‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 40 sur 161 · A. OU AN TIN EDITEUR · texte numérisé non relu

A. OU AN TIN EDITEUR

LA SCULPTURE AU TROCADÉRO. i33

carrières de marbre des Pyrénées ne paraissent avoir été découvertes que vers le milieu du xvi'' siècle'.

Je ne vois pas d'autres sculptures, appartenant au xin' siècle, ou au suivant, que Ton puisse signaler dans notre exposition, si ce n'est une belle Vierge de bois sculpté, exposée par M. Victor Gay, et que cet amateur attribue au xiv. M. Gay est une très bonne autorité pour tout ce qui touche aux productions françaises de cette époque. J'inclinerais cependant à la croire du xv^ Nous avons, chez nous, trop peu de sculpture avec date certaine, — je parle de celles qui sont indépendantes des monuments, — pour nous former un critérium bien certain de l'âge de beaucoup d'œuvres anonymes du moyen âge. L'art incomplet des basreliefs et des figures enfoncées dans des niches, ne se présentant aux regards que d'un seul côté, reste attaché, chez nous, aux porches des églises, inhabile à en descendre : c'est ailleurs qu'il devait apprendre à marcher seul. Notre activité française pendant cette période du moyen âge, semble avoir voulu regagner en étendue ce qui lui manquait en élévation; sous la main de nos artistes, le cuivre, le fer, les métaux précieux, l'ivoire surtout, se transforment en mille articles de goût, très recherchés en Europe, et qui formaient alors une véritable branche de commerce, assez semblable à ce que nous appelons aujourd'hui l'article de Paris.

Un développement meilleur de la vie civile et politique dans les républiques italiennes du moyen âge, devait ouvrir à la sculpture une plus vaste carrière et la conduire avec rapidité à son plus complet épanouissement. C'est l'érection de quelques fontaines monumentales qui en fut l'occasion. On vit alors les municipalités italiennes, soutenues par l'enthousiasme populaire, rivaliser entre elles, et s'éprendre d'une sorte de passion pour l'ornementation des cités, qui donna le signal de travaux civils considérables. La statuaire sortit du temple pour s'installer au forum ; l'art des madones la fit pénétrer dans la demeure des particuliers; les églises se remplirent de tombeaux superbes, élevés le plus souvent à des personnages d'une très médiocre et très passagère illustration; l'exécution des bustes, autre nouveauté, suivit de très près celle des médailles qui commençaient à se multiplier; enfin on vit s'élever les grandes figures équestres, œuvres par excellence de la sta-

I. C'est du moins ce qu'assurent les architectes Jan Gardet et Dominique Bertin, dans leur Epitome de Vitruve, publié en 1556, où ils s'attribuent cette découverte.

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tuaire, où se trouvent réunies toutes les difficultés et toute la grandeur

de l'art.

Cette grande évolution de la sculpture, en Italie, au xv« siècle, secondée par une pléiade d'artistes admirables, s'accomplissait en moins de trente ans. La construction de la Fonte gaja, par Jacopo délia Quercia, à Sienne, terminée en 141 9, peut être considérée comme son point de départ ; l'érection de la statue équestre de Gattamelata, par Donatello, à Padoue, en 1449, en marque le point culminant.

De la création de toutes ces belles œuvres nous ne devons retenir ici que Tart des madones, les bustes et quelques rares fontes de bronze, exécutées dès lors pour les amateurs, et qui n'ont pas cessé d'être recherchées depuis.

Luca délia Robbia est le grand vulgarisateur de cet art des madones, si bien fait pour devenir le principal ornement des intérieurs florentins du xv= siècle; madone traditionnelle, que tout bon chrétien devait posséder dans sa maison, en Italie, et devant laquelle brûlait perpétuellement une lumière discrète, que les femmes entretenaient avec soin, sans pour cela être précisément des vestales.

