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ÉPLE DU XI II*^ SIÈCLE

(Collection de M. Basilewsky. )

quelques années, les amateurs peuvent être classés en deux catégories bien distinctes : ceux qui vendent et ceux qui achètent.

Chez ces derniers, la vanité, reine du monde moderne, joue le premier rôle; elle s'irrite et se révolte, surtout en public, devant une rivalité

quelconque. L'achat dans ces conditions est une sorte de duel, et les journaux, en nommant le vainqueur, proclament le triomphe de la folie. On a vu depuis quinze ans, à quel degré est parvenue cette passion du i( il faut paraître »! ou du « je veux à tout prix ». Citons quelques exemples :

En 1870, un bouclier de la collection San-Donato atteint à sa vente le prix de 160,000 fr. ; une armure, quelques années plus tard, fut payée 5oo,ooo fr.'. Dernièrement, un cabasset quelque peu damasquiné, a été acheté 3o,ooo fr., -et une épée , — nous l'indiquons comme un exemple maintenant exposé, — fut adjugée il y a trois ans, rue Drouot, au prix de 5o,ooo fr. Enfin on offre aux heureux possesseurs qui les conservent à rétranger : i5o,ooo fr. d'une épée de César Borgia, à Rome; i3o,ooofr. d'un glaive bénit appartenant à la famille des Bentivoglio, à Bologne, et 100,000 fr. d'une épée attribuée à Boabdil, roi de Grenade, arme appartenant de père en fils aux marquis de Villa-Seca.

Ces évaluations extravagantes ayant enfin, à Paris et par toute l'Europe, alléché les vieux antiquaires, qui avaient jadis, à des prix minimes, recueilli les plus remarquables œuvres d'armurerie de bon aloi, ils se décident peu à peu à s'en dessaisir. Ils réalisent ainsi de très forts bénéfices que viennent leur proposer, avec toutes sortes de ruses persuasives, des marchands entremetteurs de quelques riches financiers.

Maintenant ces chercheurs mercantiles, renonçant à se procurer de vraies vieilles armes, vendent, faute de mieux, en les garantissant sincères, même parfois sur facture, les œuvres maquillées de certains faussaires installés à Montmartre ou aux Batignolles?

Ceux-ci s'appliquent à imiter ou, ce qui est imprudent, à inventer, pour de somptueux ignorants, des masses d'armes décorées de ciselures ou damasquinées d'or, qui se vendent, à l'amiable, une vingtaine de mille francs.

1. Cette armure, que possédait de longue date lord Ashburnhani et qui, pensons-nous, provient de l'ancienne collection Walpole, fut achetée vers 1860 par un antiquaire anglais qui la revendit 500,000 francs ù sir Richard Wallace, complétant alors son cabinet d'armes, c'est-à-dire vers 1873.

Ce merveilleux spécimen de l'armurerie au xvr siècle fut quelque peu atteint dans l'incendie, à Londres, du Pantechnikon, où il était provisoirement dépose.

Il appartient maintenant, moins ses brassards, à M. Spitzer, qui l'a exposé au Trocadéro dans une de ses vitrines.

2. Un bouclier en fer repoussé décoré de damasquiniires d'or, copie faite par un Espagnol d'une rondache de l'Armeria Real de Madrid, a été payé, il y a quelques années, 25,000 francs par un gros bonnet des acheteurs modernes.

Ils composent aussi des dagues dites de Henri IV, avec une lame d'épée raccourcie, en lui ajustant une monture habilement rafistolée, ou bien encore ils fabriquent des épées de haute date, car les gros amateurs, blasés maintenant sur le xvi^ siècle, se mettent à affecter certaines préférences pour les oeuvres guerrières des siècles précédents.

Nous donnerons une autre fois, sur ces occultes tripotages et tromperies, des détails certainement ignorés de Tensemble de amateurs.

Revenons maintenant aux œuvres sincères des armuriers d'autrefois.

