‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 86 sur 161 · COUPE A JOUR DE BERNARD PALIS, S Y · texte numérisé non relu

COUPE A JOUR DE BERNARD PALIS, S Y

{ Colleclion de M. P. Gasnault.)

En attendant, nous ne pouvons que signaler, dans les collections que nous avons citées, quelques pièces hors ligne, tant par la finesse des reliefs que par la qualité de l'émail, comme le plat ovale décoré de poissons et d'écrevisses appartenant à M. Basilewky, que nous publions, et le plat rond, décoré d'un lézard vert, sur fond violet profond, que M. le baron A. de Rothschild a' acquis à la vente Bernai.

Les coupes à enlacements avec ou sans monogrammes, percées ou non à jour, creusées ou non de compartiments de formes diverses, ce qui constitue enfin la partie la plus originale et la plus charmante de l'œuvre de Palissy n'est plus à décrire; non plus que les pièces où la

LES faïences de LA RENAISSANCE AU TROCADÉRO. 3o5

figure intervient dans des proportions assez considérables, comme le plat qui montre Vénus couchée accompagnée d'Amours, comme la Diane de Fontainebleau, comme le Printemps, assis à côté des instruments de

DRAND PLAr RUSTIQ^UE DE BERNARD PALISSY.

(Colleclion de M. Basilewsky.)

jardinage en avant d'un parterre. Notons à ce propos une remarque assez singulière. Il y a de cette pièce des exemplaires qui ne diffèrent que par un détail. Le râteau du premier plan est posé avec le manche en avant dans les pièces que l'on croit de Palissy, et avec le manche relevé

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en arrière sur celles que Ton croit de ses imitateurs. Un point rouge pour figurer la prunelle de l'œil distingue souvent ces dernières.

Parmi les pièces peu communes, nous signalons le plat exposé par M. Benjamin Fillon, et que nous reproduisons; — des divinités marines en couvrent le fond; — le masque appartenant à M"° Grandjean, la grande salière ornée de termes de M. Basilewsky, et les pyramides quadrangulaires de M. Alphonse de Rothschild.

Ces deux derniers amateurs possèdent chacun une reproduction du plat de François Briot, et un habitant du Mans avait envoyé l'aiguière qui le complète. 11 y avait intérêt pour chacun d'eux à l'acquérir. M. Alphonse de Rothschild a été le plus osé. 25,ooo francs sont un joli denier pour une aiguière quelque peu endommagée et que les dates ne permettent pas, croyons-nous, d'attribuer à Palissy.

Car il est des pièces que l'on est dans l'habitude de mettre sous son nom qu'il faut lui enlever. Telle est la Nourrice dont M"' Grandjean a exposé un fort bel exemplaire; tel est le Joueur de vielle. Les costumes sont du XVII' siècle, et Ton a quelques raisons de croire que ces figures sont sorties de l'atelier de Fontainebleau, que le journal d'Hérouard nous a fait connaître à propos des faits et gestes de Louis XIII enfant.

Un exemplaire de la Nourrice porte sous sa terrasse, tracé à l'ébauchoir dans la terre encore molle, deux sigles ou deux lettres que l'on croit être des B. Cette même marque se voit sous les petits chiens exposés par M. Foureau.

Or voici que M. Benjamin Fillon veut bien nous communiquer un document, daté du 6 février 1626, qui permet d'attribuer à Claude Barthélémy, « peintre et esmailleur sur terre au dit Fontainebleau », la paternité de ces pièces, que lui a attribuée également M. A. de Montaiglon.

Le B initial de la signature du document est presque identique à la marque tracée à main levée sous les faïences.

Pour en finir avec les marques des poteries que l'on classe en général sous le nom de Bernard Palissy, signalons en terminant :

Un chien couché, plus grand que les précédents, portant un collier orné d'une pierre taillée en pyramide, comme c'était la mode de le faire surtout à la iîn du xvi" siècle, qui appartient à M. B. Fillon. Un P se voit sous sa terrasse. Mais cette lettre semble gravée après la cuisson, et non tracée avant cette opération. Il a été trouvé en Vendée, et M. B. Fillon

LES ÉMAUX PEINTS AU TROCADÉRO. Soj

ne serait pas éloigné de le croire fabriqué à Oiron avec la même terre que les pavés contemporains de Gouffier.

