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ARMURERIE

OUS ne possédons plus guère en Belgique de spécimens de notre ancienne Armurerie. Cette pénurie surprend au premier abord.

Les guerres et les troubles incessants dont le pays fut pendant plusieurs siècles le théâtre, l’abondance du minerai de fer, celle non moins grande des mines de charbon, qu’au pays de Liège on exploita dès le XIIe siècle, furent en effet autant de circonstances qui favorisèrent de bonne heure Fig. 4. — Commumers flamands je comrnerce et la fabrication des armes. Il existe encore

du xive siècle. Le premier

est armé du goedendag. aujourd’hui de ces anciens produits nationaux, mais ils sont (Fresque de Gand) malheureusement dispersés à l’étranger.

C'est à la Galerie d'Ambras et à l’Arsenal impérial de Vienne, où elles furent emportées après la bataille de Fleurus en 1794, qu’il faut aller admirer actuellement les armures luxueuses et les trophées de toute espèce ayant appartenu à nos anciens princes et aux personnages marquants de notre histoire. L 'Arsenal Royal de Bruxelles, fondé en 1406 par Antoine de Bourgogne et enrichi par ses successeurs, conservait jadis tous ces objets précieux.

Quelques bons spécimens, de fabrication flamande, existent aussi dans YArmeria Real de Madrid. En Suisse sont conservées les bouches à feu bourguignonnes capturées sur Charles-le-Téméraire en 1477 ; les riches mantelines en drap de soie broché et en brocart que sa gendarmerie portait, par dessus l’armure, à Grandson, reposent également à la Bibliothèque de Berne.

La Reale Ameria de Turin renferme l’épée du fameux Jean de Weert. A Y Arsenal Civil de Vienne se trouve celle du feld maréchal Clerfayt, tandis qu’au château de Laxenbourg figurèrent longtemps quelques-unes des demi-armures noires de ces

célèbres cuirassiers belges, si affectionnés de Wallenstein. Le Musée National Bavarois , à Munich, possède l’habit de campagne de Tilly dont les éperons font partie de la collection de l’empereur de Russie à T'Sarskoé-Sélo. Le Musée d Artillerie de Paris considère comme un de ses plus précieux joyaux, la magnifique épée du comte de Lannoy, cet autre belge auquel François Ier se rendit à Pavie; on remarque également dans ce splendide Arsenal plusieurs des canons bourguignons pris par les Suisses.

Plus ancien et non moins précieux que ces armes et ces objets historiques, est le célèbre trésor de Childéric , trouvé dans son tombeau à Tournai en 1 6 5 3 et figurant aujourd’hui à la Bibliothèque de Paris.

Il n’a pas été possible de réunir, pour les faire figurer à l’Exposition, ces souvenirs nationaux si intéressants à divers titres ; leur réunion eut seule pu former une digne préface à cette florissante Armurerie Belge contemporaine, qui compte encore des clients dans le monde entier.

En joignant aux armes anciennes, exposées uniquement par des collectionneurs belges, la reproduction de quelques-uns de nos monuments historiques, également exposés, nous pourrons cependant jeter un rapide coup d’œil sur les transformations successives de l'armure et des principales armes offensives employées et fabriquées dans le pays, depuis le XIe siècle jusqu’à l’adoption des uniformes.

Fig. 5. — Archer de la tapisserie de Bayeux (1066-1100)

Le propriétaire du sol ou seigneur formait au moyen âge le seul élément sérieux de

l'organisation militaire ; comme c’est à cheval qu’il devait satisfaire à l’obligation de servir sa terre, il se donna le titre de chevalier.

On désigne généralement le harnais chevaleresque du XIe siècle sous le nom d'armure normande , parce qu’une célèbre tapisserie de cette époque, conservée à Bayeux, représente les Normands marchant à la conquête de l’Angleterre (1066). Beaucoup de seigneurs flamands ayant fait partie de l’armée d’invasion commandée par Guillaume-le-Conquérant, gendre et voisin de Baudouin V, comte de Flandre, nous pouvons considérer, tout au moins au point de vue du costume militaire, la tapisserie, ou plus exactement la broderie de Bayeux, comme un véritable monument national (fig. 2).

Deux de nos plus anciens sceaux belges, ceux de Conrad (108 3) (fig. 1) et de Guillaume (1096) comtes de Luxembourg, (*) confirment les renseignements tirés de ce

Fig. 6.

Baudouin VIII, comte de Flandre (1180)

(“) Tous les sceaux reproduits ou cités dans cette notice, sont tirés de l’intéressante exposition de M. le comte F. Van der Straten-Tonthoz.

premier document et pre'sentent aussi les caractères saillants de l’armure normande : l’emploi de la bt'oigne, du casque conique à nasal et du long bouclier en forme d’amande, décore d’animaux plus ou moins fantastiques et d’emblèmes.

La broigne, faite grossièrement de cuir ou de forte toile disposée en plusieurs doubles, était armée extérieurement de chaînes, d’anneaux (broigne annelée) ou d’e'cailles de fer (broigne écaillée). Son capuchon s’appelait Camail ; par dessus se posait le casque.

Les armes offensives du chevalier étaient l 'épée ; la lance , analogue à celle de nos lanciers et portant, comme elle, une flamme à trois pointes ; la javeline ; la hache et la masse d’armes.

Les mêmes armes paraissent avoir servi à la guerre et aux jeux de la paix, appelés tournois quand on combattait pêle-mêle en grand nombre armés d’épées et de masses d’armes; joutes quand on se chargeait à la lance, un contre un.

La chartre donnée par Anselme de Ribémont, châtelain de Valenciennes en 1096, à l’occasion du tournoi qui venait d’avoir lieu à Anchin près de Tournai, contient ce

Fig. 7. — Jean de Malines (1226) Fig. 8. — Guillaume de Mortagne (1291)

passage : « Je me réjouis de vous voir tous retourner dans vos foyers sains et saufs et sans blessures, ce qu’à Dieu plaise. » Il est donc à supposer que les choses ne se passaient pas toujours aussi bien.

A cette époque l’infanterie n’existait pas ; les quelques piétons que les seigneurs normands de la tapisserie traînent à leur suite, n’ont pour la plupart aucune pièce d’armure. Ils sont armés d'arcs, et de flèches renfermées dans une trousse, qu’ils portent suspendue au col ou attachée à la ceinture (fi g. 5).

De iioo à ii5o, l’usage de l’armure normande continue; toutefois les anneaux et les plaques de fer sont le plus souvent remplacés par des bandelettes de cuir souple, entrelacées en losanges ou en carrés et fixées au moyen de rivets : cette broigne est dite treillissée. Le sceau de Godefroid III, duc de Lothier, comte de Brabant ( 1 1 68) en présente un bon type (fig. 3).

Sous la broigne, se portait une seconde tunique ample et légère, destinée à éviter au corps le contact rugueux de la première ; elle est quelquefois apparente sur les monuments où on la voit déborder la broigne, non seulement à la partie inférieure de la jupe, mais encore aux poignets.

Vers ii5o, la cotte de maille, que les Romains paraissent avoir empruntée aux Gaulois et dont on a retrouvé en Suède des fragments antérieurs au Ve siècle, se répand de nouveau dans le nord de l’Europe. Ces tissus métalliques dont chaque annelet de fer forgé, fermé par un rivet, glisse dans quatre autres, enveloppaient entièrement le combattant.

De ii5oà 1200, l’armure comprend (fig. 6): le haubert , longue tunique de mailles que les chevaliers seuls ont le droit de porter ; le casque cylindrique à masque de fer, percé de deux rainures ou œillères pour la vue ; les chausses complètes de mailles, entourant les pieds, les- jambes et le ventre ; un bouclier diminué, de forme triangulaire à deux côtés égaux, désigné dorénavant sous le nom d'écu .

Sous le haubert se porte le gamboison ou gambison, fait de peau ou de toile, rembourré d’étouffe (gambois) et piqué. Par dessus la maille se porte la cotte d'armes, vêtement de riche étoffe, sans manches, ample et flottant, empêchant le fer de s’échauffer au soleil.

Vers 1164, apparaissent les premières armoiries régulières , sur un sceau de Philippe d’Alsace. Elles deviennent bientôt héréditaires et ne tardent pas à figurer également sur la bannière et la cotte d'armes des combattants, auxquels elles servent de signes de reconnaissance dans la mêlée.

A côté des piétons armés d'arcs, en apparaissent d’autres munis de X arbalète à crochet. En 1182, dix arbalétriers flamands figurent dans la troupe que Henri de Louvain amène au comte de Flandre, Philippe d’Alsace, pour marcher contre le roi de France.

De 1200 à 1280, l’armure de mailles persiste avec les modifications suivantes :

Le casque se complète sur la nuque et devient sous le nom de heaume un vaste cylindre de fer dans lequel la tête disparaît tout entière (tombeau d’Alars de Chimai, -f- en 1210). Sous les œillères sont percées deux rangées d’ouvertures pour la respiration. Le heaume, étouffant et incommode, dont le port indique le chevalier, ne se coiffait que pendant la durée des charges à la lance. En temps ordinaire 1 homme d armes ne portait qu’une calotte de fer appelée cervelière ou bassinet parce qu elle imitait la forme d'une bassine. Entre le bassinet, placé tantôt au-dessus tantôt au-dessous du camail et le heaume qui se mettait sur le tout, s'interposaient encore des garnitures matelassées.