La première notable collection d'armes anciennes formée en France depuis le xvi' siècle par un simple amateur (nous ne parlerons pas ici des anciens cabinets d'armes étrangers) est celle du baron Percy, chirurgien en chef des armées françaises'.

Cette collection, qu'il créa pendant les grandes guerres de l'Empire, fut, vers 1824, cédée en totalité par sa veuve à M. Durand, avant la mort duquel elle fut dispersée en vente publique (le 18 janvier i83o et jours suivants). A dater de cette vente se révèlent quelques nouveaux amateurs et commencent à se produire de nombreux cabinets d'armes dont nous citerons ici les principaux.

Ce sont , à peu près dans l'ordre de leur dispersion , ceux de M. Auguste, du duc d'Istrie, de M. Fiérard, du docteur Hébray, de MM. Mention et Wagner, Lesueur, Baron, Sommesson, Debruge- Duménil, Jrisson, du maréchal Oudinot, de MM. Berthon, Humann, Courtier, Rattier, de Rosière, et enfin ceux du vicomte de Courval, du prince Soltykoff (réforme) et la vente San-Donato. Ces dispersions tournèrent peu à peu au profit des nouveaux grands amateurs.

La galerie d'armes de Napoléon 111 ( dite de Pierrefonds ) motiva à elle seule un suprême coup de filet, qui par son résultat rappelle la pêche

I . Cj.[aIog!/e des armures et armes diverses composant U collection formée origindireme/it par M. le baron Percy et complète' par M. U tir and.

« Cette collection consiste en huit belles armures complètes, vingt-cinq boucliers et autant de casques variés, cinquante fusils, vingt paires de pistolets, soixante épées, glaives, sabres divers, soixante-quinze poignards de différentes époques, vingt-cinq drapeaux ou guidons étrangers, enfin un grand nombre de lances, de hallebardes, de pertuisanes, de haches, de masses et marteaux d'armes, armes de trait et accessoires, etc. »

miraculeuse. Là furent englobées plusieurs collections importantes, comme on le verra plus loin.

C'est sous l'impulsion de la mode déterminée par ces achats souverains qu'ont été formées, en même temps qu'eux et surtout quand ils se furent ralentis, les collections définitives dont nous allons citer bientôt les pièces les plus remarquables.

Ces collections particulières actuelles sont, en grande partie, composées : 1° des armes achetées en France à des amateurs récalcitrants, séduits enfin par de fortes sommes; 2° à des achats faits à l'étranger par les marchands, de plus en plus âpres au gain, qui depuis 1860 ne cessent de fureter par toute l'Europe.

Une fois les énormes prix de la salle Drouot connus chez nos voisins, ceux-ci, quoique bien plus conservateurs que nous, se résignèrent peu à peu à se dessaisir, en faveur de Paris, des armes qui y sont tant recherchées et payées si cher. C'est surtout à cause du prestige des bonnes affaires que furent formées, en moins de vingt ans, les derniers grands cabinets d'armes.

En terminant cette sorte d'introduction, nous répéterons ce que nous avons déjà dit : Il n'y a plus maintenant en France, excepté ceux que nous allons citer, de vrais collectionneurs d'armes, et il ne pourra plus y en avoir, par cette simple raison qu'il n'y a plus et qu'il n'y aura plus dans l'avenir d'armes à acheter.

Presque toutes celles qui, comme mérite, dépassent l'ordinaire dans le genre luxueux de la primitive panoplie, — quelques milliers de pièces admirables, — appartiennent aujourd'hui à des collections devenues héréditaires et pour ainsi dire incessibles; telles sont celle de l'empereur Napoléon III, celle de sir Richard Wallace et celles des barons de Rothschild. Les grandes réunions et les groupes partiels représentent la fleur des précédentes petites collections depuis longtemps dispersées. La galerie de Pierrefonds absorba à elle seule le cabinet d'armes du prince Stolykoff (3i3 pièces), auxquelles vinrent se joindre successivement les armes cédées à l'empereur, soit par le comte d'Armaillé, soit par le comte de Belleval, ou bien achetées déjà pour les Tuileries à la vente Berthon, en 1860.

