ARMES A FEU
*70.75. -Pistolet allemand, à deux XIV° SIÈCLE. — A côté des anciennes machines de coups.un seul canon et une-seule détente guerre : trébuchets à trajectoires courbes, espringales à „ , jTlü10. e"vn°n ’ tir rasant, béliers destinés à ébrécher les murs et les
portes de villes, l’apparition du canon dans les Flandres, vers le milieu du XIVe siècle, avait amené la création d’une artillerie nouvelle, basée sur les propriétés explosives de la poudre. Le canon utilisé au siège du Quesnoy en 1 3qo, paraît bientôt sur les champs de bataille de Scheut en 1 356 et de Beverhoudsveldt, près de Bruges, en 1 382.
Ces premiers canons, petits tubes de fer forgé, ouverts aux deux bouts, se chargeaient par la culasse et lançaient des balles de plomb. Plusieurs de ces canons, attachés sur une charette garnie de piques qui en défendaient l’approche et d’un bouclier, mantelet ou targe , abritant les servants, constituaient le ribaudequin.
Bientôt furent forgés de grands canons de fort calibre, appelés bombardes, qui lançaient à peu près les mêmes projectiles que les anciens engins à ressort et à contrepoids. Ceux-ci, quoique le nombre des bouches à feu eût augmenté, au point que Malinesqui possédait un maître de canons en i 3 5 6 en avait six en i38o, continuèrent cependant encore longtemps à être en usage.
Canons et bombardes, composés de barres de fer grossièrement assemblées dans le sens de l'axe de la pièce, forgées au marteau, puis cerclées, ne faisaient au début des batailles qu’une seule décharge, accompagnée de grands cris, destinés sans doute à suppléer au peu d'efficacité du tir et à « ébahir » l’adversaire.
Cette artillerie à poudre, dont le concours ne devait devenir sérieux qu'après deux siècles environ d’études et de tâtonnements, était surtout dangereuse, pour le personnel destiné à la servir.
Chaque ville faisait forger sur place les pièces destinées à armer ses remparts. Des bouches à feu furent aussi, dès l'origine, fondues en cuivre et en bronze, mais ce mode de fabrication, peu économique, ne devait se propager que plus tard : le prix d'un canon de bronze n’était pas encore en rapport avec le service qu'on pouvait en attendre à cette époque où, du reste, les forgerons étaient beaucoup plus communs que les fondeurs.
XV<= SIÈCLE. — Les bombardes avaient atteint des dimensions et un poids de plus en plus considérables, ainsi qu’on peut en juger par la célèbre « Dulle griete » que Gand expose encore aujourd'hui sur le Marché du Vendredi et dont la construction doit remonter à 1425 à peu près. A côté des mortiers avaient pris place d'autres canons courts et à chambre appelés bombardelles , crapeaudeaux, etc. Les ribaudequins s’étaient multipliés : sous le nom d 'orgues et de canons à grêle, on se servait de véritables mitrailleuses, armées quelquefois de plus de cent petits canons étagés, se tirant par salves, en plusieurs décharges. L’artillerie, relativement légère, se composait de veuglaires, petites bombardes se chargeant par la culasse au moyen de boîtes à feu ou chambres mobiles ; de serpentines , longues de 3 1/2 à 22 pieds et du calibre de 5 à 7 cent., se chargeant par la culasse ; de coulevrines, qui ne paraissent avoir différé des serpentines que par leur longueur moindre, ne dépassant pas 3 1/2 pieds. Enfin, en réduisant encore les dimensions de la coulevrine, on arriva à la coulevrine emmanchée ou à main, dite aussi canon à main, qui fut la première arme à feu portative.
Les projectiles des bouches à feu de gros calibre étaient en pierre ; ils reposaient sur un fort tampon de bois, forcé au maillet dans la chambre qui renfermait la poudre non grenée constituant la charge. Seules, les coulevrines et les serpentines tiraient des boulets en plomb ou plommées et d’autres en 'fer forgé ou fondu.