Des cimiers , aussi volumineux que fantastiques, apparaissent vers 1210 aussi

Fig. 9. — Guillaume VVenemaere, capitaine gantois, tué en 1325.

Lame de cuivre gravée, appartenant à la ville de Gand.

Couronne de lumière appartenant à la ville de Diest.

bien sur le sommet du heaume que sur la tête du cheval. Faits de plumes, de cuir, de bois léger ou de carton, peints et dorés, ils étaient surtout en usage dans les tournois.

La housse , d'étoffe épaisse, à partir de 1226 environ (fig. 7), vint fournir au coursier une certaine défense contre les traits des gens de pied, avec lesquels on commençait à compter. La housse était ornée des mêmes armoiries que l’écu.

La même année, le sceau de Baudouin de Praet montre les premiers éperons à molettes mobiles. L’éperon à l'antique, dont la tige était terminée par un renflement conique ou pyramidal, devait cependant persister jusque vers i35o.

De 1280 à 1 3qo, (fig 8). l'importance prise sur le champ de bataille par l'infanterie, l’alourdissement progressif des épées et des masses, amènent la cavalerie à renforcer

de plus en plus ses harnais, au moyen de plates ou 10- — Baeinet à camail (1390'1410^

plaques de cuir, de laiton et de fer, lacées par dessus la maille des quatre membres. Les plaques de genou et de tibia (sceau de Jean de Chibilone en 1299) apparaissent d’abord; celles de coude suivent bientôt.

Le timbre ou sommet du heaume, qui s’était rétréci, à partir de i2 5o, afin d’offrir moins de prise aux chocs, était devenu à peu près conique vers i3oo. Les coups adressés au crâne tombèrent dorénavant sur les épaules qu’il fallut protéger par l’adoption d’une défense spéciale : les ailettes. L’ailette, espèce de couverture de livre en fer, se laçait sous l’aisselle. Ces appendices, au moyen d’un jeu de courroies, venaient au moment du combat appuyer leur tête contre les joues du casque et former ainsi deux plans inclinés, qui faisaient glisser et dévier les coups.

Les ailettes figurent dès 1280 sur un sceau de Jean Ier de Brabant, qui, au témoignage de Van Heelu, en portait également à la journée de Wœringen (1288). Elles disparaissent vers i35o.

La chaîne dépée, attachée à la plaque de fer battu, que tout chevalier portait au milieu de la poitrine sous la maille, apparaît vers le même temps. Sans elle, il eut été impossible à l’homme d’armes, réduit à l’état d'automate sous ses nombreux blindages, de ressaisir son arme, si elle était venue à s’échapper de ses mains.

L’écu, vers 1280, diminue encore, ne recouvre plus que la poitrine et prend la forme d’un triangle équilatéral.

Les riches bourgeois des villes, qu’une ordonnance brugeoise de 1296 force à fournir le service militaire à cheval et qu’au pays de Liège nous voyons combattre dans les rangs des chevaliers, à Dammartin en i 325, devaient non seulement s’équiper, suivant leur revenu, mais les plus riches devaient encore armer leur cheval d’une housse d’étoffe recouvrant une housse de mailles.

L’armure de mailles avait pris, dès l’origine, le nom d'armure de fer. Son usage

Fig. 11. — Jean de Ligne vers 1417. A ses pieds, son bacinet à camail et à visière mobile, surmonté d'un cimier.

et sa fabrication étaient si répandus, que nous voyons en 1297 Jean d’Avesnes, comte de Hainaut, s’engager envers Philippe-le-Bel, roi de France « à l’aidier en la tière de Haynau et en la contée de Flandre à mil armeures de fer... »

, La Flandre pouvait également mettre sur pied 1200 armures de fer, le Brabant et le Limbourg chacun 800, Namur et le Luxembourg environ 1000.

Mais la gendarmerie ne formait plus depuis longtemps, l’unique clientèle de nos fabricants d’armes. Le service personnel obligatoire qui présidait au recrutement des milices communales ainsi que le peu de sûreté des voies de communication, avaient non seulement armé tous les habitants, mais encore propagé, même en temps de paix, l’usage de sortir armé.

A Liège, les rixes à main armée, de « bourgeois à autre » étaient si fréquentes, qu’il fallut, particulièrement en 1287 et en i 328, restreindre le port des armes : arcs, arbalètes, épées, couteaux, etc.

A ces armes habituelles des piétons s’ajoutaient, en temps de guerre, une grande variété d’armes d’hast et de massues à deux mains, que nous trouvons reproduites sur la fresque gantoise du XIVe siècle, dont un fragment accompagne la première lettre de cette notice (fi g. 4). C’étaient la longue pique de 16 à 18 pieds; la sacquebutte, autre pique armée latéralement d’un croc destiné à désarçonner le cavalier ; le vouge , lame de cimeterre montée sur hampe ; la hache à deux mains et surtout ce fameux goedendag, si souvent mutilé par les auteurs modernes.

Le goedendag ou « bonjour » était une massue à deux mains, surmontée d’une pointe de fer, se rapprochant beaucoup du morgenstern (étoile du matin) des Allemands. Ces armes étaient sans doute ainsi nommées, parce qu’elles servaient à saluer, dès l’aube, l’ennemi surpris dans son camp. La longueur du goedendag ne dépassait pas la hauteur de l’homme qui devait s’en servir, particulièrement dans la mêlée, et dont la place était hors rang :

Fig. 12.

Chevalier de 1420 environ.

Statuette en bois sculpté; Collect. de M. Frésart.

Cil qui ces grands godendaz tiennent Qu’ils ont à deux poings empoignez Sont un pois des rens esloingniez

(G. Guiart)

Ces braves communiers flamands qui devaient marquer à Courtrai (i3o2) le réveil de l’infanterie et l’avènement de la pique, portaient un équipement qui n’était pas sans rapport avec celui de l’homme d’armes lui-même. Par dessus un hoqueton ou jaque rembourré, ils passaient la cotte de mailles, recouverte elle-même d’une cotte d’armes uniforme, aux couleurs de la corporation. L’armure s’arrêtait sous le genou, les jambes n’étaient pas armées. Des gantelets de cuir défendaient les mains et des rondelles de renfort se remarquent aux coudes. Le casque est le bassinet.

Le capitaine gantois Guillaume Wenemaere, dont la belle effigie gravée sur cuivre appartient à la ville de Gand, nous montre l’armure surchargée que portaient à la

même époque les chevaliers, obligés de compter avec des porteurs d’arcs, de piques, de vouges et de goedendags (fig. 9).

Le haubert est arrêté sous le menton et forme autour du cou un carcan de mailles serrées, appelé gotgerette . Les gants de mailles sont détachés de la cotte, ainsi que le camail suspendu désormais au bord inférieur du casque. Des plaques de renfort se remarquent devant les tibias, aux genoux, aux coudes ; la chaîne de dague forme le pendant de celle de l'épe'e. LTne troisième chaîne soutenait quelquefois le heaume.

Fig. 13. — Armure italienne gravée du xvie siècle; Collection de M. Neyt.

L’armure n’était pas moins écrasante au pays de Liège, où nous voyons également en i 325, un jour de bataille « le bon châtelain de Waremme », au dire de Hemricourt, se faire armer « d’un si poissans harnais » qu’il fallut deux hommes pour le hisser en selle.

Vers la fin du XIIIe siècle, la partie du heaume faisant face au visage avait été enlevée, montée sur deux pivots à l’endroit des oreilles et nommée visière mobile.

Le heaume à visière mobile , mentionné en 1298, dans le testament d’Eudes de Roussillon et dont sont également coiffés les officiers porte-bannières de la fresque de Gand, devient vers i35o, après des perfectionnements successifs, le grand bacinet à visière mobile et à camail (fig. 1 1), qui fut le casque chevaleresque par excellence de la guerre de Cent ans. Ce même bacinet sans visière, (fig. 10), était quelquefois employé dans les combats de pied, et figure sur beaucoup de monuments funéraires. Au bord du bacinet était suspendu le camail de maille ou bar bière, au centre de laquelle les chevaliers portaient, « on eskuchet de leur blazon. » (Fig. 10 et 12).

Le chapeau d'armes , dont l’usage persistait depuis le XIIe siècle, fut aussi au XIVe d’un usage fréquent, aussi bien pour les piétons que pour les cavaliers.

La richesse des harnais, l’étalage des armoiries étaient toujours excessifs : ces dernières avaient envahi toutes les parties de l’équipement. La bannière, le bouclier, la cotte d’armes, les ailettes, le pommeau de l’épée, la housse du cheval, le poitrail, le troussequin de la selle, les garnitures de brides, de gantelets, etc., portaient peintes, brodées ou richement émaillées les armes de leur propriétaire.

1350-1420. — Pour résister à l’infanterie, la cavalerie avait pris l’habitude de combattre elle-même pied à terre. Cette tactique qui devint la règle, de i35oà 1470 environ, amena dans le harnais chevaleresque des changements importants. Ce n’est pas en effet avec le costume surchargé et encombrant en usage, que le combat à pied était possible. On profita de la mode des vêtements collants qui venait de s'introduire dans le costume civil de presque toute l’Europe, pour faire subir également au costume militaire une transformation radicale.

