SA COMMUNAUTÉ D'ORIGINE AVEC LES ARTS DES BORDS DE LA MEDITERRANEE
Qu'on pardonne à une profane d'aborder ici l'un des problèmes les plus ardus de l'histoire de l'humanité. Dût-on blâmer ma témérité, je me sens prise du besoin de faire part, en quelques mots, à ceux que les questions d'art intéressent, de ce qu'ont dit à mon imagination certains objets exposés au Trocadéro, dans la salle consacrée aux antiquités du Mexique. Vingt fois je suis revenue dans cette salle, attirée par une sorte de magnétisme, et, chaque fois, je me suis sentie de plus en plus envahie par la conviction que l'art primitif mexicain a des liens d'étroite parenté avec celui pratiqué, dès une époque très ancienne, sur plusieurs points du pourtour de la Méditerranée, Beaucoup d'autres ont fait, avant moi, dans un ordre différent d'idées, des remarques analogues ' ; jamais elles n'ont été appuyées sur des preuves aussi précises. Il est impossible, en effet, de ne pas être frappé de cet air de famille, lorsqu'on examine diverses terres cuites et diverses vaisselles, décorées de dessins géométriques, exposées dans les vitrines de MM. Pinart et Eug. Boban, et dans celle de M. le D' Fuzier. Plusieurs de ces pièces ressemblent, d'une manière étonnante, aux produits artistiques et industriels, de
I. L'illustre Humboldt, MM. de Càstelnau, Bunsen, de Rosny, de Bourbourg, Roisel, etc., et M. A. Jacquemart, i propos de la céramique.
même nature, exécutés, il y a plusieurs milliers d'années, en Egypte ; d'autres rappellent ceux des vieux arts phénicien, cypriote, grec et étrusque. Quelques-unes, enfin, doivent être rapprochées de ce que nous ont laissé de plus typique les anciens habitants de l'Espagne et des Canaries.
La forme de l'œil et celle de l'oreille, dans la figure humaine, présentent spécialement des similitudes qui n'échapperont pas à la perspicacité des esprits clairvoyants.
Or, cette ressemblance, trop caractérisée pour être fortuite, a certainement été le résultat d'une de ces trois causes :
r Communauté d'origine entre l'art mexicain primitif et celui de certaines régions voisines de la Méditerranée ;
2° Importation de ce dernier art au Mexique ;
3° Importation, dans notre vieux monde, de l'art mexicain.
J'avoue pencher vers l'hypothèse d'une communauté d'origine. Ce ne saurait être sans fondement, selon moi, que la tradition d'un peuple d'insulaires, conquérants et civilisateurs, venus de l'Ouest, soit restée dans le souvenir de l'Europe, et qu'une tradition identique se soit conservée, d'une autre part, jusqu'à nos jours, en Amérique. — Platon, qui nous parle de la première dans son Timée, d'après le récit qu'en avaient fait à Solon les prêtres de Sa'i's, donne pour résidence à ce peuple une île, grande comme l'Asie, appelée Atlantide, située en face du détroit de Gadès, et disparue depuis dans les profondeurs de l'Océan, à la suite d'un tremblement de terre ; ce qui signifie un affaissement partiel de la croûte terrestre, comme il s'en est produit beaucoup, même postérieurement à la période quaternaire. Le fait est d'autant plus vraisemblable que la géologie nous fournit les preuves certaines de bouleversements immenses survenus, à une époque relativement récente, dans toute cette partie du globe, et à la suite desquels ses configurations, extérieure et sous-marine, ont été absolument modifiées. N'est-il pas dès lors naturel d'admettre que la grande île, nommée Atlantide par les Anciens, ait occupé le vide qui s'est fait sur la carte terrestre, et ait été habitée, à un moment donné, par une population déjà pourvue d'une civilisation avancée, qu'elle porta, à tour de rôle, vers le levant et vers le couchant? De là l'extrême ressemblance qu'on remarque entre les produits de deux arts congénères.
La géologie, l'anthropologie, la linguistique et l'ethnographie apporteront, tôt ou tard, des preuves d'ordres différents à cette consanguinité,
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454 UART ANCIEN A L'EXPOSITION.
que je constate aujourd'hui, sans sortir du domaine de la Gaiette. Je ne pousserai même pas mon hypothèse aussi loin que ÎVI. Roisel, qui fait des Atlantes les initiateurs du genre humain presque tout entier'. Seulement, je ne serais pas éloignée de penser qu'ils fussent encore en
contact permanent avec les nations méditerranéennes, au temps où florissait, en Egypte, Tart qui nous a légué ces statuettes funéraires, vieilles de cinq à six mille années, d'un travail si personnel et si vrai, exposées par M. Mariette, et où plusieurs autres contrées, voisines du royaume des Pharaons, commençaient à décorer leurs poteries de simples dessins géométriques.
De ce contact résulta, pour l'Europe en "^f particulier , Timportation de dogmes nou- ..' veaux. Tout fait supposer, par exemple, que de là est venue l'habitude, en Gaule, de choisir les lieux exposés au couchant, pour en faire des sanctuaires en plein air, ou des centres de réunions politiques et religieuses ^ L'Europe continua, du reste, à entretenir des relations accidentelles avec l'Amérique du Nord , par l'Irlande. La croyance aux déesses mères, qu'on prétendait venues du septentrion, fut probablement importée par ce courant.
Une fois la rupture des relations survenue entre les deux mondes, séparés désormais par l'immensité des mers, chacun d'eux, livré à luimême, vit l'art issu des Atlantes, arrivé déjà en ce moment à un état de maturité relative, achever en son sein son évolution régulière. Au Mexique, cette évolution était parvenue à sa période finale d'immobilisation et de hiératisme, lorsqu'un autre courant, venu cette fois de l'Inde par l'océan Pacifique, y apporta un art tout dissemblable. Ceci dut se passer peu de temps avant les débuts de notre ère, si l'on en juge par l'aspect des premiers monuments connus qui aient ce caractère. Plus tard encore, la conquête des Aztèques provoqua des modifications profondes dans le sentiment artistique mexicain, sans faire toutefois com-
TÊTE DE CANARD i:N ILRRE CUITE.
(Ancien art mexicain au Trocadéro.)