La poudre grenée ne s’employait que pour les armes à main.
Deux canons en bronze ayant chacun trois chambres furent fondus à Gand en 1418. Malines, suivant la chronique d’Azévedo, commença à fondre des canons et des cloches en 1420. Tournai et les marches de Flandre fournirent à Charles VII, en 1440, un
FUj. 76. — Pistolet-masse à rouet allemand (1600-1610 ; Collection de M. Neyt
nombre conside'rable de bouches à feu. C’est à Malines encore que Louis XII, en 1498, commande, par l’intermédiaire de Philippe de Clèves, 52 bouches à feu des calibres en usage en France.
Une très belle serpentine de cuivre, aux armes de Bourgogne, portant le nom du fondeur Jean de Malines et la date de £473, figure à l’Arsenal de Bâle ; elle provient sans doute des 419 bouches à feu de toute espèce que Charles-le-Téméraire à Granson (1476) laissa aux mains des confédérés. Il fallait que les arsenaux des communes fussent bien largement approvisionnés pour que, q5 jours après sa défaite, le camp du duc renfermât de nouveau 4 grosses bombardes, 6 courtauds, 54 grosses serpentines, et que tous les jours encore, y arrivaient de nouvelles bouches à feu.
Les Liégeois, de leur côté, n’avaient pas laissé, en 1467, moins de 126 canons sur le champ de bataille de Brusthem.
L’invention des tourillons , vers le milieu du XVe siècle, fut appliquée d’abord aux petits et aux moyens calibres. Elle amena progressivement l’abandon des anciennes charpenteries , dans lesquelles les canons et leurs boîtes à feu, maintenues immobiles, étaient noyées aux trois quarts, et par suite, la suppression, presque complète du chargement par la culasse (*)
Quant au canon à main, il avait, dès le commencement du XVe siècle, définitivement pris place à côté de l’arc, de la pique et de l’arbalète. C’était, à l’origine, une arme grossière et lourde à laquelle le feu se mettait avec la main tenant une mèche allumée. La hacquebute, qui lui succéda, était munie d’un serpentin , entre les mâchoires duquel une vis de pression maintenait la mèche. Vers l’époque de Charlesle-Téméraire, l’amorce fut déposée dans un bassinet à couvercle pivotant et la monture était déjà assez dégrossie pour permettre une sorte d’épaulement.
D’après le major fédéral Smidt, une partie des 2000 hacquebutes à serpentin, ou arquebuses comme on allait bientôt les nommer, dont les Suisses étaient armés à Morat, provenaient des dépouilles de l’armée bourguignonne à Granson.
D’autres armes à feu de fortes dimensions, plus ou moins portatives, destinées à être appuyées sur une muraille ou sur un chevalet, portaient, sous le canon, un solide arrêtoir de fer destiné à supporter le recul et prenaient la désignation de hacquebute à croc: leur service exigeait au moins le concours de deux hommes.
Les trois types d’armes à feu portatives le plus en usage à la fin du XVe siècle et qui subsistaient encore simultanément au commencement du XVIe, étaient donc : la coulevrine à main — la hacquebute double ou hacquebute à croc — la hacquebute simple ou arquebuse.
A partir de la bataille de Guinegate (1479), où de nombreux hacquebutiers allemands figuraient dans l’armée de Maximilien, l’importance de l’arquebuse crût rapidement, notre pays ne cessant de participer aux remarquables améliorations que nos voisins d’oultre-Rhin ne cessaient d’apporter à la fabrication de l’arme à feu.