Un F tracé à Tébauchoir sous le plat ovale que remplit la figure d'un Fleuve, dans la collection Basilewsky, et un monogramme formé d'un A, d'un V et d'un B tracés à la pointe sous un autre plat de la même collection, représentant la Vendange, sont encore des énigmes indéchiffrées.

Faïences cf Oiron. — Les collections Basilewsky et Alphonse de Rothschild sont seules à posséder des fa'iences d'Oiron sur lesquelles on a tant dit qu'il ne nous reste qu'à les signaler.

Celles de la première époque, d'une composition plus simple, remarquables par le grand goût des rubans géométriquement enlacés qui en forment le principal décor, comme sur l'une des coupes de M. Basilewsky et sur la coupe à couvercle et la petite aiguière conique de la collection Rothschild, nous plaisent mieux que les pièces plus compliquées, salières et flambeaux de la seconde époque, comme la dernière collection nous en montrait plusieurs.

Mais les unes et les autres continuent à se faire payer des prix bien supérieurs à leurs mérites, il faut bien l'avouer, lorsqu'elles surgissent sur le marché, et même lorsqu'elles sont l'œuvre d'habiles faussaires.

LES EMAUX PEINTS.

Parmi les émaux dont l'origine peut prêter à l'incertitude, nous mentionnons tout d'abord une monstrance pédiculée de la collection Basilewsky, que l'on dit venir de Sienne, mais que nous inclinons à croire française. Ses grisailles sur fond bleu sont redessinées parenlevage, tandis que les émaux franchement italiens, comme il y en a dans le cabinet de M. le baron Ch. Davillier et dans la collection de paix de M. Castellani, sont réellement tracés au pinceau en émail blanc sur le fond.

Un urceum de la même collection Basilewsky, formé de douze plaques, appartient au xv" siècle par son style et par son exécution, qui est particulière. Les figures sont en effet tracées à la pointe sur le métal et peut-être redessinées en noir. Un trait noir, en effet, apparaît à travers l'émail blanc quand il est en couche très mince et à travers les

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émaux translucides des vêtements. Les carnations sont redessinées en noir par-dessus l'émail.

Cet art archaïque et quelque peu sauvage est celui d'un triptyque et d'une plaque représentant l'arrestation du Christ, exposés, l'un par M. le baron Gustave de Rothschild, l'autre par M. Beurdeley. Les carnations blanches en sont très opaques, d'une tonalité gris perle particulière, et modelées par des empâtements excessifs. Les draperies sont exécutées en émaux translucides sur le fond blanc qui porte le sujet dessiné au bistre. Des œuvres analogues portent le nom de Monvaerni.

Les œuvres de Léonard ou Nardon Pénicaiid sont nombreuses et exclusivement religieuses, consistant en plaques qui, le plus souvent, forment des triptyques ou en proviennent. Les sujets qu'il affectionne .sont la Crèche qX. la Crucifixion.

La première est figurée sur la plaque centrale du triptyque de M. Odiot, de M"" Grandjean, de M. Barre et de M. Ephrussi. Sur les volets figurent d'ordinaire les deux personnages de V Annonciation .

La Crucifixion se trouve sur trois des triptyques de la collection Basilewsky, généralement entre le Portement de croix et la Pitié, comme sur celui de M. E. André et sur celui de M. le baron Davillier. Cette dernière scène, qui varie dans sa composition, est excessivement pathétique sur le volet de ce triptyque que reproduit exactement une plaque exposée par M. Beurdeley. Un ange soulève le buste du Christ assis sur le bord du sépulcre, et comme sa tête tombe en avant, saint Jean, qui soutient la Vierge évanouie, la relève d'un geste énergique.

Le musée de Lyon montre des sujets moins appropriés, la Crèche et la Présentation au temple, sur les volets du triptyque dont la plaque centrale représente aussi la Crucifixion.

Sur ces plaques, comme sur la plaque circulaire de M. le baron Gustave de Rothschild représentant Hérode et la fille d'Hérodiade, les carnations sont remarquables par leur ton violet dans l'ombre. Les draperies, qui sont polychromes, sont appliquées sur un fond blanc qui porte le dessin largement indiqué en bistre, au pinceau. Des rehauts d'or indiquent les lumières; des paillons servent d'orfrois à certaines draperies.

