FIGURE D ENFANT, PAR DONATELLO
(Bronze de la collection Je M. Eugène Plot.)
Il a exécuté de grands travaux aujourd'hui dispersés, mais dont on conserve de précieux fragments à Padoue et à Venise. Il paraît n'a^'oir pas fait grand cas de l'art de la perspective dans la composition des basreliefs; peut-être avait-il raison. Ses compositions sont un peu confuses. Un petit bas-relief, placé dans la vitrine n° 8, l'Évanouissement de la Vierge, donne une idée très exacte de sa manière. On a de lui d'autres
ouvrages du même genre et des médailles de Paul II, un pape du XV siècle, grand amateur de pierres gravées, pour lequel il a beaucoup travaillé. Vellano mourut presque centenaire, à la fin du siècle; Andréa Riccio, son élève, qui devait porter si haut la réputation des fondeurs padouans, est son meilleur ouvrage.
A Tépoque de Vellano, deux influences contraires partageaient les artistes de Padoue : celle de Donatello, qui représentait le sentiment moderne, et celle du vieux Squarcione, qui tenait pour l'imitation de l'antique. C'était alors une nouveauté; inutile de dire celle qui l'emporta sur l'autre.
Mantegna et Riccio tenaient pour l'antiquité. Leur manière de l'interpréter était mêlée de beaucoup de sentiment personnel. Leurs ouvrages, où les deux influences se confondent, ont encore beaucoup de charme aujourd'hui, mais ils n'en marquent pas moins l'introduction d'un élément étranger. Il est intéressant de constater que cette introduction de l'archéologie dans l'art moderne n'est pas venue, comme on pourrait le croire, du midi de l'Italie, qui fut un des sièges importants de l'art antique, mais du nord. La grande personnalité de Michel-Ange, seule, y posa une digue momentanée.
Riccio est parfaitement représenté à notre Exposition par une figure d'Arion, placée dans la vitrine de M. Davillier, et par une figurine équestre que l'on trouvera parmi les bronzes de la salle de M. Spitzer : deux petites œuvres d'un grand style. La première de ces figures est couverte d'une sorte d'armure collante qui a la plus grande ressemblance avec celle d'un personnage placé à droite, dans le beau tableau de Mantegna, connu sous le nom de la Vierge de la Victoire, qui est au Musée du Louvre. Nous croyons l'Arion de Riccio, mais il pourrait aussi bien être de Mantegna. Nous rappelions plus haut qu'il avait fait de la sculpture; un historien padouan contemporain ne confirme pas seulement le fait, il ajoute qu'il avait fondu lui-même le buste qui plus tard orna son tombeau : cet art était devenu endémique à Padoue.
Trois bas-reliefs, une Adoration des mages dans la vitrine n° 7, une Mise au tombeau et un Évanouissement de la Vierge, placés dans celle de M. Gustave Dreyfus, nous donnent une très belle idée du talent de Riccio. On peut remarquer, dans le dernier de ces bronzes, d'une composition un peu touffue, une figure portant un vase, qui indique la nature et la forme des beaux objets de ce genre, si rares aujourd'hui, qui sortaient de son atelier. Un Satyre assis tenant un vase, dans la
vitrine n" 8, est aussi de Riccio ; la grande coupe et la clochette voisine du satyre peuvent aussi lui être attribuées.
Francesco Collas, à qui on doit la base du grand candélabre de Riccio, était contemporain du maître, dont il complétait l'œuvre. Il avait pour spécialité les chevaux marins, les griffons et les harpies qui se jouent agréablement dans des rinceaux de feuillages de style antique. C'est peut-être à lui qu'il faut attribuer un enfant monté sur un escargot, qu'il faut aller chercher dans le bas de la vitrine n° 5, de la collection de M. Basilewski. C'est une délicieuse composition, pleine de charme et de fantaisie dans sa laideur difforme."
D'un pinceau délicat Tartifice agréable, Du plus affreux objet fait un objet aimable.
C'est avec plaisir que nous saisissons, à notre tottr, l'occasion de citer cette riche collection. M. Basilewsky est un amateur de la vieille roche, partagé entre le xvi^ siècle des émaux de Limoges et des faïences italiennes, et les splendeurs de l'orfèvrerie du moyen âge; il n'a pas encore donné droit de cité, dans sa galerie, aux marbres et aux productions d'un art élevé, mais cela viendra.
