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LA GALERIE DES ANTIQUITÉS, AU PALAIS DU TROCADERO

Moins brillant d'aspect qu'en 1867, établi d'ailleurs en un local moins fait pour lui, le groupe d'objets venus du Musée de Boulaq otïre néanmoins l'intérêt de toucher aux questions les plus concrètes et les plus intéressantes de l'histoire de l'art égyptien. La collection ne fascine pas les yeux du passant inattentif; mais, décrite par le savant et très intéressant catalogue de M. Mariette (catalogue dont on aimerait à trouver l'équivalent dans toutes les sections de ÏArt rétrospectif), elle laisse aux

esprits réfléchis une somme de notions et d'idées vraies qui pourront rectifier plus d'une erreur encore accréditée.

L'idée qui a présidé au choix des monuments exposés est de présenter une sorte de genèse, puis de généalogie de Tart égyptien à partir des époques les plus reculées, et, simultanément, de montrer l'outillage et les produits de l'art et de l'industrie. Bien que le cadre des demandes adressées en mars par M. Mariette, de France en Egypte, n'ait pu être rempli et que l'on doive regretter l'absence de bien des morceaux célèbres, et notamment des incomparables statues de Meydoun, un moment espérées, le programme reste brillant et fécond en enseignements.

Son premier enseignement est de donner, une fois de plus, un démenti à ce préjugé qui soutenait que l'art égyptien est invariable, qu'il est resté immobile et toujours soumis à une convention routinière assez éloignée des modèles libres et vrais que fournit la nature. On ne peut s'étonner qu'autrefois cette opinion ait paru fondée, alors que l'on connaissait seulement les œuvres d'époques où régnait la convention, et que l'on s'en rapportait à un texte célèbre de Platon, où il est dit que : u 11 est défendu aux peintres et aux artistes qui font des figures et autres ouvrages semblables, de rien innover ni de s'écarter en rien de ce qui a été réglé par les lois du pays ; la même chose a lieu en tout ce qui appartient à la musique. Et, si l'on y veut prendre garde, on trouvera chez eux des ouvrages de peinture et de sculpture faits depuis dix mille ans (quand je dis dix mille ans, ce n'est pas pour ainsi dire, mais à la lettre) qui ne sont ni plus ni moins beaux que ceux d'aujourd'hui, et qui ont été travaillés sur les mêmes règles. » On connaît l'esprit peu critique et assez superficiel des voyageurs grecs, ainsi que les fréquentes contradictions qu'ils ont entre eux. Toutefois il n'est pas impossible qu'au temps où Platon put voir l'Egypte, il y existât quelque coutume invariable de ce genre, même inconsciente ; mais que cette loi ait toujours existé, que toutes les œuvres portent la même empreinte, c'est ce qui paraît démenti surtout pour l'époque reculée que les fouilles de M. Mariette ont fait connaître. Grâce à ces fouilles, dont les premiers produits ont été vus en 1867, on peut constater que l'art le plus ancien que l'on puisse étudier, celui des IV-, V' et VI' dynasties, remontant à près de quatre mille ans avant notre ère, procédait sans convention déterminée, avec autant de réalisme et de liberté que le lui permettaient soit l'impéritie et la timidité de composition qui se retrouvent chez tous

les primitifs', soit le but imposé par les croyances : créer de vivants ac-similés de la personne défunte, qui, cachés dans un lieu inaccessible

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