Jehan 1" Pénicaud, qui devait être le frère ou le neveu de Nardon, dont il suit les errements, est l'auteur de la magnifique plaque représentant Jésus au jardin des Oliviers, du cabinet de M. Odiot. Elle est signée des deux lettres I P réunies par une cordelière. Un ton général brun roux

LES ÉMAUX PEINTS AU TROCADÉRO. Sog

la distingue des œuvres deNardon, parce que les draperies, au lieu d'être tracées sur apprêt blanc, le sont sur le métal lui-même, qui donne un ton fauve aux émaux qui le recouvrent.

LA CRECHr, tMAIL DE NABDON TENICAID.

(Collection de M. Ch. Ephrussi.

Ce caractère et une recherche des motifs de la Renaissance dans l'architecture nous font attribuer à ce maître V Adoration des rois, de la collection Basilewsky, ainsi qu'un coffret représentant la légende de sainte Marguerite, dont les plaques portent d'ailleurs le poinçon des Pénicaud, que le contre-émail empêche de voir sur les deux plaques précédentes.

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Peut-être faut-il lui faire également honneur de la Crèche, de la collection Gustave de Rothschild, remarquable par la beauté du pourpre des draperies. En tout cas, c'est une œuvre de transition dont les carnations sont déjà dessinées à la pointe sur l'émail non encore fixé au feu, et qui annonce Jehan II Pénicaud.

Ce maître, que signalent le précieux de son exécution, la conscience du dessin dans tous ses détails, un certain gris laiteux dans les ombres qui empêche ses figures de se lier parfaitement aux fonds, est l'auteur des deux plaques de la légende de saint Martial et de sainte Valère, patrons de Limoges, appartenant à M. le baron Gustave de Rothschild, plaques qui, réunies en plus grand nombre à l'exposition rétrospective de l'Union centrale (en i865), nous ont donné la signature de l'émailleur.

Nous citerons, comme une de ses œuvres les plus belles et les plus considérables, le tableau composé de treize plaques de la collection Basilewsky, dont la plaque centrale représente l'Ascension. Ce tableau, qui provient des collections Debruge-Dumesnil et Soltykoff, s'est enrichi de deux plaques circulaires que le hasard a fait retrouver et que l'on avait remplacées par un émail tel quel de Jean Courteys.

Deux portraits appartenant à M. le baron Gustave de Rothschild nous montrent dans Jehan II Pénicaud un portraitiste éminent. L'un est celui du poète Dupré, qui porte ses armes et sa devise (joyeulx est LE BIEN Dupré); l'autre est celui d'un homme vêtu de noir sur un fond blanc d'ivoire, qui est daté de \53-j et porte au revers le poinçon des Pénicaud.

Le portrait d'Érasme, de la collection Seillière, plus grand et d'une exécution moins serrée, reconnaissable à l'exécution des yeux, Test aussi au poinçon P qu'on aperçoit sous le contre-émail.

M. Barre possède une petite plaque représentant un triomphe, grisaille très fine de ton, mais d'une exécution un peu lourde que nous croyons devoir lui attribuer. Quant au Christ en croix entre saint Jean et la Vierge, grisaille sur reliefs exposée par M. Odiot, elle porte le poinçon et les initiales 1. P.

Nous lui attribuerons aussi une seconde Crucifixion, grisaille qui ne diffère de la précédente que par l'addition de la figure de la Madeleine embrassant le pied de la croix, et de la Madeleine repentante, également à M. Beurdeley, tout en reconnaissant à ce dernier émail une grande ressemblance avec les œuvres de Jehan III Pénicaud.

Une plaque circulaire de la collection Seillière. la Mise au tombeau

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grisaille d'une qualité exceptionnelle, un des plus beaux émaux que nous connaissions, peut servir de type pour caractériser la manière de ce maître, dont la même collection possède un grand plat représentant les Noces de Psyché^ une aiguière qui porte sur la panse le Repas d'Énée et de Didon, et deux chandeliers où les personnages de la Bible se mêlent d'une façon assez singulière à ceux de la fable. Jehan III Pénicaud copie

À' yy-T-T Y Y T, T -Y- Y r X:^ '

PLAti^UE DE COFFRET EN ÉMAIL PEINT, SIGNEE Kl P.

(Collection de M. Beurdclcy.)

Raphaël à la façon du Parmesan, faisant subir aux personnages un allongement excessif et aux draperies un déchiquetage qui les fait parfois ressembler à des haillons.

