FEMME JOUANT AVEC LAMOUB
(Terre cuite de la collection Je M. Lécuyer.)
a été vaincue avec une étonnante habileté d'arrangement; une autre plaque repoussée, sans doute le couvre-joue de quelque casque de parade, représente, dans un style ferme et pur, le combat de Pollux et de Lyncée. Un second couvre-joue de casque reproduit simplement le modelé de la figure humaine : la barbe y est ciselée avec un soin minutieux, la moustache tordue avec une magistrale fierté. Notons encore une Bacchante qui, échevelée, les bras levés, la tunique agitée par la course, semble regarder quelque profanatjur des orgies sacrées, un Penthée peut-être,
8o L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.
jadis renversé à ses pieds : l'attitude est pathétique et le mouvement énergiquement exprimé.
Si Ton voulait trouver au Trocadéro un bronze grec comparable à ceux que nous montraient MM. Carapanos et Gréau, il fallait traverser plusieurs salles et aller, au milieu des émaux et des faïences du xvi" siècle, chercher la petite statuette de M. Edouard André. Elle a été trouvée en pleine France, et même dans la France du Nord; et cependant personne, je crois, n'hésitera à y reconnaître une œuvre grecque ; non seulement le caractère d'art, mais, ce qui est plus facile à apprécier, la qualité même du métal, sont des preuves certaines de cette noble origine. Nos pères, les Gaulois d'avant César, n'étaient pas si barbares qu'on le croit d'ordinaire; ils avaient le goût du luxe, et il se trouvait certainement dans leurs villes de riches personnages qui comprenaient et aimaient le beau. Ce n'était pas seulement des vins, de l'huile et des figues que Marseille envoyait, par le Rhône et la Saône, jusqu'au centre du pays celtique; parmi les marchandises qu'elle expédiait se trouvaient aussi sans doute des étoffes précieuses, des bijoux, des vases, des objets d'art. C'est ainsi que plus d'un produit de l'industrie grecque a été rencontré dans les tombes de chefs gaulois ; d'autres ont été apportés à l'époque romaine, alors que le goût des collections était devenu commun. Quelle que soit son origine, la statuette de M. André n'en est pas moins l'un des plus beaux bronzes de l'exposition historique. Elle représente Hermès nu, sans ailettes ni talonnières, attributs que les artistes grecs omettaient ordinairement. Le dieu assis, les jambes étendues, la main posée avec abandon sur le genou droit, semble se reposer de ses courses; le port droit et ferme de la tête montre cependant qu'il est inaccessible à la lassitude. Le modelé est gras et large, les lignes à la fois sévères et élégantes.
Au contraire de l'art du bronze, l'art du marbre au iv' et au iir siècle n'était que faiblement représenté au Trocadéro. M. Gréau exposait une tête de vieillard à longue barbe, à longs cheveux retenus par un diadème, qui est de provenance athénienne : c'est un Esculape, sans doute; dans tous les cas, le visage est d'une beauté achevée, quoique sentant un peu l'école, et ce calme majestueux convient bien à un immortel. La statue de M. Breuvery, une cariatide évidemment inspirée de celles de l'Erechtheion, est aussi une œuvre de pratique, mais l'œuvre d'une époque où le sens du beau courait les rues, et où le dernier ouvrier retenait quelque chose du style des maîtres. Elle a été trouvée à Hali-
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carnasse et vient, nous dit-on, de l'emplacement même du mausolée. Appartenait-elle réellement à cet édifice ? Il n'est pas plus possible de l'affirmer que de le nier a priori. Elle a bien, du moins, la facture du milieu du iv^ siècle, et est traitée au point de vue décoratif et architectural, comme pour faire partie d'un monument. Le fragment de bas-relief votif de M. de Cossé-Brissac vient d'Athènes, et la comparaison de nombreux monuments analogues permet de reconstituer par la pensée la composition de toute la scène. Dans la partie droite, aujourd'hui perdue, était assise Athéna ; dans la partie gauche, la seule conservée, un personnage drapé, un gymnasiarque ou un chorège, ayant auprès de lui une figure féminine, qui peut être soit la personnification d'une tribu, soit celle de la discipline, Eutaxia, ou de telle autre vertu analogue, présente à la déesse protectrice les Ephèbes vainqueurs dans quelque concours. L'œuvre est peu poussée, mais d'un style large et simple.
