DESSIN DE CLEF CISELEE
(D'après un dessin d'AnJrouet Ju Cerceau.)
nous fournit des bustes historiques plus précieux : celui du célèbre ministre Turgot, de Houdon, exposé par M"" la marquise de Turgot; Denis Diderot, par le même artiste, de la collection de M. Valferdin; Falconnet, par lui-même, buste qui appartient à la ville d'Angers; le cardinal Melchior de Polignac, par Edme Bouchardon, buste beaucoup plus grand que nature, qui manque de charme. Dans un buste, la nature ne doit être dépassée que de très peu. Nous y voyons encore Dumouriez, terre cuite, par Houdon, l'artiste que l'on retrouve partout et toujours dans les bustes de cette époque.
Parmi les œuvres de plastique du xvni' siècle exposées dans la salle
des Portraits historiques, où nous avons été chercher un supplément à notre sculpture française, on a pu remarquer un portrait de Voltaire, vêtu du bel habit rouge qui, à son retour de Suisse, étonna tant les Parisiens. C'est un haut relief de grandeur naturelle, modelé en cire coloriée, signé et daté : Meuardon, 1778. L'exécution en est fort médiocre, et nous n'en aurions pas parlé, si la matière avec laquelle il est exécuté ne nous avait ramené à d'autres œuvres du même genre, plus anciennes, sur lesquelles on a peu de renseignements.
Cet art de modeler la cire coloriée est effectivement ancien, sans parler de la cire matière première de toutes les esquisses du sculpteur et de l'orfèvre. Vasari nous a conservé le nom d'un artiste de la fin du xv" siècle qui avait mérité dès ce temps-là le surnom de la matière qu'il employait Andréa de Ceri ; sa spécialité était celle des ex-i'oto que l'on suspendait aux autels des églises, qui, comme toute la plastique de cette belle époque, devait recevoir une empreinte distinguée. Les masques de cire, pour les funérailles et pour les divertissements du carnaval, étaient aussi usités pendant tout le xv^ siècle.
Plus tard, on a fait en grand nombre, toujours en Italie, de petits portraits modelés avec soin, qu'on renfermait dans des boîtes et dont les vêtements et la coiffure, ornés de paillons, de semences de perles et de petits fragments métalliques, donnaient ample satisfaction aux femmes surtout, qui tiennent autant, dans ces sortes de choses, à la belle exécution de leur costume et de leurs bijoux, qu'à celle de leur ressemblance. Alessandro Abbondio, Milanais que l'on dit élève de Michel-Ange Buonarotti, et célèbre médailliste, s'est fait plus particulièrement une réputation dans ce genre. Un autre Italien, Antonio Cassone, élève de l'école de Bologne, et qui vivait à Rome à la fin du xvi" siècle, exécutait des figures entières, de véritables tableaux bas-reliefs, qui dans leur fraîcheur devaient avoir un aspect très séduisant. Une composition de ce genre, une Léda, exposée par M. Davillier, peut donner une idée de ses travaux. Une autre figure, Eve avant le premier péché, de la collection de M. Bonnaffé, nous paraît appartenir à l'école allemande. Un plasticien célèbre de l'école d'Augsbourg, Daniel Neuberger, s'était fait une réputation par des travaux de ce genre, exécutés pour l'empereur Ferdinand III. Il avait un frère qui a suivi la même voie. On dit que ces artistes avaient le secret d'un mélange de cire qui acquérait avec le temps la dureté du marbre. Un prêtre sicilien, Gaetano Zumbo, ou mieux Zummo, est plus connu par ses préparations anatomiques ; c'était un
procédé nouveau, dont Tapplicalion lui fut disputée par le chirurgien français Desnoue. On voit de Zummo dans la galerie Pitti, à Florence, une grande composition, connue sous le nom de la Corruiinne, une scène de pestiférés, à divers états de décomposition, dont le spectacle
n'est nullement agréable.
Cet art de modeler en cire devait prendre en France un dévelop-