Le Mosca est aussi un artiste de la première moitié du xvr siècle. L'histoire a conservé le souvenir d'une Vénus sortant de sa coquille, exécutée par lui, que nous croyons reconnaître dans un bronze superbe de la vitrine n° 4, de M. Emile Gavet. Le Mosca, engagé au service du roi de Pologne Sigismond I", en i53o, n'est jamais revenu dans sa patrie.
Tiziano Minio, autre artiste d'une belle renommée, paraît avoir rajeuni, vers le milieu du xvi' siècle, tout ce petit monde des faunes et des faunesses, qui gambade autour des encriers-porte-lumières, que l'on rencontre un peu partout.
Nous pourrions citer encore d'autres noms d'artistes fondeurs padouans, qui nous conduiraient jusqu'à Tiziano Aspetti, qui touche à la fin du siècle, mais le manque de monuments assez caractérisés pour leur être attribués nous arrête.
C'est à Tiziano Aspetti, petit neveu du grand Titien, que l'on peut donner deux grandes figures d'hommes nus, montés sur des panthères, placées au milieu de la salle VIL Ces bronzes, un peu frustes, appartiennent à M. Adolphe de Rothschild; on me dit qu'ils ont été attribués à Michel-Ange Buonarroti ; c'est une erreur un peu forte, mais l'illustre
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amateur a bien d'autres objets charmants et mieux réussis pour s'en
consoler.
Les beaux marteaux de porte exposés par MiM. Armand, Antiq et Fould, sont des bronzes vénitiens.
La SALLE VII, dont nous ne sortons pas, ne doit pas nous faire oublier d'autres bronzes placés dans la salle voisine. Sans vouloir les nommer tous, il faut cependant nous arrêter aux plus importants. Rien, dans tout ce que nous venons de passer en revue, n'est plus précieux qu'un petit bronze placé dans la vitrine de M. Gustave de Rothschild : une figurine de jeune femme assise, à moitié nue, dorée en partie, du plus pur style italien. On reste émerveillé, en l'examinant avec soin, de rencontrer tant de grâces et de perfections réunies dans un aussi petit objet. Elle est donnée au xvi- siècle, mais je la crois plus ancienne. La même vitrine contient encore cinq ou six figurines, hautes de huit ou dix pouces, d'ivoire et de bois, allemandes ou françaises, de la plus rare qualité. Pour ne pas sortir des bronzes, nous ne désignerons nominativement qu'une belle lampe du xv° siècle, couverte de petits bas-reliefs, célèbre depuis longtemps, souvent publiée et attribuée à Donatello ; et dans le voisinage, Hercule terrassant l'hydre de Lerne; et Persée tuant le monstre qui devait dévorer Andromède : deux belles figures faisant pendant, du même amateur.
Un buste de bronze, d'un modelé très précis, de la fin du xvi' siècle, exposé par M. Gérome, est florentin. Il présente cette particularité d'être une restitution faite à trois cents ans de distance d'un personnage célèbre du xni« siècle. Un buste d'Alessandro Vittoria est un spécimen distingué des œuvres recherchées du grand artiste vénitien. Dans la même salle est placée une belle répétition d'une tête de Michel-Ange Buonarroti, que nous retrouverons dans un instant, qui appartient à M. Maurice Cottier.
Un buste de marbre blanc, ou pour mieux dire la partie supérieure d'une statue, la tête et les épaules nues, placé dans un des angles de la SALLE VII, a beaucoup attiré l'attention des visiteurs. La tête, très jeune, fortement infléchie et comme renversée sur l'épaule droite, n'indique nullement la douleur, mais bien plutôt un mouvement de nonchalance '• voluptueuse qui rappelle celui de la tête de la Stratonice de M. Ingres. Est-ce une jevine femme, est-ce un jeune homme ? Je ne saurais le dire. Ce qui est certain, c'est que c'est l'apparence de la jeunesse dans sa fleur. Ce qui frappe surtout, dans ce marbre, c'est l'heureuse distribution de
Tomhre et de la lumière qui se jouent dans Torbite profondément creusé de l'œil, et dans la cavité de la bouche, légèrement entr'ouverte, dont la lèvre supérieure est proéminente. L'œuvre est conçue dans le sentiment moderne des premières années du xvi" siècle, mais ce n"est