‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 70 sur 161 · CD · texte numérisé non relu

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les apôtres Pierre et André, les diacres Etienne et Laurent. Dans le haut et dans le bas sont encastrés deux bas-reliefs en dent de morse représentant l'un la Crucifixion, l'autre la Vierge portant l'enfant Jésus assise entre deux saints, un abbé et un évêque coiffé d'une mitre en forme de calotte, indice que cette œuvre appartient aux commencements du xn' siècle. Plus tard, au xni% Ton a enchâssé à droite et à gauche deux miniatures sur vélin représentant saint Bernard et saint Médard (!-), les deux mêmes saints probablement qui figurent de chaque côté de la Vierge. Des rinceaux sont gravés sur la tranche de la monture. On voit que, pour avoir dû appartenir à quelque abbaye suivant la règle du morose abbé de Clairvaux, ce meuble est loin d'être dépourvu d'art.

228 LWRT ANCIEN A L'EXPOSITION.

Contentons-nous de noter ici un autre autel portatif en forme de caisse, de la collection Basilewsky, décoré d'ivoires et d'émaux et que pour ce dernier détail nous classons parmi les produits de Fémaillerie qui se confondent si souvent, au moyen âge, avec ceux de l'orfèvrerie. Deux croix entièrement revêtues de filigranes se présentent, l'une exposée par le Musée d'antiquités de la Seine-Inférieure, l'autre par M. Basilewsky. Dans la première, qui renfermait un morceau de la vraie croix, une croix intérieure est exécutée en filigranes d'or d'une finesse excessive, bordée par un large galon de filigrane de vermeil. La seconde diffère en ce sens que les filigranes qui la recouvrent sont entièrement détachés du fond, où ils n'adhèrent que par leurs extrémités enroulées autour d'une pointe à tête sphérique.

Son revers est revêtu d'un frappé, bordé par une longue inscription, tandis qu'un filigrane très lâche couvre celui de la première qui provient de l'abbaye bénédictine du Valasse, à qui elle aurait été donnée par l'impératrice Mathilde, femme de Henri V d'Allemagne, morte à Rouen en 1 177.

Si nous attribuons au xu" siècle un chandelier d'argent doré de la collection Basilewsky, dont la tige est d'une composition tant soit peu compliquée et qui est portée par trois personnages bottés à califourchon sur d'autres hommes qui servent de pied, nous ne savons trop à quel art le rapporter. Mais nous croyons byzantine et destinée à un usage civil une coupe de ciboire également en vermeil de la même collection. Des hommes d'un dessin un peu fantastique sont repoussés sous les arcatures en plein cintre qui l'enveloppent au milieu d'ornements d'un caractère que nous ne sommes pas accoutumés de rencontrer en Occident.

Nous n'hésitons pas à attribuer à l'art français, et peut-être à quelque atelier de Limoges, l'autre fragment de coupe de ciboire également en argent que nous publions. Les tètes en relief des dragons dont le corps simplement gravé se détache sur le fond vermiculé du métal sont absolument de même dessin que celles des mêmes monstres si fréquents à rencontrer dans l'orfèvrerie de cuivre émaillé de Limoges. Cette coupe est d'ailleurs de même profil et frettêe de la même manière que le ciboire du Musée du Louvre.

Quant au diacre d'une physionomie un peu lourde en argent repoussé et doré, orné de filigranes que nous reproduisons aussi, nous le croyons d'origine flamande. Dans le livre qu'il porte est encastré un

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jaspe sanguin représentant le Christ, œuvre de glyptique byzantine. Le livre

est mobile sur charnières afin de laisser voir la relique qu'il recouvrait.

Toute une importante série de calices exposés par M. Basilewsky

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FRAGMENT DE CiBÛlRE EN ARGENT.

(CoUecliou de M. Basilewsky.)

caractérise parfaitement à nos yeux l'art allemand du xn' au xin*" siècle, par ses formes, son ornementation et le symbolisme que révèle l'un d'eux, le plus important de tous, celui qui est exposé au-dessous de sa patène avec deux chalumeaux de communion.

23o L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

Sa description avec le relevé des inscriptions qui en expliquent les scènes et la destination nous entraîneraient trop loin. Il nous suffira de dire que le Christ et les douzes apôtres sont représentés en niellure dans les treize arcatures rapportées de sa fausse coupe; que quatre médaillons en repoussé ont été rapportés sur le nœud et qu'ils représentent l'Annonciation, la Crèche, la Cntcijîxion et le Baptême; que quatre autres médaillons ont été ciselés au milieu de feuillages lobés, percés à jour, qui couvrent le pied. Les sujets de ces médaillons appartiennent à l'Ancien Testament et sont, ainsi que l'expliquent les inscriptions niellées qui les circonscrivent, des figures de scènes du Nouveau. Ces quatre scènes doivent donc correspondre avec celles du nœud, suivant une pratique constante de l'Allemagne.

La Verge d'Aaron, qui fleurit, symbolise en effet la vierge choisie et désignée dans l' Annonciation . Le Serpent d'airain est la figure incontestable de la Crucifixion. Le Buisson ardent est la Vierge mère, ainsi que le montre le célèbre tryptique de la cathédrale d'Aix, aujourd'hui exposé au Trocadéro. Ici il est la figure de la Crèche. V Arche de Noé est l'image du baptême, ainsi que le spécifie l'inscription : + archa noe PER DiLuvio PAPTisMA FIGURAT. Une inscription niellée relative à Teucharistie est gravée sur le limbe du pied.

La patène est également circonscrite par une longue inscription symbolique, interrompue par l'application de croissants en filigranes accompagnés de cabochons. — Le fond qui est à quatre lobes montre le Christ en buste tenant la patène et le calice, sacrificateur et victime tout à la fois, entre Abel et Melchissédec, qui sont les deux figures de l'eucharistie. Enfin le saint patron de l'abbaye ou de l'église pour laquelle ce calice avait été fabriqué, nimbé et tenant une palme en main, S. trvt- PERTVs, est niellé comme les figures précédentes.

Les deux chalumeaux étaient destinés à la communion sous l'espèce du vin dans ces vastes covipes qui devaient être d'un maniement difficile.

L'ortographe du mot paptisina dans l'inscription que nous avons relevée, indique que celui qui la gravait l'avait entendue plutôt que lue; qu'il avait l'habitude de transformer les b en p, et qu'il était Allemand par conséquent, ainsi que les caractères généraux de cette belle œuvre d'orfèvrerie le disent assez. Ce calice provient en outre des confins de l'Allemagne et de la France, du côté de Belfort.

Deux autres calices allemands de l'ancienne collection Louis Fould sont encore remarquables même à côté de celui-ci, dont ils reproduisent

L'ORFÈVRERIE AU TROCADÉRO. 23i

les formes générales; une large coupe demi-cylindrique, un nœud et un pied en scotie, presque sans tige : le tout décoré de figures niellées ou de feuillages ciselés ou rapportés. L'un et Tautre sont du xiii'" siècle, mais celui qui est décoré de feuilles d'érable et de chêne est plus avancé vers nous que l'autre, dont la coupe porte les apôtres.

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