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VENUS MARINE, PAR LE MOSCA

(Bronze de la collection de M. Gavet.

grand meuble sculpté de cette époque. Une belle bague de fer, très ouvragée, de la collection Sauvageot, passait pour avoir appartenu à Marie de Médicis. C'est aussi vers cette époque que le métier de ciseleur et damasquineur sur fer avait pris assez d'importance pour mériter d'être érigé en communauté. Ses lettres patentes, enregistrées en i586, avaient été accordées par Charles IX en iSyJ, et je vois cités parmi les

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suppliants : Nicolas Boutin, Melchior Petit, Jacques le Menu, Noël et Martin Meraudel, Charles Dubois, Jean Goulier, Baptiste Auger, Pierre Bourrier, Jean Manger, Morel Prévost, Noël-Claude Pinson, Bertrand Boquet, Martin Auvillier, Jacques Mérigor,,Caudehar, Le Riche et François Hérisson, tous maîtres ciseleurs, doreurs et damasquineurs sur fer, parmi lesquels les amateurs peuvent choisir les auteurs des bijoux qu'ils possèdent. Les objets de fer ciselé sont restés très à la mode sous Louis XIII. Tallemant des Réaux dans ses Historiettes parle d'une paire d'éperons payée mille écus.

L'art de travailler le fer s'est continué longtemps parmi nous. Je ne parle pas des grands travaux, tels que : la porte de la Galerie d'Apollon au Louvre, la grille du palais de Justice et celles de Nancy, la belle rampe du Palais Royal, qui est de Corbin, mais seulement des clefs; pendant tout le xvni° siècle, on en a fait d'un goût charmant. La ciselure du fer offre moins de difficultés qu'on ne le pense communément. Par des opérations successives on obtient le fer pur, presque aussi doux à travailler que le plomb; on le trempe ensuite, ou on le cémente, pour lui donner une plus grande force de résistance. Cet art ne tarderait pas à renaître parmi nous, s'il était encouragé : nous avons des ciseleurs en fer très habiles, ils ne manquent que de bons modèles.

En dehors de quelques meubles de bois sculpté, le dernier tiers du xvf siècle n'a point fourni de sculptures à l'exposition du Trocadéro.

Pendant le règne des fils de Henri 11, les guerres religieuses ont fait subir à l'art français des pertes que les productions du temps ne sauraient compenser. La sculpture y fut mise, littéralement, en coupe réglée. Chaque ville prise par les huguenots n'était pas passée au til de l'épée; mais toutes les statues, les images, comme on disait alors, étaient brisées sans miséricorde. Pendant longtemps, l'art parut le céder à la politique, et le cardinal de Richelieu avait moins de souci des marbres que du théâtre. La sculpture devait prendre une éclatante revanche sous le règne de Louis XIV. Jamais on ne verra une aussi nombreuse troupe d'artistes distingués, conduite à des travaux aussi considérables. Mais le grand roi absorbait .tout en lui, directement et indirectement. Orner son palais et glorifier sa personne : pour lui, la sculpture n'avait pas d'autres fonctions, et il ne lui laissait guère la liberté de s'égarer ailleurs. — Par leur nature, les productions de cette brillante pléiade d"artistes ne se rencontrent guère dans nos cabinets d"amateurs, et sont par conséquent rares à l'exposition rétrospective. Le

musée de Dijon a cependant envoyé un grand buste de Louis XIV, d'une très belle tournure. Ce marbre est probablement de Co'ysevox, son portraitiste ordinaire. Un beau groupe du Puget, Énée emportant son père Anchise, composition énergique et mouvementée, où se retrouvent toutes les qualités du maître, exposée par M. Petit, a été très admirée, ainsi qu'un groupe de Sarrasin, des enfants jouant avec une chèvre, qu'ils eni^•rent en lui faisant manger des raisins. Ce marbre, d'une exécution très fouillée, et d'un modelé très gras, décorait autrefois le château de Marly; il appartient aujourd'hui au Muséum d'histoire naturelle.

