‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 152 sur 161 · STATUETTE EN BRONZE · texte numérisé non relu

STATUETTE EN BRONZE

(CoUeclion de M. Ph. Burty. )

dans le pays. Le shiogoun Yeyas, persécuteur des chrétiens, a fait quelque temps après gratter les figures des jésuites.

Ce paravent est incontestablement de la fin du xvr siècle, et il nous éclaire sur certains points du dessin tel qu'on le comprenait alors et tel qu'il avait été sans doute pratiqué antérieurement au Japon.

M. Guimet a exposé six panneaux peints sur or et représentant les trente-six poètes célèbres du Japon, fort utiles aussi pour l'étude de l'art japonais et de fort curieuse exécution.

Si maintenant nous entrons dans la salle spéciale du Japon, qui suit celle de M. Guimet, nous y trouverons des paravents également importants au même point de vue. Sur les feuilles exposées par M. Jacquemart, dans la salle précitée, le caractère du dessin est analogue. Enfin des rouleaux manuscrits ou des albums peints, vraiment précieux, exposés par M. Burty, achèvent de former une série de documents à l'aide desquels il aura été possible de contrôler les renseignements donnés par le catalogue japonais, et qui corroborent ceux-ci.

A bien des traits, à propos desquels je ne puis entrer ici en discussion suivie, il semble qu'il y ait autre chose que du chinois dans les origines de l'art japonais, qu'il y ait du persan. Les marchands indiens, malais ou indo-chinois, les Portugais d'Ormuz, de Bouschir et de Macao auraient-ils introduit au Japon des miniatures persanes vers le xvi*" siècle ou au début du xvn''? On n'en sait rien. Mais assurément la façon, par exemple, de figurer les pieds dans les images des trente-six poètes ne se retrouve guère que dans des œuvres de l'art islamite.

Cette série de peintures sur rouleau, album, feuille ou paravent, qui appartiennent à une période qu'on peut placer de i55o à i65o, confirme parfaitement, disais-je, les renseignements que fournit le catalogue japonais sur la peinture et permet de les compléter. Les voyageurs récents s'accordent à répéter que la belle période, que la période créatrice de l'art japonais se déroule de i58o à i63o, ou même embrasse tout le xvn" siècle. Ils auraient pu ajouter que, depuis i55o jusqu'à nos jours, le mouvement et Vévolution n'ont cessé dans l'art au Japon.

Il est certain que pendant plusieurs siècles, à partir du vr, du vu" ou du vni" siècle de notre ère, c'est-à-dire à partir du moment où le bouddhisme et les arts de Chine et de Corée se furent répandus dans le pays, des bronzes à type hiératique et des peintures exécutées d'après ces sculptures, ou d'après des peintures primitives chinoises, furent les seules productions de Fart supérieur au Japon.

Ensuite, selon les Japonais, apparut une école qui peignit les seigneurs richement habillés. Vers la fin du xv" siècle, les familles Kano et Tosa développèrent Fart inauguré par l'école précédente, et l'on peignit les scènes des légendes et des poèmes, les aventures des jeunes princes, les guerres féodales. Vers 1570, et c'est justement l'époque à peu près d'où il faut dater le paravent portugais de M. Guimst, l'art s'attacha à représenter les mœurs de son époque, élargit son cercle, y introduisit les scènes de la vie publique réelle. C'est l'époque du progrès général, et

VAS D EN 8 RONZr.

(Collection de M. Bing.)

celle où commencent les grandes constructions de temples. 'L'expression dans la figure dessinée ou sculptée suivrait de près cette période. Enfin, vers i6go, l'art se serait ouvert aux scènes de mœurs les plus variées, prises dans tous les rangs de la population, comiques aussi bien que sérieuses, avec des foules nombreuses, etc., achevant de se former tel que nous le connaissons. Au xvnf siècle, il y aurait eu d'abord un retour d'influence chinoise; puis, vers la fin, avec le développement des impressions en couleur se serait produite une altération des types, coïncidant avec l'exagération convulsive du mouvement, que je crois empruntée aux acteurs, car les albums de cette époque sont en grand nombre con-

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sacrés à représenter des scènes de théâtre. Au xix% enfin, Hokou-Saï et sa suite auraient été un peu entraînés vers Tart européen. A chaque élargissement du cercle a correspondu un progrès dans la science du dessin et dans l'exécution du paysage, dont les Japonais font une école à part, en ce sens que très probablement chez eux, comme en Chine, dans les ateliers de poterie, il y eut des spécialités; tel artiste se chargeant des figures ou de telles figures, tel autre du paysage, tel autre des animaux. Enfin les Japonais considèrent comme une école particulière ceux qui dessinent en noir. Mais il doit y avoir là une confusion, ou la constatation que, comme partout en Asie, le coloriste du Japon altère toujours la finesse et la délicatesse inouïes du dessinateur.