Une coupe représentant une Chasse au lion, à M. Barre; deux assiettes en grisaille sur fond bleu, à M. le baron Gustave de Rothschild; un coffret de la légende de Samson; une coupe de la collection Basilewsky et un grand plat, à M. Ed. André, représentant en grisaille légèrement rehaussée de bistre le Combat des Centaures et des Lapithes, complètent rapport de cet émailleur ou de son atelier.

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Nous n'avons pas voulu interrompre l'examen des œuvres de la famille des Pénicaud; aussi il nous faut maintenant revenir sur nos pas pour nous occuper de quelques émaux, dont plusieurs ne sont point sans affinité avec ceux de Jehan II lorsqu'il se dégage de la gothicité de Jehan I", d'autant plus qu'ils se trouvent sur des plaques frappées du poinçon des Pénicaud. Nous voulons parler des œuvres de l'anonyme Kip, qui a ainsi signé la plaque appartenant à M. Beurdeley, que nous reproduisons. Il a signé de même une plaque représentant un combat de cavalerie, appartenant à M. le baron Charles Davillier, et ikp (marque également connue), la plaque qui lui fait pendant.

Il se plaît aux œuvres précieuses^ et à agiter dans un champ de dimensions restreintes des guerriers presque microscopiques, parfois un peu péniblement dessinés, modelés en grisaille du ton laiteux particulier à Jehan II Pénicaud.

Bien que la plaque exposée par M. Claude Lafontaine représente en grisaille la Coui'crsion de saint Paul avec des personnages plus grands que d'habitude, nous inclinerions à l'attribuer à cet anonyme, ainsi que la paix de M. le baron Gustave de Rothschild, qui représente la Pentecôte.

Une autre famille d'émailleurs qui travailla depuis le xv" jusqu'au xvn^ siècle à Limoges, celle des Nouailher, eut deux de ses membres du prénom de Colin, ou Couly en patois, qui ont presque occupé tout le XVI' siècle. Leur atelier se distingue par la transparence des émaux qui, même lorsqu'ils sont blancs, nagent dans un excès de fondant. Le plus ancien des Couly Nouailher a peint les plaques qui, montées en coffret, représentent d'habitude les Travaux d'Hercule, ou des Jeux d'enfants, sur fond rouge ou bleu. Ainsi sont les deux coffrets de la collection de M. Gustave de Rothschild, et celui de la collection Basilewsky qui possède en outre une coupe dont le sujet est la Mort de Goliath, datée de iSSg, et signée des initiales C. N.

Peut-être faut-il lui attribuer la suite des plaques représentant divers sujets de VÉnéide d'après les gravures sur bois de l'édition de Strasbourg, en i5o2, copiée à Lyon en iSiy et en 1529, dont M. Beurdeley nous montre quatre fort beaux spécimens. Nous lui attribuons également la grande plaque, d'aspect un peu roux, de la collection Gustave de Rothschild, représentant la Vierge aux Anges. Les anges de petite dimension qui sont peints en émail blanc au sommet de la pièce, ne sont pas sans analogie, dans leur exécution, avec les personnages des coffrets

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précités. Quant au grand diptyque, formé de douze plaques copiées de la Passion d'Albert Dûrer^ qu'expose M. Basilewsky, nous l'attribuons au second des Couly Nouailher, dont l'exécution est d'habitude aussi habile que négligée.

Nous arrivons maintenant à l'émailleur dont la réputation domine celle de tous ses contemporains, à Léonard Limosin, dont l'exposition est bien faite pour nous donner une haute idée de son talent dans les genres les plus variés et avec les modes d'exécution les plus divers.

Les émaux de lui qui portent la date la plus ancienne sont les quatre plaques de l'Histoire de Psyché, d'après le maître au dé, datés de 1542, qui appartiennent à M. le baron Gustave de Rothschild, composition qu'il copiait déjà dès i535, après avoir commencé par s'inspirer des estampes allemandes d'Albert Durer.

Ces émaux sont des grisailles sur fond noir, exécutées par les procédés ordinaires de l'enlevage, pour la préparation de la composition, et de la surchage d'émail blanc pour le modelé; le tout étant achevé par un léger glacis bistré et quelques rehauts d'or.

Vient ensuite, par ordre de date, le tableau que M. Beurdeley a formé au moyen de vingt et une plaques, représentant les prophètes et les sibylles, signées L. L. et datées de 1543.

Ces plaques, dont la suite n'est pas complète, puisque M. Odiot en expose deux éléments, sont très librement exécutées en émaux polychromes sur paillons.