L 'armure juste-aa-corps adoptée chez nous (i3q5) presque en même temps qu’en Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre, poussa jusqu’à l’exagération le besoin de paraître svelte et élancé (fig. 1 1). Jeoffroy de Charny, le brave porte-oriflamme de France, tué à Poitiers ( 1 356), parle avec amertume de ces hommes d’armes qui se « varinglent et se estraignent par le ventre tant et si fort » que l’on en a vu souvent être obligés de se désarmer en grande hâte, parce qu’ils ne pouvaient plus souffrir leur harnais.

Les caractères distinctifs de ces armures collantes sont : le hanbergeon ou haubert diminué, arrêté à mi-cuisses; le surcot , pourpoint de riche étoffe étroitement lacé par dessus le haubergeon; la luxueuse ceinture d orfèvrerie , attachée sur la jupe du surcot et que les gentilshommes portaient aussi avec le costume civil. Le gambison, réduit comme le haubert, prend dorénavant le nom de hoqueton. A la guerre, l'écu triangulaire est remplacé par la targe , dont la forme se rapproche du rectangle et qui porte souvent à l’angle supérieur de droite, une échancrure pour le passage de la lance.

L’inventaire des armes de Guillaume III, comte de Hainaut, complète ces renseignements (1 358) :

Des « paires de grandes plattes » recouvertes de drap d’or, de velours ou d’autres étoffes précieuses ornées d’armoiries, recouvraient la poitrine et le dos. Au plastron de cette cuirasse de l’origine s’attachaient, parfois au moyen de « kainnes d’argent », l’épée et la dague. Des « poitrines à jouster » renforcées, étaient réservées pour les joutes.

Par dessus la maille des quatre membres et les enveloppant exactement, se laçaient des attelles de cuir bouilli comprimé, analogues à celles que l’on emploie encore aujourd’hui pour le traitement des fractures. Le cuir généralement noir ou rouge, quelquefois orné de « bendes dorées » était souvent « clawé de bendes de laiton »

Armure allemande dite - Maximilienne Collection de M. A. Van Zuylkx.

servaient de renfort. Il y avait des « bras des cuissards « aboistés de fier, » c’est à

qui l’empêchaient de se raccornir et lui de lier à jouster » et d'autres de guerre dire dont la genouillère était de ce métal.

Les gants de peau étaient recouverts de velours, de cuir, de baleine, de laiton ou de fer. Les jambes étaient quelquefois armées de chausses de mailles dont « une kauche despareille » c’est à dire mi-partie.

On s’habillait aussi mi-partie ou de deux nuances, des pieds à la tête, comme le montre l’effigie funèbre de Walter de Hersele (+ en i33i) dont l’armure de mailles est entièrement peinte en damier.

Les heaumes ne servaient plus que pour les jeux : le heaume de tournoi était vaste et léger ; le heaume de joute solide et renforcé, pour résister à la lance.

Les chevaux, sous la housse d’étoffe, continuaient à porter non seulement des housses, ou paires de couvertures, de « menu fier de mailles » mais aussi des o couvrectures de fier de plattes. » Une grande variété existait dans les selles qu’on distinguait en « sielles à jouster, sielles de chevaliers à tournoi, sielles d’escuyer, sielles de bannière, sielles de wière »

(guerre) etc.

Dès le milieu du XIVe siècle, il restait, comme on le voit, peu de chose à faire pour arriver à l'armure complète de fer battu, dont l’introduction en Belgique peut être fixée approximativement de 1390 à 1400. Le tombeau de Frans van Haelen, commencé à Malines en 1 392 et la belle lame de cuivre gravé du Musée de la Porte de Hal, qui représente deux seigneurs de Heer, dont le dernier mourut en 1398, fournissent de bons spécimens du harnais de cette époque, qu’on dissimulait généralement, plus ou moins, sous des additions d’étoffe appelées parements.

Ces parements étaient taillés en forme de vastes manteaux , de tabar ou dalmatique courte, etc. Le surcot auquel, à partir de 1390, étaient venues s’ajouter les longues

et larges manches de simarre « à bordures découpées bien menu » remment par dessus ou par dessous la cuirasse de fer ou de cuir.

Fig. 14.

Armure de guerre, renforcée pour la joute, xvi® siècle ; Collection de M. le baron Snoy.

se plaçait indiffé-

Les chevaliers, combattant, pied à terre, à l’abri de vastes boucliers rectangulaires ou pavois que des valets pavescheurs portaient devant eux, avaient dû adopter naturellement les armes de l'infanterie. La hache à deux mains, F épée à deux mains, l’épée courte appelée aussi coutille ou daçue, la lance retaillée à 5 pieds la veille de la bataille et transformée en épieu , furent d’un fréquent usage pendant cette période et continuèrent encore à servir dans les pas d'armes des XVe et XVIe siècles (*). Une armure pour combattre à pied était spécialement affectée à ce jeu spécial, et s’employait aussi quelquefois à la guerre.

XVe SIÈCLE. L’armure d’acier ou de fer plein, ne lit pas disparaître, brusquement et sans retour, les jaques piqués et rembourrés, les haubergeons, les brigandines formées d’écailles de fer rivées sur étoffe. Ces équipements, grâce à la souplesse de leur tissu, laissaient au corps une liberté de mouvement, que l’armure pleine ne parvint jamais à donner et qui était surtout nécessaire pour combattre à pied. Elles n’exigeaient pas

Fig. 15. — Armet de joute du xvie siècle ;

Colleet. de M. Armand Vbrreyt.

Fig. 16. — Bourguignote gravée du xvie siècle ; Collection de M. le baron Snoy.

Fig. 17, — Bourguignote fermée commencement du xvne siècle ; Collection de M. R.Wibin.

non plus la présence continuelle d’un armurier, portant à la suite de l’homme d’armes, le rechange des 1 5o pièces, au moins, qui composent une armure complète de plaques de fer.

Le sceau de Jean de Ligne offre un bon type du costume militaire d’apparat au commencement du XVe siècle. Il porte, par dessus le surcot, un corset de cuir lacé au milieu de la poitrine ; les jambes, et très certainement les bras, sont armés de fer; les solerets ou souliers, sont lamés et allongés à la poulaine. A un anneau de la ceinture d’orfèvrerie est attachée la dague, dont la monture était souvent de vermeil. L’épée, plus lourde, était suspendue à un ceinturon de dessous ou agrafée à un crampon de la jupe de fer.

(•) En 1420, une butte à tirer de l’arc est établie dans la demeure même de Philippe-le-Bon pour » l’esbattement et plaisir de Monditseigneur en son hôtel d’Arras ». En 1469, Charles-le-Téméraire se fait délivrer, avec d’autres armes à son usage personnel “ une pertisane et deux vouges » de luxe. Olivier de la Marche rapporte que la même année, au tournoi de Gand, il vit des chevaliers combattre à coups de pommeaux d’épées et à coups de gantelets. Enfin, suivant le même auteur, au tournoi de Noseroy (i5 12) un gentilhomme breton fit savoir à tous, qu’à deux heures de l’après-midi il se trouverait sur les rangs » pour prester le collet à la lutte d’ung chascun » et l’on vit se présenter » tost après, trente-quatre nobles hommes, armés de toutes pièces, ayans la pertrisaine au poing et l’épée à deux mains, comme dessus est dit... »

Fig. 18. — Cabasset italien gravé du xvi« siècle ;

Collection de M. Neyt.

La ceinture chevaleresque supporte aussi une se'rie de riches chaînettes, à chacune desquelles est suspendu un grelot : grelots et sonnettes de laiton étaient très employés encore à l'époque de Charles-le-Téméraire, dans la confection des costumes de tournoi.

Le tombeau de Jan van Kuyk, (4. en 1417) et le sceau de Jean de Wesemaele, maréchal héréditaire du Brabant (1428), nous montrent, à peu près débarrassée de ses parements, l'armure de fer battu, telle que les hommes d'armes fortunés la portaient en campagne. Pour parer aux nombreux défauts qui existaient entre les plaques de fer, surtout à l'intérieur des articulations, l’emploi des tissus de mailles continuait à être indispensable : sous la cuirasse se plaçait le haubergeon d'acier, sous les cuissards on portait les chausses de mailles. Le harnais du cheval se complétait de même.

L'armure de guerre se portait quelquefois blanche et unie : on la désignait alors sous le nom de « blanc harnois » et l’on disait de ceux qui en étaient revêtus, qu’ils étaient « armés au clair. »

Pour éviter la rouille, surtout sous un climat aussi humide que le nôtre, les harnais étaient d’ordinaire, vernis, bleuis, brunis, ornés de bandes dorées ou même entièrement dorés. Quant aux armures que portaient les seigneurs flamands et bourguignons de haut parage, elles disparaissaient entièrement sous les parements les plus riches et les plus variés. Des rivets à têtes d’or et de vermeil servaient à fixer sur les plaques d’acier, les somptueuses étoffes brodées aux armes des personnages, le velours et le drap d’or. L’armure, par dessus laquelle on portait non seulement la ceinture d'orfèvrerie mais encore de riches écharpes passées en sautoir et ornées, comme elle, de pierres précieuses et parfois de sonnettes de laiton, était devenue un véritable costume (fi g. 12). Des robes peintes, dorées, brodées, quelquefois chargées de garnitures d’or et d’argent, se portaient en outre par dessus les harnais, les jours de fêtes et de tournoi. Suivant leur coupe et leurs dimensions ces cottes d’armes, faites souvent de satin ou de damas, prenaient les noms de tabar, journade, hucque, manteline , etc. Dès le règne de Philippele-Bon, ces vêtements se taillaient quelquefois à la mode d’Italie.