XVIe ET XVIIe SIÈCLES. — Les pertes en artillerie faites dans les campagnes contre les Suisses ne purent, faute d’argent, être réparées que sous Charles-Quint. Par son ordre avaient été créés à Malines, en 1 520, une fonderie de canons et un arsenal de
(■) On trouve néanmoins dans les Musées et dans les anciennes gravures, dont le bel ouvrage du docteur Essenwein : Quellen zur Geschichte der Fewwerwajfen (Leipzick, 1877), reproduit une série importante, la preuve que, non seulement l’idée du chargement par la culasse ne fut pas abandonnée, mais que, de plus, les principaux modes de fermetures — à étrier mobile — à vis — à coin, dont le xix0 siècle s’est borné à trouver l’application pratique, sont précisément ceux que les inventeurs du xvie siècle cherchaient à introduire.
construction. C’est à Malines que furent coulées les pièces destinées aux expériences de Bruxelles et pour la livraison desquelles, en i 522, une somme de 25oo' fut payée à
Fij. 77. — Clef-amorçoir, d’arme à rouet ; Collection de M. Vermeersch
Fig. 79. — Cartouchière de la fin du xvie siècle ; Coll, de M. Vermeersch
Fig. 78. — Clef-amorçoir Coll, de M. A. Verevt
Fig, 82. — Poudrière italienne du xvite siècle ; Coll, de M. Vermeersch
Fig, 83. — Poudrière allemande du xvie siècle ; Collection de M. Vermeersch
Hans Poppenruyter, « pour la nouvelle artillerie, qu’il fondait lors pour l’Empereur. » Ces beaux canons de bronze, ornés de moulures, portaient ciselés en relief le nom de Charles V, les armoiries de l’Empire et la devise connue : « Plus oultre. »
La supériorité des fonderies belges à l'époque de Charles-Quint, dit M. Henne, est constatée par des faits nombreux : elles fournissaient des canons à l’Espagne, au Portugal, à l’Angleterre. « C’est à Malines que furent fondus, pour Henri VIII, ces douze beaux engins de métal appelés, selon l’usage, les douze apôtres, qu’îT employa dans sa première campagne contre la France.
C’est de la fonderie de « feu Hans Poppenruyter » aussi, que sortaient les 37 pièces d’artillerie « assavoir 1 serpentine, 6 demye serpentines, 4 falconnetz, 10 hacquebutes, aultres 10 falconnets et 6 chambres » destinées par Grégoire de Ayala, à l’armement de la ville de Naples et d’autres places de ce royaume.
La fonderie de Malines substituait encore au XVIIIe siècle.
L’Etat, comme les villes qui continuaient à avoir leur artillerie particulière, n'avaient jamais cessé de favoriser de leurs commandes les nombreux fabricants de canons, de poudre et de boulets, qui existaient dans le pays. De même que les armuriers, beaucoup de ces industriels avaient à Anvers des dépôts qui étaient de véritables arsenaux.
Pour donner une idée du trafic d’armes de guerre qui se faisait alors à Anvers, il
nous suffira de citer ce fait, qu’en 1 5 36, la flotte de secours envoyée par l’Empereur à Copenhague, s’approvisionna presqu’entièrement dans cette ville de tout le matériel nécessaire à l'armement des équipages et des troupes de débarquement. Quatre marchands anversois : Gérard Sterke, Jacop van den Ryne, Jacob de Rycke et François Vandermanden, fournirent à eux seuls : « le harnais à pied, les épées de guerre, la pertuisane dorée » de l’Amiral, chef de la flotte, Adolphe de Bourgogne, seigneur de Beveren — 20 armures pour les officiers de sa maison — 2 5 armures pour les capitaines — 1000 armures d’hommes de pied « garnies de secrètes » — Plusieurs milliers de piques de 1 6, 12 et 9 pieds — Plusieurs milliers de javelots « à fins fers de Gorcum » — 450 hacquebutes avec tiroirs (boîtes à feu mobiles) et queues (de manœuvre) en fer.
Les serpentines, demi-serpentines, quart de serpentines, doubles serpentines, les boulets de fer et de pierre, la mitraille, etc., avaient été chargés à la Veere.