Parmi les bronzes de moindre proportion, nous citerons une statuette de Louis XIV, en pied, élégante et ciselée avec soin, de la collection de M. Maurice Kann ; une autre statuette équestre de Louis XIV, qui appartient à M. Cahen, d'Anvers; enfin, toujours du même souverain, une figure équestre, de fer fondu, ciselé et damasquiné d'or par parties, exposée par M. Le François, de Rouen. Ce rare et singulier monument a son histoire; il est cité dans tous les Guides de Paris du siècle dernier et faisait partie des raretés que Maximilien Titon avait réunies dans une jolie maison du faubourg Saint-Antoine, que visitaient les étrangers. Fondue sur un modèle de Girardon, sa matière entrait pour beaucoup dans le cas qu'on en faisait. Pour l'époque, son exécution présentait effectivement des difficultés qui ne pouvaient guère être surmontées que par un homme du métier. Maximilien Titon était un armurier, fournisseur des armées, qui avait un magasin célèbre sur la place de la Bastille. Il ne faut pas le confondre avec son fils, Titon du Tillet, auteur d'un monument de bronze, consacré à la gloire de la poésie française, conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. Notre groupe a donc été fondu très probablement à l'Arsenal, qui était le refuge des connaissances métallurgiques du moment.

L'art du xvn" siècle n'a rien d'intime ou de personnel; il respire le faste et la représentation jusque dans son mobilier, qui était plus magnifique que confortable. Le premier mobilier Louis XIV a disparu; nous ne le connaissons plus que par les estampes de Le Pautre et de Jean Marot. Les pièces en étaient peu nombreuses. Des tapisseries couvraient les murs des appartements; les plafonds et les boiseries des portes étaient richement ornés; un lit, sur lequel la maîtresse de la maison recevait ses amis, comme on le ferait aujourd'hui sur un canapé, occupait le milieu d'une vaste alcôve qui servait de lieu de réunion. Le lit, pour lequel on faisait de grandes folies, était le meuble à la mode. Je vois, dans une

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lettre de Coulanges, que M"" de Montespan donna au duc du Maine un lit qui coûtait quarante mille écus. Une balustrade en argent séparait Talcôve du reste de la pièce. Une table, un grand coffret et une glace, également d'argent, et un cabinet d'ébène, avec des tiroirs pour serrer les menus papiers, qu on disait d'Allemagne, bien qu'il fût souvent italien ou chinois, garnissaient le reste de la pièce; enfin des sièges en tapisserie au petit point, et c'est à peu près tout.

Les pièces principales de ce mobilier ont disparu sans exception pendant la guerre de la coalition de l'Europe contre Louis XIV, qui se termina par la paix de Ryswick, en 1693. Pour subvenir aux trais de cette campagne désastreuse, le roi fit porter à la Monnaie tous les meubles qui garnissaient les résidences royales, tout ce qui était or et argent, et nul ne fut dispensé de suivre son exemple; les ordonnances les plus sévères prohibèrent pendant longtemps toute dorure du bois ou du bronze. C'est dans ce naufrage que disparurent tous les ouvrages du célèbre Ballin; il ne nous reste absolument rien de ce grand orfèvre. Trois de ses ouvrages, les deux grands candélabres du maitre-autel de Notre-Dame de Paris, et une grande lampe, qui avaient résisté à la misère publique de la fin du grand règne, ont succombé pendant la Révolution française.

C'est à ce moment que les ouvrages d'André-Charles BouUe commencent à prendre une grande importance. BouUe, en remplaçant le mobilier perdu, le rajeunit, chasse le tapis qui recouvrait les tables en les enrichissant d'ornements de bronze; rend indépendantes les grandes armoires et les bibliothèques, qui étaient auparavant immobilisées dans les lambris des chambres; donne une forme heureuse et décorative à la pendule, qui était alors un meuble tout nouveau, et crée peut-être les différentes pièces du mobilier tel que nous le connaissons, bien différent de celui qui existait avant lui. On a pu voir de BouUe, dans notre Exposition, une grande pendule dans sa gaine, en forme de régulateur, qui provient de l'hôtel Soubise et qui appartient aujourd'hui à notre Imprimerie nationale : les appliques de bronze qui décorent ce beau meuble sont particulièrement remarquables et rappellent la manière des Adams; une autre pendule des plus belles, au point de vue de sa forme, exposée par M. Raimond Seillière; un grand bureau et son serre-papier, a M. le marquis de Vogue, — on désignait alors sous le nom de serrepapier le meuble en forme de cartonnier surmonté d'une pendule qui était placé à côté du bureau plat. — Le grand aspect de tous les ouvrages

du célèbre ébéniste est saisissant, même pour les esprits les moins prévenus.

