LEONELLÛ DESTE, PAR VITTORIO PISANO
(Médaille de Ki coHectiuii de M. Eug. Piot. )
masque hiératique, qui emprisonnait Fart dans des formes conventionnelles, toujours les mêmes. Dans leur sentiment profond de la modernité, ces artistes introduisaient des personnages de leur temps jusque dans les compositions religieuses, les seules, hélas ! auxquelles ils avaient à prêter leurs pinceaux. Vittorio Pisano est le premier en date parmi les peintres de portraits. 11 en avait fait un grand nombre. La National Gallery de Londres, possède celui de Leonello d'Esté, le seul qui nous soit parvenu, portrait qui me paraît peint à l'huile, ce qui dérangerait un peu la légende d'Antonello de Messine; mais notre artiste n'est guère connu comme peintre, et les rares tableaux que l'on connaît de lui n'ont pas encore été suffisamment étudiés. L'indifférence des Italiens du xvi""
OU du xvif siècle pour ces premiers novateurs a causé la perte de la plupart de leurs ouvrages.
Le grand médaillon d'Alphonse d'Aragon, que nous publions, est un des beaux ouvrages de Pisanello et caractérise parfaitement sa manière : la belle disposition de la tète dans le champ; Fimprévu, la grandeur et l'originalité de la composition des revers.
Ces nouveaux monuments de la numismatique ne tiennent en rien des médailles romaines du haut empire, ni même des beaux médaillons grecs de Fépoque alexandrine, faits en Syrie ou dans FAsie Mineure. Ils
INNOCENT VMI.
(MCJaille italienne de la collection de M. B. Fillon.)
n'ont pas la sécheresse des premières et possèdent toute Fampleur des seconds, sans présenter ce qu'il y a de ressenti dans le relief souvent exagéré des têtes.
Il y a dans le modelé méplat des têtes de Pisanello une très grande finesse, une très grande légèreté de touche et un sentiment rare de la physionomie du personnage représenté. Ses revers, où Fon trouve des raccourcis d'une grande hardiesse, rendus avec un très grand bonheur, sont peut-être plus remarquables encore. Il a souvent fait entrer dans la composition de ces délicats bas-reliefs, des animaux, des chevaux entre autres, qui sont traités avec une vérité et une noblesse de formes inconnues avant lui.
Les médailles de Pisanello sont en petit nombre, mais elles forment une galerie précieuse pour l'histoire. Toutes ne figuraient pas à notre Exposition. Nous y avons rencontré cependant : Philippe-Marie Visconti, Candide Decemhrio, Francesco Sforza, trois personnages qui représentent une période dramatique de l'histoire du Milanais ; Nicolo Piccinino, Mars aller, le plus populaire des condottieri italiens du xv' siècle; François de Gonzague, marquis de Mantoue, Leonello d'Esté, marquis de Ferrare, Sigismond-Pandolphe Malatesta, de Rimini, une poignée de guerriers illustres, protecteurs des lettres et des arts ; et enfin notre Alphonse d'Aragon, roi de Naples, bien surnommé le Magnanime, qui