‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 24 sur 161 · ESCLAVE · texte numérisé non relu

ESCLAVE

(Terre cuite de la collection de M. Liécuser. )

de la Locride, au sud le Parnès, dont les cimes noires de sapins séparent la Béotie de l'Attique. La ville était bâtie sur un éperon de montagne qvii s'avance jusqu'au confluent d'un pacifique petit ruisseau, le Lari (Thermodon), avec le Vouriéni (Asopos), torrent des plus rageurs en hiver, qui vient d'entre Platées et Thespies et coule droit à l'est vers le canal d'Eubée. Ce confluent est le point d'intersection naturel, forcé presque, des routes qui sillonnent la Béotie orientale. Aussi Tanagra, à la richesse que lui procuraient ses champs de blé et ses vignes, joignait-elle une

grande importance commerciale et militaire. Convoitée par les Athéniens, auxquels elle fermait la route de Chalcis et l'un des deux accès vers Thèbes, attaquée souvent par eux, mais toujours sans succès durable, elle devint après Alexandre, et resta sous la domination romaine, la cité la plus florissante de la Béotie. Au début du uv siècle avant notre ère, elle nous apparaît déjà dans la relation de Dicéarque comme une ville de luxe et de plaisir, l'endroit du pays béotien où un étranger passait le plus agréablement son temps : vin excellent et à bon marché, femmes jolies et point farouches, coqs de combat fameux dans toute la Grèce, qu'aurait-il pu désirer de plus ?

De la ville, il ne reste plus qu'une enceinte reconstruite sans doute à l'époque des invasions barbares; à l'intérieur, les vestiges d'un théâtre, quelques tambours de colonnes doriques, et rien d'autre; des temples, des gymnases, de l'Agoa, il ne subsiste pas un pan de mur; d'innombrables tessons de poteries fines et bien décorées confirment seuls les témoignages des anciens sur la richesse de Tanagra. C'était peu pour attirer les voyageurs : aussi ne passait-on guère par là, jusqu'au jour où des découvertes imprévues sont venues attirer l'attention.

Déjà à plusieurs reprises les Albanais des misérables hameaux de Skhimatari, Bratzi, Liatani et Staniataes, situés tous dans un rayon de 5 ou 6 kilomètres autour de Tanagra, avaient trouvé par hasard, en labourant leurs champs ou en piochant leurs vignes, des tombeaux contenant tantôt des vases, tantôt des figurines en terre cuite ; mais c'est en 1872 seulement que commencèrent des recherches suivies. Un fouilleur de profession, le corfiote Yorghis Anyphantis, qui venait de mettre sens dessus dessous la nécropole de Thespies et n'y trouvait plus rien de bon à prendre, eut l'idée de venir explorer les tombeaux de Tanagra ; il reconnut bientôt que ces tombeaux étaient de deux sortes : les uns, simples trous creusés çà et là au milieu des champs, étaient d'une époque fort archaïque et ne renfermaient que des vases; les autres, régulièrement alignés le long des routes et formés de grandes dalles de tuf, étaient d'une époque plus récente et ne contenaient plus de vases peints, mais en revanche des figurines : de une à trois ou quatre dans l'intérieur, et parfois d'autres, beaucoup plus nombreuses, au-dessus du couvercle. De ceux-là, la recherche était fort aisée : une fois la direction d'une route reconnue sur un point, il n'y avait qu'à la suivre. Aussi les fouilles de Yorghis eurent-elles un plein succès, et la quantité de figurines qu'il trouva, les prix avantageux qu'il obtint des marchands

d'Athènes, ayant décide les Skhimatariotes d'abord, puis les gens des autres villages, à chercher eux aussi les tombeaux, à partir de 1872 vases et terres cuites de Tanagra arrivèrent en grand nombre à Athènes. C'est dans ces premiers temps des fouilles, et avant que les prix ne fussent très élevés, que put être formée la collection du Louvre : collection sans rivale dans tous les musées de l'Europe, et qui se distingue non

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