‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 52 sur 161 · CLEF STR02ZI, EN ACIER CISELE · texte numérisé non relu

CLEF STR02ZI, EN ACIER CISELE

(Collection de M. le baron Adolphe de Rothschild.)

pement tout à fait inattendu, dont Torigine est, je crois, peu ou point connue, entre les mains d'un artiste bourguignon, Antoine Benoît, de l'Académie, l'un des dix peintres ordinaires de Louis XIV, et plus tard son sculpteur unique en cire. Jal, dans son Dictionnaire critique d'histoire et de biographie, a cité avec admiration un portrait-médaillon du grand roi, conservé à Versailles dans sa chambre à coucher, qui, par la finesse

de son exécution, dépasse en effet tout ce que l'on connaît en ce genre. Il existe des épreuves en bronze de cette composition, et la vitrine de M. Heiss, SALLE VI, en contient une qui est fort belle et que Ton trouvera reproduite plus loin. Antoine Benoît fit mieux ou davantage; il modela les masques des personnages les plus célèbres de la cour, — on a dit qu'il les moulait sur nature, — qu'il habillait de leurs habits et qu'il montrait au public sous le nom de Cercle royal, d'où lui resta le nom de Benoît du Cercle, sous lequel il était connu. Cette nouveauté eut le plus grand succès et fut pendant longtemps une des curiosités de Paris. Les personnes de qualité, piquées d'émulation, lui faisaient présent de leurs plus beaux vêtements pour figurer avec avantage dans cette exposition nouvelle. Le Cercle royal se compléta, successivement, du personnel des cours étrangères et même des célébrités de l'Orient. Benoît fit fortune en le montrant dans les foires. Mon chroniqueur ajoute que le vaillant artiste se remaria à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, deux ans avant sa mort, qui arriva en 1717. Nous renvoyons pour le reste à Curtius et à M'"" Tussaud.

Quelques artistes français du commencement de ce siècle, et de la fin du précédent, un nommé Ravray, entre autres, ont fait des petits portraits-médaillons de cire monochrome, ayant l'apparence de la terre cuite, et aussi, sur des fonds d'ardoise ou de pierre noire, des bas-reliefs de cire blanche, qui ont l'aspect des "Wedgwood anglais. Ces petites productions étaient recherchées autrefois par les amateurs.

Les jolis portraits de cire coloriée et ornés de paillons du xvi° siècle sont, aujourd'hui, contrefaits en Italie avec beaucoup de succès.

Il nous faut revenir à l'école florentine, pour un instant, à propos de quelques œuvres, clairsemées, qui s'y rattachent, exposées dans les SALLES VII et vin. Michel-Ange avait placé trop haut son idéal et l'avait réalisé avec une virtuosité trop extraordinaire; après lui, l'école florentine ne pouvait que déchoir de la hauteur où il l'avait placée. C'est une des lois de notre nature, que l'on peut observer aussi bien dans la littérature que dans les arts, sans y faire intervenir d'autres circonstances. Après avoir fourni une certaine carrière dans une ligne bien déterminée, l'art, le goût, le génie, se déplacent, s'ouvrent des voies nouvelles, visitent d'autres contrées. Ici ce sera l'astronomie, là le drame; où la peinture cesse de nous charmer, la musique prend la parole; nous n'avons pas d'architecture, mais nous avons la vapeur et l'électricité. Le génie

de l'homme n'en reste pas moins grand ; il est essentiellement ondoyant et divers.

Baccio Bandinelli, que Ton a voulu donner pour rival à Michel- Ange, et que Ton a trop déprécié plus tard, ne méritait ni cet excès

LOUiS XIV, DAPRE3 CJRARDON.

