MASSE ET MARTEAU D'ARMES.PERTUISAM
( Collection Spitzer )
Gazette des Beaux-Arts .
^ixposition universelle.
destiné sans doute à intimider l'ennemi. On voit cet ajustement, quelque peu sauvage, représenté dans les gravures de La Belle.
Après ces raretés luxueuses et historiques, il reste à signaler deux très beaux casques polonais à garde-nuque, oreillettes et flèche nasale, dont les timbres, semés de quelques pierres de couleur, sont dorés presque en totalité.
M. Basilewsky, un des gros bonnets de l'Exposition, lui a prêté, en fait d'armes, quelques pièces très remarquables, entre autres une magnifique targe italienne, sur laquelle se modèle presque en ronde bosse un Saint George à cheval combattant le dragon.
Nous reproduisons cette belle targe, qui appartenait très anciennement à la famille Contarini de Venise. M. Basilewsky Ta payée 25,ooofr., dit-on, en 1875.
Dans la même vitrine, figure une merveilleuse épée du xnr siècle. Elle faisait partie, en 1870, de la collection du comte DemidofF à San- Donato. Nous en donnons la reproduction pages 348 et 347.
Plusieurs notices explicatives ont été écrites au sujet de ce glaive chevaleresque : l'une par M. Sébastien Ciampi, à "Varsovie; une autre par M. Fortia d'Urban; M. de Labanoff s'est occupé aussi de recherches sur cette arme'. Enfin M. J. Tastu, après avoir lu et restauré les légendes niellées que présente la poignée, légendes dont il réfute la traduction faite par M. Ciampi, a rédigé pour le comte Demidoff un travail manuscrit qui tend à prouver que l'épée dont il s'agit provient du grand maître de l'ordre des chevaliers teutoniques, Herman de Salva (12 10- 1239).
Quoi qu'il en soit, elle présente le plus grand intérêt par sa grande beauté artistique, et par les inscriptions en lettres moitié latines, moitié gothiques, qui sont disposées sur sa monture d'argent plaquée d'or et rehaussées de parties émaillées.
I. « Il y a erreur, dit M. de LahanoiT, dans la description imprimée de M. Ciampi sur la manière dont cette arme précieuse est parvenue entre nos mains. Probablement le comte Vincent Krasinski, qui lui en avait communiqué le dessin, ne s'était pas bien rappelé les détails que je lui avais donnés à ce sujet. 11 est positif que je lui ai certifié alors (en 1818) que ce glaive avait été trouvé dans une forteresse turque prise en 18 10; mais je n"ai pas dit que c'était par moi, car je venais d'en faire l'acquisition en 1817 à Moscou, pour 4,000 roubles, d'un Arménien. .Mais celui-ci n'était que le prête-nom d'un personnage employé pendantla campagne de Turquie en 1810 et 1811, et que je connaissais de vue. » (Relation autographe de M. Labanoff.]
Sur les heli ou branches de croix, à extrémités méplates, on lit^ en suivant lopinion et le déchiffrement de M. J. Tastu, d'un côté : « Quiconque ces >b noms de Dieu avec soi porterait, nul péril à lui point ne nuira. » De l'autre côté : « Cette figure vaut pour l'amour des rois et des princes les colères des juges. »
Auprès de ce glaive précieux est suspendue une épée allemande (i5oi-i5io). Elle provient de l'ancienne collection de sir Samuel Meyrick à Goodrick-Court, où, pour la gravure de la lame, elle était citée comme œuvre d'Albert Diirer. La monture est remarquable, surtout en ceci que le pommeau — façon de Nuremberg — est en cuivre doré, tandis que les branches de garde sont d'acier. Nous connaissons un grand nombre d'autres exemples très anciens de l'association de ces deux métaux dans la monture des épées. C'est ce que les amateurs, il y a dix ans, ne voulaient pas admettre encore.
