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SAN BERNARDINO EN TERRE EMAILLEE, ATTRIBUE A LUCA DELLA ROBBIA

(Collectioa de M. Bonnaffi;.)

aujourd'hui détruit. Les descendants de ce délia Robbia ont fait souche en France, et il en existait encore dans la Robe au xvn" siècle.

Les modèles des madones sorties des mains de cette famille d'artistes laborieux, pendant tout le xv^ siècle, sont variés à l'infini, au point de vue de la composition, des formes du bas-relief et des dimensions; avec le progrès des années leur style se modifie sensiblement. L'artiste n'échappe pas aux influences du milieu dans lequel il vit, et ce n'est que

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par une connaissance approfondie des modifications que le temps apporte chaque jour à la marche de Tart qu'on peut arriver à classer ses O-ivrages dans l'ordre successif de leur exécution.

Chacun de ces modèles a été répété un grand nombre de fois. Il y a moins de trente ans, on peut dire que la Toscane en était couverte; depuis, beaucoup se sont répandus par le monde. Dans les belles épreuves, l'enduit vitreux, d'un blanc très doux et très opaque, est appliqué sur les bas-reliefs en couches très minces qui n'altèrent que très peu la délicatesse du modelé.

Donatello reste le maître favori, souverain, de la sculpture italienne pendant tout le xv siècle, aussi bien par l'excellence et la grandeur de ses ouvrages que par leur variété et leur multiplicité. C'est aussi l'initiateur du style nouveau. Je ne trouve à citer, ici, parmi les marbres qui peuvent lui être attribués qu'un buste de saint Jean-Baptiste, exposé par M. Albert Goupil. L'exécution en est excellente; mais dans ces représentations, trop multipliées dans son œuvre, du saint patron de la ville de Florence, l'artiste a adopté un naturalisme, poussé parfois à outrance, qui ne donne aucune idée de la grâce parfaite, de l'amabilité, si je puis me servir de ce mot, qui distingue ses ouvrages. Un buste d'enfant Jésus, de terre cuite, à M. E. André, en donne une idée beaucoup plus juste, et je serais tenté de renvoyer également à un autre bambino de marbre, exposé par M. Charles Ephrussi, dont la tête est charmante, si l'incorrection du reste de la figure ne me faisait douter très fort de son originalité : il est tout au moins d'un bon imitateur.

Nous retrouvons Donatello avec bien plus de sincérité dans un excellent bas-relief de bronze, de la collection de M. E. André, une scène du martyre de saint Sébastien. Le saint, attaché à un arbre, est percé de flèches par ses bourreaux placés à peu de distance; un ange lui apporte la palme du martyre. Le cadre de la scène n'est pas très large, mais l'œuvre, très caressée, est ciselée avec la précision que les meilleurs orfèvres de ce temps pouvaient apporter dans leurs ouvrages d'or ou d'argent, et ce petit monument est tout à fait digne de prendre place dans l'œuvre officiel de Donatello.

Deux Génies p»yrophores, deux anges destinés à porter des candélabres, également de bronze, exposés dans la vitrine n" 8 ', sont du

I. Les objets renfermés dans la vitrine n" 8, de la SALLE VII, font partie de la collection de l'auteur de ce compte rendu; il continuera de les désigner par le numéro de la vitrine, sans autre nom nommer.

LA SCULPTURE AU TROCADÉRO. iSg

meilleur temps de l'artiste, et rappellent, par leur facture et leurs dimensions, la belle frise d'enfants, chantants et dansants, qui servait de balustrade au grand orgue de Santa-Maria del fiore. Les têtes, couronnées de fleurs, ont cette expression de gaieté expansive qui lui est familière. L'adaptation des ailes aux épaules est faite avec beaucoup de goût, de la façon la plus ingénieuse et la plus nouvelle.

Exécutés pour être vus de loin, le modelé manque de précision dans quelques parties, mais c'est évidemment avec intention. L'artiste, qui voulait donner l'idée d'un mouvement très vif, eût diminué cette sensation en accusant trop les détails.

Citons encore, sans sortir de la salle VII, un excellent profil de jeune homme de la collection de M. Armand, et une tête d'enfant, aussi de marbre, placée dans la vitrine de M. Gustave Dreyfus. On ne s'éloignerait pas beaucoup de la vérité en attribuant ce dernier morceau à Luca délia Robbia.

