MINIATURE HINDOUE
Dessin de M. Jules Jacquemart, d'après un album de sa collection.
Parmi les miniatures de M. Didot, il en est e]ui se rattachent à ce type européanisé, par exemple le pénitent devant le divin personnage assis, et les figures drapées, à cheveux pendants, figurant une sorte
d'Adoration des mages. LIne Chasse aux tigres, un Camp de guerriers en armures sont au nombre des pièces intéressantes exposées par M. Didot, auxquelles il faut joindre ses manuscrits éthiopiens, à figure de saints.
M. Schéfer a de fort belles et curieuses miniatures, lui aussi : un Sacrifice d'Abraham, un Combat de guerriers en armures, d'assez grandes figures de femmes isolées, qui ont un aspect un peu chinois, tout en se rattachant directement au type de la figure en pied que nous donnons d'après M. Jacquemart. M. Schéfer a aussi des dessins en noir se rattachant au type européanisé. Les scènes de cour hindoues, la grande scène dramatique persano-arabe de M. Burty sont encore des pièces fort intéressantes. M. Oliva a exposé de grandes scènes modernes, où la coloration devient plus criarde et le dessin plus lourd.
Nous voyons là d'autres curieux spécimens de la peinture persane : je veux parler des personnages peints sur faïence et d'autres peints sur étoflfe.
Des plaques de faïence à figures datent, on le croit, du xui*" siècle. Le caractère de ces figures est en partie différent de celui des miniatures ; il est d'un art plus mou, plus lâché, moins délicat et pourtant plus libre, et l'on serait tenté d'y trouver l'origine des figures des vases bleus de la Chine. Mais il y a parenté entre un personnage d'une plaque appartenant à M. Antiq et les quatre figures isolées de l'album de M. Schéfer, où je crois apercevoir une allure jusqu'à un certain point chinoise, et entre telle figure de plaque et celles que nous reproduisons d'après M. Jacquemart.
D'après Le caractère du dessin de ces dernières, je les croirais postérieures à l'époque de l'influence européenne.
M. Duhousset a exposé une fort curieuse peinture moderne sur étoffe. On y voit le type persan tel qu'il a été fixé définitivement après les Séwéfys, assez longtemps après que Schah 'Abbas eut fait exécuter dans les palais royaux ces grandes fresques dont la tradition, devenue plus ou moins barbare, existe encore en Perse. Ce n'est plus le type arabe ou plutôt moyen âge à turban, sans autre caractère déterminé que la naïveté et la délicatesse, ni le type indo-persan, procédant soit des Italiens du xvi*^ siècle, soit, dirait-on, de l'école trançaisedu xvi'' siècle ou de l'école flamande du xv" siècle ; c'est le typ)e national avec le costume et la coitîure du pays, un mélange singulier de traits nets, régulièrement géométriques, avec de violentes et dures colorations, dues à l'imitation des
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(Dessin Je M. Jules Jacquemart, d'après une pièce de sa collection.)
teintures et des fards : le noir charbonnant et réunissant les sourcils, cernant et agrandissant les yeux, massant les chevelures bouclées sans y laisser de reflets, le henné enduisant les mains de mitaines orange, et le rouge tachant d'une petite plaque ronde les joues au bord des lèvres. C'est en un mot la modification et l'accentuation, mais alourdie, du type des miniatures que nous reproduisons.
Si maintenant Ton met des peintures japonaises du xvi" siècle à côté des miniatures persano-arabes, on est surpris d"y retrouver les mêmes naïvetés de dessin, mais surtout les mêmes colorations, l'emploi du blanc, du jaune et du rose, tour à tour, dans les visages, puis certains feuillages analogues, etc.