Les douze apôtres de l'église Saint-Père de Chartres portent la date de 1547. Est-il besoin de rappeler que les modèles tant des figures que des bordures sont de Michel Rochetel, et que Léonard Limosin en reçut la commande en 1542, au prix de cinq écus soleil pour chaque figure, soit deux cents livres dix sols pour le tout qui, livré à Saint-Germain, fut envoyé par le roi « en certain endroit qu'il ne voulut être déclaré ». Cet endroit était le château d'Anet.

Donnés, lors de la Révolution, au département d'Eure-et-Loir, ils lurent attribués en 1802 à l'église Saint-Père, qui les conserve avec un soin jaloux.

Ces émaux sont peints sur apprêt blanc. Les grandes divisions du dessin sont tracées au pinceau en bistre brun ; puis les émaux colorés sont couchés du côté de l'ombre seulement, les lumières restant décolorées en blanc. Quelques hachures claires accentuent les traits des

LES ÉMAUX PEINTS AU TROCADÉRO. 3i5

Tous les émaux de Léonard Limosin peuvent se classer dans ces trois

modes d'exécution, qu'il combine parfois avec une adresse particulière.

Au genre grisaille appartient le disque de M. Beurdeley, représen-

SAINT MATHIEU, EMAIL DE LÉONARD LIMOSIN, PROVENANT d'anET.

(Eglise Sainl-Pùre, à Chartres.)

tant la Cène, signée L. L., iSqô. Cette grisaille, remarquable par l'intensité des noirs et l'air de férocité que donne aux personnages le point qui marque la prunelle de leurs yeux, est particulière dans l'œuvre de l'émailleur.

3i6 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

C'est encore une grisaille que le Quos ego de M. Dutuit.

Mais les trois plaques du même cabinet représentant, l'une, des femmes nues, l'autre, un cavalier, la dernière un homme endormi, éléments probables d'un ensemble, sont exécutées au pinceau, sur apprêt au blanc, comme les apôtres de Chartres.

Quant aux portraits, qui sont nombreux à l'Exposition, ils sont surtout exécutés sur apprêt, les traits du visage et le modelé étant obtenus au pinceau et parfois par hachures.

Les plus remarquables de ces portraits sont ceux que M. J. Courajod a démontré représenter Jean Philippe, comte de Reingrave, colonel des reîtres sous Henri II, et probablement Jeanne de Genouillac, veuve de M. de Crussol d'Acier, sa femme, émaux que M. Ed. André a acquis de la collection Germeau. Nous citerons ensuite celui de Diane de Poitiers (?), sur une plaque circulaire, encadré de grotesques polychromes sur apprêt, et ceux de François I"' et de Claude de France, encadrés de grotesques verts à rehauts blancs sur un fond vert translucide, genre particulier à Léonard Limosin, de la collection Seillière; puis, dans la même collection et dans celle de M. le baron Gustave de Rothschild, cinq grands portraits d'apparat, où Catherine de Médicis est représentée deux fois. Leurs montures de bois doré encadrent aussi des plaques en grisaille, représentant des figures allégoriques et des mascarons qui complètent l'ensemble.

Comme spécimen authentique de l'emploi des rehauts blancs sur l'émail vert transparent, nous citerons, chez M. Beurdeley, l'extérieur d'une coupe d'orfèvrerie exclusivement décoré de trophées et de cartouches pendants, signé L. L. i552.

Le plus fécond des émailleurs limousins, Pierre Reymond, dont la longue carrière s'étend de i534à i584, est amplement représenté par des œuvres de toute sa vie, d'une exécution toujours correcte, mais d'un aspect souvent un peu froid, à cause de l'abus des hachures dans la préparation, et d'une couleur trop saumonée sur la fin de sa carrière.

Le triptyque représentant Louise de Bourbon, assistée de saint Louis, aux pieds de la Vierge , portant les armes de France, à la bande de gueule en abîme, et l'inscription : Notre espoir est en vous, Bourbon, en grisaille colorée, qui était catalogué en 1867 comme appartenant au baron A. de Rothschild, est signé P. R. i538. A la même époque, ont dû être exécutés : une plaque également colorée sur apprêt de la collection G. de Rothschild, représentant la même Louise de Bourbon en prière,

LES ÉMAUX PEINTS AU TROCADERO. . Sij

sous une arcade, qu'entourent plusieurs sujets de l'Enfance du Christ; et le beau triptyque de la collection Basilewsky, aux armes de Philippe

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