EXPOSITION UNIVERSELLE DE
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LA SCULPTURE AU TROCADÉRO. iSg
Au lieu d'en appeler aux souvenirs de nos lecteurs, nous aurions préféré mettre sous leurs yeux quelques belles œuvres françaises du xvr siècle, mais elles sont rares, en dehors des Musées et des monuments publics. Dans la revue des productions françaises, en petit nombre, qui se rattachent à cette époque, nous suivrons progressivement Tordre des salles où elles sont exposées.
Dans la salle III, qui renferme les antiquités de M. Julien Gréau, est placé un grand bas-relief d'albâtre, la Mort de la Vierge, d'une belle ordonnance et d'une très grande richesse de composition. La scène ne
BAS-RELIEF EX BOIS fsrYLE ITALIEN' DU XV^ SIÈCLE;).
(Collection Je M. Gavet. )
comporte pas moins de quatorze personnages, de très haut relief, qui entourent le lit où la mère du Sauveur est couchée. La pierre est fouillée avec beaucoup de soin et de patience; derrière les personnages règne une sorte de galerie en perspective; le lit, entouré de ses draperies, est en forte saillie sur le reste. Tous ces soins de mise en scène ne nuisent en rien à l'élégance des personnages qui l'animent, au caractère des figures et au beau jet des draperies. Ce bas-relief, exécuté en iSyg, par François Gentil, pour la cathédrale de Troyes, était rehaussé de dorures et peint en partie, comme d'autres ouvrages d'albâtre de la même époque. Les mutilations inévitables que le temps a apportées à ces sortes d'objets, ne lui enlèvent en rien de son beau caractère artistique. Non loin de là une figure assise, un père de l'Église, saint Grégoire lisant, est enveloppé
i6o L'ART ANCIEN A UEXPOSITION.
de draperies d'un très beau mouvement, et dans la salle suivante une figurine, aussi de pierre calcaire, la Foi, exposée par le même amateur et d'une exécution très délicate, appartient comme les précédentes à l'école champenoise.
A cette époque l'art français avait plusieurs centres de production, comme Tours, Nantes, Lyon, Rouen, etc. ; Paris n'était qu'un centre commercial. Les artistes ne quittaient pas leur pays natal, ils y maintenaient leurs ateliers, satisfaisaient aux besoins de la province, et exécutaient là les travaux que leur célébrité leur attirait des pays voisins. Cette dispersion était commandée par le grand nombre de monuments dont notre pays était couvert et par les travaux que les grands seigneurs faisaient exécuter; mais cette dispersion fut aussi une des causes de la notoriété moindre des travaux de ces artistes, qui, groupés dans un centre unique, eussent brillé d'un plus grand éclat. Une tête de femme, de marbre, exposée dans la même salle par M. Dufay, provient d'une statue couchée sur un tombeau. Elle ne manque pas de charme, mais le modelé en est encore très incertain et sent le Moyen Age auquel elle appartient.
La SALLE V, si bien remplie par la collection de M. Basilew^ski, a deux petites statuettes de pleureurs, en marbre, assez semblables à celles qui entourent le tombeau de Philippe le Hardi, dont on peut voir une très belle suite photographiée sous le péristyle à l'entrée de la galerie. Ces figures, d'un art vraiment merveilleux, — je parle de celles du tombeau de Philippe le Hardi, — et de la plus grande originalité, ont servi de types pour la décoration d'un grand nombre d'autres monuments du même genre dont il ne nous reste plus guère aujourd'hui que le souvenir.