La délicatesse, la na'iveté, un aspect frêle, fin et virginal, donnent à ces miniatures un véritable charme. Les jeunes princes à cheval ont Tair de jeunes filles ; les docteurs à barbe blanche, les rois à barbe noire, les saints échevelés gardent quelque chose de jeune, d'enfantin; les attitudes raides ou très simples, les teintes plates, les terrains bien souvent nus, les détails d'ornement minutieux, les plis ou timides ou absents dans les vêtements, tout concourt à ce caractère consciencieux, innocent, plein de grâce juvénile, si remarquable chez tous les primitifs. Cet art se rapproche de celui de la gravure en métal par ses côtés précis, menus, fins.
Les principales curiosités de l'Asie ancienne viennent d'être effleurées; nous avons à jeter maintenant un rapide coup d'œil sur l'Asie moderne, mêlée encore d'un peu d'antique, telle qu'elle a fait ses étalages au Champ de Mars.
La Perse, Tunis, le Maroc se pelotonnent auprès du grand vestibule faisant face à l'École militaire. Ce sont les tapis qui dominent dans leur exposition, tapis dont le dessin est devenu lourd et la coloration s'est faite criarde, bien que les anciennes traditions se maintiennent encore dans plus d'une pièce d'étoflfe. On y aperçoit la palme recourbée de Cachemire, qui s'est introduite depuis le xvu' siècle dans les tissus persans. Le Maroc montre une assez grande quantité de poteries à dessins verts, rouges et jaunes, auxquelles s'ajoutent une série de vases à décor bleu sur blanc, avec cercles blancs enlacés tranchant sur le tout. C'est à la Chine que sont empruntés ces vases bleus, introduits dans la fabrication barbaresquc depuis le siècle dernier tout au plus.
L'antique empire perse, après avoir embrassé sous sa domination toutes les contrées où l'art est né et où il a atteint la perfection, vit ses provinces passer les unes aux Grecs, puis aux Romains et par suite aux Byzantins, et les autres rester entre les mains de dynasties nationales, celles des Arsacides et des Sassanides, jusqu'au moment où l'Islam fit ses conquêtes. Or, la damasquinure, le travail du métal, la fabrication du verre, des poteries, des tapis, la sculpture et la peinture se conservèrent dans toute l'étendue et de l'empire byzantin et du royaume sassanide; l'Asie Mineure, la Syrie, Rhodes, Damas, le Kurdistan, leKerman, le Khorassan, etc., restèrent les centres d'industries florissantes et analogues. On est donc fort porté à croire que la Perse fut l'institutrice industrielle de l'Inde et de la Chine, celle-ci ayant beaucoup emprunté à rinde. La réunion de ces trois pays sous le joug des Mongols, au xm" et au xiv" siècle, dut multiplier leurs rapports et étendre les influences de leurs fabriques les unes sur les autres. Il se pourrait donc bien que, contrairement à l'opinion qui attribue une grande antiquité de supériorité industrielle à la Chine, celle-ci ait dû, au contraire, ses bronzes archaïques à la Perse, de même qu'elle lui aurait dû les décors de sa poterie, tant ceux de couleur bleue que ceux à symbolismes variés. Plus tard ses porcelaines, ayant atteint la perfection et s'ornant de figures d'animaux, d'hommes, auront réagi sur la Perse, qui, depuis la fin du XVI' siècle, n"a cessé d'imiter fort souvent les productions chinoises. Le khan Houlagou établit, dit-on, des colonies d'ouvriers chinois en Perse dès le XHi* siècle ; par contre, Djenghiz-Khan avait emmené des Persans en Chine; enfin on a pu supposer qu'au xvi^ siècle, le grand schah Abbas, qui fit venir des artistes européens à sa cour, aurait pu y appeler aussi des artisans chinois. Le fait incontestable est que, d'une part, la poterie chinoise et japonaise, dans son caractère le plus national, est remplie de formes et de décors persans, et que, de l'autre, il existe en Perse beaucoup de pièces imitées ou même copiées des Chinois. Il est à peu près hors de doute que l'Inde a reçu de la Perse ses arts tout entiers, qu'elle les a transmis à la Chine, mais que, depuis la fin du xvf siècle, elle a été, comme la Perse, inondée de produits chinois.