Après avoir constaté qu’il existait, dès le XVIe siècle, des canons dont la volée était composée de plusieurs pièces vissées les unes aux autres et que l’on séparait pour faciliter leur transport, comme les canons de siège tout récemment proposés ; et que les grains de poudre de la grosse artillerie de Charles-Quint avaient la grosseur de la noisette, comme la poudre de notre artillerie du nouveau modèle, nous abandonnerons l’histoire des bouches à feu qui, du reste, a été faite d'une façon remarquable par le colonel
Henrard de l'artillerie belge, (*) pour en revenir aux armes à feu portatives si bien représentées à notre Exposition.
Des appareils de mise à feu variés furent successivement appliqués aux armes portatives depuis le XVe siècle jusqu'à nos jours.
La primitive platine à mèche , trouvée vers 1470, persista, grâce à la simplicité et à la sûreté de son mécanisme, jusque 1700 environ.
L arquebuse à mèche , qui se tirait à main libre, était l'arme des arquebusiers à pied et à cheval; ces derniers toutefois la quittèrent vers la lin du règne de Philippe II, pour adopter l'arquebuse à rouet.
Le mousquet à mèche qui riest que la hacquebute à croc de rempart, assez allégée par le duc d’Albe pour pouvoir être mise sur l'épaule du soldat, nécessitait, à cause de son poids, le concours d’un e fourquine d’appui, pour la mise en joue.
Afin que l'on puisse se faire une idée assez nette du rapport qui existait entre l’arquebuse et le mousquet , constatons qu'en 099, le calibre des mousquets de l'armée hollandaise avait été réduit de 8 à 10 balles à la livre et celui des arquebuses de 16 à 20 balles. Un mousquet et sa fourquine pesaient 16 livres et une arquebuse 10 livres.
Ce n'est qu'en 1567, que furent introduits aux Pays-Bas, par les Espagnols, ces mousquets qui, d'après Brantôme,
« estonnèrent fort les flamans, quand ils les sentirent sonner à leurs oreilles, parcequ'ils n'en avaient jamais vu. »
L 'arquebusier portait comme accessoires : la poudrière , de forme triangulaire à partir de i58o (fig. 80), Yamorçoir de même forme mais plus petit, la bourse à balles et le paquet de mèches ; le tout était réuni quelquefois dans un fourniment attaché au côté droit du ceinturon.
Le mousquetaire , dont l’arme était portée par un goujat ou valet, était pourvu de la fourquine et de la bandoulière à cartouches. A celle-ci étaient suspendus une douzaine d’étuis ou « coffins » renfermant chacun une charge de poudre, l’amorçoir, la bourse à balles, le paquet de mèches.
Ces mousquetaires, que le duc d’Albe dans sa marche sur Groningue (1 568) faisait marcher à l'avant garde « sur des chariots à munitions pour qu'ils arrivassent plus dispos », décidèrent souvent du sort des batailles.
Le fait suivant, rapporté par Bernardino de Mendoça, à propos d'une escarmouche qui eut lieu la même année sur les bords de la Meuse, met bien en relief la puissance qu’avait atteint le feu de l’infanterie :
« Plusieurs de ces arquebusiers (espagnols et wallons) en descendant une pente, » reçurent à mi-côte la charge d'un escadron des rebelles ; ils se rallièrent, bien qu’ils
Fi'j. 85. — Paire de pistolets italiens à silex, garnis d’aeier ciselé; Coll, de M. Neyt
C) Nous devons à la plume élégante de notre savant et sympathique collègue à l’Exposition Nationale: L'Histoire de l'artillerie en Belgique , Bruxelles, 1 865 . — Les pistolets de Charles-Quint , (notice sur l’artillerie légère en i554) Anvers, I080. — Plusieurs Études remarquables, parues dans la « Revue Militaire belge i) dont le colonel Henrard est l’un des directeurs estimés, etc.
ART ANCIEM
» fussent en rase campagne, et la reçurent avec une salve si drue qu’ils ouvrirent une » large trouée dans l’escadron, et le forcèrent à tourner bride ».
