A L'EXPOSITION UNIVERSELLE
Tels de nos collaborateurs auront traité avec une compétence spéciale de la céramique ou des laques au Japon et dans la Chine ; tel autre aura traité de l'art arabe; tel autre, de TÉgypte antique; celui-ci enfin aura examiné particulièrement le Japon; mais il restait une sorte de vide à combler pour ■ que le compte rendu des arts orientaux fût complètement esquissé dans ces volumes.
Ma tâche est donc simplement de boucher les trous, de parler de ce dont les autres n'auront pas parlé, et j'essayerai de me rattacher surtout à la peinture et à la sculpture en général.
Là-dessus, je commence mon rapide voyage en Asie. Je traverse la salle de TÉgypte moderne, pleine d'objets vulgaires, criards, qui ne méritent aucune mention ; je passe dans la salle de l'Egypte ancienne, puis j'arrive à la salle des Califes, nom qui évoque les splendeurs des contes orientaux ; mais la plupart des objets exposés ici ne peuvent lutter, pour la beauté, avec les merveilles arabes et persanes
qui débordent dans la grande Salle orientale du premier étage, et la vraie curiosité de la salle des Califes réside surtout dans la collection de disques en verre, les uns servant d'étalons monétaires, les autres gravés d'emblèmes variés, qu'a exposés M. Th. Rogier.
De Mossoul, de Bagdad, de Damas et du Caire, nous sommes ensuite brusquement transportés au Cambodge; mais, comme je relierai plus loin l'art khmer à l'art indou, je passe ici sans rien mentionner.
Dans mon élan, j'avais délaissé une petite salle qui sépare ces deuxlà, et qui contient principalement des pièces de cette porcelaine, dite des Indes, que les Européens commandaient en effet à leurs Compagnies des Indes ; on y voit aussi des peintures japonaises et des miniatures persanes, appartenant à M. Jules Jacquemart. Ses peintures japonaises, analogues à des spécimens que possède le Louvre, contribuent à l'éclaircissement des caractères et des dates de l'art au Japon. Je suis obligé de laisser de côté^ dans ma course rapide, les curieux paravents de MM. Davis et de la Narde.
Le Cambodge traversé, j'entre dans une salle consacrée surtout à la céramique chinoise, coréenne ou japonaise, avec quelques vitrines de bronzes, métaux incrustés, petits ivoires, petits laques, émaux cloisonnés, monnaies et albums des plus intéressants. Je mentionnerai, dans cette salle, la tapisserie bouddhique et le dessin chinois représentant Confucius et ses disciples, qui ont appartenu à M. Callery, et qui sont des types fort anciens, puis la peinture de Nirvana ou du repos infini, exposée par M. Sichel.
La salle suivante contient la moisson faite au Japon par M. Guimet, chargé d'une mission relative à l'histoire des religions en Asie, et auteur de ces Promenades japonaises qui, lorsqu'en aura paru le second volume, seront un des livres curieux que le Nipon aura inspirés. On voit là les peintures rapides, mais exactes, que M. Régamey, compagnon de voyage de xM. Guimet, a exécutées d'après des croquis pris sur place, et qui contribuent à éclaircir notre vue du Japon. De superbes bronzes, envoyés parle comte Camondo et quelques autres personnes, puis des antiquités indoues, complètent le contenu de cette salle, qui est la salle du bronze; elle est, en outre, très intéressante pour l'histoire de la peinture et de l'art en général, et je vais y faire une station.
M. Guimet a rapporté un paravent très précieux, qui permet de fixer des époques dans la facture de l'art japonais. IS artiste a représenté un débarquement de Portugais, reçus par les jésuites, alors intronisés