Dans la salle persane, ce qu'il y a de plus remarquable consiste en quelques cuivres gravés, pleins ou ajourés, avec personnages et animaux ^e détachant soit au milieu de médaillons, soit directement sur un fond couvert tout entier de rinceaux fins et très menus, où la fleur, ramenée à son squelette, est seulement marquée par le contour, sans nervures ni
saillies, et se mêle parfois à des caractères d'écriture et aux profils de l'arcade à trois lobes. Le dessin de ces personnages semble emprunté à nos miniatures du moyen âge; c'est donc au xix" siècle le même art qu'au xni" siècle, où la figure animée est empruntée à l'Occident, tandis que les formes des vases dérivent de l'antiquité primitive et que l'ornemaniste obéit en même temps aux prescriptions nouvelles de l'Islam.
Les Persans, particulièrement, paraissent avoir toujours été curieux des choses étrangères. Nous avons vu qu'ils ont copié des peintures chrétiennes de Byzance, du moyen âge, d'Italie, qu'ils ont imité des poteries chinoises, accueilli un style flamand, ou peut-être le style des dessins du temps de Henri II, et copié aussi nos boîtes du xvnr" siècle. L'Exposition du Champ de Mars contient quelques-unes de ces copies de boîtes dans le genre de celles que M. de Thuisy a envoyées à la salle Orientale. On y voit encore des copies au lavis des gravures hollandaises du xvni" siècle, à moutons et à vaches. Sur d'autres boîtes persanes, récentes, se voit un mélange de la peinture traditionnelle sur étolïes avec la peinture de ces cop»ies, mélange qui aboutit à un faux modelé, à de fausses teintes ombrantes mal mises en place, alourdissant l'aspect de la composition ou des figures; ces peintures concordent beaucoup avec les peintures ombrées et modelées des Chinois, qui datent aussi du xvni" siècle environ, et dont beaucoup de modernes spécimens se trouvent au Champ de Mars.
L'art persan est fort curieux. Dans le métal il est particulièrement fin et islamite, c[uoiqu'il ait conservé ses figures. Dans les étoffes, c'està-dire les tapis tissés ou brodés, et dans les poteries, il semble avoir conservé davantage un caractère national et la tradition antérieure, bien que nombre de plaques de faïence portent le décor en caractères d'écriture chers à l'Islam. Des animaux mythiques, mais surtout des fleurs, les unes exactement prises à la nature, les autres compliquées par une transformation symbolique de leurs organes, ornent les étoffes et la plupart des poteries. Elles jaillissent, s'élancent, retombent, se profilent ou s'étalent, entraînées par des tiges hardies, minces, élégantes. Ce jet hardi et élégant, avec une sorte de déchiquetage, est le caractère direct du décor floral des Persans. J'accorderais volontiers que l'ornementation de certains tapis de la Perse est ce que, dans l'Orient entier, on a jamais imaginé de plus beau.
A l'exposition de la Perse il n'y a que fort peu de poterie; c'est un art perdu ou qui se perd. La poterie persane, comme la poterie syrienne, a jeté son plus grand éclat au xvr siècle, puis a dégénéré après
MINIATURE TERSANE, Dessin de M. Jules jacquemart, d'après une pièce de sa collection)
Schah Abhas. Pour en voir de beaux spécimens anciens, il faut aller dans les pavillons hindous du vestibule de la façade, où M. Robinson expose, entre autres, des plaques provenant de Meshed, égales aux plus belles œuvres syriennes et rhodiennes, une plaque à figure humaine, qu'on attribue au xni" siècle, deux petits vases à dessins bruns sur blanc, qu'on croit de la même époque, et diverses pièces à dessins blancs en relief sur fonds bruns ou gris.
Les boîtes en bois sculjîtè d'Abadeh et les mosaïques en bois de Shiraz complètent Texposition persane.
