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Galette des BeMix-Arts^ du i^'' janvier

2. Ce mémoire, qui a paru d'abord dans la Revue asiatique, se trouve il la fin de l'Histoire de lu, porcelaine chinoise, traduite du chinois par M. Stanislas Julien. L'ouvrage d'où est il extrait est intitulé San-kaï-mei san-d^ou-ye^ c'est-à-dire Rijrésentation et description du plus célèbres productions terrestres et marines^ par Kimoura-KÔ-Kyo, avec figures par Fô-Keô Kwanguets. '

ne s'agit donc plus de porcelaine proprement dite, dont Tauteur anonyme reporte à la date de i5io la première apparition au Japon.

Comme on le voit, Fécart est considérable. Faut-il supposer dans la première assertion une erreur de traduction, une confusion de terme rappelant celle qui faisait donner aux faïenciers de Delft le titre de fabricants de porcelaine? Nous ne savons et nous ne possédons aucun moyen de vérifier le fait. Pour ce point, comme pour bien d'autres, nous n'avons, jusqu'à ce que la lumière se fasse, qu'un seul parti à prendre : nous résigner provisoirement à l'ignorance et attendre.

Cette brochure de la Commission japonaise nous réserve, d'ailleurs, d'autres étonnements encore. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, nous avions été jusqu'ici accoutumés à cette idée que le kaolin est l'élément principal, constitutif, indispensable de la porcelaine. La' brochure est d'une opinion contraire, et parmi les ingrédients dont elle donne la liste comme entrant dans la composition des porcelaines du Japon, nous ne trouvons même pas mentionné le kaolin, qui, d'un autre côté, est donné comme base unique des faïences de Satzuma, d'Awata, etc.!

La confusion est ici assez évidente pour ébranler considérablement la confiance que devait nous inspirer un document officiel, et diminuer de beaucoup l'espoir légitime que nous avions conçu d'y recueillir une ample moisson de renseignements.

Le document le plus instructif que nous y trouvions est une liste des centres de fabrication céramique : porcelaines, faïences et grès cérames, laquelle ne contient pas moins de cinquante-deux noms, et, au dire de la brochure, il ne s'agit que des plus célèbres! Sur ce nombre imposant, quelques-uns seulement sont l'objet de notices spéciales. Ces notices s'étendent longuement sur les détails techniques, sur les matières employées, leur mode de préparation, le façonnage, la cuisson, etc., etc., ce qui a son intérêt, sans doute; mais elles sont à peu près muettes sur les points qu'il nous importerait le plus de connaître, pour nous aider à déterminer les provenances et à préciser le degré d'ancienneté, c'est-àdire les formes spéciales, le genre de décor particulier, les colorations habituelles à telle et telle fabrique, les marques, enfin, qu'on y peut rencontrer.

Le guide sur lequel nous avions compté nous a donc à peu près fait défaut, et c'est sans son aide que nous avons dû nous convaincre du nombre relativement restreint des fabriques japonaises représentées à l'Exposition, trop nombreuses encore cependant pour que nous puissions

songera donner une idée de leurs produits et de leurs mérites respectifs. Nous nous contenterons de mentionner, de citer deux d'entre elles, qui nous semblent particulièrement intéressantes par leur originalité et leur nouveauté. Ce sont d'abord les faïences de Yatsushiro (province de Higo). Généralement recouvertes d'un émail gris ou chamois clair, elles sont

VASE EN CÉLADON A DLCOR CLOISONNÉ (cHINE).

(Collection de M. O. du Sartel.)

décorées d'élégantes bordures et de rosaces en incrustations de pâtes teintées en blanc ou en noir. Ce procédé, qui rappelle celui qui était employé pour la décoration des faïences d'Oiron, paraît avoir été, nous le verrons plus loin, emprunté par les Japonais à la céramique coréenne- L'effet en est charmant et mériterait d'attirer l'attention de nos fabricants, qui ont déjà fait tant d'emprunts au Japon.

Nous signalerons en second lieu les poteries qui nous sont venues, de Yokohama. Ce sont en général des terres non revêtues d'émail, des vases aux formes massives et simples jusqu'à la rusticité, mais décorées de motifs en haut-relief, guirlandes de fleurs et de feuillages, insectes, oiseaux, objets usuels, tels qu'éventails, écrans, etc., voire même des personnages. Ces motifs émaillés aux couleurs naturelles se détachent très avantageusement sur le ton mat du fond et ils sont exécutés avec une vérité, une liberté d'allure et une habileté de main qui dénotent un artiste et donnent à ces vases un cachet et une distinction des plus remarquables. Nous aimons moins certaines pièces figurant des paniers d'aspect lourd et grossier, dont le mérite décoratif nous échappe absolument.