A partir de Charles-le-Téméraire « qui fut moult somptueux, tant à la guerre que à la paix » le luxe que ses

prédécesseurs réservaient pour les cérémonies et les jeux, fut transporté jusque dans les camps.

Sa gendarmerie d'ordonnance était la plus richement habillée de l’Europe. Les archers du corps, armés de l’arc, de l’épée et du vouge, portaient des paletots garnis d’argent, leurs trousses et leurs flèches mêmes étaient devenues des objets d’apparat. Il n’est pas jusqu’aux plus humbles serviteurs de la maison ducale qui ne portassent, brodées d’or, sur la poitrine et sur le dos de leurs mantelines de velours, les armoiries de la maison de Bourgogne.

Charles-le-Téméraire, personnellement, revêtait suivant les circonstances, l’armure

Fig. 19. — Morion gravé de la fin du xvie siècle ;

Collection de M. Van Zuylen.

d’acier, qui se faisait sur mesure, ou la brigandine étoffée qui devait mieux convenir encore aux mouvements nerveux de ce prince au bouillant caractère (*).

Les diamants, les perles, les saphirs, les garnitures émaillées étaient semées à profusion sur ses harnais, ses boucliers, ses montures d’épées. Il en arriva à porter des chapeaux d’armes en or massif, posés par dessus des camails dont les mailles d’or

supportaient des tablettes de même métal ornées de son chiffre émaillé. Ces armes de luxe ne servaient pas qu’aux fêtes: son inventaire, conservé à Lille, mentionne des boucles d'or « pour garnir un harnois de guerre » et c’est également à un harnais de guerre, ainsi qu’il est expressément désigné, qu’appartenaient les six menues pièces d’armure, garnies de plaques d’or et de pierres précieuses, dont le dépôt entre les mains du florentin Jérôme Frisque Baldin, demeurant à Bruges, devait suffire à lui procurer un prêt de 36eo livres.

Parmi les richesses , qu’à Grandson , les Suisses, sans se donner la peine de compter, partagèrent à « pleins chapeaux, » rappelons « son gros diamant » dont parle Commines et qui n’est autre que le fameux Sancjr, payé un demi-million par le prince Demidoff, en 1 835 n.

Afin d’être constamment en état de faire face aux entreprises de Louis XI, qui avait hérité des compagnies d'ordonnance créées par Charles VII, Charles-le-Téméraire mit également sur pied une armée permanente dont les ordonnances de 1471 -1472 et 1473 règlent la composition et l’équipement.

Cette armée était formée d’un certain nombre de compagnies composées chacune de 100 lances fournies. Chaque lance comprenait six cavaliers : l’homme d’armes ou chevalier soldé, chef de lance ; le page, serviteur non combattant ; le coutillier et 3 archers (parmi lesquels se trouvaient des arbalétriers ou a crennequeniers »). — Trois fantassins : 1 coulevrinier ; 1 archer (ou arbalétrier) et

I piquenaire complétaient la lance.

De ces neuf éléments, l'homme d'armes seul, reprend l’habitude de combattre à cheval.

II porte l’armure d’acier complète. Son casque, surmonté d’une touffe de plumes d’autruche blanches et bleues, peut être à son choix : la salade à bavière, la barbute

(■) 1470. — It, à un couturier « pour avoir fait douze paletoz pour couvrir les cuiraches et les brigandines servant au corps de Monditseigneur. »

Fig. 20. — Cabasset italien gravé du xvi® siècle ;

Fig. 20. — Corselet italien gravé du xvte siècle ; Collection de M. de Biefve.

(") Quicherat, Histoire du Costume en France.

Fig. 21. Rondache italienne gravée, d'officier d'infanterie, seconde moitié du xvim® siècle; collection de M. A. Verreyt.

— Fig. 22. Masses d’armes de cavalerie, ciselées et dorées, xvme et xvime siècles; collection de M. A. Van Zuylen.

— Fig. 23. Épée de piéton, fin du xvi“® siècle ; collection de M. A. Van Zuylen. — Fig. 24. Epée allemande d’officier de piétons, xvime siècle ; collection de M. E. Van Vinkeroy. — Fig. 25. Epée chevaleresque, datée de 1477 ; collection de M. A. Neyt. — Fig. 26. Muserolle de cheval, xvinie siècle ; collection de M. Gr. Vermeersch.

— Fig. 27. Epée de piéton, dite “ Espadon ■>, fin du xvime siècle; collection de M. E. Van Vinkeroy. — Fig. 28. Epée courte de piéton, xvme siècle ; collection de M. A. Neyt.

(salade à bavière à l'italienne ) ou l'armet. Sa cotte d’armes est ornée sur la poitrine de la croix de St-André « de velours de vermeil ». Ses armes offensives sont la lance à poignée évidée, portée habituellement par le page, l’épée d’estoc, le couteau taillant, pendu au côté gauche de la selle, la masse d’armes au côté droit.

Les mahoîtres, bourrelets de riche étoffe attachés sur les épaules pour en augmenter la canure et les longs solerets à la poulaine, étaient tolérés.

Le cheval de l’homme d’armes devait être vigoureux, porter le chanfrein, orné d’un plumail blanc et bleu et être armé de bardes d’acier, autant que possible.

Le coutillier, armé de brigandine ou corset fendu et lacé sur le côté, porte le gorgerin, la salade, faites (braconnière), flancars (tassettes), avant-bras de fer et gantelets. Outre l’épée droite de moyenne longueur et la dague à deux tranchants, longue d’un pied, il porte la 1/2 lance ou javeline à arrêt. Comme au besoin, il doit pouvoir charger à cheval avec sa 1/2 lance, il cherchera à se procurer un plastron de fer battu avec arrêt de lance (faucre) qu’il portera sur la brigandine.

L'archer à cheval, est armé de brigandine, ou mieux encore, d’une jaque, à haut collet tenant lieu de gorgerin, avec bonnes manches et par dessous, d’une cotte de mailles ou paletot de haubergerie de 10 à 12 toiles, dont les 3 extérieures seront cirées. Il aura larges manches de mailles, arrêtées au coude pour faciliter le maniement de l’arme et avant-bras de fer. Il ne peut porter ni mahoîtres, ni poulaines, ni éperons à longues tiges, accessoires incompatibles avec le service à pied qu’il fournit habituellement. Sa salade est sans visière. Ses armes offensives sont : l’arc solide et la trousse armée de 3o flèches, la longue épée à deux mains bien tranchante et raide pour servir aussi d’estoc; la dague d’un pied et demi, à deux tranchants.

Le crennequinier à cheval est armé comme le précédent, sauf qu’au lieu de l’arc il aura « son crennequin et le traict y servant ». Ce crennequin était l’arbalète à cric. Coutilliers — archers — crennequiniers à cheval, portent par dessus l’armure un paletot blanc et bleu, sur lequel ils peuvent mettre l’enseigne que le capitaine porte sur ses étendards.

L'archer à pied , habillé comme l’archer à cheval, est armé de l’épée, de la dague, de l'arc et de la trousse munie de 3o flèches.

Quelques-uns sont en outre armés du maillet de plomb à deux dagues, « à la façon de l’artillerie, » suspendu par un croc à la ceinture, sur les reins. D’autres sont armés de vouges.

L’arbalétrier ou crennequinier à pied, porte l’arbalète d’acier et le carquois fourni de 16 traits de guerre.

Le coulevrinier à pied est habillé d’un haubergeon à manches, renforcé si c’est possible par un plastron de fer, gorgerin et salade ; ses armes offensives sont la couleuvrine à main, l’épée et la dague.

Le picquenaire armé de la jaquette de haubergerie à manches et du plastron de fer, porte au bras droit, sur la maille, des lames de fer à petites gardes ; le bras gauche n'est défendu que par la manche du haubergeon, afin de porter plus aisément la légère targe « qu’ils recevront quand ils en auront besoin ».

Faute par ces gens de se procurer ces habillements, ils leur seront délivrés par le commissaire et trésorier des guerres, « sur et en déduction de leurs gages à prix raisonnables. »

Cette époque est celle des plus belles armures ; leur construction perfectionnée avait même permis la suppression du bouclier de guerre dans la cavalerie. Les Italiens surtout

s'étaient fait une brillante spécialité de ces harnais à la lois simples et élégants, que la trempe supérieure de leurs minces lames d acier à bordures finement découpées à la lime, leur légèreté relative, et la perfection de leur ajustage, faisaient rechercher de toute l'Europe. (Lettrines des 10e et i ie livraisons).

L'emploi des cannelures, suppléant à l’épaisseur du métal, donnait aux armures milanaises, non seulement la résistance nécessaire, mais encore cet aspect à la fois gracieux et plein de caractère, qu’au XVIe siècle on chercha vainement à remplacer par des procédés de décoration, fort artistiques sans doute, mais qui devaient établir la réputation des dessinateurs, des repousseurs, des ciseleurs, des graveurs et des damasquineurs au détriment de celle des armuriers.

Nos fréquents rapports avec l’Italie, introduisirent de bonne heure dans notre pays l’usage des armures milanaises que nos fabricants habiles imitèrent bientôt avec succès.