Le xni' siècle est la plus lointaine limite assignée à Texécution des plus anciens objets d'art persans que Ton possède actuellement, sauf à entrevoir que leur origine est plus reculée, à attribuer quelques plaques de faïence au xn' et peut-être au xi' siècle, et à rappeler que les vases murrhins, dont les Romains raffolaient, étaient peut-être des vases à reflet métallique du Kerman. Mais la plus grande partie des objets d'art qu'on recueille ne remonte pas au delà du xvr siècle.
Si nous revenons, dans le vestibule de la façade, à l'Inde, le pays qui, par la position géographique et l'histoire de l'art, suit immédiatement la Perse, nous serons frappés par l'abondance plantureuse des collections exposées : tapis et étoffes, armes, bijoux , poteries , orfèvreries et objets de ^ métal ouM-é y sont fort nombreux, représentent bien leur importance respective, et sont accompagnés d'une foule de petits spécimens d'autres industries variées.
Donc, nous sommes maintenant en pleine exposition indoue. Nous sommes en 1878; les armes et les devises de l'Angleterre, sur les œuvres métalliques de l'Inde , sont associées aux symboles de l'Assyrie, aux animaux mythiques des vases gréco-asiatiques, aux décors phéniciens ou aux entrelacs et aux caractères d'écriture musulmans. Et c'est ce dont le rédacteur du Manuel de la section des Indes
lAKHON (danseuse) DANS UNE NICHE
(Musée Cambodgien.)
britanniques se plaint vivement. Nous laisserons par conséquent de côté la grande vitrine où sont les rouleaux contenant les adresses présentées par les villes au prince de Galles. Nous laisserons de côté les services à thé qu'on a donnés au futur roi d'Angleterre, et le vase que lemaharadja de Mysore a oftert à la princesse Alexandra, et nous irons aux choses qui respirent le vieil esprit.
Les tissus sont les œuvres les plus importantes de l'Inde. Elle est la mère des étoffes ; la Perse est sa seule rivale, car la Chine et le Japon, étourdissants par leurs soieries, ne fabriquent cependant pas une variété de tissus comparable à celle des deux autres piays. C'est chez M. Robinson ciu'on peut voir les plus curieux exemples de tapis, de broderies, de portières de l'Inde et de la Perse. Le pavillon du maharadja de Cachemire et la collection du prince de Galles en contiennent aussi des spécimens fort curieux. Rappelons-nous que « la perse » et « l'indienne » ont été des mots caractéristiques pour exprimer le grand effet produit sur les Européens lorsqu'ils se virent en face des étoffes spéciales à ces deux contrées, qu'il faut réunir à tout moment dans les questions d'art.
Les cachemires, avec leurs palmes à pointe recourbée, leurs colorations foncées, où s'absorbe le chant des notes vives, reposent l'œil et semblent une création de gens travaillant à l'ombre et aimant à reproduire ses effets adoucissants, qui noient les couleurs surexcitées par les éclats du soleil. Mais les plus intéressants de ces tissus sont ceux qui échappent à ce décor de palmes et de lambrequins dont les Cachemiriens déroulent, sans jamais se fatiguer, les lacets et les courbes.
L'art des tissus à Cachemire a deux directions : celle du décor symbolique à la palme recourbée, multipliée entre des lambrequins à dentelures, et celle de la fantaisie, qui étudie la nature et se traduit surtout par des espèces de représentations topographiques. J'abandonne les fleurettes et les petites rosaces. Les pièces à décor animé et naturaliste les plus curieuses sont le chàle avec la carte de Shrinuggur, capitale du pays, et le chàle brodé de dieux encadrés dans l'arcade trilobée, qui appartiennent au prince de Galles, ainsi que ses indiennes tissées d'or à animaux mythiques de caractère si assyrien , l'étoffe représentant le lac que possède le maharadja, puis les portières en cotonnade, de M. Robinson, représentant l'histoire de Rama et que bordent des processions de radjas accompagnés de soldats armés de fusils et de pistolets, au milieu desquels on reconnaît un Européen, un Portugais, probablement, avec son chapeau de feutre.