En résumé, cette exposition n'est pas à coup sûr celle d'un peuple mort. Il n'en est pas moins vrai que la tendance à copier les formes et les procédés de l'Europe, qui avait arraché à Albert Jacquemart l'exclamation désespérée que nous avons rapportée, ne semble pas encore abandonnée. Certains spécimens provenant de la province de Hiien ne le démontrent que trop. Nous voulons parler de tasses à thé d'une finesse de pâte, d'une délicatesse de décor charmantes, mais qu'on croirait échappées de V Escalier de cristal ; pis encore, des assiettes et des tasses à café de la forme dite carrée en porcelaine blanche à filets dorés ! A en juger par le soin particulier avec lequel sont exposées ces pièces dont la vulgarité bourgeoise nous choque, on doit supposer que les Japonais y attachent une certaine importance.

Si, abandonnant toutes ses traditions, l'art céramique devait chez eux persévérer dans cette voie déplorable d'imitation, il serait évidemment perdu et, à notre tour, nous nous écrierions : Le Japon n'existe plus ! et c'est l'Europe qui l'a tué ! Espérons qu'il n'y a là qu'une affaire de mode passagère, et qu'un peuple aussi essentiellement artiste réagira de luimême contre une influence aussi funeste.

Si nous nous sommes un peu attardé avant de pénétrer dans les salles réservées à Fart rétrospectif de l'extrême Orient, ce n'est pas le seul charme de l'attrayant spectacle offert par l'exposition japonaise qui nous a retenu, mais aussi, nous en devons convenir, une certaine hésitation à aborder un sujet gros d'écueils et de périls. Il suffit de s'être quelque peu

occupé d'archéologie céramique chinoise et japonaise pour savoir combien de points obscurs elle offre encore et à quelles incertitudes, à combien de déceptions, de doutes, de découragements, est voué l'esprit de tout chercheur en ces filons tant et vainement explorés.

Les plus savants y ont maintes fois fait fausse route ; et s'il est une devise qui convienne à ceux qui se hasardent à reprendre l'œuvre, c'est

GRAND PLAr EN PORCELAINE DE CHINE A FOND ROUGE VEINE.

(Collection de M. A. Pannier. )

le : « Que sais-je? » du sceptique. Que d'énigmes! que de problèmes sans solution ! que de découvertes qui n'étaient que mirage ! Du jour au lendemain, le fait soi-disant acquis est reconnu controuvé, la science, ou ce qui passait pour elle déclaré erreur, l'article de foi proclamé hérésie ! Bref, ce qu'Albert Jacquemart disait du Japon ne peut que trop justement s'appliquer à l'extrême Orient tout entier : son histoire céramique est à peine née et, malgré toutes les laborieuses et consciencieuses recherches dont elle a été le sujet, les tâtonnements, les indécisions, les

contradictions sont encore, à l'heure qu'il est, le partage inévitable de quiconque se livre à son étude. Entreprendre d'en entretenir les lecteurs de la Galette pourrait donc, dans l'état actuel des choses, passer pour une témérité, et un peu de timidité et de méfiance de soi-même ne messied pas à celui qui se charge d'une tâche aussi ingrate et aussi périlleuse.

S'il est une considération qui puisse nous rassurer, c'est qu'il s'agit ici non d'un enseignement, mais d'un simple compte rendu qui sera suffisant s'il dit sommairement ce que renferment les salles de l'Exposition. Nous allons nous efforcer de nous acquitter de cette tâche, réduite à ces modestes proportions, avec toute la réserve, la prudence, la circonspection qu'elle nous impose, sans prendre aucunement l'engagement de ne nous point tromper et sans nous astreindre à un ordre chronologique, ni géographique, ni môme céramique plus précis que celui qui a été adopté pour le classement. S'il se rencontre un problème sur notre chemin, nous le signalerons sans avoir la prétention de le résoudre.

