‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 94 sur 161 · ARMURE EN ACIER DU XV» SIÈCLE · texte numérisé non relu

ARMURE EN ACIER DU XV» SIÈCLE

(Collection de M. Spitzer. )

Cette élégante armure, que représente le dessin ci-dessus, n a, dans les Musées, qu une seule rivale, celle qui, à Vienne, dans la célèbre collection d'Ambras, est désignée comme ayant appartenu à l'empereur

Maximilicn l" (1470-1494). Celle de Paris est peut-être plus belle.

Après cette merveille de l'art des impériales platner, dont certains furent anoblis pour leurs talents, il faut signaler, dans la vitrine placée (même salle) devant la porte d'entrée, une splendide demi-armure de parement du xvi* siècle ; elle se compose d'un casque ou armet, que nous donnons dans l'une des deux gravures hors texte qui accompagnent cet article ; d'un corselet, de larges faites ou tassettes et de gantelets. Ces différentes parties sont décorées de sujets de batailles et de trophées de guerre repoussés en ferme relief et très habilement ciselés par quelque maître florentin. Cette œuvre précieuse fut, nous l'avons déjà dit, payée en Angleterre 20,000 livres sterling (5oo,ooo francs); puis, après l'incendie du Pantechnikon, à Londres, où elle fut très menacée, elle passa dans la collection de M. Spitzer, où nous la voyons figurer maintenant.

Dans l'étroite vitrine qui fait face à la porte de sortie de cette même salle, rayonne, dans toute sa perfection d'ensemble, au-dessus de certaine dague à monture émaillée, une rondache dont on peut juger du bel aspect par notre planche, où elle est gravée au-dessous du casque déjà désigné. Elle a été rapportée d'Allemagne par M. Spitzer, et maintenant elle représente dans sa collection la pièce capitale d'une série'de six autres magnifiques rondaches, disposées dans les larges vitrines latérales qui occupent les parois de cette salle étincelante.

Il faut citer aussi les vrais bijoux que reproduit notre seconde planche, c'est-à-dire un admirable marteau d'armes, de forme vénitienne et une masse d'armes d'un travail des plus parfaits, dont la hampe porte la devise de Henri II : Donec totum impleat orbem, avec cette signature : Salvador me fi^o. A côté de cette arme royale, sont placés deux fers de pertuisanes, magnifiquement décorés de ciselures et d'or. L'un des deux, du xvii^ siècle, porte l'écusson de France et de Navarre.

Au-dessus de ce groupe, d'un mérite tout à fait exceptionnel, est posé un très élégant casque du xvi* siècle (forme bourguignote), dont les faces latérales sont décorées de sujets de guerre repoussés et délicament ciselés sur fer en couleur grise.

Comme il est impossible, nous le répétons, de décrire une à une toutes les belles choses que renferme, en fait d'armes, cette salle IX, il faut se borner maintenant à indiquer seulement les différents genres de bâtons de guerre qui s'y trouvent représentés par types privilégiés. Ici,

ce sont des épées dont certaines datent du xiv et du xv' siècle, telles que celle dont la monture de cuivre forme une sorte de grande fleur de lis. Plus loin, ce sont des dagues finement ciselées, dont quelques-unes forment armes doubles axec des épées.

Pl'tVÉRIN EN FER CISELÉ (xVI« SIÈCLE).

(Collection de M. Spitzer.)

Au centre de la salle sont les arquebuses les plus belles qui se puissent voir, même dans les Musées de Vienne ou de Dresde.

Rien ne peut décrire la finesse du travail qui décore leur fût de bois incrusté, ni des délicates ciselures dont leurs serpentins, leur garniture de rouet, leur canon et leur monture sont littéralement surchargés.

Si Ton quitte ces vitrines centrales, on trouve, placés çà et là, quelques beaux casques représentant chacun un type de ces genres par-

ticuliers : barhute, bciciiiet, bicoquet, Scilade, armet, bourguignote,

morion et cabasset.

Puis ce sont les pièces de renfort d'armures, placards, bavières et <^randes buffes ; les chanfreins de parement, les étriers, les éperons, les tarses de tournois ou les rondelles de duel, et enfin les armes d'hast, glefen, roncole, spiedi, pertuisanes, corsecques et hallebardes, qui, avec les arbalètes, terminent la série des armes de longue main. A la page précédente et à la page 355 sont représentés deux des beaux pidi'crins qui complètent, comme accessoires, les séries d'arquebuses. Tels sont, en résumé, la fleur et l'ensemble des œuvres d'armurerie exposées par M. Spitzer.