De grands tapis du Khorassan, de Mesched, de l'Afghanistan, du Kurdistan, pendent tout autour de la salle. Un des plus précieux est le tapis afghan de M. Robinson, datant de la dernière moitié du xvr siècle et indiquant l'union du style persan et du style chinois. La fin du xvi' siècle et le xva' siècle furent la belle époque de la fabrication des tapis, en Perse et dans l'Inde.
La collection d'armes exposée par la section indienne est, parait-il, la plus variée de ce genre qu'on ait jamais réunie. Mais plus d'un sabre dans les vitrines de la salle Orientale ri^'alise avec les armes du Champ de Mars et même les surpasse en beauté. D'ailleurs, les armes indoues ressemblent beaucoup aux arrnes persanes, et quelques-uns de leurs spécimens gardent encore les formes assyriennes. Ces pièces remplissent plusieurs vitrines du vestibule. Les émaux, les incrustations de toute sorte en or, en ivoire, en pierreries, jouent un grand rôle dans Tornementation des armes indoues, en général plus large et d'aspect plus européen que celle de tout autre objet.
Comme la Commission anglaise ne nous a point facilité la reproduction des œuvres exposées, une pure et simple description, sans un exemple des oeuvres, resterait bien aride. Je me bornerai donc à indiquer grosso tnodo les genres.
Dans rœuvrc en métal, ce seront de curieuses figurines en cuivre, de Vizagapatam, d'intention caricaturale ; des animaux en argent, rats à longue queue, paons, bœufs, lions, intermédiaires à ceux de Persépolis et à ceux des Chinois, toutes bêtes na'i'ves à formes rondes, sans modelé de détails, et telles qu'on les reproduira, puis les perfectionnera dans la Chine et au Japon; enfin des gobelets d'or et d'argent en repoussé, de Cutch, où la fabrication en a été développée par les Hollandais au xvn' siècle.
Remarquons ici que le travail au repoussé, entraînant un modelé et ne pouvant puiser ce modelé que dans la réalité, a été longtemps banni par l'Islam. A peine le rencontrerait-on en Perse, et il n'a reparu qu'en Turquie et dans les États barbaresques à la fin du xvu' siècle tout au plus.
Les orfèvreries de Cachemire portent le dessin des châles, hérissées d'échancrures, chargées de petites garnitures de poissons en pendeloques. Ces orfèvreries seraient d'un parfait mauvais goût, n'était justement la teinte étonnante, douce, tremblante et fine comme celle d'une lumière vue à travers un vase transparent, que les orfèvres savent donner au mariage de l'or et de l'argent. L'Inde fait en outre des plateaux d'alliage incrustés en argent au dessin des châles.
De goût fort mauvais sont aussi les vases qu'on incruste d'argent à Hyderabad, piteusement européanisés.
Dégoût fort mauvais encore sont les filigranes de Dacca, de Tonk, de Cachemire, espèces de pièces montées aussi bourgeoises que nos boîtes en coquillages. Les filigranes de Bombay sont plus artistiques.
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{Musée cambodgien.)
Très jolies, en revanche, paraissent une série de pièces incrustées d'un décor consistant en rinceaux concentriques et ellipsoïdes chargés de petites rosaces ou étoiles toutes grenues, pièces entre lesquelles on distingue deux ravissants flambeaux formés de serpents tressés et se tenant debout.
D'un beau caractère archaïque sont des lotas deTanjore, bols à panse
sphériquc et à col étroit et bas, en laiton incrusté d'argent, où apparaît un des six ou sept décors éternellement répétés dans l'Inde, en ciselure, en incrustation, par le repoussé ou par la gravure : des groupes divins, reposant, combattant ou dansant sous l'arcade trilobée. Fort intéressants sont d'autres lotas incrustés seulement de figures d'animaux et de feuilles ou tleurs, disposés un à un sur les zones que présentent les moulures et les divisions du vase.
