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LE BOIS

Le grand crucifix exposé par M. Louis Courajod est la sculpture en bois la plus ancienne que nous trouvions au Trocadéro. Nous le croyons des commencements du xii" siècle par son caractère général, solennel malgré sa sauvagerie, ainsi que par l'exécution conventionnelle des plis de l'ample tunique qui cache sa nudité, parcelle de sa chevelure et de sa barbe, indiquées par des stries parallèles. Il nous semble se rattacher à l'école bourguignonne, dont les sculptures de Vezelay et d'Autun sont les types.

Le xni" siècle dans sa plus grande force peut réclamer une statuette de bois de chêne qui, bien que mesurant vingt centimètres à peine, égale les statues les plus hautes par la grandeur du style et de l'expression. C'est le saint Jean debout et pleurant, une main appuyée sur la joue, que pos.sède la collection Basilewsky et que les moulages ont assez fait connaître. Cette figure accompagnait certainement un Crucifix et faisait pendant à une Vierge de douleur, ainsi que le prouve la magnifique croix d'orfèvrerie de la même collection où elle est précisément adossée.

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Le même saint Jean, dans le même acte, mais de proportions presque de la nature, et une Vierge sont exposés par M. Julien Gréau et proviennent d'une église des environs de Troyes, où elles devaient se dresser de chaque côté d'un crucifix, sur une poutre transversale, à l'entrée du chœur.

Une statue de grandeur naturelle, d'un prince, jeune encore, tenant une église en main, doit être le portrait d'un donateur, ce que contirment l'étroitesse du visage et la plénitude des traits. Elle nous semble appartenir à l'art méridional du xin" siècle, par la simplicité italienne des plis. Un grand ange qui provient de Saint-François de Pise, exposé également par M. Courajod, n'est pas en effet sans une certaine analogie de style avec cette figure.

C'est aussi une œuvre des plus importantes de la fin du xui" siècle que la grande "Vierge assise, tenant Tentant Jésus debout sur son genou, qu'expose M. Victor Gay. Vu à la hauteur de fœil, le buste semble trop long pour les jambes, mais doit reprendre ses proportions lorsque, la statue étant placée comme d'ordinaire à une certaine hauteur, il est aperçu en raccourci.

Nous en rapprocherons par l'excellence du style la petite Vierge debout, taillée dans le buis et jadis peinte, que son voile enveloppe de plis d'un si beau jet, exposée par M. Delaherche; la Vierge assise de M. Bligny, dont l'imagier a su varier l'arrangement en lui faisant envelopper d'un pan de son manteau l'enfant Jésus debout sur son genou; enfin une troisième Vierge assise, appartenant à M. Goupil, que nous supposons avoir dû porter l'enfant Jésus, à en juger par la position de ses deux mains inoccupées.

L'intérêt du costume s'ajoute à celui de l'œuvre dans le saint Michel terrassant le dragon, de M. Victor Gay. L'archange est coiffé du bacinet à camail de mailles du xiv" siècle, et porte l'armure complète sous une courte cotte d'armes rembourrée et maintenue par une ceinture placée à la taille.

Une Vierge ouvrante, assise, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux, qui doit être un triptyque lorsqu'elle est développée, exposée par M. Guénepin, nous semble par la rondeur des traits appartenir à l'art flamand, qui a inspiré la plupart des pièces du xv' siècle que nous avons à examiner maintenant.

Nous verrions plutôt une main et une inspiration allemandes dans le charmant petit groupe de bois peint et doré, exposé par M. Roberts,

LE BOIS SCULPTE AU TROCADERO. 2i5

et représentant Icnfant Jésus qui gambade sur les genoux de la Vierge et de sainte Anne assises sur le même banc dont le dossier gothique les encadre : dans la répétition du même sujet, qui appartient à M. Maillet du Boullay, et dans l'autre grand groupe peint et doré de deux femmes seules à M. Foule. Il est assez dans les habitudes de Tart allemand du xv' siècle d'associer à la Vierge sainte Anne et toutes les femmes de sa

PRÊTRE AGENÛlJILLEj BOIS SCULPTE DE TRAVAIL FLAMAND.

(Collection de M. Odiot.)

famille avec leurs enfants, afin de faire à Jésus une famille bien plus complète que ne le comporte notre imagerie française. Une influence des évangiles apocryphes a dû se faire sentir là.

Le type rond des visages, la forme effilée des doigts précieusement indiqués et l'extravagante ampleur des draperies aux plis cassés particularisent cet art, dont la cathédrale d'Ulm, entre autres, possède de si magnifiques spécimens.

Nous rattacherons également à cet art le grand triptyque qui est

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passé de la collection Soltykoff dans la collection Basilewsky' et qui forme une frise portée sur un socle central. Nous y rattachons encore le petit saint Christophe de notre collaborateur M. Charles Ephrussi.

La Belgique ne nous a envoyé qu'une œuvre vraiment remarquable du xv" siècle : c'est une Annonciation dont les deux personnages, agenouillés de chaque côté du vase d'où sort le lis sans tache, garnissent de leurs amples vêtements à plis métalliques le linteau d'une porte appartenant au Musée communal d'Ypres. Ce fragment doit provenir de la maison de quelque huchier, à en juger par Técu de corporation chargé de deux rabots et de deux haches placé derrière l'ange Gabriel, tandis que le monogramme du maître charge l'écu placé derrière la Vierge.

Avant de quitter le moyen âge, nous devons signaler le buste de sainte femme, de vierge probablement, exposé par M. Desmottes, de Lille, bien que cette sculpture nous semble italienne par le grand caractère ainsi que par le style des à-jours flamboyants c[ui l'encadrent. Cette œuvre est faite moitié de bois sculpté, moitié de toile garnie d'un apprêt, surtout dans les mains et dans les draperies, le tout peint et doré. La même collection expose une jolie statuette de sainte Catherine, du XV" siècle, que nous reproduisons.

Nous classerons ici toute une série de petits monuments c[ui sont comme la bijouterie de la sculpture.

11 ne s'agit pas du bâton de crosse en bois de poirier, croyons-nous, que M. Strauss a acquis à Pontoise, où il passait pour avoir appartenu à saint Rieul. Un certain nombre de bâtons absolument semblables, sculptés, comme celui-ci, de scènes de la Passion, ont déjà été signalés par nous à Évreux, à Reims, à Lille, et appartiennent aux commencements du xni" siècle, bien qu'on leur attribue d'ordinaire une origine antérieure de beaucoup trop d'années.

Sur les confins du xv' et du xvr' siècle, dans les Flandres et en Allemagne, un certain nombre d'imagiers se sont plu à ciseler le buis avec autant et plus d'amour que leurs devanciers ne l'avaient fait de l'ivoire, qui fut alors abandonné. Ils ont même poussé la recherche de l'infiniment petit jusqu'à enfermer des scènes entières dans les grains d'une patenostre, comme la collection Basilewsky en possède deux. Ils ne sont point tombés dans la minutie cependant. Leur exécution est large, n'accusant que ce qu'il faut pour l'etTet et négligeant ce qui ferait

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