Les pièces qui, dans la collection de M. Riggs, doivent être considérées comme principales, sont deux brigandines du xv' siècle (armures légères formées de petites lames d'acier recouvertes d'étoffe). L'une de ces brigandines est garnie de velours vert ; c'est la plus complète des deux. Ce qui est d'une extrême rareté, ses manches ou brassards lui sont, depuis quatre cents ans, restés fidèles comme par miracle. Je doute qu'il en subsiste un second exemple.

L'autre brigandine, également très curieuse, mais sans ses brassards, est revêtue de ce beau velours rouge de Gênes qui dénote, rien que par sa trame et sa chaude couleur, Fancienneté de ce harnais, qui est, comme le précédent, finement clouté de rivets à tête dorée. On voit dans certaine chronique pisane que le velours rouge était, au moyen âge, l'étoffe de couleur qu'adoptaient, dans leur revêtement militaire, les capitaines et condottieri italiens.

Dans les vitrines horizontales de M. Riggs, il faut désigner encore d'autres belles armes, dont les plus remarquables sont surtout deux épées du commencement du xv' siècle. Elles sont d'une élégance de forme irréprochable et proviennent toutes deux de l'ancienne collection de sir Samuel Meyrick, à Goodrick-Court (près de Londres). On peut les voir décrites et représentées sous les n°' 3 et 4, dans le livre publié sur l'ancien équipement militaire par leur ancien possesseur.

Après ces pièces tout à fait remarquables figurent deux autres épées à tranchant et à pointe émoussés, sorte de fleurets d'espadons « fechtdegen ». C'est avec ces bâtons d'armes^ — ainsi disait-on du temps de

leur usage, — que, comme étude du jeu de l'épée, s'escrimaient sous les treilles, au son des fifres et des tambours, les lourdauds Allemands des guerres de la Réforme.

Le graveur Jost Amman a représenté de ces scènes spadassines. Il

PUIVÉRIN EN ivoire; MONTURE EN CUIVRE DORE (XV!' SIÈCLe)

(Collection de M. Spitzer. )

dessina entre autres une centaine de planches pour le livre d'escrime de Joachim Meyer, publié à Strasbourg en iSyo. L'on peut voir par ses dessins comment se maniaient alors, dans les salles d'armes, les épées mousses que nous signalons comme objets absolument rares aujourd'hui, surtout à l'état double de jeu de fleuret.

Après ces belles et curieuses pièces, nous ne ferons plus que citer une très remarquable réunion de casques de toutes formes et catégories, deux très fines arquebuses, quelques charmantes épées du xvi' siècle, quatre belles museroles et une bien curieuse série d'anciens mors de chevaux de guerre. Les uns sont très remarquables par leur forme toute primitive ; les autres, par la disposition variée de leur liberté de langue et de leurs branches. Il y en avait au xvi^ siècle de bien des façons, tels que, par exemple, à la française, à a bâtarde, à la tudesque et à la turquesque.

11 faudrait, pour décrire tout cela, disposer d'un espace qui nous manquerait ici, et nous ne pouvons, nous le répétons encore, qu'indiquer la fleur des plus beaux objets en fait d'armes : ce qui devrait s'appeler le dessus du panier.

Avec ceux-ci, se remarque (même salle), dans la vitrine 7, une dague d'une forme exquise, toute damasquinée d'or, — monture et garniture de fourreau. — Elle appartient au vicomte de Lamotte.

Parmi les armes polonaises exposées par le prince Ladislas Czartorysky et par le comte Dzialynsky, dans les vitrines horizontales et contre les parois de la salle XI, on doit remarquer plusieurs sabres précieux de forme moscovite, dont un à lame dorée et ornée de légendes, a pour monture une poignée de jaspe.

Dans les autres vitrines disposées en carré, sont placées des masses d'armes à l'orientale, des bâtons de commandement, des ceinturons et autres somptueux objets militaires, parmi lesquels sont couchées deux belles épées de chef de troupes moscovites du xvii^ siècle, dont le fourreau et la monture de poignée sont parsemés d'un grand nombre de turquoises.

Contre le mur des deux parties latérales de la galerie, sont rangés douze curieux corps de cuirasse avec brassards et cabassets, harnais de cavaliers polonais au xvii' siècle. Leurs casques à la moscovite, c'està-dire de forme quelque peu asiatique, sont à garde-nuque et à jugulaires ajourées en cœur sur chaque oreille ; ils présentent de face une très large flèche plate et tombant devant le visage.

Trois de ces armvires sont formées d'écaillés et quatre autres sont garnies entre les épaules d'une haute tige de fer remontant droite en façon de queue d'écureuil. Dans toute sa hauteur sont fixées des plumes fermes simulant une sorte d'aile ouverte. Cette aile devait, en s'agitant par le vent durant les évolutions de cavalerie, produire un effet très étrange,

DujarAiTi.se.

Page 1