BAS-RELIEF EN MARBRE {ÉCOLE MILANAISE DU XV** SIÈCLE
(Collection de M. Châtel. )
copié ; la saveur, le goût de terroir, l'originalité, sont restés tout entiers. Nous n'avions à emprunter à l'Italie ni des orfèvres, ni des sculpteurs, ni des architectes; nous ne manquions même pas parmi nous d'antiquaires et de commentateurs de Vitruve étudiant l'art classique et cherchant à s'en assimiler les principes \ Si on ouvre le beau livre de
I. Geoffroy Tory, dans son Champ Fleury, fait ù plusieurs reprises Féloge d'un artiste français du XV" siècle, Simon Hayneufve. «Le dit raaistre Simon, dit-il, est le plus grand et excellent ouvrier en architecture antique que je sache vivant. U est homme d'esglise et de bonne vie, aimable et serviable à tous, en deseings et pourtraicts au vray antique, lesquels il faict si bons que si vitruve et Léon Baptiste Albert vivoicnt, ilz lui doneroicnt la palme par-dessus tous ceulx de deza les monts. » Geoffroy Tory était un très bon juge, il connaissait bien l'Italie et avait publié en 1J14 une édition du livre de L. B. Alberti, De Ke edificatoria.
Un Épitome de Vitruve a paru en français, in-4'', orné de figures, chez Simon de Colmes
i58 UART ANCIEN A L'EXPOSITION.
Ducerceau, intitulé Les plus Excellents bâtiments de France, superbe document de la valeur des artistes français du xvi" siècle, on n'y trouvera pas Tombre d\tne réminiscence étrangère dans les trente demeures vraiment royales qui y sont analysées par un crayon amoureux de son sujet. Et il n y avait certes aucune nation qui pût en présenter d'aussi belles et en si grand nombre. Notre vieux Louvre, le plus beau morceau d architecture civile qu'on puisse voir en Europe, est aussi le plus original. La langue que parle ce bel ouvrage est classique sans doute, c'està-dire que ses proportions sont excellentes, et que la distribution de ses détails est harmonieuse, mais son discours est bien français.
En quoi Jean Goujon, Cousin et Germain Pilon procèdent-ils de la sculpture italienne, qui en était réduite, au moment où ils fllorissaient, à TAmmanato et à Jean Bologne ? N'avaient-ils pas de qui tenir dans le passé glorieux des artistes français, qui avaient peuplé la seule cathédrale de Chartres de plus de trois mille statues, et semé, pour ainsi dire, la France de superbes monuments sépulcraux, à partir du tombeau de Philippe le Hardi, qui est de l'année 1405, jusqu'à celui du cardinal d'Amboise, de la cathédrale de Rouen, terminé en i525. Notre activité avait été considérable pendant tout le xv° siècle.
Lorsque des artistes étrangers séjournaient longtemps en France, bien loin de nous modifier c'est eux qui étaient absorbés; ils y perdaient rapidement leur originalité native. Le sculpteur Paul Ponce Trébati en est un bel exemple : qui reconnaîtrait un artiste florentin dans l'auteur du tombeau de Charles de Magny, qui est au Musée du Louvre?
Le groupe d'artistes que l'on désigne sous le nom d'École de Fontainebleau, atelier très restreint, renfermé dans cette résidence royale, est une autre preuve de cette impuissance; il n'a produit que des œuvres où les deux influences française et italienne se mêlent et s'équilibrent, aussi éloignées du style de l'une que du génie de l'autre. Et il devait nécessairement en être ainsi. Le génie français, sui generis, si l'on veut, était par sa nature beaucoup trop compact et trop robuste pour subir une altération sensible du contact de quelques individualités que la mode ou un talent réel pouvait attirer parmi nous.
en 1539. — Guillaume Philandrier, dédiait à François I", en 1545-, un commentaire estimé de Vitruve. Philandrier était un architecte attaché au cardinal Georges d'Armagnac. — En 154^, Jean Goujon ajoutait un chapitre à la traduction de Vitruve de Jean Martin; — et en tjjô, Dominique Eertin, que nous avons déjà cité, mettait au jour un Épitome beaucoup plus ample du même vitruve et un Commentaire des trois premiers livres.