Au-dessous et au-dessus de cette épée et d'une rondache des plus somptueuses, sont placées deux montures de dague du xui' siècle et deux casques des plus remarquables; l'un est une salade allemande à vue coupée (du commencement du xv' siècle). Elle provient de l'arsenal de Saint-Irénée, à Constantinople; l'autre, en forme de bourguignote, représente une tête dont la place du visage reste libre et dont le crâne, garni de cheveux taillés court à l'antique, est ceint d'une couronne quernée (couronne de chêne), « faicte d'or, et de là vient la façon que, quand le Sénat et le peuple de Rome vouloyent honorer leurs bons ou même leurs mauvais empereurs, ils les figuroient ayant sur la tête la couronne de chesne ». (Guillaume Du Choul, i58i.)
Ce casque, ayant donc une mine tout impériale, a été rapporté d'Espagne et figura dans la vente de ce cher et regretté Fortuny, où il fut adjugé au prix de 10,000 francs.
Il faut citer aussi une très élégante rapière avec « le poignard de même ». Ils ont jadis appartenu au Musée de Dresde et depuis aux collections de MM. Debruge et de Saint-Seine. A la vente de ce dernier, ces deux charmantes pièces formant armes doubles furent adjugées au prix de 16,600 francs.
Dans les vitrines de M. le baron Adolphe de Rothschild, salle VII, nous signalerons d'abord, comme exemple des gros prix d'aujourd'hui.
une épée ou mieux une sorte de sabre dont la lame droite est, vers le talon, compliquée d"un pistolet.
Cette arme, portant une monture de cuivre ciselé composée seulement d'une branche de croix, d'une poignée décorée de rinceaux et de trophées, et d'un pommeau en tête de lion, a été payée, hôtel Drouot, en
rAHCE ITALIENNE (xv*^ SIÈCLE)
(Collection de M. Basilewsky.)
mars 1875, à la vente de feu M. Séchan, 52,5oo, francs, y compris les frais. Nous avons déjà cité cette épée; M. Séchan l'avait achetée, il y a environ quinze ans, à Constantinople, pour une dizaine de louis, disait-il.
Dans la même vitrine sont disposées en diagonales deux très belles rapières; l'une, de travail allemand, est tout à fait, par son mérite, la sœur d'une des plus belles épées du Musée de Dresde, celle qui figure au
36o L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.
centre du groupe 25; Tautre, d'origine peut-être italienne, mais de monture à Fespagnole, est également très belle. Sur sa coquille hémisphérique d'acier finement repoussé et jadis doré, sont représentés, ainsi que sur le pommeau, divers combats de cavaliers.
Plus loin, dans la vitrine i6 de cette même salle, sont renfermées deux admirables arquebuses et une bien jolie dague à l'allemande, dont toutes les parties, poignée, monture de coutelets et fourreau, sont décorées de délicates arabesques dor damasquinées.
M. Sommier a exposé dans une vitrine horizontale (même salle) une rapière, une arquebuse et une masse d'armes. L'épée, qui date de 1625 environ, est une des plus élégantes qui se puissent voir dans ce genre de gardes, encore de mode vers la lin du xvn' siècle. Ces gardes d'acier bruni sont en partie relevées de plaqué d'argent doré par places. Dans l'ornementation qui les décore se répètent, au milieu de festons de fleurs et de trophées, les armes couronnées de la famille Albani, à laquelle appartenait le pape Clément XI.
Cette admirable rapière, achetée en Italie vers 1884, par le vicomte de Courval, qui la paya 700 francs, appartenait alors à un avocat de Rome, qui possédait en même temps la merveilleuse épée émaillée qui passa successivement des anciennes collections Debruge, et Soltikoff, dans celle de l'empereur Napoléon III.
Sa rivale, que nous décrivons, fut adjugée à la vente de la collection du vicomte de Courval, sur l'enchère de 3,75o francs à M. Beurdeley, qui l'acheta pour M. de Saint-Seine, après la mort duquel M. Sommier l'a payée salle Drouot, 34,5oo francs plus les frais.