Nos anciens comptes mentionnent en nombre considérable ces barbutes italiennes que les condottierri soudoyés par Charles-le-T éméraire paraissent avoir mis à la mode. Nous voyons également en 1468, Lancelot de Gindertale, armurier à Bruxelles, fournir à 4 archers du corps du duc de Bourgogne « à chacun une salade de Milan , au prix de 48e » et la même année Ambroise Ruphin, demeurant à Bruges, compter une somme de 361 pour un harnois de Milan « que Monditseigneur a donné et fait délivrer à Messire Olivier de la Marche son maistre dostel. »

Non seulement Bruxelles était un centre de fabrication d’armes de luxe des plus prospères, mais encore toutes espèces d’armes se confectionnaient dans la plupart des villes du pays. (Voir à la fin de l’armurerie).

Fêtes, noces, entrées en campagne étaient pour nos princes généreux autant de prétextes à distributions de riches présents parmi lesquels les harnais tenaient une large place.

En la seule année 1468, Lancelot de Gindertale ne fournit pas moins d’une centaine de harnais de différents types, destinés à être offerts par le Duc aux seigneurs et aux serviteurs de sa maison.

L’arrivée en Belgique de l’archiduc Maximilien, fit succéder à l’influence italienne les modes allemandes de la nouvelle cour.

Les armuriers belges qui avaient réussi à satisfaire ses fastueux prédécesseurs devaient obtenir également, malgré la concurrence redoutable des ateliers de Nuremberg et d'Augsbourg, la clientèle du nouveau duc de Bourgogne.

De 1480 à 1488, d'importantes commandes d'armes et de harnais furent faites

Fig. 29. — Epée d’estoc du xvie siècle; Collect. de M. Frésart

Coll, de M. Van Züylen

à Bruxelles, tant pour l’usage personnel du prince que pour celui des seigneurs allemands de son entourage. Maître Albrecht lui-même, le fameux armurier allemand de Maximilien dont un portrait équestre de la galerie d’ Ambras conserve le souvenir, revêtait des armures de fabrication bruxelloise. (Voir à la fin de l’armurerie). Cette vogue continua sous Philippe-le-Beau.

CASQUES DU XVe SIÈCLE. Le bacinet à camail continuait à être en usage, surtout pour combattre à pied. A cheval, on employa aussi, à partir de 1400, le bacinet à grand gorgerin dans lequel le camail, qui protégeait mal le cou, était remplacé par des lames de fer articulées. Les bacinets à bavière mentionnés dans l’inventaire de Charles-le-Téméraire devaient se rapprocher de ce type.

L’usage du chapeau d’armes, dit aussi chapel de Montauban persista également ;

les cavaliers y ajoutaient la bavière , coquille de fer entourant le bas du visage, ainsi que le devant du cou et se fixant au plastron de la cuirasse, au moyen de vis ou de courroies.

Un compte de Philippe-le-Bon (1425) mentionne pour la première fois la salade. Celle des hommes d’armes était une vaste calotte de fer à couvre-nuque horizontal et se portait avec la bavière. La rainure, qu’au moment de charger, le cavalier devait laisser subsister entre le casque et la bavière, devant les yeux, constituait un défaut auquel on remédia par l’emploi de visières ou vues tantôt fixes tantôt mobiles.

Vers 1480 la salade, qu’on employait encore dans les joutes au commencement du XVIe siècle, fut généralement remplacée à la guerre par l 'armet, que la gendarmerie porta sans interruption jusque vers 1600 (fig. i5).

Les piétons portaient une petite salade, forgée d'une pièce, couvrant exactement le crâne, la nuque, les joues et ne laissant plus ou moins découvert que le visage. Cette salade ayant reçu une crête et une petite visière horizontale, en même temps que ses joues ou oreillères devenaient mobiles, reçut vers i5oo le nom de bourguignote à cause de son origine bourguignonne.

XVIe ET XVIIe SIÈCLES. Maximilien Ier, devenu empereur en 1493, mit à la mode ce type d’armure cannelée dite « Maximilienne » qui n’est qu’une transformation de l’armure milanaise.

L’élégant harnais de M. A. Van Zuylen, appartient à ce type. Toutes les parties en sont cannelées, sauf les grèves qui ne l’étaient jamais ; on remarque au côté droit du plastron l’arrêt de cuirasse ou f ancre destiné à soutenir la lance pendant la charge. La forme des gantelets, non articulés pour le jeu des doigts et que l’on nomme mitons , ne permettait comme on le voit que le maniement de la lance, de l’épée et de la masse. Sur les épaules s’élèvent deux passe-gardes destinées à rabattre et à faire dévier les coups de pointes qui, sans cela, auraient pu glisser sous le casque. Celui-ci est un armet. La chaussure se compose des solerets à pied d'ours qui avaient succédé aux poulaines. (Voir la gravure).

Le poids de ces armures varie généralement de 2 3 à 2 5 kil. Celles que l’on continuait à fabriquer à Bruxelles étaient à l’épreuve des flèches et fort estimées.

Une semblable défense allait cependant devenir insuffisante. A Ravenne déjà ( 1 5 1 2) s était révélée la puissance de l 'artillerie de bataille et les arquebusiers espagnols venaient

Fig. 31.

Epée du commencement du xvne siècle ; Coll, de M. OSTERRIETH

de remporter les victoires de la Bicoque (022) et de Pavie (1 525). Construite dès lors à un nouveau point de vue, l'armure de guerre, essavant de lutter contre l'arme à feu, perd toute éle'gance et ne rappelle plus que de fort loin les types gracieux et chevaleresques dont les « Maximiliennes » sont la dernière trace.

Aux Pays-Bas, et particulièrement dans les Flandres, contrée féconde en hommes de haute stature et en chevaux vigoureux, la gendarmerie nationale, qui devait si brillamment se comporter à St-Quentin et à Gravelines, continua à porter l'armure complète pendant tout le règne de Charles-Quint.

Un édit de 1 5 5 5 avait renouvelé l'injonction (de 1473) de marcher en armure complète, sauf le casque, sous peine d'une retenue de quinze jours de solde.

En i5q3, Marie de Hongrie avait également décidé qu’une partie des chevaux des gendarmes porteraient des bardes, mais cette mesure ne s'exécuta pas sans difficultés. Quoique la gendarmerie fut généralement levée dans le pays, on y admettait aussi des corps allemands qui, suivant la coutume du temps, recevaient une solde proportionnée au nombre de pièces défensives qu’ils produisaient à la montre ou revue d’effectif. Vers 1542, les mieux armés de ces cavaliers étrangers devaient avoir « bonnes bardes d’acier, lances armées et fournies ; bons armets avec visières bien fermées et gorgerins d’acier ; garde-bras ; cuirasses ; faites; cuissards; ou au lieu de garde-bras, de bonnes manches de mailles avec boucles d'acier ; longs gantelets ; gorgerin d'acier avec longues espaulettes (épaulières). »

O11 ne donnait que 18 florins par mois, au lieu de 24, à celui dont le cheval ne portait que le chanfrein, la barde de crinière et la barde de poitrail.

La demi-armure, (sans grèves ni solerets), et le corselet (sans grèves ni solerets, ni cuissards, ni avant-bras) étaient le harnais habituel : des chevaux légers, que l’on continua à désigner sous le nom d’archers longtemps encore après qu’ils eurent abandonné l’arc et le crennequin pour « de bons espieus et hacquebuttes avec leurs appartenances » — des arquebusiers à cheval , dont le premier corps régulier fut levé aux Pays-Bas en 1 5q6

Fig . 32. — Epée d’infanterie, à deux mains, de 1580 environ; Collection de M. Neyt

des reitres, appelés aussi

<( zwartzreiters » ou « noirs harnatz » (1544)? psrce que ces pistoliers allemands mercenaires, avaient l’habitude de peindre en noir leur harnais rayé de bandes d’acier poli.

La gendarmerie continuait à porter par dessus l’armure, soit la jupe d’étoffe épaisse à gros plis ou demi-saye , que l’on trouve fréquemment reproduite sur les gravures du temps de Maximilien, soit la saye ou sayon complet, à manches courtes et larges, qui recouvrait la cuirasse tout entière; mais à la suite des édits somptuaires de 1 5 3 1 et de i5q6, il ne fut plus permis qu’aux grands seigneurs de porter, dans les camps, par dessus leurs harnais, des casaques de drap d’or ou d’argent.

Le tabar, orné d’armoiries, continuait à être surtout le vêtement des hérauts d’armes, qui le revêtaient encore au XVIIIe siècle. La cavalerie légère, au lieu de la casaque, passait en sautoir l’écharpe rouge à bouts flottants, nouée sur la hanche droite.

Les officiers d’infanterie, chefs de ces lansquenets dits bas-allemands, quoiqu’en réalité ils se recrutassent sur les bords de la Meuse, et plus tard de ces braves wallons levés dans le Hainaut, le pays de Namur, le Tournaisis et le Nord de la France, portaient, non seulement eux-mêmes, une demi-armure analogue à celle de la cavalerie légère, complétée par la bourguignote , (fig. 16) le morion (fig. 19) ou le cabasset, (fig. 18) mais ils cherchaient encore à avoir au moins leurs hommes du premier rang, c’est à dire les piquiers, armés de quelques pièces défensives.

Tous les piétons, comme marque distinctive, continuaient à porter la croix rouge de St-André sur la poitrine et sur le dos.

Outre la pique, dont la longueur à l'époque de Maximilien atteignait jusque 20 pieds et qui, sous les règnes suivants, en mesurait encore de i5 à 18, les fantassins maniaient encore la hallebarde, la pertuisane , l 'épée à deux mains et l 'arquebuse à mèche. Les arquebusiers formaient à eux seuls la moitié de l’effectif des enseignes.