Les mousquets en usage, en 1608, dans l’infanterie de Maurice de Nassau, avaient la même forme que celui de M. Van Zuylen (fig. 64). Toute la monture de celui-ci est richement incrustée de plaques de nacre gravées et de filets de corne disposés en rinceaux.
Vers 1625, le mousquet, qui n’a plus à trouer l’armure lourde en voie de disparaître, s’allège à son tour; la fourquine est supprimée et le mousquet devient en réalité arquebuse, comme on le voit sur la fig. 65. Cette arme remarquable, dont la monture disparaît sous les incrustations d'ivoire , porte un canon entièrement ciselé à personnages.
En 1668, le mousquet à mèche français ne différait plus du fusil à silex que par la forme de la platine. Seulement, la crosse du fusil en joue se plaçait, comme aujourd’hui, contre l’épaule, tandis que la crosse du mousquet s’appuyait contre l’estomac, à 16 cent, du menton.
Il n’en était pas ainsi dans l’armée autrichienne, où, en 1700, le mousquet et le fusil chargeaient encore respectivement, des balles de 35 et de 26.2 grammes.
Le mousquet-fusil dit de Vauban , (1692), n’était qu’un fusil à silex ordinaire dont la platine portait un serpentin à mèche de réserve. Notons qu'à l’époque de Vauban les platines à double feu étaient déjà en usage depuis plus de cent ans, c’est à dire que beaucoup de platines à rouet allemandes, à la fin du XVIe siècle, étaient déjà pourvues d’un serpentin à mèche de réserve, pour le cas où leur mécanisme serait venu à se déranger.
Montecuculli (mort en 1681) avait déjà fait confectionner pour les troupes autrichiennes, 2000 de ces mousquets avec platine à mêchî et à silex (’).
La rayure trouvée en Allemagne vers 1 5 00, la platine à rouet inventée à Nuremberg de 1 5 1 5 à 1 5 1 7, le stecher , pointeur ou double détente, découvert à Munich en 1543, ne furent généralement appliqués qu’à ces belles armes de tir et de chasse dont l’arquebuserie allemande a dû inonder l’Europe, si l’on en juge par les nombreux spécimens, de cette origine, qui garnissent encore les râteliers de nos collections publiques et particulières.
L 'arquebuse à rouet de M. Van Zuylen, (fig. 62), appartient à cette période brillante (1 55o-i65o) où les artistes les plus en renom tels que, par exemple, le graveur Jean Sadeler à Bruxelles , rehaussaient par une décoration de bon goût l’œuvre des arquebusiers habiles.
La monture de cette arme de chasse, est richement incrustée de plaques d’ivoire découpées et gravées représentant, entremêlés de rinceaux, des personnages et des animaux en chasse.
Sous le n° 63, la collection Vermeersch nous fournit une seconde arquebuse de luxe, digne pendant de la précédente. Très finement incrustée d’ivoire et de rinceaux de corne, cette arme porte au côté gauche de la crosse la date de 1 6 1 5 . Son canon bleui, est rayé en spirale.
L'arquebuse à pied de biche , (fig. 66) ainsi nommée à cause de la forme de sa crosse, et dont M. Neyt avait exposé quatre exemplaires, se distingue par une platine à mécanisme découvert, circonstance qui a longtemps fait reporter au (*)
(*) Dus Landes-Zeughaus in Graz. Leipzig, 1880.
XVIe siècle, ce type d'arme de chasse. M. D. Van der Kellen, dans ses Antiquités Néerlandaises , attribue à Julien Basse, en 1625, l’invention de cette forme de platine. Nous ne pensons pas non plus que l’arquebuse à pied de biche existait antérieurement au XVIIe siècle ; l’intérêt de celle que nous reproduisons est précisément de montrer la date de 1 66 3, d’abord sur la plaque de cuivre qui masque le ressort du chien, ensuite sur une seconde plaque gravée, qui se trouve au côté gauche de la crosse. Cette arme incrustée de plaques gravées, de nacre, de cuivre et d’ivoire teint en vert, porte un canon de petit calibre, ayant six rayures en spirale.