M. Guimet expose, comme étant la copie japonaise, exécutée au xvn' ou au xvni' siècle, d une peinture chinoise soi-disant du xi" siècle, cinq cadres sous verre représentant seize disciples de Bouddha. Mais je ne puis examiner ici certaines questions qui se rattachent à cette œuvre.

La sculpture a accompagné la marche de la peinture. Aux Bouddhas primitifs sont venus se joindre des héros, des princes, des petits dieux nationaux et familiers, des personnages de légendes, fort gauchement modelés; c'est vers le milieu du xvn' siècle qu'a été fixée la série des kamis, des sept dieux familiers. Il y a là-dedans beaucoup d'emprunts aux Chinois. Les masques, habilement modelés, ne paraissent pas être antérieurs à la fin du xvn" siècle, ainsi que les jolis petits ivoires, ces spirituels netikés, qui correspondent si bien aux dessins de l'école d'Utagawa. La porcelaine et la faïence, au milieu du xvn' siècle, modèlent encore avec beaucoup de naïveté et de timidité. Leurs figurines, très habiles, très souples, n'appartiennent guère qu"au xix*" siècle. La sculpture en bois ne semble pas s'être développée avant le xvnr siècle.

Au milieu du xvu' siècle, à s'en rapporter aux objets figurés dans les peintures, on ne faisait encore, au Japon, que des laques à fond noir, avec des dessins dorés au trait et à plat. Les fonds d'or, les aventurines, les reliefs d'or, les figures incrustées, n'auraient donc paru dans les laques que vers la fin du xvn' siècle ou au début du xvni% et, ce semble, sous l'inspiration des Chinois.

En Chine, je l'avoue, on y voit beaucoup moins clair.

Une tapisserie que son ancien possesseur, M. Callery, sinologue distingué, attribuait au xvr siècle, montre un Bouddha qui est la pure copie de la statue indoue traditionnelle; mais ses deux disciples, debout de chaque côté du divin personnage, et la façon dont ils sont placés et

exécutés, font penser aux œuvres chrétiennes de l'Italie du xv" siècle.

J'ai cité, en indiquant une autre salle, le dessin des disciples de Confucius, que possédait aussi M. Callery. Il l'attribuait au ix'^ siècle. Entre autres caractères curieux, les yeux y sont nettement de face dans les têtes de profil, et les bouches ont le sourire antique.

Par parenthèse, M. Jules Jacquemart possède de très fins et très beaux dessins chinois en noir, qu'il n'a malheureusement pas exposés, et parmi lesquels un de ces guerriers à forte et large coi pulence, rigoureusement et délicatement dessiné, où se trouve l'origine d'un certain type, relativement moderne, des héros japonais. On peut aussi, tout en attribuant ce dessin au xvn*^ siècle, y voir une imitation de Fart persan du temps de Schah Abbas, alors que l'infîuence des dessinateurs italiens, portugais ou hollandais, à la fin du xvi" siècle, s'y fait nettement sentir et se transmet à l'Inde. La salle Guimet est celle du bronze, disais-je, mais il y a aussi de jolis bronzes dans la salle du Japon et dans la salle Chine et Japon. Nous en retrouverons encore d'anciens et d'intéressants au Champ de Mars, en traversant les expositions spéciales des Chinois et des Japonais. Les Japonais ont tiré beaucoup de bronzes de la Corée et de la Chine, et ils les ont ensuite copiés pendant longtemps. En somme, il existe relativement peu de bronzes japonais, surtout en fait de vases, et l'on risque constamment de confondre des œuvres japonaises avec des œuvres chinoises. Enfin le bronze japonais peut être considéré comme assez moderne, dans son ensemble.

Le groupe du général chinois, passant entre les jambes de pêcheurs qui l'ont provoqué, appartenant à M. Guimet; le dieu Cheou-Iao au grand front, qui représente la joie, appartenant à M. Camondo; un grand vase à pieds modelés en animaux, appartenant à M. Bing, sont de pure descendance chinoise. Ce n'est qu'au Champ de Mars que nous verrons

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