‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 11 sur 161 · VASES SACRÉS EN ARGENT (XXVIC DYNASTIE · texte numérisé non relu

VASES SACRÉS EN ARGENT (XXVIC DYNASTIE

(Muses de Boulaq. )

costume égyptien. On remarque surtout quatre statuettes d'hommes vêtus d'une sorte de robe courte faite d'une draperie à petits plis, serrée

à la taille, disposée en pèlerine sur les épaules et en tablier évasé sur le devant, le tout avec une forme élégante et commode. Les pieds sont chaussés de légères sandales, et la tète est rasée en vue de la perruque et du klaft.

La quatrième cage contient un assortiment d'armes et d'objets mobiliers dont plusieurs remontent à la XI' et à la Xll dynastie (env. 285o à 2600 ans av. J.-C.) : arcs, flèches, houes en bois, pieds de meubles incrustés, tabourets couverts en paille tressée comme de nos jours, linges à franges, etc. 11 y a même un maillet de bois à l'usage des tailleurs de pierre, trouvé dans la pyramide du roi Oiinas (V dyn., plus de 3ooo ans av. J.-C); en revanche, un niveau triangulaire d'architecte, qui pourrait servir encore, ne date que de l'époque de Moïse, c'est-à-dire de treize siècles avant notre ère. Un petit modèle antique de coflfret en bois de deux couleurs, brun noir relevé de jaune clair, et vieux de 4500 ans, a servi de modèle pour les meubles du Musée de Boulaq et de la présente Exposition. Enfin, dans une vitrine circulaire placée au centre de la salle sous un naos ou portique de style égyptien, sont disposés d'autres objets d'étude pour l'histoire de l'art : silex taillés de diflférentes provenances et associés à des amulettes en pâte de verre bleue, outils de toutes sortes en bronze, jeux cie dames, palettes de scribes et de peintres de l'Ancien-Empire avec couleurs et pinceaux qui pourraient reprendre leur travail interrompu depuis plus de 5ooo ans; moules de toutes formes et de toutes grandeurs pour les innombrables amulettes en pâte de verre colorée, où l'art du verrier accomplissait déjà des tours de force comme richesse et variété de coloris, comme délicatesse et complication du dessin, en des dimensions quasi-microscopiques. M. Robert, directeur de la manufacture de Sèvres, nous assurait que l'art moderne ne produit rien de plus parfait en ce genre.

Si intéressants que soient un art, une civilisation, il faut les voir tels qu'ils sont, car leurs imperfections mêmes et les causes qui les ont engendrées ne servent qu'à mieux définir leur vraie physionomie. Telle contrée, tel peuple. Le climat de l'Egypte, qui, grâce à la siccité absolue de son atmosphère, conserve indéfiniment les objets les plus périssables, semble aussi, par la nature heureuse et invariable de son ciel, avoir doué ses habitants d'un caractère de douceur, d'indolence et de sécheresse intellectuelle, qui ont pu engendrer cet esprit de routine, de conservation et de soumission qu'on leur reconnaît toujours. Les causes qui

hâtèrent l'éclosion de leur primordiale civilisation paraissent avoir été celles qui rimmobilisèrent après ses débuts. Ce qui avait fait sa force initiale fit sa faiblesse : la douceur immuable et la facilité de l'existence, l'absence de besoins écartèrent de l'esprit égyptien ce trouble de la recherche et de la lutte, cette ardeur persévérante de progrès dont la récompense est l'apparition du génie indépendant, créateur et fécond

lE DIEU NE FER TOU.M.

(Bronze du Mu.séc de Boulaq. )

jusque dans l'avenir. En Egypte, jamais l'esprit ne connut sans doute ces profondeurs, ces hardiesses et ces divergences de la pensée qui ont animé, agité l'Occident et l'ont conduit si loin en peu de temps. 11 ne s'y forma point de caractère public ou politique, et le peuple, toujours asservi, ne sut qu'être l'instrument d'un despotisme superbe qui ne lui rendit jamais rien. L'art et la religion ne tardèrent pas à être absorbés l'un par l'autre; ils traversèrent les âges, inattaquables et presque invariables, mais vieux de cœur avant le temps et doués seulement d'une

vitalité qui leur fit traverser les plus longues épreuves sans être assez puissante pour les porter au delà du cercle où ils s'étaient enfermés après leurs premiers pas.

D'ailleurs, pouvait-il en être autrement? Le monde social était alors si simple, si primitif, que tout ce qu'il pouvait faire était de fixer Tébauche d'une morale juste et d'un art vrai, également exempts de difformité. Tout l'horizon de l'artiste fut de prendre conscience de l'être vivant par Tobservation rigoureuse, puis par une traduction à grands traits de modèles aussi simples que sa propre pensée, mais auxquels la contemplation permanente d'une nature puissante et sereine imprimait un caractère idéal d'éternelle grandeur.

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