BOUTEILLE EN EAIEXCE I'ER?ANE
(Collection de M. ScliL-fer. )
bien précieux sur l'industrie des potiers persans. Nous savons par lui qu'à Rey les maisons étaient recouvertes de briques peintes et enduites d'un vernis brillant et azuré, « comme les poteries des autres pays ». A Kaschan, dit-il, on fabrique de belles faïences qu'on appelle ordinairement kaschi. Un autre voyageur, Ibn-Batoutah, qui écrivait cent ans plus tard, en i326 de notre ère, nous explique ce mot : « La cour de la mosquée djamy de Bagdad est pavée en marbre, et les murs sont revêtus de kachany. )i A Mechded-Aly il prend cette note : a Les murailles du
couvent sont revêtues de cette sorte de faïence appelée kachany et qui ressemble à notre zilidj. >• Ihn-Batoutah est du Maghreb; la zilidj dont il parle n'est autre que Fazulejo des Espagnols, c'est-à-dire la plaque de faïence à peintures et à reflets métalliques. Une inscription donne le nom de kachany aux faïences coloriées qui couvrent à l'extérieur la mosquée d'Omar; ce beau travail de décoration, fait par ordre de Soliman le Magnifique, a été terminé en i528.
Partout dans les pays musulmans la kachany ou la zilidj est employée. Elle orne les mosquées, les kiosques, les palais, les maisons; elle sert aux parements des habitations, aux revêtements des murs. Chardin nous a laissé une page curieuse au sujet de cette industrie des potiers persans : « La vaisselle d'émail, ou faïence, nous dit-il, est pareillement une de leurs plus belles manufactures : on en fait dans toute la Perse. La plus belle se fait à Chiraz, capitale de la Perside, à Metchid, capitale de la Bactriane, à Yesd, à Kerman en Caramanie et particulièrement dans un bourg de Caramanie nommé Zorende. Les pièces à quoi les potiers persans, qu'on appelle Kachiper, réussissent le mieux, sont les carreaux d'émail, peints et taillés en mosaïques. » Maintenant, c|uels sont les divers caractères par lesquels se distinguent ces nombreuses fabrications? Le p»roblème est bien difficile à résoudre. Pour un produit d'une consommation aussi générale, né du sol et employé sur le sol, chaque contrée a ses fabriques. L'Egypte, la Perse, la Syrie, Constantinople ont les leurs. Les ressources de nos collections ne sont peut-être pas suffisantes pour classer avec certitude ces diverses industries locales. C'est sur les lieux mêmes qu'il faudrait les étudier. Miss Mary Eliza Rogers a donné dans l'Art Journal (1874) une série d'articles des plus intéressants sur la fabrique de Damas, dont les potiers sont aujourd'hui établis à Salihiyeh, dans les environs de la ville. Après avoir constaté l'état actuel de cette industrie, miss Mary Rogers en a recherché l'origine. Elle remonte très haut, au xnf siècle; sa prospérité fut interrornpue à l'époque de l'invasion mogole, en ces jours où le vainqueur se saisit des ouvriers, qu'il emmena en captivité. Il y eut plus tard dans les siècles suivants, comme une renaissance de l'art de la poterie de Damas; l'exportation de ces produits se fît en Italie et en France. Nos inventaires du xv" siècle les signalent souvent. Le fond en est pourpre ou bleu turquoise; ils ont pour ornements, suivant les époques, des lettres, des frises d'arabesques et des fleurs. Un fin connaisseur qui a bien voulu m'aider de ses avis et qui a étudié chez eux les potiers de Damas,
LA GALERIE ORIENTALE DU TROCADÉRO. Sgi
M. Eugène Piot, confirme ces renseignements. M. Piot me dit que les faïences à reflet rouge dont les dessins font saillie sur le fond, proviennent des ateliers de Nicomédie. Il est hors de doute que les carreaux sur lesquels se trouvent des personnages, des cavaliers, comme dans les pièces de l'exposition de M. Dutuit, de M. Antiq, de M. Castellani, appartiennent à la Perse. C'est la loi : partout où nous voyons des figures, nous avons des ouvriers persans. Est-ce votre opinion, mon cher ami ? et ne me suis-je pas trop avancé ? C'est à vous de répondre, vous qui avez été à même de vous rendre compte de la question, en Perse, à
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