Les meubles, crédences, bahuts, stalles et retables de la collection Basilew^ski sont d'une grande richesse. Il serait trop long de les analyser tous avec le soin qu'ils méritent. Nous nous arrêterons cependant à sa belle crédence du temps de François I", qui présente un abrégé charmant de l'architecture familière de cette époque, riche de détails et aimant à se couvrir de bas-reliefs. La partie qui contient les tiroirs forme une sorte de sylobate sur lequel s'élève le corps du meuble, qui est couronné par un dossier de forme carrée, qui lui sert d'entablement ou mieux d'attique. L'ensemble est robuste, un peu trapu, mais les pilastres sont ornés de montants d'ornements élégants et légers, et dans les frises se jouent des enfants du meilleur style. Ces frises sont même la partie la plus distinguée du meuble. Le reste est couvert de bas-reliefs. Particularité curieuse,
LA sculpturp: au trocadero.
iCr
on reconnaît très bien, dans l'un des personnages les mieux placés, la tète si caractérisée de François I"'. C'est une familiarité dont usaient souvent les artistes attachés au souverain, comme on peut en voir un autre exemple dans l'un "des grands émaux, de Léonard Limousin, exposés dans la galerie d'Apollon au musée du Louvre. Le meuble de M. Basilewsky est de tout point le roi des meubles; on dit qu'il a coûté très cher, mais c'est un détail. Tout près, une stalle et un grand cotïre sont de la même époque.
Parmi les œuvres italiennes de la salle VII, on trouve, dans la vitrine
MISE AU TOMBKAU, PAR AXDREA RICCIO.
( Ras-relicf en bronze de la collcclion Je M. G. Dreyfus. )
n° lo, une figurine de marbre, dans sa niche de bois doré et peint, de la collection de M. Bonnatfé. La base et le couronnement, en tourelle, de cette niche, forment avec sa figure un très gracieux ensemble.
Dans la salle VIII, un dessus de porte de forme semi-circulaire, de bois sculpté, de la collection de M. Edmond Foule, est une des œuvres qui font le plus d'honneur à l'école française. Ce n'est qu'un fragment, mais il est excellent et la date qu'il porte, i5i8, ajoute à sa signification. La lunette est remplie par deux enfants dont les corps se terminent en rinceaux de feuillage, d'un modelé robuste et d'un grand caractère. Sur le linteau est placée l'inscription : povr la foy.
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Dans la salle X, dans le voisinage d"un coffre normand, d'un grand style, exposé par M. Maillet du Boullay, est placé le couvercle d'un font baptismal, de l'église Saint-Romain, de Rouen, qui est une véritable merveille de sculpture en bois. Il est en forme de dôme, surmonté d'une lanterne à jour dont le couronnement est soutenu par quatre colonnettes. Le dôme lui-même est divisé en huit compartiments par de fortes nervures qui descendent du sommet et forment autant de cadres où sont disposées diverses scènes de la Passion, depuis la prise de Jésus au jardin des Oliviers jusqu'à la mise au tombeau. Dans la lanterne, le Christ sort de son sépulcre au milieu de quatre soldats effarés par le miracle. La composition est ingénieuse, le couronnement est d'une disposition très pittoresque; mais on ne saurait rendre qu'avec le crayon l'extrême élégance des figurines, des bas-reliefs et la distinction des détails d'architecture qui rappellent quelques-uns des plus jolis motifs de l'église Saint-Eustache de Paris. Il serait fort intéressant de savoir le nom d'un artiste d'aussi grand goût.
La SALLE XII contient, entre autres sculptures, une tète de Henri II, marbre qui rappelle le beau buste de Jean Goujon, du Musée du Louvre; mais ce n'est qu'une tète. Elle appartient à M. de La Renaudière.
Au premier étage, dans la salle des portraits historiques, au milieu de beaucoup de productions vraiment inférieures qui y ont été réunies, est placé un buste de bronze de Jean de Morvillier, ecclésiastique, mais surtout diplomate distingué, qui représentait la France au concile de Trente. C'est une rareté. Le personnage, de mine austère, n'a rien de séduisant, mais la sculpture a beaucoup de caractère. Jean de Morvillier, mort en 1377, était de Blois, et son buste provient du tombeau qui lui avait été élevé dans sa patrie.
Nous ouvrirons ici une parenthèse pour présenter à nos lecteurs un merveilleux petit ouvrage français du xvi" siècle, — la Clef Stroni, — aujourd'hui la propriété de M. Adolphe de Rothschild. Nous en donnons le dessin.
