‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 92 sur 161 · Collection de M. Charles Vatel · texte numérisé non relu

Collection de M. Charles Vatel

4. La publicatioii du livre de J.-B.-L. Carré, composé en 1783, date seulement de la « 3"" année de l'ère républicaine ».

vanité prétendant posséder le casque ou le bouclier de quelque héros fameux, de premières petites collections d'armes se forment successivement; puis, en très peu d'années elles grandissent et se multiplient. C'est en raison des idées du moment que, vers 1830, époque où fîeurit dans une sorte de renaissance le romantisme épris des dagues de Tolède et des coutumes du moyen âge, se prononce réellement à Paris et par imitation en province le goût archéologique ou décoratif pour les armes des anciens temps.

Le nombre des amateurs s'étant alors assez rapidement accru et par conséquent la valeur des belles ferrailles ayant pris de l'importance dans le commerce, un nommé Romagnesi se mit à fabriquer des trophées chevaleresques disposés sur planche découpée en ^écusson recouvert de velours, et composés d'épées, de masses d'armes, de haches, de dagues et de boucliers en carton plombagine imitant d'ordinaire l'acier rouillé.

Ces grossiers trompe-l'œil indiquent bien que la mode, se prêtant alors aux vanités d'un luxe subalterne, le poussait à l'achat de ce qu'on appelait avec emphase une panoplie.

Dans l'arrangement de cette chose toute de parade , au carton succède bientôt la fonte de fer, puis se produisent les rondaches en tôle repoussée, fabriquées d'après les dessins de J. Feuchère par certains élèves de Vechte, ou par les émules de Terrasse; alors s'établissent en Espagne et surtout en Italie des ateliers où travaillent à qui mieux mieux, pour toute l'Europe et aussi pour le nouveau monde, des Negroli et des André Ferrare de pacotille. De tels progrès nous indiquent l'émancipation encore en bas âge du goût pour les armes; il se propagea depuis, en augmentant durant une vingtaine d'années.

Chose étrange, ce temps où se répandirent en France les produits milanais du faussaire San-Ferico marque, malgré toutes ses tromperies, pour les acheteurs sagaces une période que l'on pourrait appeler Tàge d'or de la trouvaille en fait d'armes.

C'est le bon temps des vrais amateurs, où des fondés de pouvoirs venaient chercher à Paris de belles choses pour VArmevia de Turin ou le Musée de Tsarskoé-Sélo à Saint-Pétersbourg.

C'est vers la fin de cette période mi-partie d'ignorance pédante et de savoir encore naïf, que naissent et miroitent tout à coup, avec les fortunes rapidement faites, les allures caractérisant le jourd'hui qui veut vite, coûte que coûte, satisfaire ses caprices.

Il y a déjà loin des temps où, à la salle de la rue des Jeûneurs, se

disputaient à petits prix et petit bruit, entre de vrais antiquaires, les armes qui se vendaient après le décès de quelqu'un d'eux. Les ventes à rhôtel Drouot ont maintenant un tout autre caractère. Là, depuis

Page 1