Le grand charme des œuvres plastiques de cette époque explique suffisamment la préférence qui leur fut accordée sur les madones peintes. La peinture était alors très inférieure à la sculpture. Ce fut très probablement pour satisfaire à ce besoin, tranchons le mot, à cette mode, que l'artiste imagina la façon plus expéditive de les exécuter en terre cuite émaillêe, et cet émail lui-même, harmonieux et brillant, convenait à merveille à leur destination. Notre exposition en contient de fort beaux spécimens; on a remarqué principalement, à droite, dans la salle VII, un superbe bas-relief exposé par M. Emile Gavet, émail blanc sur fond bleu. La Vierge, portant l'enfant entre ses bras, est d'un modelé robuste; le divin bambiuo, enveloppé de langes, lève sa petite main qui bénit; en haut, dans une glorie de chérubins, Dieu le père, avec un petit Saint- Esprit sur la poitrine, ouvre ses bras, comme s'il les donnait au monde. Ce motif, qui revient souvent dans les madones de Luca délia Robbia, est toujours d'un très heureux arrangement et traité avec beaucoup de soin. Dans des bas-reliefs de dimensions plus grandes, c'est souvent un chœur d'anges enveloppés de longues tuniques flottantes, de la plus extrême élégance, qui occupe le fond. Un bas-relief circulaire, exposé par M. Bardini, et placé un peu plus loin, est de ce genre, qui nous paraît appartenir à l'époque la plus ancienne ou tout au moins la

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MADONE EN ÉMAIL BLAXC, AVEC ENCADREMENT D T. BOIS DORE, PAR LUCA DELLA RÛBBIA.

{CoUectiou de M. Gavet.)

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meilleure. Un autre bas-relief, exposé par la même personne, est entouré d'une guirlande de feuillages et de fîeurs, brillamment colorés; c'est un autre type d'un très bel effet, qui représente peut-être les madones éraaillées sous leur aspect le plus mondain. Dans la vitrine n" 8, l'éternel sujet que les artistes de la Renaissance, seuls, ont pu reproduire à satiété sans qu'il cessât jamais d'être charmant, se présente sous un aspect plus sévère et dépouillé de tout accessoire. Le manteau de la Vierge, bleu, doublé de vert, et sa robe, sont seuls émaillés; les chairs sont sans émail et conservent à un plus haut degré la douceur de l'expression et la finesse du modelé. Les ouvrages de cette sorte, qui paraissent avoir été traités avec un soin plus particulier par l'artiste, sont aussi les plus rares. Une Vierge en pied, petite nature, de la collection Davillier, est de ce genre. Un saint Bernardino, exposé par M. Bonnaffé, est une autre statuette d'un modelé très expressif. Parmi [les productions de cette officine qui occupent une place dans nos cabinets, nous ne devons pas oublier les bustes groupés, généralement deux par deux, saint Jean et Jésus, enfants; la vitrine n° 8 en renferme deux d'un aspect souriant et modelés avec beaucoup d'esprit; ils sont de terre cuite sans émail et ont été coloriés en détrempe, mais on en trouve aussi d'émaillés en blanc ou d'émaillés en couleur, avec les chairs réservées de terre cuite. A une catégorie de bustes, exécutés sur de plus grandes proportions, appartient une tête de jeune faune exposée par M. Charles Ephrussi. Elle n'a rien du caractère antique du personnage, mais n'en respire pas moins toute la fraîcheur de la jeunesse.

Luca délia Robbia, populaire pour les madones de terre cuite, se recommande à bien d'autres titres comme artiste. Sa belle frise de marbre blanc des Chanteurs, est célèbre; ses portes de bronze, de la sacristie de Sainte-Marie del Fiore, moins connues, sont un des monuments les plus remarquables de Florence, qui renferme tant de chefs-d'œuvre : beaucoup de connaisseurs les préfèrent aux célèbres portes de Ghiberti. Une Visitation de la Vierge, dans l'église Saint-Jean de Pistoia, et quelques grands bas-reliefs de l'Alvernia peuvent être placés parmi les plus exquises productions de l'art italien, et la réputation de l'artiste ne peut que grandir encore, au fur et à mesure que l'opinion sera plus généralement fixée sur ce qvii constitue les conditions essentielles de la sculpture, c'est-à-dire la simplicité et la tranquillité. Luca délia Robbia, né précisément pendant la dernière année du xiv^ siècle, est le chef d'une famille d'artistes où se sont conservées pendant près d'un siècle

les traditions et la pratique de l'art des terres émaillées. Le plus connu après lui est son neveu Andréa, et le dernier, Girolamo, est venu s'établir en France sous François I", où il a contribué, pour une grande part, à la décoration du château de Madrid, au bois de Boulogne,

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