La grandeur de l'art n'est pas toujours dans les monuments officiels. Il ne faut pas dédaigner les petites choses; c'est la menue monnaie de l'art, si l'on veut, et je suis même prêt à la louer, cette menue monnaie, car elle est un signe de l'étendue du commerce et de la richesse du pays dont elle porte l'empreinte.
Le travail du fer semble avoir été plus particulièrement l'apanage
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de l'Espagne et de la France. On connaît, au moins de réputation, les rejeros espagnols du xvr' siècle. Ils ont fait, comme leur nom l'indique, des grilles et des clôtures de chapelle, sur de grandes proportions, où
ARIOKj PAR ANDREA RICCI O.
(Bronze de la collection de M. Ch. Davillier.)
se développe un admirable génie d'ornementation. Les artistes italiens, plus expéditifs, ont orné le fer de délicates damasquinures d'or, genre emprunté aux Orientaux, ou bien Font travaillé au repoussé-ciselé, pro-
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cédé qui leur était familier. Les Français, plus patients et plus laborieux, ont attaqué le fer même dans la masse. Ils sont passés rapidement des grandes pentures et des serrures ouvragées du moyen âge aux délicates montures d'escarcelles, à la coutellerie, aux montures d'épées et de poignards, aux garnitures d'arquebuses, clefs, canons et batteries. Je laisse toutes ces choses, qui sont un peu en dehors de mon domaine, pour ne retenir que les clefs de serrures. — Elles sont nombreuses ici et en plus grand nombre encore chez quelques amateurs parisiens qui se sont abstenus de prendre part à notre concours. MM. Gaston Lebreton, de la Herche et Loquet en ont exposé de très bons spécimens; mais celle de M. Adolphe de Rothschild brille entre toutes par la richesse de sa composition, la finesse de sa ciselure et un certain éclat métallique croustillant, à l'état neuf, comme si elle sortait des mains du ciseleur. Cette clef était très précieusement conservée par le duc Strozzi, à Florence, où nous l'avons vue il y a dix ans. L'excellent dessin de M. Camille Gilbert me dispense de la décrire.
On peut en voir une autre, salle VIII, vitrine n" 6, qui appartient à M. R. Seillière et ne le cède guère à la première. Elle est d'une composition plus sobre, plus largement traitée comme ciselure, mais le chapiteau corinthien qui sert de base à l'anneau et le petit masque placé au-dessus sont de meilleur style. M. Basilewsky en a exposé une qui peut être placée parmi les plus belles; et la vitrine de M. Frédéric Spitzer, qui contient une belle suite de clefs de diverses époques, possède six de ces clefs à peigne, ainsi nommées de la forme du panneton. Une entre autres nous a paru fort remarquable et digne d'être décrite, puisque nous ne la reproduisons pas. Son anneau a la forme d'un pavillon carré dont le dôme est supporté par huit cariatides, accouplées deux à deux, ciselées avec la délicatesse la plus rare. Tous ces charmants bijoux de fer nous paraissent appartenir à la fin du xvi" siècle et sont dignes du luxe recherché de la cour des derniers 'Valois. Notre Ducerceau n'en donne point de modèles aussi compliqués. Pour les retrouver telles que nous les voyons ici, il nous faut descendre jusqu'au livre de serrurerie, publié en 1617 par Mathurin Jousse, de La Flèche, qui en donne de beaux modèles gravés. Mathurin Jousse, qui vivait en province, ne paraît pas avoir connu l'art de les exécuter, qui lui paraît, sinon impossible, tout au moins fort difficile. Il s'en tient à l'opinion populaire, qu'elles étaient faites par des ouvriers qui avaient tnun'é le secret de couler le fer dans des moules, comme on coule le cuivre ou l'argent. Il
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nomme cependant le plus habile de ces ciseleurs, un certain Biscornet, que je ne vois point cité ailleurs.
Ce qui confirmerait l'opinion que nos clefs ont été exécutées à la fin du XVI" siècle, c'est que celle de M. Raimond Seillière appartient à un