Pour recruter des soldats bien armés, à cette époque où chacun continuait à s’équiper à ses frais, on recourait à l'appât d’un supplément de solde : il était prescrit au commissaire des montres de ne donner « double paie à quelqu’un que ce soit, s’il n’est armé de corselet et paie et demie, s’il n’a un gorgerin de mailles, avant-bras et salade de piéton (bourguignote) » . C’est pour le même motif, lorsque l’infanterie fut organisée en régiments ( 1 5 5 2 et 1 556), que le comte de Lalaing conseilla de réduire l’effectif de la compagnie ou enseigne à 200 hommes, parce qu’ainsi, disait-il, tous les piquiers pourraient « avoir traitement et être armés et les arquebusiers auraient morions et pour le moins manches de mailles » Ç).

(*) On trouvera l’organisation militaire de cette époque complètement décrite dans l’excellent ouvrage en 10 volumes de M. A. Hernie : Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique , que nous avons largement mis à contribution.

Fig.'A’i. — Poignard de duel, dit main-gauche, de 1600 environ; Collection de M. Vermeersch

Cavalerie des Pays-Bas en 1611.

Fig. 34. — Lancier Fig . 35. — Arquebusier ou Dragon Fig. 36. — Cuirassier

(D'après le chevalier Melzo)

Fig. 37. — Jean de AVesemaele

OUS Charles-le-Téméraire, comme on l'a vu, la nécessité d'un armement uniforme avait déjà été reconnue. Ce n’est toutefois qu’à partir de l’établissement, à Malines, d’un grand dépôt d’armes appartenant à l’Etat, que cette question importante devait marcher vers une solution convenable et pratique. C’est de ce dépôt, placé sous la direction de l’Artillerie, que furent tirés en 1 544 les « corselets et hacquebuttes » destinés « aux 3ooo Espagnols de don Pedro Gusman » ; à partir de 1 5 5 1 , les conducteurs de l'artillerie furent définitivement chargés de la distribution « des piques, lances, demi-lances, arquebuses, harnois, et 142S revêtu d'une armure pour autres parties de l’armement des gens de guerre de pied et heaume de joute à cimier. de cheval ». Le prix de ces armes devant toutefois etre

retenu sur les sommes dues aux capitaines, on ne faisait en réalité que remettre en vigueur un principe admis sous Charles-le-Téméraire.

Un supplément de solde ne fut maintenu que pour les arquebusiers et coulevriniers qui se pourvoiraient eux-mêmes de poudre fine « parce que les piétons gaspillaient beaucoup de poudre sans besoin. »

Qu’étaient devenues à cette époque les anciennes armes de jet ?

Un édit de 1 5 1 4 constate qu’à la chasse on se servait toujours « d'arc à main, d’arbalète, de coulevrine et d’autres armes » . L'arc et l’arbalète allaient cependant disparaître, non seulement de l’armée, mais l’arrêté de 1 5 3 1 , qui transforme en une compagnie de 100 arquebusiers les 60 confrères des archers de Namur, montre que Charles-Quint eut introduit volontiers l’usage de l’arme à feu, même dans les sociétés de tir et d'agrément. Et cependant ces sociétés, telle est la force d’une tradition, manient encore aujourd'hui ces armes démodées, à côté desquelles nous verrons bientôt figurer le Comblain perfectionné.

Nos ateliers continuaient à prospérer. Les Pays-Bas exportaient d’Anvers dans toute l’Europe, et particulièrement vers l’Espagne : « cottes de mailles, arbalètes, lances, hacquebuttes, fers de pique, fers de trait d’arbalètes, canons et boulets, selles, brides, harnais, etc... » En revanche nous recevions toujours du Milanais, ces fines armures d’apparat repoussées, ciselées, damasquinées d’or, dont l’empereur s'était formé une importante collection ; ces boucliers ronds ou rondaches de parade, ces casques dits « à l’antique » dont les meilleurs maîtres italiens de la

Fig. 38. — Epée d’estoc à monture ciselée et damasquinée d’argent (1600-1625); Collection de M. Neyt

Fig. 39. — Epée de ville, à monture ciselée et damasquinée d’or

(1590-1610); Collection de M. Neyt

Renaissance ne dédaignaient pas de composer les motifs de décoration. Ces artistes allaient bientôt avoir dans toute l’Europe des imitateurs qui, malheureusement, n'eurent pas toujours la même délicatesse de goût.

Nous citerons de cette époque, un beau bouclier flamand repoussé et ciselé ayant appartenu à Philippe II, signé Matheus Frawen Brys 1 543, et conservé aujourd’hui à Madrid.

Sous Philippe l’importance prise par l’arme à feu dans l’équipement des troupes à pied et à cheval augmente encore. A côté des arquebusiers agiles apparaissent, chez

nous en 1567, les majestueux mousquetaires, dont l'arquebuse renforcée ou mousquet se tire sur une fourchette d'appui appelée fourquine.

Le mousquetaire, sans armure, porte au lieu de casque le vaste feutre à longue plume.

Pour résister aux balles d’arquebuse et de mousquet, les gendarmes quittent peu à peu les grèves et les solerets de fer; la botte montante remplace le harnais de jambes, non dans le but d'alléger l'armure dont le poids total va, au contraire, chaque jour en augmentant, mais afin de pouvoir reporter sur le casque et la cuirasse, que l’on fabrique désormais à l’épreuve de la balle, le supplément de fer battu enlevé à la défense de la partie inférieure du corps. Les gendarmes ou lanciers, tout en conservant la lance, reçoivent le pistolet à rouet.

Vers i56o, apparaît, sous le nom de corasses, cuyrasses ou cuirassiers, une nouvelle cavalerie, couverte aussi de la demi-armure, pourvue d’une paire de pistolets et de

Fig. 40. — Rapière de duel allemande (1600-1625' ; Coll, de M. Van Zuylen

Fig. 41 . — Épée de ville, à monture damasquinée d'argent (1590-1610); Collection de M. Van Zuylen

Fig. 42. — Epée de ville allemande, à monture ciselée, (xvne siècle) , Collection de M. Neyt

l'épée. Les arquebusiers à cheval n’ont plus que le morion, le justaucorps de buffle et tout au plus les manches de mailles.

Si quelques chevaux du premier rang sont encore armés, ce n’est plus guère que du chanfrein et de la barde de crinière.

Comme type d'un détail du harnachement, en usage pendant tout le XVIe siècle et surtout vers i58o, rappelons la muserolle en fer, délicatement découpée, exposée par M. Vermeersch (fig. 26). Ce grillage léger, qui enveloppait la bouche et les naseaux du cheval, paraît toutefois avoir été moins une pièce défensive qu’un ornement.

Dans l'infanterie, les officiers et les piquiers continuaient presque seuls à porter le corselet et le cabasset à bords plats (*).

Les guerres d'Italie et le contact des Espagnols, avaient introduit aux Pays-Bas,

(*) Dans la « compagnie des dix hommes » créée à Liège en 1594 pour veiller à la sécurité des bourgmestres, chacun des 32 métiers devait fournir; * 2 picquiers avec harnas — 2 musquetiers et 6 harkebousieis bien équipés ». On remarquera la large place occupée dans ces contingents par les hommes porteurs d’une arme à feu.

ces armures gravées à l’eau-forte que le Milanais fabriquait par milliers, à un prix sans doute fort abordable, puisque les simples soldats eux-mêmes parvenaient à s’en procurer et que les milices communales d’Anvers, en 1 5 8 1 , ne portaient que des casques et des cuirasses gravés (*).

L’élégant corselet, orné de bandes gravées, possédé par M. de Biefve (fig. 20) rappelle tout-à-fait ceux que portaient nos milices anversoises ; le casque seul, dont le gracieux profil suffirait à démontrer l’origine italienne, diffère légèrement du type qui était en usage dans les Flandres.

A la même fabrication milanaise appartient encore l’armure de luxe, entièrement gravée à l’eau-forte, dont la fig. 1 3 reproduit un important fragment. Le dessin de M. Danse, mieux que toute description, donnera une idée nette de cette pièce capitale, de la fin du XVIe siècle.

Notons, au point de vue des caractères particuliers du harnais de cette époque, la forme raccourcie et aplatie du plastron, l’ampleur des épaulières, la diminution des cubitières et la disparition des passe-gardes. L’absence de faucre dans cette armure complète, indique aussi qu’elle n’était pas destinée à la guerre.

D’autres harnais de parade, parmi lesquels nous citerons l’armure complète du cheval de l’Archiduc Albert, (**) étaient, sur un fond uni brun, bleu ou noir, richement damasquinés d’or et d’argent.

La rondache ou rondelle d’infanterie (fig. 21) était au XVIe siècle et au commencement du XVIIe le seul bouclier de guerre encore en usage. Les Espagnols s’en étaient servis utilement à Ravenne, combattant à la façon romaine, le bouclier au bras gauche et l’épée dans la main droite.

Vers la fin du XVIe siècle, des rondelles, à l’épreuve du mousquet, de 5o à 60 centimètres de diamètre et du poids de 8 à i5 kilogs., servaient aussi aux assauts de brèches et dans la guerre souterraine.

