‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 66 sur 161 · I. Publié par M. J. Labarte dans les Ans industriels · texte numérisé non relu

I. Publié par M. J. Labarte dans les Ans industriels

eiicombrement. Le petit triptyque porté sur un soubassement de la môme collection est un des plus parfaits spécimens de ce genre. Au centre, le Calvaire est figuré tout entier et en ronde-bosse, entre le Portement de croix et la Alise an tombeau sculptés en bas-reliefs sur les volets, tandis que le soubassement porte la Fuite en Egypte entre deux autres scènes, impossibles à débrouiller sans l'aide d'une loupe, et que la Présentation au Temple interrompt les degrés qui servent de socle à cet ensemble, le tout exprimé par des figures qui ont à peine un centimètre de hauteur.

M. Gavet possède, d'époque un peu postérieure : un médaillon sur lequel est représentée l'aventure de Joseph abandonnant son manteau aux mains de la femme de Putiphar, qui y met une certaine bonne volonté; une frise d'hommes à pied et à cheval se combattant; et enfin une plaque représentant une femme nue, accompagnée de deux enfants dans un paysage. Le champ rectangulaire de la scène est amorti inférieurement par un masque placé entre deux têtes de bouc, qui serait comme la poignée de ce petit meuble, destiné sans doute à encadrer un miroir.

Un médaillon d'Antonius Gysel, exécuté en i53o, est encore un spécimen appartenant au même amateur, d'un genre fréquemment exploité par les imagiers dont nous nous occupons ici.

Pour en finir avec les infiniment petits, nous avons à citer deux plaques de buis, exposées par M'"" la baronne Nathaniel de Rothschild, qui par leurs formes doivent provenir d'un ensemble dont les autres parties ont été séparées. Le sujet de la première, qui est une frise légèrement courbe, est assez ditiicile à débrouiller. Nous y voyons Pallas, puis un guerrier qu'une Victoire couronne, mais nous y voyons aussi, à côté d'autres guerriers à pied et à cheval, un homme nu accompagné d'un lion que l'on pourrait prendre pour un saint Jérôme; sur l'autre plaque, de forme trapézoïdale, un cavalier galope entre trois femmes. Le style de ces figures, exécutées avec un grand fini, est italien mâtiné d'allemand, et appartient presque à l'art du xvn' siècle.

M'"" la baronne Nathaniel de Rothschild possède encore un petit bas-relief représentant un combat de cavaliers devant une ville.

Les tailleurs de buis ne se sont pas toujours appliqués à des œuvres d'aussi petites proportions, et, sans outrepasser celles que permettaient de donner à leurs œuvres les dimensions de la matière qu'ils avaient choisie, ils ont taillé des figures que l'on peut étudier sans l'aide d'une

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loupe. Parfois ils ont copié en relief des figures popularisées par les estampes, en y ajoutant même le monogramme des maîtres graveurs, de telle sorte que l'on a attribué à ceux-ci des œuvres dont ils doivent être innocents.

Ainsi, le Musée de TUniversité de Gand expose une statuette de femme nue, coiffée d'un bonnet, dont les deux mains sont du même côté comme pour soutenir un objet, œuvre d'une exécution très grasse, qui porte sur son socle le monogramme d'Aldegraver. M. Odiot expose une figure de prêtre agenouillé, qui porte l'inscription : broeder cornelis VAN der tyt a" s i562, et que nous reproduisons. Nous ne pouvons qu'admirer avec quelle sûreté et quelle précision la physionomie en est exprimée dans ses moindres détails, et avec quelle science la finesse du tissu de lin dont est fait le surplis, et le flasque du tricot des gants qui recouvrent les mains sont rendus dans cette figure, qui n'y perd rien de son austérité.

La femme agenouillée dont le corps disparaît un peu trop sous les nombreux plis cassés de son ample robe au corsage carré que supplée une guimpe sur la gorge, exposée par M. Stein, appartient encore au xv' siècle par la facture, mais au xvi" siècle par le costume.

Il en est de même des figures de saint Jean et de la 'Vierge, qui devaient accompagner jadis un crucifix, exposées par M. le baron Gustave de Rothschild. Mais la petite sainte Barbe qui les accompagne, avec son riche costume tailladé et découpé en lambrequins, appartient franchement à cet art de la Renaissance que, vers le milieu du xvi" siècle, nous voyons étendre partout l'uniformité de ses ajustements et de son style.

Une autre figure de femme, un peu plus grande, relevant sa robe aux plis encore un peu cassés, exposée par M. Joseph Fau, procède de la même école. Une jeune femme, enfin, agenouillée devant son prie- Dieu, vêtue d'une robe à crevés, appartenant encore à M. le baron Gustave de Rothschild, nous semble se rapprocher de l'art allemand.

Quelque Florentin du xv' siècle, un de ces artistes à tout faire qui maniaient avec un égal succès l'ébauchoir et le pinceau, le ciselet et le marteau, le burin même, a-t-il aussi manié la gouge pour modeler avec tant de certitude et de science la figurine d'homme nu de la collection Basilewsky, debout, tenant une boule dans sa main, dont les muscles compacts et ressentis font penser à quelque personnage de PoUaiuolo ?

En dehors de ces œuvres précieuses que l'imagerie s'applique à

tailler en huis, au xvi'' siècle, le noyer ou le chêne ont peu d'œuvres à nous oflrir. Nous espérions que l'exposition rétrospective de la Belgique nous permettrait de discerner avec certitude ce qui peut appartenir à Tart flamand de ce que l'art français ou allemand doivent plus spécialement réclamer. Mais aucune pièce d'un style bien accusé ne nous semble les distinguer. L'énergie des mouvements, cependant, est un des caractères des fragments des commencements du xvi'" siècle que M. F. Springel, de Huy, a exposés. Parmi quatre Portement de croix qui lui appartiennent, nous en noterons un surtout, composé de neuf figures, qui est d'une exécution des plus remarquables et d'une grande recherche dans l'expression et dans le caractère des physionomies. Mais, dans une descente de croix d'une époque un peu postérieure, cette recherche tourne à la caricature. Des œuvres faites de pratique, comme les petites figures peintes et dorées provenant d'ensembles plus considérables, qu'expose M. Gavet, comme le diacre tirant le diable par la queue, mais pour le mieux frapper, apipartenant à M. Bligny, montrent la même décision dans les attitudes.

La Renaissance à Troyes nous a montré cette violence dans les mouvements ; nous en voyons des exemples dans l'exposition belge et nous savons que la Normandie n'y a pas échappé, comme dans le couvercle des fonts de l'église Saint-Romain, de Rouen, qvii est également remarquable par ses figures et par l'architecture qui les encadre, elle y est parfois poussée jusqu'à l'impossible.

Lorsqu'elle cherche la grâce, la Renaissance atteint le maniérisme à la suite des maîtres qui lui ont chez nous implosé un caractère piersonnel, comme dans le beau panneau de M. Foule, où un disciple habile de Jean Goujon a sculpité Apollon et les neuf Muses exécutant un concert sur le Parnasse; comme surtout dans la Charité, de M. Delaherche.

Citons, pour terminer, une imitation libre de l'un des esclaves de Michel-Ange, taillée à grands coups par quelque Florentin, ainsi que, dans un sentiment tout opposé, une étude très fine d'un Apollon, toutes deux de la collection Basilewsky, et enfin deux cariatides en gaine d'une superbe exécution, mais déjà du xvn" siècle, exposés par M. Delaherche.

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