Vers ce temps, un autre protecteur des arts commençait à poindre à l'horizon; nous voulons parler de ce — tout le monde — qui a plus

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BUSTE DE BRONZE ITALIEN {xVI^ SIÈCLE).

(Collection de M. Gérôme. )

d'esprit que A'oltaire et qui avait plus d'argent que le grand roi. Paris doit très peu à Louis XIV et tout à sa bonne bourgeoisie. Les gens de robe s'étaient emparés de lilc Notre-Dame, où Lambert (de Thorignyï, Le Ragois (de Bretonvilliers), Hesselin, Claude Monerat, François Ogier et quelques autres avaient fait construire des demeures splendides, dont nous voyons encore de beaux: restes. Plus tard, les financiers, appelés d'abord maltùtiers et ensuite fermiers généraux, plantèrent leur tente

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place Vendôme. On leur doit tous les beaux hôtels qui la bordent. Antoine Crozat, qui venait de creuser le canal de Saint-Quentin, fut le premier a s'y installer; et l'on sait de reste tout ce que les fermiers généraux ont fait pour l'art du xvni" siècle.

La mode des Petites-Maisons, appelées aussi Folies^ est de 1740 : nous avons vu disparaître les dernières lorsque Paris a envahi ses faubourgs. On peut indiquer encore la construction de Bellevue, par M'"^ de Pompadour; de l'hôtel Soubise, du pavillon de Hanovre, de Luciennes, pour la comtesse du Barry, et de beaucoup d'autres, qui furent autant d'occasions pour nos artistes d'essayer leurs talents et de conquérir une réputation qui, portant au loin leur renommée, les faisait appeler partout où il y avait un palais à décorer, une famille royale à peindre, une statue équestre à élever.

On peut se faire une idée du style des Folies, dont Crébillon fils a écrit le roman et l'histoire, en consultant les œuvres des principaux artistes qui y étaient employés. C'était l'architecte Charpentier, les sculpteurs Vassé et Pineau pour les ornements, et Clerici pour les stucs; les peintres Halle pour les plafonds, Perot et Gillot pour les arabesques, Bachelier pour les fleurs, Huet, Boucher, le peintre des grâces, enfin Martin et Dendrillon pour les vernis. Ce dernier avait la réputation de mêler à ses vernis une odeur suave qui ne devait jamais perdre son parfum.

Tout ce luxe de constructions et de décorations intérieures avait porté le mobilier à la hauteur d'un art véritable. Après André-Charles BouUe et ses fils était venu Cressent, ébéniste attaché à la maison du duc d'Orléans. Le style de ses meubles, si recherchés aujourd'hui, est bien caractérisé par ces grandes commodes cintrées, un peu ventrues, sur lescjuelles courent des rinceaux d'ornements rocaille, de bronze doré. Riesener, né à Cologne, esprit bien français malgré son origine, et qui a fait souche parmi nous d'artistes de talent, exécutait les siens de bois satiné, ornés de médaillons de mosaïque de bois, de galeries, de chutes et de chaussons de bronze doré d'un caractère plus simple que le précédent. C'est le meuble Lovtis XV par excellence. Un bureau plat, exposé par le ministère des finances, est un type parfait des meilleurs ouvrages de Riesener. Un bureau à cylindre, en bois d'acajou massif, placé SALLE XIV, fait pour le roi Louis XVI, me paraît être dans sa dernière manière, au moment où le bois d'acajou commençait à être à la mode.

Gouthiére enfin, plutôt bronzier qu'ebeniste, portait la ciselure des

bronzes de décorations à un degré de délicatesse qui ne sera jamais surpassé. C'est lui qui est le mieux représenté à notre exposition, grâce à la contribution que le Garde-Meuble a bien voulu y apporter. Sa grande commode d"acajou, faite pour la reine Marie-Antoinette, ses appliques, ses feux de cheminée, ses candélabres et ses montures de vases en matières dures sont des ceuvres d'une très grande distinction. Nos pères du xvin" siècle mêlaient à tout cela de grands bronzes décoratifs, des

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