Les capitaines faisaient porter devant eux par leur page leurs rondaches, gravées comme leurs corselets, ainsi qu’on peut le remarquer sur le spécimen qui nous est fourni par la collection de M. A. Verreyt.

Les Règles militaires pour le gouvernement de la cavalerie, du chevalier Melzo, imprimées à Anvers en 161 1, nous font connaître l’organisation et l’équipement de cette arme, sous le règne d’Albert et Isabelle. Nous lui empruntons, outre les trois types de cavaliers qui composent la frise de cette livraison, les quelques détails suivants :

Toute la cavalerie était pourvue de Y arme à feu à rouet. A un corps de i5ooo piétons, on attachait 4000 chevaux ou 40 compagnies dont 10 de lances, 18 decuirasses et 12 d'arquebusiers ou dragons.

Les lanciers, dernier vestige de la chevalerie, étaient sur le point de disparaître. Leur mission consistant à charger l’ennemi, après que les arquebusiers avaient fait leur « tirade », leurs chevaux continuaient à être les meilleurs de la cavalerie, mais ils n’étaient plus bardés.

Fig. 43. — Epée de ville, dite “ de Valence» xvne s.

Coll, de M. Van Duyse.

(') Costumes civils et militaires du xvie siècle par A. De Bruyn. 1 5 8 1 . (**) Conservée au Musée de la Porte de Mal.

Ces cavaliers portaient la demi-armure ; leur cuirasse, à l’épreuve de la balle, était complétée par deux « tassettes à l’antique » composées seulement de trois ou quatre lames, pour ne pas gêner le travail de la lance. L’épée et un pistolet, dans une fonte à l'arçon, complétaient leur armement. Ils étaient si incommodés par l’écrasant harnais dont on les obligeait à se revêtir et dont le poids atteignait alors jusque 35 et 40 kilogs., qu’il avait fallu, comme à la cavalerie légère, leur donner l’écharpe, la casaque qu’ils portaient anciennement sur l’armure, leur permettant de trop bien cacher « le défaut des armes qu’ils devaient porter ».

La lance elle-même ne leur paraissait sans doute plus d’une bien grande utilité, car, dit Melzo, pour « éviter la fatigue de la porter, aucuns la rompent exprès ou par nonchalance. »

Les cuirassiers destinés à appuyer les lanciers et à agrandir la brèche ouverte par eux, portaient une armure analogue et la cuirasse « à l’épreuve du pistolet », mais ils avaient, au lieu de tassettes, de longs cuissards entièrement lamés dits « écrevisses » qui se bouclaient d'une part sous le genou et de l’autre au bord inférieur de la cuirasse. (*)

Outre l’épée, ils étaient armés d’une paire de pistolets.

Leurs chevaux ne devaient être que « de médiocre bonté. »

Les arquebusiers, destinés à être soutenus par les lances et les cuirasses, combattaient à pied et à cheval et n’avaient pas d’armure. Ils portaient un pourpoint de buffle sans manches et coiffaient la bourguignotecalotte pourvue d'un nasal mobile, de jugulaires et d'un couvre-nuque à quatre lames. Leurs armes offensives étaient l’arquebuse « d’une once et demie de balle, le canon long de quatre palmes, portée du côté droit avec la bandolière... » et l’épée. »

Melzo proposait d'en pourvoir six par compagnie, d’un outil de pionnier, pic ou hache, attaché à l’arçon.

Les capitaines d’arquebusiers, marchant en campagne, portaient la cuirasse « à l’épreuve de l’arquebuse » et le même type de casque que les soldats.

Ces officiers devaient aussi avoir une arquebuse légère de moyenne grandeur avec sa fonte et « en faire porter une longue, qui tiré une bonne balle, par un page, avec la bandolière. »

Dans l’infanterie, qui ne comprenait plus généralement que des arquebusiers, des mousquetaires et des piquiers, ces derniers et leurs officiers portaient encore la cuirasse à vastes tassettes carrées, mais les brassards avaient été supprimés comme on peut le voir dans le règlement hollandais de 1608 (**).

Fig. 44. — Epée de ville flamande 1600-' 625;

Coll, de M. Neyt

Fig. 45. — Estocade allemande (1625-1650) Coll. Van Duyse

(‘) Cette cavalerie « est nommée cavalerie pesante, à cause de la pesanteur tant de l’armature que du cheval... Cette armature est hamois fin , soutenant le coup de l’arquebuse en toutes ses pièces comme il est dit de la lance. » (Walhansen. Art Militaire à cheval. Francfort, 16 1 6.)

(") Jacob de G heyn. Maniement d'armes, arque buses, mousquets, piques, en conformité du prince Alaurice d' Orange

Un cabasset, quelquefois surmonté d’une demi-crête de morion, ou un léger chapeau de fer à bords rabattus continuaient à leur servir de coiffure.

Malgré l’existence de l’Arsenal de Malines les particuliers continuaient, comme cela se pratique encore aujourd’hui, à concourir à l’armement des troupes.

C’est ainsi qu’en i632, nous voyons Philippe IV vendre à Marie Pels, veuve de Vincent de Moniot à Namur, une rente he'ritable de 8231 9S 6d au capital de 13.175' i2s, « montant des armes fournies par la dite dame de Moniot au tercio du maître-de-camp le seigneur d’Indenelde » et aussi à Vincent de Harscamp, une rente héritable de même valeur et au même capital, « montant du prix des armes distribuées au tercio du maître-de-camp, le vicomte d’Alpen. »

Quant aux armures de luxe, dont les dernières se fabriquèrent pendant le XVIIe siècle, citons quelques pièces dont l’origine flamande est bien établie. La demi-armure du cardinal-infant don Ferdinand, frère de Philippe IV, gouverneur des Pays-Bas, fut fabriquée à Bruxelles par Jacques Vois, qui l’a signée en toutes lettres. L’armure envoyée des Flandres en 1624, par l’infante Isabelle à Philippe IV, est poinçonnée d’un écu chargé de trois alérions et accosté des initiales du fabricant M. P. Cette même marque d’armurier se trouve sur un chanfrein de la galerie d’Ambras, ayant appartenu, croit-on, au marquis de Pescaire, mort en 1 5 2 5 , ce qui rend l’attribution fort douteuse.

Les deux premiers harnais cités sont actuellement à l’Armeria de Madrid.

1618-1648. Pendant la guerre de Trente ans, non seulement l’armure complète n’existe plus, que tout à fait exceptionnellement, mais la demi-armure elle-même est en voie de disparaître. Les derniers modèles en usage se distinguent par le vaste couvrereins lamé sous lequel le troussequin disparaissait entièrement et par l’usage d’une bourguignote fermée , casque de transition entre l’armet et la bourguignote ouverte, dont M. R. Wibin possède un bon spécimen, d’origine liégeoise (fig 17).

Le long bufjfletin à manches, fait de peau de buffle, de vache et même de mouton, devint bientôt d’un usage général dans la cavalerie ; le casque lui-même fut remplacé par le feutre ; seuls quelques cuirassiers, les officiers et particulièrement les porteenseignes revêtirent encore pendant quelque temps, par dessus le buffle, une cuirasse et un pot en tête, à l’épreuve du mousquet il est vrai, mais dont le poids avait atteint de 7 à 10 kilogs. pour le casque et de 10 à 22 pour la cuirasse; enfin, le plastron était encore quelquefois renforcé, les jours de bataille, par un second plastron de renfort qui s’adaptait sur le premier.

Comme, même au prix d’un pareil écrasement, on n’obtenait encore qu’une défense fort incomplète, la lutte entre la cuirasse et l’arme à feu portative dut nécessairement prendre fin. Vers i65o, les dernières armures disparaissent; les piquiers eux-mêmes déposent le corselet. De i65o à 1700, l’uniforme s’introduit dans presque toutes les armées de l’Europe. On appelle encore aujourd’hui « grosse cavalerie » des régiments de cuirassiers,

FigAô. — Epée de piéton (1550-1600) ;

Collection de M. le prince E. de Caraman-Chimay

£/ipf e,ppa<f/io/e tftte uEapièrett Epée ejpapno/e Raptèr'e ita/l&ntie t/u

Commencement r/u .YIE' ,1/ée/e Commencement tftt EPIT? Sieefe J 171' Stèe/e

lmp A, Durand-Paris, Co/ft t/e J7f G. Fe/meerjWi . Cotft/e J7‘/e Comte Z. ,/e /Jeau/fort. tott" </e Jf Ver/neer.reA .

qui ne sont, on en conviendra, qu'un bien pâle reflet des anciens. Les nôtres ont été" supprimés en i S 6 3 .

Leurs cuirasses, modèle i83i, avaient été fabriquées chez Dechange à Liège. Faites en tôle d'acier, c’est à dire en étoffe composée moitié d’acier naturel et moitié de fer de première qualité corroyés ensemble, elles étaient du poids de 8 1/2 kilogs. environ. Leur

plastron à l’épreuve, devait résister, à 40 mètres, au tilde trois balles du fusil d’infanterie.

Elles forment aujourd'hui dans nos musées le dernier chapitre de l’histoire des armures.

Armures de JOUTE. Du XIe au XVIIe siècle, de nombreux tournois eurent lieu dans notre pays ; ces divertissements de la noblesse militaire avaient pris, surtout aux XIVe et XVe siècles, une grande extension. La substitution de l’arme à feu à la lance, qui commença sous Charles- Quint, ne paraît pas avoir fait disparaître le goût des courses à la lance, que l’on courait

alors jusque

dans les salles de banquet, comme on le vit encore à Bru-

Trois glaives de justice de la ville de Gand ; xvue et xviii» s.

