HENRY DARCEL
LA
L'Extrême Orient a, dès le début de l'Exposition, obtenu au Champ de Mars un véritable succès d'enthousiasme, nous pourrions dire d'éblouissement. Ce succès, un peu excessif peut-être, mais légitime dans une certaine mesure, n'a été, d'ailleurs, que la consécration de la vogue acquise depuis quelques années à tout ce qui nous vient de ces rives lointaines. Il s'adressait surtout et très justement au Japon, qui est, pour l'instant, en possession des faveurs de la mode et semble avoir voulu s'en montrer digne.
Dédain ou décadence, l'un et l'autre peut-être, la Chine paraît s'en être moins souciée, car jamais Tinfériorité de ses produits n'avait été mise en lumière avec une telle évidence. Le catalogue officiel de la section chinoise constate le fait de cet amoindrissement avec une franchise
,82 LWRT ANCIEN A L'EXPOSITION.
qu'on aimerait à trouver accompagnée d'un mot de regret, de l'expression d'un espoir de voir cet état de choses s'améliorer. Nous lisons, en effet, dans la courte notice qui précède la nomenclature des produits céramiques :
« La porcelaine antique dépasse de beaucoup en finesse et en beauté les productions actuelles, faites rapidement pour répondre à la demande toujours croissante. Le secret de beaucoup de couleurs fort renommées est aujourd'hui perdu, et si certains vases des wi*" et xvu' siècles se payaient jusqu'à 25,ooo francs, les plus beaux vases modernes sont maintenant à la portée de presque toutes les bourses et la porcelaine commune se trouve dans les familles les plus pauvres. »
Cela est sans doute fort réjouissant au point de vue économique et philanthropique; mais, on le voit, la question d"art est mise là absolument de côté. L'aspect de la salle où sont exposées les porcelaines chinoises modernes ne le prouve que trop. Il est véritablement navrant, et à la vue de ces formes lourdes et vulgaires, de ces colorations ternes, affadies, maladives, où dominent un jaune sans éclat et un lilas blafard, de ces décors sans caractère, sans invention, sans style, maladroitement imités des porcelaines du temps de Kien-Long, on se demande si l'on est bien en Chine, dans le pays traditionnel de la lumière et de la couleur, delà fantaisie pittoresque et de l'imagination luxuriante, de l'étrange et du chatoyant.
On a hâte de fuir ce spectacle attristant et consternant, et on est heureux de trouver un refuge dans la salle voisine, où la commission a eu l'heureuse idée d'installer une exposition d'objets anciens. On ne rencontrera parmi ceux-ci que peu de pièces dignes de l'attention d'un amateur, mais la comparaison les relève singulièrement et leur contemplation rassérène les esprits en reposant la vue.
« Le Japon n'existe plus! » s'écriait Albert Jacquemart, déplorant avec, raison l'invasion du goût et des formes de l'Europe dans les produits de l'empire du Levant. Hélas! que ce cri funèbre serait plus juste s'adressant à la Chine!
Revenons donc au Japon, qui, quoi qu'il en soit, marche pour montrer qu"il vit encore, et où, du moins, nous trouverons un art sans grande élévation peut-être, mais riant, élégant, aimable, plein de caprice et de belle humeur.
« L'histoire céramique du Japon vient de. naître, » disait encore, il y a quelques années, le maître que nous venons de citer, dans un des
articles consacrés par lui à la collection Cernuschi*. La science n'a pas beaucoup progressé depuis lors, et nous retrouvons cette histoire à peu près au même point.
Si on en doit croire le Mémoire sur les principales fabriques de porcelaine au Japon, extrait et traduit par le D' Hoffmann d'un ouvrage japonais paru à Oosaka en 1799% l'établissement au Japon de la première
ASSIETTE EN rORCELAINE DE LA c' DES IN DES, EN DECOR RAYONNANT Dt STVLE ROUEN NAIS,
(Collection de M. P. Gasnault.)
corporation de fabricants de porcelaine daterait de l'an 27 avant J.-C, et il serait dû à une colonie coréenne.
D'un autre côté, nous lisons dans l'opuscule publié par la commission impériale japonaise sous ce titre, le Japon à rExposition universelle : « En Tan 27 avant J.-C, des Coréens, venus de la province d'Omi, fabriquèrent des poteries plus dures que celles existant jusqu'alors. » Il