‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 109 sur 161 · H ARLES VIII · texte numérisé non relu

H ARLES VIII

( MOdaille italienne de la collection de M. B. Fillon.)

tile d'érudition. On recherche surtout, et notre exposition montrait en grand nombre les beaux ouvrages de Pomedello, de Lion Lioni, de Jacopo Trezzo, de Benvenuto Cellini, d'Annibal Fontana, d'Alessandro Vittoria, de Pietro Paolo Olivieri, tous sculpteurs qui se sont distingués par des œuvres importantes.

Le médaillon, au xvi'' siècle, en Italie, était devenu une mode à laquelle nul ne se refusait , comme c'était chez nous la mode , au xvn" siècle, de faire graver son portrait au burin. C'était aussi pour les artistes un moyen de se concilier la bienveillance des puissants personnages en position de faire exécuter de plus grands travaux, et je suis bien surpris que, de nos jours, nul n'ait suivi la même voie, tout en

continuant la série des grands médaillons modernes si brillamment inaugurée par David d'Angers il y a cinquante ans. Nous ne manquons pas de ministres qui seraient charmés d'entrer en aussi brillante compagnie, et si par hasard leur tête ne répondait pas toujours à l'idéal de l'artiste, il y a leurs femmes et leurs filles, plus élégantes et plus belles, bien capables de former une galerie de portraits charmants.

Aux époques de goût, la médaille n'appartient pas seulement aux .grands hommes, c'est un objet d'art que tout le monde peut se per-

HIEROKIMA SACRATA, l'AR PASTÛRIXO.

(Collection de M. Eug. Piot.)

mettre. Qui sait si un médaillon fait par un artiste distingué ne serait pas un chemin modeste et détourné pour arriver à cette perpétuité du souvenir dont le désir est au fond de chacun de nous?

La galerie des belles Italiennes du temps passé, dont les médaillons nous ont conservé les élégances et le souvenir, est nombreuse, et nul n'y a contribué davantage que Pastorino de Sienne. Un très intelligent amateur, qui est aussi un des grands architectes de notre temps, M. Armand, a dressé un catalogue de l'œuvre de Pastorino, qu'il a bien voulu me communiquer. Il ne contient pas moins de soixante-quinze articles ; presque tous ses médaillons sont des portraits de femme. J'en possède pour ma part près de cinquante qui forment la plus charmante collée-

tion de têtes, de coiffures et d'ajustements de corsages que l'on puisse voir. L'artiste se contentait de signer ses ouvrages de l'initiale P, à laquelle il ajoutait souvent une date; aussi est-il resté inconnu jusqu'à ces derniers temps. On oublie trop souvent, dans la grande histoire, les artistes familiers qui mettent leurs talents au service des mondanités de chaque jour, et l'on a tort : ce sont les seuls qui nous donnent la véritable physionomie du temps où ils ont vécu. Nous donnons ici le dessin d'un des bons médaillons de Pastorino; il représente une dame de Fer-

HANS BXJRGMAIR.

(Médaillon de la collection de M. Eug. Piol.)

rare, Hieronima Sacrata, qui ne se distinguait probablement que par sa beauté, mais la publicité s'en empare aujourd'hui, et chacun va la connaître; sa mémoire aura trouvé un abri sous l'aile de l'artiste de talent qui nous a laissé son portrait. Les femmes devraient se rappeler plus souvent les vers du chantre d'Elvire.

En indiquant le nom de quelques-uns des artistes qui ont exécuté des médaillons de cire colorée, nous avons oublié Pastorino, que nous aurions dû précisément citer le premier. Un biographe assure que les siens paraissaient vivants, et, en effet, en nous rappelant la fraîcheur et l'éclat des œuvres modernes de ce genre, il est facile d'imaginer la vivacité et le charme que ces gracieux ouvrages devaient avoir, dans leur nouveauté, traités par un tel artiste.

LES MÉDAILLES DE LA RENAISSANCE. 4o5

Les médaillons de Pastorino ont été exécutés dans un assez court espace de temps, de i55o à i56o; ils sont précieux pour l'histoire du costume.

En Italie, pendant la seconde moitié du xvi'^ siècle, les médailles obtenues au moyen de coins gravés sur acier prennent insensiblement la place des médaillons exécutés par le procédé plus simple de la fonte. Les perfectionnements apportés au balancier, qui permettaient de frapper des pièces d"un plus grand module, entrent pour beaucoup dans cette évolution qui nous a privés d'œuvres plus variées et d'un sentiment plus individuel, que nous préférons de beaucoup.

Ce n'est pas qu'une médaille ne puisse être une œuvre d'art fort

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