En dépit de la matière, la statuaire a autant de droit que la céramique à revendiquer trois têtes de lions, en terre cuite, dont la plus belle appartient à M. Gréau et dont les deux autres sont en ma possession. Ce sont de simples gargouilles, et, d'après la place où elles ont été découvertes, on peut conjecturer qu'elles proviennent d'une des constructions de l'Arsenal du Pirée. Les inventaires de prise en charge dressés chaque année, à leur entrée en fonction, par les dix intendants de l'Arsenal, mentionnent à plusieurs reprises, pendant le cours du iv" siècle, des « maîtresses tuiles à têtes de lions », /.epapSeç riyciy-v/a; Xsovtox-sV/Ioi, qui n'étaient point encore posées. Ces trois têtes sont modelées, d'un caractère différent, et l'on trouve dans les trois un profond sentiment de la nature en même temps qu'une grande entente des nécessités architecturales.
Deux vases, qui ne forcent l'attention ni par leur grandeur ni par leur effet décoratif, mais qui sont des morceaux de choix, de véritables pièces de musées, représentaient dignement l'art des potiers au iv" siècle. Le premier est le rhyton, en forme de tête de bélier, dont la comtesse Dzialynska est propriétaire : le mufle de l'animal est d'un modelé vrai et puissant, et les scènes bachiques qui ornent le haut du vase sont bien composées et finement dessinées. Le second est la coupe profonde de la collection Paravey, sur un des côtés de laquelle on voit Bacchus tuant le géant Eurytos : la finesse et l'élégance sont les principales qualités de cette peinture. La coupe signée Sotadès, qu'exposait la comtesse Dzialynska, et qui est décorée de sujets bachiques, est bien inférieure à ces
deux vases, mais intéressante encore. Citons encore un amphorisque de M. Paravey, sur lequel sont figurés un jeune homme et un vieillard tenant une lyre, peinture un peu mesquine peut-être, mais charmante; une œnochoé du même collectionneur, qui représente une scène de sacrifice, et un aryballe attique de M. Dreyfus, à figures blanches rehaussées d or. Les lécythes polychromes d'Athènes étaient fort peu nombreux, et les deux seuls, ou peu s'en faut, qui fussent vierges de retouches, étaient ceux de ma collection; comme toujours, ils sont décorés de scènes funéraires.
Les salles antiques renfermaient relativement beaucoup de vases du nr siècle et de la décadence : on les distingue à leur exécution plus lâchée et aux proportions plus grandes qu'y atteignent les figures. Une hydrie, sur laquelle est représentée, avec beaucoup de liberté et de fougue, une scène de pugilat, et un grand cratère décoratif orné d'une scène à nombreux personnages, l'enlèvement de Thétis par Pelée, sont les plus dignes d'être notés ; ils appartiennent tous deux à la comtesse Dzialynska. M. Dutuit a aussi quelques belles hydries gréco-italiennes de la même époque; il possède, en outre, une série très nombreuse et très intéressante de rhytons de toutes les formes. Il y a là des pièces qui mériteraient assurément une note, mais nous sommes encore bien loin du terme de notre voyage. Passons donc sans nous arrêter, et consacrons le temps qui nous reste à ce qui faisait l'originalité et le grand attrait des salles antiques, aux terres cuites de la Béotie et de l'Asie Mineure.
Les figurines de Tanagra ont beaucoup fait parler d'elles depuis leur apparition, il y a de cela cinq ou six ans, et l'Exposition a achevé de leur conquérir la faveur publique. C'est un fait remarquable, en effet, que l'admiration qu'elles provoquaient, non seulement chez les gens dont l'éducation a formé le goût, mais chez les visiteurs du dimanche, chez les simples ouvriers. La Galette s'est jadis longuement occupée de ces terres cuites', mais les articles publiés par elle en iSyS sont sans doute bien oubliés. Aussi ne me saura-t-on pas mauvais gré, je l'espère, de résumer brièvement ce que j'ai dit alors, et de refaire à grands traits
I. Les Figurines dt Tan^gru au Musée du Louvre {Gaj^ene des Beuux-Arrs. t. XI, p. 297 et 5:5:1 ; t. XII, p. 56).
l'histoire des fouilles d'où est sorti tout ce petit peuple si vivant et si divers.
Tanagra, on le sait, est située dans la partie orientale de la Béotie, à 12 kilomètres environ du canal d'Eubée, et au centre de la région ondulée que limitent au nord le mont Ptoïos, avant-garde des montagnes