plus justement appeler une intuition merveilleuse. Ils appliquèrent les règles sans se douter qu’elles existaient. Ceux, au contraire, qui les suivirent et crurent les égaler en usant des mêmes procédés, s’égarèrent le plus souvent dans d’infimes détails, et usèrent leurs forces et leur temps à des pastiches sans valeur.
« Que tous les grammairiens se liguent contre moi si je mens, s’écrie Érasme; je connais un homme versé dans toutes les sciences, sachant le grec, le latin, les mathématiques, la philosophie et tout cela à fond. 11 est presque sexagénaire et depuis plus de vingt ans il a tout laissé pour se casser la tête dans la grammaire. Tout son bonheur serait de pouvoir vivre assez longtemps pour établir au juste la distinction des huit parties du discours, chose que jusqu’à présent, ni chez les Grecs ni chez les Latins, personne n’a su faire parfaitement L »
Combien d'artistes de talent agissent de même, et, aux époques de décadence, usent leur vie et leurs forces à la solution de problèmes secondaires, sans utilité directe et sans réelle portée. Sous l’effort de ces recherches et de cette fausse science les formes se contournent et finissent par se gâter. La simplicité, qu'on ne sait plus comprendre, est mise de coté. L’amour de la convention l’emporte sur le reste et le sentiment de la nature s’évanouit. La délicatesse, le fini, le soin de l’exécution passent avant la force du génie. Les discussions ne portent plus sur de grands principes, mais sur de simples interpi'étations, et l’on s’attache moins à la valeur d’une idée qu’à la