Fourreau du glaive n° 47

xelles en i5i6. (*) L’armure exposée par M. le baron Snoy (fig. 14) est une armure de joute et comme telle disposée pour résister à l’atteinte de la lance. Celle-ci, jusqu’au XIVe siècle, était à hampe cylindrique ou ronde et mesurait trois mètres environ ; à cette époque, ilavait fallu la renforcer pour parvenir à entamer les armures surchargées de plaques de cuir et de métal. Afin d’éviter dans les joutes les accidents, que son choc devenu redoutable n’eut pas manqué d’occasionner, on construisit des armures renforcées spéciales pour ces jeux.

Vers 1450,1a lance de joute mesurait cinq mètres de longueur; sa hampe

avait la forme de deux pyramides quadrangulaires ou de deux cônes, d’inégales hauteurs, assemblés par leurs bases ; elle était pourvue, comme on le voit sur la figure, d’une poignée évidée pour la main et d’une rondelle d’acier garde-poing. Le sabot était muni du contre-poids indispensable pour maintenir cet énorme bois dans la position horizontale. Le fer des lances courtoises, ordinairement employées dans les joutes.

(’) A. Henne.

était à trois pointes, afin de renverser et non de traverser l’adversaire, et s’appelait

rocket.

Pour résister à ce formidable instrument , le bouclier chevaleresque, supprimé pour la guerre vers le milieu du XVe siècle, continua à être employé dans les joutes. On le confectionnait de différentes formes, en bois, en marqueterie d’os, en acier et, suivant les cas, il s’appelait targe, placart, écu ou rondelle de joute.

Vers i5oo et jusque 1620, ces boucliers furent généralement remplacés par une vaste pièce d’acier, liante pièce, pièce treillis ou manteau d'armes, vissée à demeure sur le plastron de la cuirasse et protégeant tout le côté gauche du corps, le seul exposé aux chocs.

Outre le manteau d’armes, d’autres pièces de rechange, en nombre variable, s’appliquaient encore sur l’armure (*).

Si, au moyen de ces précautions, un malheur était peu à redouter, en revanche l’homme armé en la sorte, dit Pluvinel, « ne peut hausser, baisser, tourner la tête, ni remuer l'épaule gauche ; seulement il lui reste le mouvement depuis le coude pour pouvoir arrêté son cheval... » (**) La manière dont le cavalier, empaqueté dans cette carapace de fer, de 38 kilogs. de poids en moyenne, parvenait à se mettre en selle, est assez originale pour être mentionnée : « Il doit y avoir aux deux bouts de la lice un petit échafaud, de la hauteur de l’étrier du cheval, sur lequel deux ou trois personnes peuvent tenir, savoir est, le gendarme, un armurier pour l’armer

et quelqu’autre pour lui ayder Puis l’homme

étant armé, on lui amènera son cheval proche de cet échafaud, sur lequel il se peut facilement placer pour commencer sa course... »

On comprend aisément qu’après avoir rompu deux ou trois bois de lance, contre le manteau d’armes ou contre la tête de son adversaire, chacun s’empressait d’aller déposer un semblable harnais.

Le casque de joute (fig. i5) appartenant à M. A. Verreyt, présente une disposition particulière: comme la face gauche de cet armet n’est percée d’aucune ouverture pour la ventilation, afin de ne pas donner prise au fer de lance, on y a suppléé en pratiquant, dans la joue droite, une petite portière s’ouvrant au moyen d’un pivot

Fig. 50. — Corsèque du xvie siècle.

Collection de M. Neyt

(') Armure de joute, de Philippe II, conservée au Musée de la porte de Hdl. (“) Instruction du Roy, en Vexe rcice de monter àcheval. ( 1 625 .

à ressort et qui permettait au cavalier de se rafraîchir dans l’intervalle de deux courses.

D'autres armures spéciales existaient encore pour les jeux. C’étaient l'armure de tournoi, toujours plus légère que l’armure de guerre, et dont le casque grillé, du XVe siècle, se retrouve encore aujourd’hui dans les armoiries ; Y armure pour combattre à pied, qu’au XVIe siècle on appelle armure à tonne ou à jupon, à cause de la forme évasée de sa jupe de fer qui descendait jusqu’aux genoux; F armure de carrousel , au XVIIe siècle; etc.

Une très belle armure à tonne, ayant appartenu à Philippele-Beau enfant, se trouve aujourd’hui à Vienne.

Il serait intéressant de rechercher si ce beau harnais, dont la construction doit remonter à l’époque ou Franc Scroo travaillait à Bruxelles pour ce prince, n’est pas originaire de notre pays.

Le commerce des armures de jeux, surtout au XVe siècle qui fut la période brillante de notre armurerie, se faisait dans de vastes proportions. Il existait dans cette fabrication de luxe plusieurs spécialités dont les quelques notes suivantes donneront une idée, en même temps qu’elles aideront à tirer de l’oubli les noms d’artisans habiles qui travaillèrent pour les ducs de Bourgogne.

Les armoyeurs , dont quelques-uns sont cités à la fin de cette notice, confectionnaient en même temps les armures de guerre et les harnais de joute. Quant aux armures de tournoi proprement dites, dans la construction desquelles il entrait plus de cuir, de bois léger et de feutre que de fer, attendu qu’elles n’avaient à supporter que le choc d’épées courtoises à pointes rabattues et de masettes ou de simples bâtons de bois, elles étaient fournies par les selliers.

Antoine de la Sale, (*) qui avait assisté aux tournois de Bruxelles (1405-1415) et de Gand (1419-1467), nous apprend que le chevalier qui n’a pas de harnais le jour du tournoi « en doit être pourvu des selliers, qui en sont les maîtres... » et dont il n’en est aucun qui ne puisse en fournir au moins « pour armer 20, 3o, 40 ou 5o hommes. » Nous voyons en effet le sellier bruxellois, Jean Rempart, délivrer en 1423 « les deux harnois de tournoy, entier chacun d’iceulx, à armer homme et cheval en fait de tournoy... » dont Philippe-le-bon fait présent au duc de Bedfort, régent de France. Ces harnais payés

72'9S, furent ensuite « garnis et étoffés » à Bruges, au prix de 99^ 1 s par le marchand lucquois Marc Guidechon. Le dit sellier, la même année, fournit encore le « louage » à i5s la pièce, de 33 harnais de tournoi entiers pour l’usage du duc de Bourgogne et de « plusieurs autres de ceux qu’il a fait tournoyer avec lui. » — Le sellier, Jacop le pape, fabrique « selles de tournoi » et « selles de joutes. » — L'éperonnier,

Fig. 51. — Vouge du xvie siècle ; Collection de M. Neyt

(“) Traité < des anciens tournois et faicts d'armes » .

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S •vnil,

Jacques Enrart, fournit également « éperons et étriers à jouter. » — En 1468, Bernard de Pons , faiseur d'escus de joute , délivre pour Charles-le-Téméraire , un écu de joute du prix de 35' ; il refait pour le même, en 1470, « 2 écus de joute, dont l’un était rompu à moitié et l’autre a été refait sur un autre bois. » Jehan Watt, armurier à Bruxelles, fournit en 1496 « 22 rondelles d’acier pour servir à une joute à Bruxelles et le louage de deux harnais complets pour l’archiduc (Philippe-le-beau) s’en servir à icelle j ouste. »

« Pour le tournoi que l’on entend faire les 18 et 19 de ce présent mois (août 1499) au Parc audit Bruxelles » Hughes Brugman coustillier , demeurant à Bruxelles, délivre « 80 espées d’armes pour 40 gentilshommes qui feront armes avec le Duc — 40 lances — 40 arrêts y servant. »

La fabrication des lances était aussi une industrie à part; dès l’année (1421-22) nous voyons Rifflart d’Ypres , délivrer « grosses lances rondes pour les joutes » à la douzaine et d’autres « lances carrées de joutes » à 40s la douz. — Chez Godefroy Renart, en 1468 et 1470, la lance de guerre coûtait i2s et celle d’étendard 18; le même confectionnait au prix de 24s la pièce, des lances de bannières « ferrées de blanc fer ». — C’est au faiseur de lances , Jean Desinet, demeurant à Malines, que sont commandées, en 1495, les 14 douzaines de lances qui doivent « servir aux joutes faites à Malines le jour des noces de Monseigneur le Prince de Castille ».

En 1423-24, Bernardin le mulier fournit des « espées de tournoy » à i2s la pièce, tandis que le marchand Cornille Couvent délivre, à 6d la pièce, les « bastons de mefflier à tournoyer ». — En 1468, c’est Colin Larmoyeur qui fournit au Duc les « 4 épées rabattues » dont il s’est servi au tournoi deBruges, etc.

Les armures de joute et de tournoi se dissimulaient sous de somptueuses « robes à longues manches découpées » . De riches « houssures » dont les couleurs étaient assorties « selon la devise des robes » couvraient les coursiers et traînaient jusqu’à terre; on (c houssait » aussi les écus, les épées et jusqu’aux bâtons de tournoi.

Les lances étaient peintes et dorées.

Fig. 53. — Fauchard allemand de parade daté de 1G66 ; Collection de M. Neyt

Fig. 52. — Guisarme de parade gravée du xvie siècle ; Collection de M. Neyt

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