La première salle dont nous ayons à nous occuper est une sorte de travée ou vestibule qui sépare l'exposition égyptienne de celle du Cambodge. Là, dans une grande vitrine adossée à la paroi du fond, est exposée une nombreuse et très intéressante collection de porcelaines dites de la Compagnie des Indes. Nous ne croyons pas qu'il ait encore été donné aux amateurs d'en pouvoir étudier une réunion formant un ensemble aussi complet. A. Jacquemart divise ces curieuses'porcelaines en : porcelaines orientales à dessins étrangers ; porcelaines de commande européenne, armoriées, à chiffres, à sujets saints, mythologiques, historiques, copies de gravures, ornements de composition européenne ; enfin porcelaines orientales décorées ou surdécorées en Europe. - — Pas une de ces différentes catégories qui ne soit représentée ici par quelque spécimen typique. Nous aurions trop à faire si nous voulions citer toutes les pièces qui le mériteraient, et l'espace dont nous disposons n'est pas illimité. Quelques-unes s'imposent principalement par l'intérêt historique qui s'y attache : telle est une assiette aux armes du comte de Toulouse, qui représente seul la maison de France dans cette vitrine. L'Exposition nous pourra montrer encore des pièces du service de Louis XIV et d'autres portant l'écu losange d'une princesse d'Orléans, que nous rencontrerons encore dans une autre salle, les amateurs à qui elles appartiennent n'ayant point consenti à les séparer de l'ensemble de leur collection. — Parmi les noms historiques, nous trouvons plusieurs pièces d'un service aux

armes de La Bourdonnais, gouverneur des Indes sous Louis XV, qui ont été exposées par M. le comte de Longpérier-Grimoard, pour qui elles sont un souvenir de famille. M. de Liesville possède également une assiette de ce service.

Un curieux plat nous montre le portrait de Jean de Leyde ; une

VASE EN PORCELAINE DE CHINE, FOND ROUGE, A DECOR DE LA PA. MILLE VERTE.

(Collection de M. Poiiet. )

assiette, celui de Lœvenhœcke, Tinventeur du microscope, etc., etc. Force nous est de nous borner dans notre entraînement de description.

La Compagnie hollandaise des Lides, qui a donné son nom à ces porcelaines dont elle se chargeait de transmettre et de faire exécuter les commandes pour l'Europe, n'a été fondée que dans les premières années du xvn" siècle. Leur date n est donc pas difficile à déterminer : les plus

anciennes ne peuvent guère remonter au delà de la moitié de ce siècle. Quant au lieu de fabrication, comme le principal établissement de la Compagnie était au Japon, on en peut conclure que le plus grand nombre de pièces proviennent de ce pays. Il en est pourtant qui portent tous les caractères d'une origine chinoise. D'autres, les plus récentes, qui doivent dater de la fin du siècle dernier, sont très probablement de fabrication hindoue, et nous inclinerions volontiers à en attribuer les commandes à la Compagnie anglaise. Un genre de décor tout particulier rend impossible la confusion entre elles et leurs congénères du Japon et de la Chine. Ce sont en général des bordures arabesques d'une extrême délicatesse, des bouquets d'un style tout particulier, brillamment émaillés, en bleu ou en vert avec des rehauts d"or et qui forment les encadrements les plus riches aux armoiries et aux emblèmes européens. Un magnifique bol appartenant à M. de Liesville, et couvert d'attributs maçonniques, nous offre un type très remarquable de cette fabrication.

Maintenant, quels étaient, tant dans l'Inde qu'en Chine et au Japon, les centres qui produisaient ces porcelaines ? Nul ne l'a dit encore. Il nous paraît plus que vraisemblable que les archives des Compagnies néerlandaises et anglaises doivent renfermer des documents de nature à éclaircir ce point. Nous n'avons pas entendu dire qu'il soit encore venu à l'esprit de personne d'y faire des recherches, que nous serions heureux d'avoir contribué à provoquer.