L'arquebuse placée dans la même vitrine provient, comme la rapière en question, de la vente Saint-Seine (avril iSyS); elle y fut payée 19,500 francs sans les frais. Après avoir appartenu à M. Baron et ensuite à M. Sommesson, elle avait été, en 1848, à la salle des Jeûneurs, adjugée à M. de Saint-Seine au prix de 1,450 francs.
Elle est, dans le catalogue de la vente Sommesson, décrite comme il suit sous le n" 2o5 : « Très belle arquebuse à rouet et à joue, de travail français; le canon et la platine sont couverts d'arabesques en ciselure brune sur fonds incrustés d'or; le fût est richement incrusté d'ivoire.
LES ARMURES ET LES ARMES ANCIENNES. 36i
« Conservation parfaite. — Elle provient de la collection de M. Baron.
« Une belle fourchette de travail identique, et contenant une épée à rintérieur, accompagne cette arquebuse. Ces deux pièces se vendront séparément. »
Au milieu des précieux objets exposés par le baron Charles Davillier, est suspendue une magnifique rondache du xvi' siècle, en fer repoussé,
CAS q U E EN BRONZE (XVI<' sIÈCLE).
(Collection de M. Odiot.)
rehaussée de damasquinure d'or; c'est la seule rondache damasquinée qui soit à l'Exposition. Le sujet central qui la décore représente, en ferme saillie, un personnage cuirassé assis dans une forêt et tenant un épieu. Vers lui semble accourir une femme vêtue à l'antique, tandis que
l'Amour décoche une flèche au guerrier.
Dans la salle IV se trouve la curieuse collection de M. Victor Gay. Elle se compose de quelques très intéressants spécimens d'épées des hautes époques et d'un très grand nombre de pièces de monture de
dagues et de couteaux militaires des plus anciens temps. Une série de ces très rares dagues des xiir, xiv" et xv' siècles, bien entières et de bonne conservation, domine tout cet ensemble par son mérite archéologique.
La vitrine du capitaine Dupasquier contient un assez grand nombre de pièces d'armes d\in choix très lieureux des xvi' et xvii' siècles, entre autres trois belles rapières et surtout de très jolis pendants d'épée; ils sont de velours vert garni de lisérés de passement, de bouclons et de bossettes de cuivre doré.
M. Maillet du BouUay, dans la grande vitrine où sont disposés quelques objets de sa belle collection, a exposé deux très élégantes rapières; Tune surtout, dont les gardes d'acier finement ciselées sont ornées de trophées dorés, est une pièce de premier ordre.
Dans la partie basse de la vitrine de M. Odiot sont placés deux épées décorées : l'une de tauchie d'argent, l'autre d'appliques dorées, un devant de cuirasse ou corselet, et un casque forme bourguignote en bronze repoussé, œuvre très remarquable du xvi"" siècle (première moitié).
La gravure que nous donnons page 36 1 peut, bien mieux qu'une description, donner une idée de l'ornementation de ce beau casque.
En terminant par les quelques pièces d'armes qu'ont prêtées les Musées de province et les Timateurs s'occupant spécialement de l'âge du bronze, nous avons à citer les armes antiques que renferme une des vitrines de la salle I.
Ce sont des casques précieux par la pureté de leur forme, et de très belles épées, en façon de feuilles de glaïeul, exposés soit par les Musées de Saint-Germain, de Falaise et de Rouen, soit par M. Julien Gréau, le baron de Vauquelin. M. J. Desnoyer, M. Mowat, M. Castellani et M. du Burguet, qui possède une des plus élégantes épées de cette précieuse série.
Plus loin, dans l'espace que divise le grand escalier, se trouvent les six pièces de harnais d'un gladiateur qui furent achetées pour les Tui-
leries à la vente Pourtalès. Ces pièces, en bronze repoussé, sont un casque de la plus grande beauté, deux brassards, des grèves et une sorte de targe d'épaule présentant en saillie des ligures et des ornements.