ERGO.COND
Les deux autres, de plus grandes dimensions, contiennent des sujetsdont l'explication ne présente pas de difficultés si Ton tient compte des loisirs de la paix indiqués dans l'inscription que nous venons de rapporter. Le bas-relief placé à gauche représente une forge; un homme très barbu, un dieu, Vulcain peut-être, est assis sur une enclume; il tient d'une main un long marteau, et vient de façonner, avec un aide placé derrière lui, un fer, c[u"un troisième personnage plonge dans un grand vase plein d'eau; à en juger par d'autres fers placés à ses pieds, ce ne peut être qu'un soc de charrue. Dans l'angle de droite, à terre, est reléguée une armure sur laquelle un aigle se pose.
Vulcain ne forge plus des armes, mais des instruments de paix.
Le sujet de l'autre bas-relief est très imprévu, surtout si l'on se reporte à la date de son exécution. C'est la représentation, sans la moindre incertitude, de la dispute de Neptune et de Minerve, pour la possession de l'Attique, en présence d'Erichthonius; sujet célèbre traité par Phidias sur le fronton méridional du Parthénon, à l'acropole d'Athènes, qui est aujourd'hui perdu. Minerve, gardienne des forte-
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resses et des États, est parfaitement caractérisée par l'olivier planté près d'elle et sur lequel est placée la chouette, son oiseau favori ; elle tient entre ses mains un rameau qui annonce la paix. Neptune a près
BUSTE DE DIETISALVI NERONI, PAR MINO DE FIESOLE (l^6^).
(Marbre de la collection de M. G. Drtyfus. )
de lui un cheval. Le jeune homme assis, Erichthonius, serait une personnification du duc de Ferrare.
On ne saurait certes venir de plus loin, ni d'un meilleur lieu. Obser- \;.ons que le mythe représenté ici est tout à fait en dehors du cadre des connaissances mythologiques d'alors , principalement puisées dans les Alétamovphoses d'Ovide.
i52 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.
Toutes les figures de ces deux has-reliefs sont nues, à Texception naturellement de celle de Minerve. L'exécution de ce grand travail est excessivement soignée dans tous ses détails, sans sécheresse, et trahit une main exercée. Il est conçu dans un sentiment tout à fait moderne, c'est-à-dire sans aucune préoccupation des œuvres de l'antiquité.
Ces bas-reliefs ont appartenu autrefois au comte d'Espagne, un amateur d'il y a quarante ans. Ils les avait rapportés d'Italie; ils proviennent de l'atrium d'un belvédère du palais de Sassuolo, dans les environs de Modène, et ils ont été faits pour Alphonse d'Esté, troisième duc de Ferrare, ce qui ressort de l'inscription citée plus haut.
L'époque de i5o8, assignée comme date de leur exécution, était effectivement une époque heureuse pour Ferrare et son Duc. En aidant le pape Jules II, de la façon la plus efficace, à assurer sa domination sur la ville de Bologne, le duc Alphonse avait acquis, pour lui-même, une sécurité qui n'était jamais très complète pour les grands .vassaux de l'Église. Il avait conquis dans cette petite guerre ce même Sassuolo qu'il faisait orner, sur les princes de Pio Carpi, alliés des Bentivoglio. La duchesse sa femme, la célèbre Lucrèce Borgia, avait reconquis l'estime et recevait les hommages des Italiens les plus illustres; elle venait de lui donner le fils qui lui a succédé plus tard. Mais qui peut prévoir le lendemain? Le duc commandait à l'artiste de célébrer les loisirs de la paix, et l'on était à la veille de la guerre dite de la Ligue de Cambrai, qui devait mettre l'Italie en feu, et lui faire courir bien d'autres dangers à lui-même.
L'auteur des bas-reliefs de Sassuolo n'est pas connu. Dans les recherches sur les arts, faites pendant ces dernières années, à Ferrare et à Modène; dans le dépouillement des archives de la maison d'Esté, qui a fait l'objet des belles publications du marquis Campori, je n'ai rien trouvé qui fût relatif à une œuvre d'art qui assurerait à elle seule la réputation d'un artiste. On les attribuées à Alphonse Cittadella, de Ferrare, et Antonio Lombardo, de Venise. Je n'y vois nulle probabilité. Alphonse Cittadella n'était qu'un simple plasticateur travaillant le stuc et la terre; le style d'Antonio Lombardo, très caractérisé et bien connu par ses nombreux travaux, n'a aucune analogie avec celui des marbres de Sassuolo. Si j'avais une opinion à émettre, je les donnerais de préférence à Andréa Contucci del Monte san Savino. Cette attribution ne m'est suggérée que par la très grande conformité du style des bas-reliefs de Sassuolo avec celui des célèbres ouvrages de cet artiste, réputés
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surtout par la beauté de leur ornementation. Andréa Contucci fut un artiste voyageur : on sait qu'il passa les sept dernières années du XV' siècle au service du roi de Portugal. On ne revenait alors de ces pays que par mer; ce n'est qu'une hypothèse, mais on en vu de plus