Des vases côtelés, rappelant ceux des Etrusques, en un mot toutes les œuvres archaïques, comme les cuivres gravés de Bénarès et ceux de Madura, souvent nus, toujours si fermes, si simples, sont fort remarquables.
C'est de Madura, où les sculptures de peintres célèbres fournissent de beaux modèles anciens, que vient le curieux trône d'argent soutenu par des animaux. Ceux-ci sont à peu de chose près semblables de travail aux animaux des chapiteaux de Persépolis.
Les cuivres gravés de Bénarès à travail moiré, à précieux décor antique d'animaux et de personnages célestes semés et répétés parmi des branchages, se font à si bon marché, que déjà les fabricants de Paris envoient là-bas des modèles de pendules et d'encriers. Ce style de Bénarès est un peu le même que celui des lotas incrustés, mais il est plus chargé d'éléments décoratifs.
Le Musée Campana nous donnerait un grand nombre des modèles de la bijouterie hindoue. Les griffes d'animaux féroces montées en or ou en argent doré jouent de plus un certain rôle dans l'Inde.
Les petits ivoires ont le caractère des ivoires chinois.
Des caparaçons brodés d'or, relevés de bossages, de plaques, de gros boutons coniques, et analogues à ce que les Turcs, les Arabes, les Persans font dans le même genre, remplissent plusieurs vitrines.
Les poteries sont nombreuses; malheureusement presque toutes ont été excutées par des élèves de l'école de Bombay et sont des pastiches réalisés d'après des dessins de style hindou tracés par des Anglais. On peut cependant prendre là une idée, sinon de toute la poterie hindoue, dont manquent les spécimens de type resté vraiment antique^ du moins d'une partie de ses décors et de quelques-unes des influences reçues de la Perse.
L'ornementation consiste d'ordinaire en série de rosaces composées de cercles placés les uns autour des autres. L'harmonie robuste des tons vert sur vert, bleu sur bleu, jaune sur jaune ou jaune sur brun, avec
la netteté naïve du floral, en fait le mérite. Nos carrelages du moyen âge jaune sur brun viendaient-ils de là?
L'art hindou, en général, se distingue, par un sentiment de simplicité large et robuste, de l'art menu, couvrant tout, des Islamites, et, par sa naïveté, son goût de symétrie, son floral à la fois non naturel et non géométrique cependant, il se distingue de l'art des Chinois et de celui du du Japon. Il a moins brisé qu'eux avec la tradition primitive. Son autre principal caractère est l'harmonie coloriste, ce goût si sûr de la teinte, ce sens de l'ombre noyant et fondant ce qui est violent dans la couleur. Ses travaux sur métal doivent être assimilés à ses étoffes et à ses poteries. C'est par la teinte^ surtout, que les mats et les luisants, les moirés, les grenus et les lisses, les ors sur les argents, les cuivres rouges ou olives sur les jaunes, les argents assoupis par les incisions et associés au noir des alliages servant de fond, saisissent l'œil et le charment, car il ne faut chercher en tout cela ni richesse de motifs et de composition, ni structure de feuillages délicatement ou hardiment étudiés sur la nature, ni raffinement subtil d'entrelacs, foisonnement et fouillis de brindilles et de ramicules, ni figures d'êtres animés fines ou puissantes; ce qu'il y a, en un mot. chez les Persans, les Chinois, les Japonais, les Européens. Les Indous sont seulement par excellence les coloristes harmonieux dans tout l'Orient.
J'ai laissé de côté la sculpture propre, parce que je dois la retrouver dans la salle de l'art khmer et dans la salle Guimet au Trocadéro.