(Groupe en fer fondu et damasquiné, appartenant à M. Le François.)

d honneur ni cette indignité. Les tombeaux des papes Léon X et de Clément VII, la statue de Jean des Bandes-Noires, sont encore des œuvres d'un grand caractère et des meilleures de l'époque. Notre vitrine n° 8, de la SALLE vn, contient un haut-relief de marbre, Vénus au bain, qui n'est pas sans mérite. L'artiste l'a signée en toutes lettres :

BACCIVS BANDINELLVS FECIT,

i8o L^ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

circonstance rare. La figure est debout, nue, appuyée sur un cippe, dans une attitude gracieuse et mouvementée. Elle ne tient au fond que par quelques attaches, et l'exécution, qui présentait de grandes difficultés pour un objet de petite dimension, est fouillée avec une rare délicatesse.

Benvenuto Cellini, par contre, est un artiste très surfait. Ses mémoires lui ont donné une célébrité que ne soutiennent pas les ouvrages que nous connaissons de lui, en orfèvrerie et en sculpture. Il y circule bien une certaine flamme, une acuité qui n'est pas sans analogie avec rame, scélérate qu'il nous a dépeinte, d'une façon inconsciente, dans l'histoire de sa vie; mais ils sont généralement incomplets et ne supportent guère un examen attentif. Sa réputation a profité de beaucoup de petites œuvres excellentes, faites par des artistes de son temps, restés inconnus et qui lui étaient supérieurs, que l'on place sous son nom, à l'abri de sa popularité, et qui n'ont aucune analogie avec sa manière. Nous pouvons citer pour exemple la coupe d'argent doré du Musée du Louvre qu'on ne cessera jamais de lui attribuer et qui a été exécutée un siècle peut-être après lui. Sa fameuse statue de Persée, dont on peut voir une réduction dans la salle de la collection Basilewsky, est, dans l'original, une œuvre boursoufflée et mal équilibrée. Le piédestal, qui vaut cent fois mieux, est son meilleur ouvrage.

Jean Bologne occupe de sa personnalité presque tout le reste du siècle; génie facile, toujours prêt à répondre aux demandes qui lui étaient adressées, il a énormément produit; ses groupes de terre cuite et de bronze sont sans nombre. Nous ne voyons cependant de lui, à l'exposition du Trocadéro, que l'enlèvement de Déjanire, groupe de bronze exposé par M. Fournier. Ses grandes œuvres, qui ne sont pas sans mérite, brillent surtout par la facilité; elles manquent d'accent et d'originalité. Avec lui disparaît complètement la modernité dans l'art, c'est-à-dire ce qu'il a de rapports intimes et personnels avec le milieu où il se développe. L'Enlèvement d'une Sabine pourrait avoir été exécuté aussi bien à Bruxelles qu'à Florence. Pour satisfaire à la multiplicité des demandes qui lui étaient adressées, il avait organisé une fabrique de bronzes de petites dimensions. Nous avons raconté ailleurs', d'après une correspondance du temps, la conscience rare qu'il apportait à ne rien laisser sortir de ses mains qui ne fût d'une exécution achevée; la diversité de ses modèles et le prix qu'il les faisait payer. Un groupe pareil à celui que

I. Cabinet de l'Amateur et de l'Antiquaire j vol. VJ, page C2i,

LA SCULPTURE AU TROCADÉRO. i8i

nous venons de citer valait cent écus, et l'argent avait alors une valeur trois ou quatre fois plus grande qu'aujourd'hui. Mais ces bronzes vrais, on peut les examiner de très près : les yeux, les mains, les pieds, ces

A r P L I Q,U E EN BRONZE DORE, PAR GODTHIERE.

(Mobilier national.)

parties délicates de l'art, sont toujours rendus avec une grande perfection. Avec Jean Bologne, l'art des bronzes passe de Padoue à Florence, ou, pour mieux dire, le goût se déplace. Après lui, ses élèves et ses émules, Antonio Susini, Max, Soldani, Foggini, Piamontini, Fortini, tous artistes de talent, ont satisfait, pendant tout le xvir siècle, au goût

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