SAINT SÉBASTIEN, PAR DÛNATELLO
(Bas-relief en bronze de la collection de M. Edouard André.)
maîtres; on ne la retrouve ni dans les œuvres des frères Rosellino, ni dans celles des deux Majano ou de Bernardo da Rovezzano; ils ont modelé des natures saines, des chairs abondantes; et si l'on remarque un très grand rapport entre les portraits que nous citons plus haut et les nombreuses madones de nos deux artistes, il faut seulement en conclure que Desiderio et Mino étaient des sculpteurs à la mode et qu'ils lui ont beaucoup sacrifié.
Quel est riiuteur du buste qui vient de nous occuper? C'est encore une question à résoudre. Est-il de Desiderio, dont il rappelle la manière? Cela n'est pas probable; le buste de Béatrix d'Aragon, qui ne porte pas son titre de reine, doit avoir été exécuté quelques années seulement avant son mariage, qui eut lieu en 1476, et Desiderio était mort douze ans auparavant.
Les œuvres du xv siècle sont vouées à l'anonymat; très peu sont signées; la production, si abondante alors, semble avoir été un besoin exclusif de toute préoccupation personnelle. Aujourd'hui on veut des noms, et c'est une manie de reporter toutes les œuvres quelque peu estimables d'une époque, aux trois ou quatre grands artistes qui la dominent, au risque de les compromettre dans l'opinion de ceux qui ne peuvent se reporter par la pensée aux grandes œuvres qui ont fait leur réputation, et c'est le plus grand nombre.
Pour les personnes sensées, un nom jeté au hasard ne saurait rien ajouter au mérite d'une œuvre d'art : celles qui entrent dans nos cabinets sont rarement assez développées pour que le maître ait pu y mettre une marque bien distincte de sa personnalité. Les bustes, par exemple, qui par leur nature doivent être une copie fidèle de la personne représentée, en sont plus dépourvus que les autres, surtout s'ils se bornent à la tète. Quelques maîtres seuls ont ce glorieux privilège de faire reconnaître l'ongle du lion dans les moindres fragments échappés de leurs mains. Il ne faut pas oublier aussi qu'à ces époques privilégiées une véritable armée d'artistes de talent, émules, auxiliaires, élèves ou imitateurs, manœuvraient sous les ordres des maîtres, et ont produit, seuls, des œuvres excellentes. Il faut apporter beaucoup de circonspection à mettre un nom sur les œuvres anonymes. C'est déjà beaucoup, dans bien des cas, de pouvoir déterminer avec certitude l'école à laquelle elles appartiennent.
La Foi, l'Espérance et la Charité, en marbre, de M. Courajod, ainsi qu'un autre bas-relief, reproduit page iSy, quatre personnages assis, qui paraît représenter un épisode de la Vie de sainte Catherine de Sienne, appartiennent à l'école milanaise, ou, mieux, aux artistes qui ont travaillé à la chartreuse de Pavie. Trois figurines, placées dans l'une des vitrines de M. Gavet, la Vierge entre deux saints, sont aussi de cette école, qui se distingue par une manière de traiter les draperies d'une façon si heurtée et si éloignée de l'étude de la nature qu'on les prendrait pour des rochers. Un grand médaillon rond, une demi-figure de jeune
femme d'un sentiment exquis, exposé par M'"" la baronne Adolphe de Rothschild, et une figurine assise, la Foi, placée dans la vitrine n° 8, sont aussi de l'école milanaise, sans participer toutefois au parti pris choquant d'exécution que nous signalions plus haut.
Un bas-relief de marbre. Saint Georges et le Dragon, d'un grand caractère, exposé par M. Richard, vient de Gènes. Les sculptures de ce genre étaient placées d'ordinaire au-dessus de la porte d'un palais, et le sujet représenté indiquait que son propriétaire était un des régents de la fameuse banque de Saint-Georges.
La vitrine de M. Gustave Dreyfus, salle 'VII, contient un abrégé de la sculpture en bronze de la fin du xv" siècle et du commencement du suivant. Un grand bas-relief. Saint Jérôme au désert, est certainement de Bertoldi, élève de Donatello; il semble détaché d'une de ces tribunes de la basilique de Saint-Laurent, de Florence, Où l'on sait que le maître et l'élève ont travaillé concurremment. Un bas-relief en bois, à M. Gavet, du plus charmant caractère, vitrine n° 4, est peut-être de Mantegna. Nous savons par des poésies du temps, faites à sa louange, qu'il n'était pas moins bon sculpteur que bon peintre. Tel est le charme des productions de cette époque, où l'artiste, tout à tous, ne dédaignant rien, prêtait son aide à toute chose; de façon qu'en présence d'un meuble distingué, d'un vase, d'une épée, on peut toujours les croire faits sous la direction ou sur les dessins d'un grand maître : nous savons que les robinets de la salle de bain de la duchesse de Milan avaient été dessinés par Léonard de Vinci .
Un grand bas-relief en bronze, d'Andréa Riccio, dans la vitrine de M. Dreyfus, nous arrêtera plus longtemps : les productions de ce grand artiste, honneur de la ville de Padoue, sont très caractérisées et faciles à reconnaître. Sa réputation est fondée principalement sur l'exécution du grand candélabre placé près du maître-autel de la basilique de Saint- Antoine de Padoue; mais ce candélabre, qui a quatre mètres de hauteur, peut être rangé parmi les monuments illustres de l'art italien, entre les portes de Ghiberti et les fonts baptismaux de la cathédrale de Sienne.
Padoue est la ville des bronzes, comme Florence est la ville des madones. Pendant près de deux siècles elle a eu le privilège de fabriquer les beaux candélabres, les vases, les coupes, les flambeaux, les encriers, les sonnettes, les bas-reliefs et les figurines de haut style qui forment aujourd'hui l'ornement de nos cabinets et de nos musées. On voulait alors
toutes ces choses ornées des plus gracieux caprices ; elles couraient ainsi dans toutes les mains : l'art devenait chaque jour plus familier. C'était le véritable art industriel, qu'on nous pardonne ce mot, — il n'y a pas deux arts, — exercéjpar de grands artistes. Vingt noms connus se pré-
FIGURE d'enfant, PAR DONATELLO.
(Bronze de la collection de M. Eugène Piot.)
sentent à nous, que nous pourrions citer ; nous n'en retiendrons juste que ce qui est nécessaire pour caractériser le genre des travaux padouans et en indiquer la descendance.
La belle fonte des bronzes, que nous appelons à cire perdue, a toujours été entourée de difficultés difficilement surmontées. La perfection a été tour à tour obtenue et perdue. L'exécution de la statue équestre
de Gattamelata par Donatello, à Padoue, paraît avoir été l'école où se sont formés les fondeurs padouans; non que l'illustre Florentin ait été un grand maître en ce genre, mais il paraît avoir trouvé, à Padoue, des auxiliaires attentifs qui l'ont porté après lui à un très haut degré de perfection.
Son élève Bartolommeo Vellano ou Bellano est le premier en date.
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