‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 153 sur 161 · VASE EN BRONZE · texte numérisé non relu

VASE EN BRONZE

(Collection de M. Pli. Burty. )

les vraies créations japonaises dans l'art de bronze, toutes modernes et presque toutes fort laides. Dans les salles voisines, M. Burty a exposé quelques jolies figurines, et M. Bing a envoyé plusieurs charmantes pièces; nous en reproduisons quelques-unes. Les gardes de sabre, en fer ou alliage incrustés, sont, en général, au Japon, des objets plus anciens que les bronzes. La fabrication en était florissante à la fin du xvn* siècle; par conséquent, elle remontait à une époque antérieure. M. Burty en possède un choix fort intéressant.

Néanmoins, le xvii° siècle ayant été une époque toute particulière d'épanouissement artistique et industriel au Japon, il est peu probable que les gardes de sabre que nous rencontrons soient antérieures à cette époque.

La salle qui suit celle de M. Guimet est spécialement consacrée au Japon et, pour la plus grande partie, occupée par des exposants japonais. MM. Bing, Vial, de la Narde, etc., en complètent les séries. On y voit de nombreux laques d'or, de fines pièces céramiques, dont quelques-unes enfermées dans des sacs, comme les bols d'ancêtres; des gardes de sabre incrustées, mais qui ne remontent certes ni à dix-huit cents ni à seize cents ans, ainsi que le disent les étiquettes fantaisistes de quelques Japonais. Comme toujours, ce sont les Européens" qui possèdent les plus belles choses. Chez les Japonais, je citerai des paravents, des étoffes; une vieille couronne découpée, très curieuse; une imitation d'ancien laque sans relief, doré en feuilles plates, représentant des instruments du culte bouddhiste, largement et soigneusement détaillés, et indiquant un style bien différent des laques à reliefs de fleurs, paysages, personnages ciu'on a exécutés plus tard; une statuette de guerrier, en porcelaine d'Imari, du xvn' siècle, figurant à mon sens parmi les documents les plus intéressants de l'histoire de l'art. Chez les Européens, j'indiquerai, au point de vue de la sculpture, les deux figurines en bois portant une cloche de bronze, appartenant à M. de la Narde, dont on peut voir les analogues aux magasins de nouveautés du Louvre, et le bronze de M. Vial, qu'on dirait une œuvre européenne du xvnr siècle..

Il y aurait eu bien des pièces à citer et des observations à faire dans les salles asiatiques du Trocadéro, mais il faut nous contenter du gros.

En résumé, grande foison de céramique, abondance de laques, assez peu de peintures ou de dessins, une quantité moyenne de bronzes, fort peu de tissus, fort peu de cloisonnés, un certain nombre de jades.

une série assez nombreuse de gardes de sabre, quelques ivoires, quelques marbres et bois, et enfin divers menus objets : telle est la composition de la section chinoise et japonaise au Trocadéro, où Ton regrette de n'avoir pas vu figurer les collections de M. Dutuit, de l'amiral Jaurès, du comte de Fernandina et de M. Cernuschi, mais qui ne laisse pas de montrer un ensemble fort varié et fort important, où, pour la première fois, les chercheurs auront eu des chances de se débrouiller à travers Tart de Textrême Orient.

Nous venons de traverser à grands pas le rez-de-chaussée de l'aile droite du Trocadéro; la salle Orientale, spécialement réservée aux arts islamites ou du moins aux arts persans, arabes, turcs, et où ont trouvé asile aussi quelques antiquités égyptiennes, entre autres les très anciens bronzes de M. Posno, nous attend au premier étage avec une foule de merveilles.

Ce qui me frappe le plus vivement ici, c'est que j'y vois un terrain intermédiaire, les rapports les plus nets avec l'Europe, d'un côté, avec l'extrême Orient, de l'autre. La Perse doit être considérée comme le foyer de l'art islamite, et même de l'art asiatique tout entier. Les Arabes ont commencé par se servir des artisans persans, architectes, potiers, sculpteurs, verriers, peintres, etc., en même temps que des artisans byzantins, qu'ils trouvèrent en Syrie et en Asie Mineure, c'est-à-dire de gens imprégnés de tout ce style mixte où se réunissaient la tradition égyptienne, celles de l'Assyrie, de la Phénicie, de la Phrygie et d'autres pays, traditions revues, altérées, modifiées par les idées de l'art grécoromain. Les Arabes ont traîné partout ces artisans avec eux, jusqu'en Espagne et en France à l'occident, jusqu'à Delhi et Agra dans l'Inde. La Perse a rayonné sur l'Inde, sur la Chine et le Japon. A son tour, elle a beaucoup reçu de l'Europe. Venise et les croisades créèrent de tels contacts entre les chrétiens, les pays islamites et les contrées de par delà, qu'on peut affirmer qu'Occident et Orient se sont imbibés mutuellement de leurs arts.