De pareilles absorptions furent renouvelées encore depuis par le comte de Nieuwerkerke, et, à trois reprises différentes, par M. Spitzer. Ajoutons que l'armeria de sir Richard Wallace, qu'il fut forcé d'envoyer en Angleterre à cause des menaces de la Commune, a absorbé en moins

de cinq ans Fimportante collection du comte de Nieuwerkerke , celle de .M. Juste, la majeure partie de celle du docteur Meyrick, achetée d'abord par M. Spitzer, qui céda en même temps à sir Richard Wallace une première collection qu"il avait précédemment formée.

11 faut donc, devant de telles razzias, renoncer à l'idée de retrouver jamais une pareille réunion d'armes; c'est ce dont les amateurs français paraissent se consoler bien trop facilement, selon nous.

FRAGMENTS DE LEPEE REPRODUITE A LA PAGE j+j.

(Collection de M. Basilewsky. )

Quoi qu'il en soit, il est à remarquer, pour justifier avant tout notre assertion, que les heureux possesseurs des grandes collections et des pièces d'armes précieuses que nous allons citer sont de nationalité

étrangère

M. Spitzer est Autrichien, M. Riggs est Américain, le prince Czartorysky est Polonais, M. Basilewsky est Russe; je pourrais citer aussi, quoiqu'il n'ait rien exposé, M. Ressman, amateur italien habitant Paris, qui depuis quelques années accapare de belles armes.

Tel est à peu près le résumé de l'histoire moderne des collections d'armes en France.

Avant de parler des œuvres d'armurerie envoyées par quelques Musées de provinces ou de l'étranger, il s'agit d'énumérer, dans l'ordre que leur assigne leur importance relative, les collections et les groupes d'armes prêtés par différents amateurs.

Les cabinets d'armes sont : celui de M. Spitzer, celui de M. Riggs, et la collection des armes polonaises du prince Ladislas Czartorysky et du comte Dzialynsky.

L'ensemble exposé par M. Spitzer ne représente qu'une partie de son actuelle collection.

Cette réunion partielle , qui occupe à elle seule une des grandes salles du Trocadéro , se compose d'une précieuse série d'armures de guerre, de joute ou de parement, harnais au clair ou dorés, puis d'armes blanches ou d'armes à feu d'une beauté merveilleuse.

Chacune d'elles représente en chaque genre un type parfait, depuis le glaive à croix rigide et la fine rapière dont les gardes en profonde coquille sont ouvrées à jour comme dentelle, jusqu'aux mousquets magnifiques contrastant par leur hauteur avec les élégantes arquebuses de chasse et les pistolets d'Italie ou d'Allemagne.

Sur la plupart de ces armes, dans une profusion de détails charmants et délicats, expression des siècles préférés, — ceux de la vraie Renaissance qui commence vers 1400 et finit avec Michel -Ange, — s'épanouissent toutes les fantaisies, toutes les élégances exquises, nées de l'imagination si fertile des grands artisans et des artistes de Florence ou de Nuremberg. Ici ce sont des entrelacs de feuillages, de fines arabesques damasquinées d'or à l'orientale ou incrustées de tauchie d'ivoire à l'allemande.

Là se dessinent ou se détachent en demi-relief de délicates ciselures représentant des figurines, des têtes sèches, des rinceaux à l'antique, des festons de lauriers encadrant avec coquetterie personnages fabuleux, emblèmes mythologiques, allégories, trophées de guerre et scènes de vénerie; quelquefois ce sont des nymphes maniérées qui se jouent avec des faunes ou des satyres, tandis que, dans les rinceaux, rient jusqu'aux . oreilles des mascarons de mine grotesque.

Ces nombreux chefs-d'œuvre, réunis enfin après avoir échappé durant tant d'années aux menaces de destruction, proviennent en grande partie de l'ancienne collection de M. Carrand, qui l'avait commencée jadis en même temps qu'il formait celle du prince Soltykoff.

