LES MÉROVINGIENS
orsqu’en 429 les Francs entrèrent en Gaule, s’établirent à Tongres et à Tournai, ravagèrent Trêves et descendirent jusqu’à la Loire, le pays qu’ils envahissaient était encore dans toute la fleur de sa civilisation. Le catholicisme, imparfaitement répandu, n’avait pas encore fait main basse sur les œuvres d’art païennes, pour les immoler au culte nouveau. Partout les statues, les peintures murales , les monuments dans tout leur éclat, faisaient de cette grande et fertile province une sorte de banlieue de la métropole, et pour des barbares une véritable école de civilisation et de goût.
Les envahisseurs eux-mêmes n’étaient point des sauvages incultes. Leur contact avec la Gaule leur avait enseigné une partie des précieux secrets qui font la force et la richesse des
DE l’Époque mérovingienne.
Musée de Sa’nt-Germain.
peuples. Ils savaient façonner les métaux, fondre le cuivre, le graver, l’incruster d’argent et d’étain, battre l’or et recouvrir de feuilles minces, étampées ou gaufrées, les poignées de leurs armes et les agrafes de leurs manteaux. Us connaissaient l’art de tisser les étoffes, de les teindre et de les orner de dessins. Us fabriquaient des vases de céramique et de verre, enfin ils savaient forger le fer.
Le spectacle qui s’offrait à leurs yeux n’était pas non plus pour eux d’une nouveauté absolue. A diverses reprises, ils avaient déjà fait des incursions en Gaule. En l’année 358, ils avaient obtenu de l’empereur Julien la permission de s’établir dans la Toxandrie, c’est-à-dire dans le Brabant. Depuis lors, ils avaient fourni des recrues aux armées romaines, et on avait vu plusieurs de leurs chefs, Baudo, Mellobaude, Arbogast, admis dans la familiarité des empereurs.
Lors de la grande invasion de 406, ils étaient demeurés fidèles alliés de Rome. Ce fut seulement vingt ans plus tard, quand ils eurent compris que toute résistance était impossible, qu’ils se mêlèrent à leurs adversaires de la veille pour avoir leur part du butin.
Lorsqu’ils pénétrèrent dans la Gaule, leur vue ne causa point, du reste, la même terreur que celle des Germains et des Burgondes ivres, sales, répugnants, les cheveux graissés avec du beurre acide, et fleurant les plus détestables odeurs. Leurs rois n’affectaient point le rude et sauvage cynisme d’Attila recevant les ambassadeurs romains assis sur un escabeau et couvert d’un manteau plein de trous. Sidoine Apollinaire^ nous montre les chefs et les princes vêtus de costumes bariolés, relevés par des agrafes d’or, coupés par un baudrier de cuir et complétés par des armes luxeuses, bronzées, argentées ou incrustées d’étain.