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ARMES DE JET

L'arc et l'arbalète, qui disparurent de l’armée sous Charles-Quint, ont persisté jusqu’aujourd'hui commearmes de tir dans nos sociétés d’agrément.

L’arc anglais, admirablement manié, par les piétons agiles d’Edouard III, devait devenir, au cours de la guerre de Cent ans, l’arme de jet par excellence. Aussi de nombreux contingents d’archers de cette nationalité furentils, pendant trois siècles, engagés au service de nos communes et de nos princes, depuis l’année i32Ô, époque if à laquelle Gand avait déjà à sa solde des archers anglais à cheval, jusqu’à c cette désastreuse bataille de Morat où $

3ooo braves archers anglais, les uns faisant partie de la garde ducale, les autres employés comme soutiens de l'artillerie, se conduisirent d’une façon héroïque.

L’arc anglais, suivant une ordonnance d'Edouard IV, devait être fait Fig. 72. — Pistolet à rouet qe p0js qqp qe noisetier, de frêne ou d’autre bois, suivant la force de chacun ; sa longueur était égale à la taille de l'homme ; les flèches ou sayettes devaient être de la longueur du bras, ou de la moitié de la longueur de

l’arc. On méprisait l’archer qui ne tirait pas 1 2 flèches par minute et qui manquait son homme à 200 mètres.

Quoique le tir à l'arc fut en honneur dans nos communes et qu'un corps d’archers

allemand de 1580 environ ; Coll, de M. Vermeersch

Fig. 73 — Pistolet à rouet italien de 1650 environ ; Collection de M . Neyt

flamands ait même figuré dans la garde de Louis XII à Ravenne, l'arbalète fut toujours dans les Flandres l'arme de jet de prédilection.

Lors de l'expédition de Jean-sans-Peur contre la France, en 1411, le duc de Bourgogne avait, au dire de Juvénal des Ursins, « 4000 arbalétriers garnis chacun de deux arbalestres et de deux gros valets, dont l’un tenait un grand pennart (pavois, bouclier) et l’autre tendait l'arbalestre, tellement que toujours il y en avait une de tendue. »

Inférieure à l'arc, sur le champ de bataille, l’arbalète était d'un bon emploi dans la défense des remparts.

Toute arbalète comprend un arc d’acier, un arbrier ou fût de bois et un appareil de bandage : son nom varie avec la forme de cet appareil. Citons parmi les principaux modèles :

L'arbalète à crochet , qui persista jusqu'au XVe siècle et dans laquelle un crochet de fer, simple ou double, servait à agrafer la corde et à l’amener sur le cran de la noix.

L'arbalète à moufle ou à tour, en usage du XVe au XIXe siècle. Celle de la fig. 58 est entièrement sculptée en palissandre ; on remarquera au dessus de l'arc, l'étrier de fer dans lequel le fantassin passait le pied pour faciliter le bandage ; le treuil à manivelles et ses accessoires, se replaçaient à la ceinture quand l'arc était armé.

L'arbalète à cric (fig. 59), depuis le XVe jusqu’au XVIIIe siècle, se maniait à pied et à cheval, à la guerre et à la chasse. La chasse au cerf, de Lucas Cranach, montre des cavaliers occupés à bander cette arme : la queue de l’arbrier est tenue de la main gauche, tandis que la tête repose sur le pommeau de la selle et que la main droite tourne la manivelle du cric. La monture de notre exemplaire est richement incrustée de plaques gravées et de rinceaux d’ivoire; l'arbrier est daté de 1 6 1 3 ; sur la boîte du cric figure le poinçon d'une fabrique de Nuremberg.

L'arbalète à jalet, délicatement sculptée, en acajou, reproduite par la fig. 60, lançait des balles de plomb, de terre glaise et des cailloux ou galets. On l'employait à la chasse au lapin et à la perdrix, ainsi qu'on le voit par les chasses de Jean Stradan.

Elle était quelquefois aussi maniée par les dames, c'est pourquoi l'arc, assez faible, pouvait se tendre de la main droite, tandis que la main gauche, saisissant la partie cintrée de l’arbrier, se trouvait éloignée du champ de la corde. Celle-ci, à deux brins, porte une pochette destinée à recevoir le projectile.

La confection des arcs et des arbalètes était du domaine des artilleurs: on tirait des

Fig. 74. — Pistolet à rouet allemand à deux coups, daté de 1580 ; Collection de M. Vermeersch

forêts du Luxembourg, où, d’après Guicciardin, il croissait en abondance, le bois d'if qui servait à leur confection. Les documents poudreux de nos archives, nous fourniront encore les noms de quelques fabricants d’armes de jet de nos anciens princes : Pierre le breton, artilleur du duc de Bourgogne, lui fournit, en i 5 3 8 , « 8oo arcs à main ».

En 1440, Pierre Garnier, autre artilleur, livre 1461 arcs à main « de bois dit recuit » à 8 gros la pièce ; la même année, Loys De la Haye, artilleur à Bruges, fabriquait

« arbrières d’arbalètes » et d’autres arbalètes complètes « de gros bois de Roumanie ». C’est chez Gilles Carette et Zegheer van buren, artilleurs à Lille, qu’étaient commandés, en 1469, les arcs et les flèches des archersdu corps : un arc coûtait i8s, une trousse et sa ceinture 48. Luc De Muldre, fournissait, en 1469 également, au prix de 41 i6s, des arbalètes de luxe, dont l’une fut offerte par le duc « au bourgmestre Deynthuise ».

En i5oi, Jehan Van Hogvorst, arbalétrier à Malines, reçoit de Philippe-le-Beau 480 1 8S pour « 14 arbalètes et 14 criz » et 42 autres arbalètes que ce prince « a fait mettre en son armoierie, tant pour en donner aux ambassadeurs qui viennent par devers lui, que pour s’en servir en son voyage d’Espagne ». Le fils de Maximilien lui achète en outre : « 6 arbalètes pour envoyer au roi son père, en Allemagne », des « guyndaches pour bander arbalestres.. . 1 arc à galletz, etc. »

Philippe-le-Beau, en i5o3, fait aussi confectionner, au prix de 6' la pièce, des « arbalestres dorées » dont les cordes sont en « fin fil d’Anvers ».

De i520 à i53o, c’est Jehan Alexandre, artilleur de l’empereur, qui fournit les arcs à main des archers de la garde, etc.

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