En descendant le cours de la deuxième partie du xv siècle, les œuvres deviennent bien plus abondantes, et nous n'aurons qu'à choisir. La première qui nous arrêtera est la belle Vierge de Mino de Fiesole, exposée par M. Emile Gavet. Ce bas-relief, d'une très grande distinction et d'un art parfait, réunit toutes les qualités que l'on aime à trouver dans les œuvres de ce gracieux artiste : c'est une des perles de l'Exposition.

Le buste d'homme exposé par M. Gustave Dreyfus nous le montre sous un aspect bien différent, et passe de cette élégance délicate qui touche à l'afféterie, à une expression vigoureuse, presque passionnée, fort rare dans les œuvres de cette époque. La tête, animée, est parlante; les cheveux sont rares et courts, presque hérissés; le col, d'un modelé superbe, dénote la force. Il est signé sur la plinthe, à la fin de l'inscription qui nous donne le nom du personnage, Dietisalvi Neroni :

OPVS MINL M. CCCC. LXIIIl (i+û + j.

Nous avons dit que les bustes étaient alors une nouveauté. Dietisalvi Neroni, qui a joué un rôle politique d'une certaine importance dans l'histoire de Florence, fut, suivant Vasari, un des premiers protecteurs de Mino de Fiesole. Un autre buste, anonyme, de femme, exposé par le même amateur, vient, comme le précédent, de Florence, où il était regardé comme un ouvrage d'Antonio Rosellino. Quelques détails d'ornements, rappelant les armes parlantes de Bartolommeo Colleoni, placés

dans une grenade, sur chaque épaule, ont fait penser qu'il pouvait bien représenter Thisbe Martinengo, femme du célèbre condottiere de la république de Venise; mais cela est très douteux. Les mœurs jalouses des Vénitiens d'alors ne se seraient pas accommodées de cette nouveauté. Il n'en est pas moins charmant ; la tête, infléchie sur le côté avec une certaine coquetterie, est nue; les cheveux, gracieusement enroulés, sont ornés de fîeurs; et un surtout de damas, agrafé sur la poitrine, laisse voir une partie du corsage lacé qui est dessous.

Un troisième buste de marbre, exposé par M. Gustave Dreyfus, dont la collection renferme une très remarquable suite de sculptures italiennes de la Renaissance, présente un intérêt historique plus particulier. C'est un portrait de Béatrix d'Aragon, fille du roi de Naples Ferdinand 1", plus tard reine de Hongrie. Sa réputation de beauté la fît choisir pour femme par le célèbre Mathias Corvin. On dit qu'elle se rendit en Hongrie emmenant avec elle une suite nombreuse d'artistes, peintres et sculpteurs; des poètes et des grammairiens; et qu'à son arrivée la cour de Bude vit la première fois des mimes et des histrions. Des écoles ne tardèrent pas à s'ouvrir, des bibliothèques à se fonder; une Italie nouvelle fut sur le point de prendre racine sur les bords du Danube. Cela se passait en 1476. Malheureusement le règne fut trop court. Mathias Corvin mourut en 1490; la reine revint en Italie finir ses jours dans les occupations pieuses d'un monastère; et la Hongrie retomba dans la guerre civile.

Béatrix d'Aragon est au nombre des quelques femmes illustres de la Renaissance, qui ont eu une grande part d'influence sur les arts de leur temps. Nous avons des portraits de la plupart d'entre elles : à les voir frêles et minces, la poitrine peu développée, le regard voilé par des paupières constamment baissées, ce qui était la contenance générale des jeunes femmes du xv" siècle, on ne devinerait pas les desseins virils et les actions courageuses qui se rencontrent dans l'histoire de la vie de la plupart d'entre elles.

Donatello est le premier qui ait imaginé les bas-reliefs d'une touche délicate, dont les méplats font à peine saillie. On en connaît, de lui, quelques-uns exécutés avec une si grande légèreté et une si grande sûreté de main, qu'ils ont l'accent et le charme d'un dessin savamment et vigoureusement indiqué. Le procédé était expéditif, mais l'imitation en était facile, et il était plus facile encore de copier ces bas-reliefs qui demandaient si peu de travail, et on ne s'en est pas fait faute.

Desiderio da Settignano, le délicat sculpteur des femmes et des

enfants, a traité ses madones d'après ce procédé. Vasari a reproché à Mino de Fiesole d'avoir abandonné l'étude de la nature pour suivre aveuglément la manière de son maître et de son ami. Elle ne laissa pas de faire fortune ailleurs cette manière, mais, à Florence, elle ne fut suivie par aucun artiste de quelque réputation, contemporain de ces deux

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