‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 50 sur 161 · DISPUTE DE MINERVE ET DE NEPTUNE · texte numérisé non relu

DISPUTE DE MINERVE ET DE NEPTUNE

(Bas-relief en marbre blanc de la collection de M. Spitzer. )

groupes et des bustes de terre cuite, d'un ton doux et d'un modelé charmant, où lébauchoir de l'artiste laissait partout la trace de son esprit. On peut voir, dans les catalogues de nos expositions du xvnr siècle, combien ces bustes de terre cuite étaient nombreux et répandus partout. Parmi ceux qui ont été exposés, je n'en ai point remarqué de très satisfaisants : une garniture de trois pièces, par Clodion, exposée par M. Fréd. Spitzer, s.vlle XIV, donne une excellente idée des travaux de terre cuite de cette époque et fait regretter de ne pas les rencontrer en plus grand nombre.

Une disposition nouvelle de la forme des cheminées, qui est restée celle de nos jours, et qui permettait d"y placer une pendule, donna l'occasion de modifier la forme de ce meuble. Le cadran ne fut plus qu'un accessoire, soutenu par un groupe de figures de bronze doré d'or moulu,

BÛ£U£l.

MICHKL-ANGE, BUSTK EN BRONZE.

(Collection de M. Maurice Cotticr.)

qui devenait un véritable objet d'art. Les Caffieri, famille d'artistesfabricants, sont les maîtres du genre. D'autres sculpteurs, Edme Bouchardon, entre autres, ont donné des modèles de pendules qui étaient ciselées par des ouvriers habiles. Saint-Germain et Osmont marquaient d'une estampille connue celles qui sortaient de leurs ateliers.

Une grande pendule astronomique du Palais de Versailles, prêtée par le président du Sénat, est un des grands (Htvrages de Caffieri. Les

proportions ne m'en paraissent pas heureuses; l'artiste a sans doute été gêné dans la composition de sa cage par le volume du mouvement com-

E U s r E DE M I C H E L - A N ii E.

(Bronze de la collection de M. Eugcne Piot.)

phqué qu'elle devait renfermer, et par la nécessité de ne pas éloigner de la vue les indications des divers cadrans.

Pour avoir une belle idée du génie et de l'art déployés dans la création du mobilier du xvnr siècle, il faut se reporter par la pensée au mvisée du Louvre, où sont conservés le bureau du roi Louis XV, dû à la collaboration de Riesener et de Caffieri, et une suite de grands vases de Chine, montés en bronze et dorés par ce dernier artiste. Ces merveilles ne nous laissent rien à envier à toutes celles du même genre qui les- ont précédées.

On ferait un beau livre sur le xvin'^ siècle en groupant autour de ses arts principaux : sa grande industrie des meubles, ses tapisseries uniques, ses dessinateurs d'ornements et d'illustrations, ses orfèvres, ses miniaturistes et les précieuses boîtes émaillées qui lui servent de cadre, ses bronziers-ciseleurs, sa porcelaine et ses biscuits de Sèvres, que rien ne surpasse, et même ses faïences. Toutes ces choses et beaucoup d'autres encore se tiennent admirablement entre elles et forment un ensemble où le goût le dispute à la richesse. 11 n'y a pas bien longtemps encore qu'elles étaient dédaignées : on faisait des devants de cheminée avec des peintures de Chardin et de Boucher; on détruisait des bronzes d'ornement pour en retirer l'or qui les couvrait : mais il nous en reste encore. Sous la Restauration et pendant tout le règne du roi Louis-Philippe, notre Garde-Meuble national était tellement encombré de meubles du dernier siècle, qu'on en garnissait les bureaux des ministères. On les retrouvera, toutes ces richesses, dans les cabinets des directeurs et dans les antichambres des ministres. 11 n'est pas trop tôt de les en tirer, elles s'y flétrissent par l'usage, et d'en placer un beau choix dans l'une des grandes salles de nos musées : nous pouvons la remplir d'une façon incomparable. Toutes ces choses ne sont pas inférieures, comme art, aux productions anciennes ou étrangères qui font l'ornement de nos galeries, et elles leur sont infiniment supérieures par la perfection de leur exécution. 11 !-:erait par trop sot de faire des expositions universelles, d'appeler les amateurs à former un musée rétrospectif et de laisser traîner chez soi, dans des magasins ou des greniers, des richesses précieuses pour Tétude, recherchées partout, et qui font le plus grand honneur au goût français'.

Les meubles, qui nous ont entraîné un peu loin peut-être, ne doivent

I. Il n'y a pas bien longtemps encore, l'administration a fait vendre, comme vile ferraille, une des merveilles de la serrurerie française du XVIH" siècle, la rampe du grand escalier de la Bibliothèque nationale. Elle fait aujourd'hui l'admiration des connaisseurs anglais, dans l'une des principales résidences particulières de Londres.

pas nous faire oublier quelques œuvres de la sculpture proprement dite du xvnr siècle, qu'on a pu remarquer au Trocadéro. Une grande figure d'Apollon, en bronze, par Houdon, qui appartient à M"" la marquise de Talhouet, est d'un mouvement tout à fait aérien. Un buste de Jeune Fille, en marbre, dans le style de Houdon, que nous reproduisons ici, est d'une naïveté charmante; sa coitîure populaire indique assez le moment où il a été exécuté. Un Magistrat français, marbre d'un travail très soigné, est d'une expression un peu froide. L'exposition rétrospective des portraits

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