Il faut considérer que l'Inde et la Ch\ne primitives n'ont rien produit de plus avancé comme art que des vases de bronze, des poteries, des tissus analogues aux œuvres primitives des Phéniciens, des Phrygiens, des Ioniens, des Teucriens, des habitants des îles de l'Archipel, de toutes ces tribus, en un mot, qui, après avoir erré longtemps, vinrent s'entasser et se heurter dans tout le bassin oriental de la Méditerranée, où le contact entre les races les plus diverses, acculées à la mer et au désert depuis la Libye jusqu'à la Grèce, développa une civilisation c[ui retourna agrandie, haut portée, vers les pays d'où ses éléments variés étaient venus s'agglomérer sur ce terrain privilégié.
L'Inde ne connaissait d'autres monuments que des grottes et des tumuli, et de rudimentaires constructions en bois, jusqu'au mouvement bouddhiste, qui prit son importance vers le iif siècle avant J.-C. et fut accompagné d'une expansion de la secte rivale des gymnosophites ou jaïnas. L'architecture lapidaire et la sculpture datent seulement de cette
544 LWRT ANCIEN A L'EXPOSITION.
époque dans riiide. L'architecture, d'une part, conserva la tradition des portes et des balustrades en bois; de l'autre, elle emprunta à la Perse des Xerxès et des Darius ses traditions décoratives. Les Grecs de la Bactriane, fort modifiés par l'influence asiatique, ont pu exercer aussi quelque action sur l'Inde.
Mais comme, à l'exception de certaines parties du célèbre tôpe bouddhiste de Sanchi, il n'y a peut-être pas dans l'Inde un monument qui soit antérieur à notre ère, c'est surtout dans l'art persépolitain, l'art arsacide et sassanide, qu'on retrouve les sources de l'architecture ou de la sculpture hindoue, soit bouddhiste, soit jaïna. Il faut bien entendre par art persépolitain un art composite où se réunissent les traditions de l'Egypte, de l'Assyrie, de la Phénicie, de Grèce et de Rome, le tout en un mélange de décadence, par lui-même analogue plus d'une fois à l'art byzantin, sorti du même humus.
Le bouddhisme, après avoir élevé ses cônes côtelés, ses pagodes à étages, fut déraciné du vn'' au x" siècle, et remplacé à la fois par le brahmanisme vichnouite, par le culte nouveau du dieu Krischna, par la réaction de la religion de Civa et enfin par les jaïnas, qui seuls créèrent une architecture nouvelle, empruntée aussi à la Perse, architecture que l'islamisme vint s'approprier et modifier ensuite, et à côté de laquelle il implanta, en l'y mêlant, l'architecture sassanide des derniers temps, c'està-dire le style à grandes arcades et à arcadettes ogivales. Voilà pour le grand ensemble, et j'ajouterai que le pavillon indou placé dans le vestibule du Champ de Mars appartient au style jaïna.
La sculpture indoue emprunta aussi à la Perse achéménide antique et à la Perse sassanide, plus récente, et abonda en figurations dont l'art khmer nous donne un exemple assez développé.
La Perse antique, puis islamite, paraît avoir transmis à l'Inde l'art du métal gravé, ciselé et incrusté, qui en certaines parties du pays s'est modifié sous l'influence européenne, et dont on possède des spécimens attribués au ni° siècle de notre ère.
Le repoussé, dans l'Inde, a pu provenir de la source antique directement et subir plus tard des changements au contact des Européens.
La fonte des statues et statuettes en bronze paraît ancienne et a dû précéder l'introduction du même art en Chine.
Des fresques ont orné des monuments bouddhistes dès le vnr ou le ix' siècle, et peut-être plus tôt encore. Les fresques sont nombreuses dans les palais de l'Inde; mais il est probable qu'elles y sont venues de la Perse
islamite, comme l'art des miniatures, qui ne paraît dater chez les Hindous que du xv' siècle (tout au plus pourrait-on risquer d'en reporter Tintro-