A cet ensemble déjà considérable sont venues se joindre d'autres pièces des plus précieuses, que M. Spitzer, depuis dix ans, a pu obtenir par intermédiaire en Angleterre, en Allemagne et en Italie.

Certains de ces admirables spécimens mériteraient que Ronsard les eût décrits, comme il fit de la rondache du duc de Guise en ces vers que nous citons :

Deux couleuvres d'acier dos à dos tortillées Traînant dedans le fer leurs traces escaillées Couroient le long du bord...

Du milieu de Pescu Gorgone s'eslevoit, Borgnoyant renfrogné, qui trois testes avoit.

La collection de M. Riggs, qui malheureusement fait bien trop fourbir les vieilles armes qu'il possède, offre dans son arrangement tous les mérites du goût. Elle occupe, elle aussi, une salle entière, et là brillent certaines pièces du plus grand intérêt par leurs dates et leur pureté de forme. Nous aurons plus tard à les désigner et à les décrire. Elles proviennent en général des achats faits à l'étranger par M. Riggs qui, depuis longtemps déjà, s'occupe de les rechercher dans ses voyages.

Quelques-unes lui viennent de l'ancienne et célèbre collection Meyrick. Elle fut en grande partie, nous l'avons déjà dit, achetée depuis quelques années pour l'admirable armeria de sir Richard Wallace, à Hertford-House.

Après la salle réservée à M. Riggs, se trouve la collection composée de harnais militaires réunis par les princes Czartorysky et le

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comte Dzialynsky. Elle présente un très bel et très curieux ensemble d'armes polonaises datant du xvr et du xvii" siècle.

Voilà pour les vraies collections. Ensuite se produisent à l'état de groupes seulement, les armes exposées par M. Basilewsky et par le baron Adolphe de Rothschild, puis viennent les curieuses armes de M. Gay, celles de bronze de M. Odiot, les épées de M. Dupasquier et celles de basse époque de M. Henri.

Enfin, en terminant par les Musées, on voit, pour celui de Saint- Omer, un très remarquable groupe d'épées des xnr et xiv"^ siècles. Elles rappellent la précieuse série exposée en 1867 par M. Benjamin Fillon. Le Musée de Lyon a envoyé une garniture de selle et un chanfrein d'un admirable travail.

Hélas ! il n'y a de VArmeria Real de Madrid, au Trocadéro, que quelques beaux spécimens, en bien trop petit nombre; il faut s'en étonner.

On se demande comment il se fait que l'Espagne, qui possède tant de trésors, depuis l'épée gothique dite de Roland et le glaive du roi Saint-Ferdinand jusqu'aux impériales armures ciselées par Colman, ne nous ait envoyé que si peu d'objets.

N suivant Tordre indiqué précédemment, c'est, selon droit d'importance, par la collection de M. Spitzer qu'il faut commencer l'énumération des plus remarquables pièces d'armes exposées au Trocadéro.

Chacun des admirables spécimens qui composent cette principale collection mériterait une étude spéciale ; mais, en raison des limites assignées nécessairement à cette notice, les descriptions y seront très sommaires, bien malgré nous.

M. Spitzer a disposé en très belle ordonnance, salle IX, dans douze des dix-neuf vitrines que cette salle occupe, les quatre cents pièces d'armes qu'il a prêtées de sa collection. Cet ensemble partiel présente d'abord treize armures des plus remarquables : ce sont des harnais blancs ou dorés, de guerre, de joute ou de parement.

Le plus précieux de tous date du xv'' siècle. Il est en acier au clair

LES ARMURES ET LES ARMES ANCIENNES. 35i

de la façon de Nuremberg, et chacune de ses parties, salade, placard ou plastron, jambières, garde-bras à longue pointe et gantelets, sont relevées de fines cannelures et bordées d\in dentelé ouvré en forme de trèfle.

■ J^Ot/i^à 'Jf i/V

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