Pénétrons à présent au cœur de la véritable exposition rétrospective de l'extrême Orient, dans ce qu'on en pourrait appeler le Salon carré, et pour cela traversons la salle où se dressent les colossales et terrifiantes divinités du Cambodge, qui semblent en garder l'entrée. Un encombrement pittoresque compromet un peu la solennité et le mystère de ce sanctuaire ; faute d'espace, les vitrines et les meubles y ont été un peu entassés, mais on serait mal venu à se plaindre d'un inconvénient qui résulte de l'empressement qu'ont mis les amateurs à apporter à l'Exposition un véritable amoncellement de trésors. Nous n'avons pas besoin de dire que la céramique, comme dans toute l'exposition d'ailleurs, règne en souveraine au milieu de toutes ces richesses. Les deux grandes vitrines qui occupent les places d'honneur de chaque côté de la salle et qui appartiennent l'une à M. O. du Sartel, l'autre à M. Poiret, celles de M. Taigny, de M'"" Duvauchel, de M. Sichel, Tune de celles de M. Bing, celle enfin de M. Wakai, lui sont exclusivement consacrées. Elle domine

encore dans celles où elle partage l'espace avec des bronzes, des émaux cloisonnés et d'autres objets.

La collection de M. du Sartel figure pour la première fois, croyonsnous, dans une exposition publique ; formée seulement depuis peu d'années par cet amateur, chez qui la passion a été guidée par un goût éclairé, elle compte aujourd'hui comme une des plus riches et des plus précieuses parmi les collections parisiennes. L'ordonnance générale de la vitrine qui la contient ne révèle pas moins que la beauté des pièces le soin qui a présidé à sa formation. Les fabrications exceptionnelles y sont particulièrement représentées par des spécimens remarquables. Nous citerons une série de bleus turquoises et, parmi eux, un vase d'une forme rare, autour duquel s'enroulent deux serpents dont les tètes forment les anses. M. du Sartel a retrouvé la description de cette pièce dans le catalogue de la vente de la duchesse de Mazarin, par JuUiot. Nous resterons dans le même ordre d'idées en parlant du vase dont la représentation figure plus haut et qui présente un exemple curieux et rare d'émaux véritablement cloisonnés par les filets saillants qui dessinent et délimitent le décor. Les colorations gros bleu, bleu turquoise et blanc jaunâtre forment un ensemble des plus harmonieux. Un second vase de la même nature, mais de colorations plus pâles, existe dans la même collection, et l'exposition nous en offre un troisième parmi les porcelaines apportées par M. Bing.

Avant de nous éloigner de la vitrine de M. du Sartel, signalons à côté d'elle le très beavi plat de M. Pannier où, sur un fond rouge veiné imitant le bois, se détache une grande réserve en forme de feuille occupée par un coq au milieu de végétations en émaux d'un éclat merveilleux. C'est l'un des plus grands et des plus beaux plats de Chine connus.

Si nous avons un reproche à faire à la vitrine de M. Poiret, qui, lui

VASE A t O N D JAUNE.

(Exposition de M. SiclicL )

aussi, si nous ne nous trompons, expose pour la première fois, c'est le nombre des pièces qui y figurent et qui, à notre avis, eussent gagné à être un peu plus espacées. Il est vrai que notre embarras eût été grand si nous avions été consulté sur les éliminations à faire. Cette collection

est surtout riche en pièces de la famille verte. Le vase cylindrique fond rouge à réserves décorées d'objets sacrés qui est figuré ici est une des plus remarquables. Nous citerons après lui de grands vases lancelles, aussi hardis de forme qu'éclatants de couleur, un magnifique plat décoré d'une grande figure de femme chinoise à sa toilette. Les porcelaines, dites de troisième qualité, nous n'avons jamais bien pu savoir pourquoi, ou émaillées sur biscuit, qualification plus intelligible, forment une série des plus importantes dans la collection Poiret. Nous ne saurions citer les nombreuses pièces qui la composent, mais nous devons signaler deux figurines assises de philosophes revêtues de longues robes émaillées fond noir, et dont les mains et les têtes réservées en biscuit sont traitées avec une finesse, un esprit et une délicatesse de modelé qui en font de véritables œuvres d'art.

Un certain nombre de pièces intéressantes de même nature ont été exposées par M™ Duvauchel, un charmant plateau rectangulaire à quatre pieds, décoré sur fond chamois d'un groupe de vases sacrés, un autre en forme de feuille dont la nervure médiane, émaillée en noir, porte un dragon enroulé, un grand drageoir à compartiments dont la réunion affecte la forme d'une fleur de nélumbo, etc., etc.

Nous ne nous arrêterons pas devant les pièces monumentales qui figurent dans la vitrine centrale appartenant à M. Sichel ; les reproductions que nous en donnons permettent de juger de leur importance ; les vases carrés à fond jaune, qui rappellent celui du Musée de Limoges,

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