En examinant cette salle, nous apercevons des livres éthiopiens, ornés de miniatures de saints chrétiens, des copies byzantines, des peintures italiennes, des sujets de sainteté européens traduits sur des plaques de fa'iences persanes; les figures gravées des ouvrages métal-

liques semblent empruntées à nos manuscrits; sur des boîtes peintes en Perse au xvnr siècle nous apparaissent des Sévigné, des Pompadour, des soldats en tricorne; des cafetières turques, de style rococo, nous

rappellent que les Osmanlis se mirent de parti pris à l'école des arts chrétiens, vers la fin du xyu*" siècle et au xv^l^ En revanche, les armes que nous voyons là, damasquinées, émaillées, gravées, nous les retrouverons à l'exposition indoue du Champ de Mars, en même temps que maint tapis, mainte broderie, car la Perse est inséparable de rinde. Plus loin nous reconnaissons dans les poteries persanes les traces d'une union intime avec la Chine et le Japon. Le dragon, le phénix, l'oiseau sur la branche de pêcher, le nœud, la feuille dentelée du nénufar, le cône alvéolé, les treillages, les tortillons en volutes qui signifient les flots ou l'air, les rinceaux, les lions fantastiques, le vase sacré, tous ces emblèmes qui foisonnent dans la poterie chinoise et japonaise, remplissent l'art persan.

Dans cette salle Orientale se montrent presque tous les avatars de l'art islamite.

Il est reconnu aujourd'hui qu'il faut rejeter de l'histoire artistique l'opinion si longtemps accréditée que l'Islam avait absolument banni toute représentation d'êtres animés. On doit faire deux parts dans les arts islamites : celle de la religion, celle des laïques. Le temple, la mosquée, sauf de rares exceptions dont les traces n'existent plus, a été absolument puritain. Le palais, la demeure privée, au contraire, a accueilli les bronzes gravés, les faïences peintes, les manuscrits enluminés qu'ornent des figures d'animaux et d'hommes. Les lampes

(Collection de M. Pli. Burty )

de mosquées montrent parfois des fleurs émaillées, jusqu'à un certain point imitées de la nature. Mais l'art religieux, et en général l'art décora-

GOPIS, FEMME MYTHIQ^VE.

(Dessin de M. Jwles Jacquemart, d'après une miniature liindoue de sa collection.)

tif appliqué à l'architecture, ont banni la nature de leur domaine, et il faut toujours, si l'on considère la peinture et le métal gravé, tenir

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compte que Flslam n'a pu vaincre ni en Perse, ni en Asie Mineure , ni dans l'Inde, soit des traditions d'industrie, soit des traditions intellectuelles enracinées dans le pays. Les œuvres de l'art industriel et la peinture de livres jouent un petit rôle, si on les compare aux édifices. Seule, la peinture décorative a assez d'importance pour être mise en balance avec le décor architectonique et sculptural; mais celle-là il faut l'aller chercher en Perse, où elle est d'origine païenne, c'est-à-dire sassanide, issue de l'Assyrie et de l'Egypte, et où d'ailleurs elle n'a été florissante qu'avec la réaction des princes Séwéfys contre les sunnites, au xvi" siècle; il faut l'aller chercher dans l'Inde, où elle est de tradition bouddhiste par emprunt à la Perse antique.

La composition de la salle Orientale est bien équilibrée : métaux, tissus, poteries, verreries, armes, bois travaillés, peintures y abondent et sont bien dans la proportion convenable.

Les tapis sont merveilleux ; ils datent du xv" et du xvi' siècle, et quelques-uns du xvII^ On y aperçoit souvent les symboles adoptés par la Chine et le motif favori des décorateurs hindous, le rinceau ellipsoïde. Mais les tapis ne sont pas de mon ressort.

Parmi les peintures, qu'il faut diviser en persano-arabes et en indopersanes, — celles-ci moins anciennes que les autres, — M. Jacquemart a exposé, dans la salle du Japon de commande, une miniature persanoarabe de la plus grande délicatesse et d'une extrême naïveté, où les visages, teintés de blanc, sont restés inachevés, et où les tonalités sont remarquablement sobres et légères. Il a de belles miniatures indo-persanes : jeunes princes, femmes, scènes d'amour, dieux dans des chars, pavillons à dais rouges ! Nous donnons les dessins faits par l'artiste lui-même de trois miniatures persanes qui lui appartiennent et qui sont, originaux et reproductions, de la plus rare délicatesse.

11 est regrettable, à ce propos, que M. Ju'es Jacquemart n'ait pas envoyé là quelques très beaux dessins ou miniatures persans, qui attestent absolument l'infîuence des Européens au xvi" siècle. L'un contient quatre personnages, dont trois sont déjà altérés par la réaction du style ou de la compréhension asiatique, mais dont le quatrième, une figure de femme nue, est du style européen le plus net et le plus difficile. Au bas d'un autre, ultérieur et tout à fait revenu au style naïf de l'Asie, on lit un titre italien : Moglie del re, « les Femmes du roi ». En laissant de côté de pareils petits monuments, qui n'a été frappé de curieuses analogies entre les portraits indo-persans et nos portraits de l'école française

L'ENSEMBLE DES ARTS ASL\TIQUES. 53i

des Clouet ? Dans une miniature du Louvre, ne voit-on point des envoyés en costume Henri II, ou à peu près, à la cour du souverain oriental ?

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