L’arquebuse à rouet rayée allemande, qu’on appelait aussi butière — rainoise — carabine — servait encore aux tirs à la cible, dans certaines contrées montagneuses de la Bavière, en 1820; elle ne céda la place qu'au fusil à percussion.
Plusieurs mousquets à rouet de tir qui figuraient à l’Exposition ne diffèrent du mousquet à mèche (fig. 64) que par le mécanisme de la platine.
Le beau mousqueton à rouet allemand reproduit par la fig. 68, se distingue par la richesse de son incrustation d’ivoire, à sujets de chasse, et la présence du poinçon de Nuremberg. Il est tiré du cabinet de M. Van Zuylen.
D’une coupe élégante et portant un léger canon du célèbre LAZARINO COMINAZZO, le mousqueton italien à rouet de M. Vermeersch (fig. 67) fait bien saisir l’écart qui existait entre les tvpes des fabrications italienne et allemande. Cette monture est alternativement couverte de plaques d’ivoire gravées et de garnitures d’acier délicatement travaillées à jour.
L'idée de l’arme à feu courte, pouvant être tirée à bras tendu par la cavalerie, remonte au XVe siècle. Au léger canon à main des coulevriniers à cheval, on cherchait déjà en Allemagne vers 1470, à substituer ce qu'on devait plus tard appeler le pistolet.
Ce progrès ne devait cependant se réaliser qu'avec l'introduction du pistolet à rouet , après 1517, car il n'exista jamais, croyons-nous, de pistolets munis de la platine à mèche.
Tandis qu’au combat de Renty (1554) la cavalerie fran- Fig. 86.— Paire de pistolets caise chargeait encore en haie , sur une seule ligne , les ^ silex portugais, ciselés,
*m b 0 brunis et damasquinés d’or
pistoliers et les reîtres de Charles-Quint, armés de 2, 3 ou 4 pis- Collection de M. Terme
tolets à rouet, continuaient les traditions du temps de Charles-
le-Téméraire et chargeaient par escadrons, en carrés pleins de 17 chevaux de côté.
Chaque rang, après avoir déchargé ses pistolets sur l’ennemi, exécutait le limaçon ou caracol, découvrait le rang suivant, et allait se reformer à la queue de l'escadron.
Les fig. 69 à 72 montrent quelques-uns de ces premiers pistolets qui servaient, à pied et à cheval, aux divers usages des pistolets d’aujourd’hui.
On peut voir sur le n° 69, comment le chien de la platine à rouet appuyait, sur le périmètre dentelé de la roue, le morceau de pyrite sulfureuse serré entre ses mâchoires. Plus bas se trouve le verrou de sûreté, qui commande la détente.
La monture du no 71 disparaît sous les incrustations d’ivoire; on remarquera le crochet de ceinture placé à la contre-platine.
La décoration du n° 70 se compose non seulement de délicates incrustations
d’ivoire gravé, représentant des chasses, mais son pommeau sphérique est encore
recouvert de quatre bandelettes de bronze ciselé et doré, allant se perdre sous un élégant muffle de lion, sculpté en bas-relief dans une plaque du même métal. A côté du crochet de ceinture apparait, à la contre-platine, le verrou de sûreté . Cette disposition ingénieuse permettait au cavalier, privé de l’usage de la main de la bride, de dégager instantanément la détente, par un simple mouvement du pouce de la main droite.
Ce pistolet de M. Van Zuylen et celui de M. Vermeersch
(fig. 72) sont tout à fait remarquables. Ce dernier, dont les
plaques d’ivoire sont en partie gravées, en partie sculptées en bas-relief, est armé d’un canon et d’une platine entièrement dorés et ciselés à personnages ; sur le canon sont représentés, au dessus d’un trophée d’armes, Moïse, Josué, Samson et David. Une joute, gravée sur ivoire, décore la contre-platine.
