Mariette-Bey, Foyuge de la haute Egypte, vol. II, in-ful
qu'a nous? Nous ne décidons pas par là la question de savoir où logeaient les rois, question de plus en plus embarrassante depuis que nous savons qu'ils ne logeaient pas dans les temples. Mais nous inclinons à penser que jamais le pavillon de Médinet-Ahou n'a été pour son fondateur un lieu d'habitation*. «
Si des demeures royales, sans doute aussi éphémères que celles des khalifes du Caire, on descend aux habitations privées, le vide n'est pas moins grand; construites en matériaux légers, les maisons périrent les premières sans laisser de traces, et c'est vainement qu'on a fouillé les sites des villes antiques, marqués par des buttes ou tell où les huttes des fellahs s'entassent encore pour éviter l'inondation aux temps de la crue du Nil. Tout ce que l'on en pouvait connaître provenait de quelques peintures, de petits modèles funéraires assez grossiers, ou de fondations retrouvées sur le site de la capitale d'Aménophis IV, détruite sous la XVIir dynastie, au lieu appelé aujourd'hui Tell-el-Amarna. On avait pu reconnaître toutefois que les demeures pauvres devaient ressembler aux huttes de pisé qui forment encore le gîte des fellahs, et que les demeures riches étaient établies selon les lois éternelles qu'un climat chaud impose à ses habitants : obtenir la fraîcheur et l'ombre par des cours intérieures pourvues de galeries à jour, et de prises d'air plus nombreuses à l'intérieur qu'à l'extérieur. Comme dans le moyen âge arabe, on savait combattre la chaleur au moyen de rues étroites, faciles à couvrir et orientées de manière à éviter les ardeurs directes du soleil; précautions bien simples, que le Caire moderne dédaigne tous les jours davantage pour la satisfaction de copier les modèles très discutables, mais admissibles en Occident, que Paris a mis à la mode!
Les vestiges les plus complets d'une maison antique ont été enfin trouvés il y a peu de temps à Abydos, dans la haute Egypte, par M. Mariette, de qui nous tenons les détails qui vont suivre, et c'est grâce à cette découverte que la bonne idée lui est venue d'en faire pour nous un essai de restitution qu'il a mis entre les mains de M. Picq, architecte de la Compagnie de Suez. Le plan sur terre de la maison d'Abydos, qui remonte à la Xll" dynastie (env. 2800 à 2600 ans av. J.-C), était marqué par des bases de murs dérasés à une hauteur d'un mètre au plus; mais ce plan était assez complet pour qu'il fût possible d'en relever et d'en reproduire l'ordonnance. Les murs, construits de briques crues,
I. Mariette-Bey, ItinérMn ih U hj.ute É^ype. Alexamlrie, Mourès, in-12. (Première édition.)
étaient revêtus, à l'extérieur, de dalles en calcaire assez minces qui devaient leur donner Taspect d'une construction appareillée en pierres de taille. Les parements des pavillons carrés et des ailes étaient inclinés de o'",o5 par mètre comme ceux des temples, mais la façade s'élevait avec un aplomb parfaitement vertical.
Des fragments épars d'appuis et de linteaux en calcaire révélaient seuls l'existence de fenêtres, qu'il a fallu reconstituer d'après celles du pavillon de Ramsès III, seul modèle que l'on puisse invoquer à cet égard. Les colonnettes qui forment les divisions de ces fenêtres, au Trocadéro, ont été restituées d'iiprès un petit chapiteau, en forme de fleur