ÉPÉES
Si le chevaleresque fracas des lances était l’entrée en matière obligée de tout combat de cavalerie au moyen âge, par contre c’est à l’épée, arme aussi noble que la lance et beaucoup plus utile, que se décidait l’issue de la mêlée, après la première charge. Aussi le chevalier tenait-il en haute estime cette compagne fidèle et lui donnait-il généralement un nom.
C'est ainsi que nous ont été transmis par les poètes, les récits des hauts faits de la Joyeuse de Charlemagne, de la Durandal de Roland, et de tant d’autres glaives fameux.
La forme et les dimensions de l’épée chevaleresque, ou du branc , ont varié avec la nature et le degré de résistance de l’armure qu’elle avait pour mission d’entamer.
Les broignes des XIe et XIIe siècles n’offraient guère de prise qu'à la pointe de l'épée, c’est à dire aux coups d 'estoc ; le visage du combattant était en outre exposé aux coups de tranchant ou de taille : l’épée devait donc être à la fois une arme d'estoc et de taille. La lame, faite de bon acier, était à deux tranchants, droite, large et portait une gouttière d'évidement, suivant l’axe de chaque plat. La monture — composée du pommeau , de la fusée ou poignée, de la traverse ou réunion des deux quillons — était simple, en forme de croix. (*) C'est sur le pommeau de son épée, renfermant souvent des reliques, que le chevalier avait l’habitude de prêter serment.
Avec l'armure de mailles, l’épée devient à la fin du XIIe siècle et pendant tout le XIIIe, une arme uniquement de taille (fi g. 6 et 8). Son extrémité n’est plus aiguë mais retaillée à l’antique, à peu près à angle droit ; la lame s'élargit et s'épaissit afin de pouvoir trancher les tissus métalliques.
Vers la fin du XIIIe siècle et jusque i35o environ, les dimensions et le poids de l'épée augmentent encore, car il s’agit dès lors pour elle, d'entamer à la fois la maille et les plaques de cuir bouilli qui lui servent de renfort ; le pommeau s'alourdit, devient discoïde et mesure jusque dix centimètres
, . ,, , , , . . »TT du xvie siècle; Collection de M. Neyt
de diamètre. A ce type appartient lepee du capitaine Wene-
maere (fig. 9) ; une épée de même forme et à monture identique, pend également au côté de la plupart des communiers figurés sur la fresque de Gand ; la lame de ces piétons était nécessairement plus courte.
Fig. 54. — Hallebarde gravée de la fin
(*) Cette monture en forme de croix persista, dans la gendarmerie, jusqu'au milieu du XVIe siècle. La branche que l’on a cru remarquer sur le sceau de Charles-le-Téméraire, dont la main droite est fermée, n’est que la projection sur l’horizon, de la plaque de fer ronde, cousue sur le gantelet de peau et destinée à lui servir de renfort.
Pendant la guerre de Cent ans, le chevalier manie simultanément plusieurs sortes
d’épées. A cheval, il se sert de Y estoc ; à pied il emploie soit Y épée courte , raide et aiguë, destinée au combat corps à corps, soit la longue épée d'armes, à deux mains, qui est l’arme des mêlées d’infanterie.
L’estoc droit et raide, à lame mince, était destiné à entrer dans les interstices des plaques de métal qu’une épée tranchante eût été impuissante à entamer. L’estoc servait non seulement d’épée, mais aussi de demi-lance et de javeline : tantôt on le couchait en arrêt, pour charger à défaut de lance, tantôt la main droite saisissant la poignée, lançait l’arme contre le piéton. Une figure du « Livre de chasse » de Gaston Phébus (né en 1 3 3 1 ) montre que cette façon de lancer l’épée s’employait aussi par les cavaliers contre le gibier.
Dans les jeux on se servait déjà au XIVe siècle « d’épées de tournoi » de formes particulières.
Les piétons, outre l’épée dont nous avons parlé, se servaient encore de grandes coutilles ou dagues, espèces d’épées courtes, aiguës, à deux tranchants (fig. 28.), au moyen desquelles ils éventraient les chevaux et égorgeaient les cavaliers. Le sabre courbe, de forme orientale ou cimeterre était aussi en usage, (fig. 4).
La petite dague ou poignard (fig. g) et le simple couteau ou coutel de plates (*) qui étaient les armes blanches les plus courtes, se maniaient aussi bien par les chevaliers que par les piétons.
Le poignard, destiné à donner le coup de grâce à l’adversaire vaincu qui refusait de crier « miséricorde » prenait quelquefois ce dernier nom. Des poignards et des épées de luxe se portaient avec la ceinture de chevalerie : les orfèvres en travaillaient les montures et en décoraient les fourreaux.
XVe SIÈCLE. Les types d’armes blanches du XIVe siècle se retrouvent au XVe. L’estoc et le couteau, l’épée raide de moyenne longueur et la dague, l’épée à deux mains repassée par le chevalier, qui cesse généralement de combattre à pied, à l’archer à cheval auquel les ordonnances confient ce service particulier, entrent sous Charlesle-Téméraire, dans l’armement régulier des compagnies.
Fig. 55 , — Hallebarde de parade du xvii® siècle ; Collection de M. Delpier
(*) i367 — Adonc s’avisa le dit chevalier (Jean Chandos) d’un coutel de plates qu’il portoit en son sein.... (Froissari)
La monture de l'estoc est toujours en forme de croix (fig. 32) celle des épées de fantassins se compose quelquefois d'une traverse repliée en Z dont le quillon d avant se redresse pour protéger la main, tandis que celui d arrière descend parallèlement au dos de la lame. Vers 1600, deux anneaux s'avancent quelquefois aussi sur le talon de la lame pour former un pas-d âne, comme on l'observe sur l'épée de M. Van Zuylen (fig. 2 3) dont la lame espagnole porte l'inscription :