De i5 5o à 1600 les baguettes de ces pistolets, étaient ordinairement terminées par un bout en fer, intérieurement fileté pour recevoir la pièce destinée au nettoyage du canon, et les cavaliers portaient à la selle, une cartouchière en bois ou en fer (fig. 79) avec logements séparés pour 437 cartouches préparées d'avance.
Vers 1600, le pistolet à rouet se redresse, s’amincit et s’allonge; au massif pommeau sphérique, succède le pommeau piriforme à pans évide's, puis la crosse terminée carrément par une section hexagonale ou ovale (fig. 73). Toute cette monture est garnie de plaques d’acier finement travaillées à jour. Cette même ornementation se retrouve sur le pistolet à silex de la fig. 84 dont le corps de platine est signé : VALETO. BORGOGNON. BRESCIA.
fkj. 87. — Paire de pistolets yers ja qn 4U xvie siècle fut inventé le premier type de Louis XV ciselés et damasquinés d'or; Coll. de m. Neyt platine à batterie, dit a chenapan ou a la miquelet. Ce type
a persisté, dans les armes espagnoles, presque jusqua nos jours, et sous le nom de platine arabe est encore en usage en Orient.
La platine à silex , trouvée en France vers 1640, remplaça généralement les systèmes précédents à la fin du XVIIe siècle.
L’armée française, dans la guerre de Flandre, en 1642, avait la bayonnette à manche.
A partir de 1 700, le fusil à silex, armé de la bayonnette à douille devint l’arme par excellence de l’infanterie européenne.
Le système français de 1777, qui fit ses preuves pendant les guerres de la révolution et du premier empire, comprenait quatre types : fusil d'infanterie, fusil de dragon, fusil d’artillerie, pistolet de cavalerie. Cet ensemble, auquel il devait être apporté des modifications successives, était encore en usage en Belgique en 1841, alors que depuis 1810 déjà, Liège fabriquait le fusil à percussion.
Des nombreuses armes à silex qui figuraient à l’Exposition, les plus remarquables sont reproduites par les fig. 84 à 87. Toutes ces garnitures sont en acier, finement ciselées et généralement damasquinées d’or.
La plupart des systèmes particuliers , remis à la mode par nos prétendus inventeurs, remontent environ à trois cents ans.
Il suffit, en effet, d'examiner les nombreux types conservés dans les Musées, pour se convaincre que l'on fabriquait déjà en 1600, des arquebuses et des pistolets à canons double et triple , des revolvers à canon unique et barillet tournant, des armes se chargeant par la culasse au moyen, soit d’un dé mobile, soit d’une fausse culasse pivotant autour d’un boulon de charnière, des armes à répétition , etc.
A ce point de vue, signalons tout d’abord le pistolet à deux coups , daté de i58o, de M. Vermeersch (fig. 74).
Cette arme, d'une longueur totale de 77 centimètres, porte deux canons superposés, de petit calibre. Le corps de platine est armé de deux rouets, ayant chacun leur chien et leur verrou de sûreté particuliers. L'unique détente , au moyen d’une pression progressive, dégageait successivement les deux rouets bandés. Le pommeau, sur lequel se trouve la date indiquée, peut s’ouvrir pour servir de magasin à balles. Canons, monture, garnitures sont en fer, et finement gravés à entrelacs, rinceaux, personnages; une scène de chasse se remarque à la contre-platine.
Le pistolet à deux coups , un seul canon et une seule détente , de Mme la baronne de Wolf (fig. y5) doit remonter à 1610 environ.
Malgré la forme de sa crosse découpée à l’italienne, nous pensons que cette arme a été fabriquée à Nuremberg. La platine est du même modèle que celle du numéro précédent. A chaque bassinet correspond une lumière percée dans l’unique canon, qui recevait deux charges superposées, séparées par une rondelle de cuir. Une pression légère du doigt sur la détente dégage le rouet le plus éloigné et fait partir le premier coup ; en pressant plus fort, la détente glisse latéralement, de droite à gauche, agit sur la queue F“J-SS- — Poudrière en cuir
.... . , , , . . ’ repoussé de 1C00 environ ;
du levier du second rouet, dégagé celui-ci, et lâche le second coup. Coll.d(, M A yERREYT
Il existe des armes à répétition de ce système et de la même époque, à 4, 6 et 8 coups. Une arquebuse à mèche de la Porte de Hal, recevait ainsi quatre charges dans son unique canon ’(*).
Le pistolet-masse d'armes de M. Neyt (fig. 76) a sans doute servi de bâton de commandement. Toutes ses garnitures sont en fer repoussé et repercé.
M. Delpier avait exposé aussi un fusil de chasse à silex et à bascule , du temps de Louis XIV, qui est un vrai Lefaucheux.
Cette arme se charge par la culasse, au moyen de six tubes chargés d’avance qui sont de véritables cartouches métalliques réamorcables. Ces tubes, qui garnissaient la cartouchière du chasseur, ont chacun leur bassinet à batterie, et se glissaient successivement dans le canon. Le nom du fabricant, MARTIN. KVALF.CK, est gravé sur la platine. Une arme semblable datée de 1675, est conservée à la Porte de Hal.
Citons encore de M. Van den Corput, une paire de pistolets à silex, à double canon tournant , du XVIIIe siècle, signés : F. MERCIER. A. LIEGE.
La ville de Liège, où plus de 3o,ooo armuriers intelligents, poussant la division du travail à ses plus extrêmes limites, ont fait passer, en 1878, plus d’un million d’armes
(•) E. Van Vinkergy. Catalogue des collections d’armes, 1880, n° 876.
à feu par le banc d’épreuves, institué en 1672, s’est signalée de tout temps par sa fabrication des armes.
Une chartre de 1 3 1 8 désigne ses fourboirs d'espées ou fourbisseurs ; un autre document, de 1 5 34, parle de ses febvres et armoyers, qui d' ancienneté font des épées, dagues et couteaux. Ses pistolets sont signalés en 1 5 68 ; ses àistillets ou poignards, ses couteaux ronds à f anglaise ou sabres, ses pistolets de poche , sont prohibés en 1612 ; ses fusils en forme de cannes sont mentionnés en 1725.
Le bon marché des armes fabriquées à Liège a toujours été proverbial: en 1688 on pouvait s’y procurer un bon fusil pour 6 livres et une épée pour 40 sols. L’exportation annuelle, en 1738, était déjà de plus de 100,000 mousquets, fusils et mousquetons.
« Cette fabrique, dit Peuchet, jouit depuis longtemps de la plus grande réputation; » on pourrait dire même qu'elle est la mère de celles qui ont le plus de célébrité ; » car les manufactures de St-Etienne, de Charleville, de Maubeuge, etc., sont pour » ainsi dire de ses colonies, puisqu'elles ont été formées des émigrations des » armuriers liégeois. »
Quant à la fabrication des bouches à feu, constatons que depuis l’origine de l'artillerie à poudre jusqu’en 1802, l’industrie privée liégeoise n’a cesssé d’en produire et d’en exporter des quantités considérables.
En jetant un coup-d’œil sur les vitrines de nos armuriers modernes, les visiteurs de l’Exposition Nationale ont pu se convaincre que le Syndicat Liégeois , les Comblain, les Nagant, les Galand, les Francotte, de même que les Lieuse , nos excellents canonniers de Nessonvaux, soutiennent encore dignement le vieux renom de l’Armurerie Liégeoise.
Espérons aussi que Cockerill, recueillant la succession momentanément ouverte de nos anciens fabricants de bouches à feu, nous ramènera bientôt ces années prospères, où la Fonderie Royale de Canons expédiait jusqu’en Amérique ses produits estimés.
On peut dire, en résumé, que les armuriers de Bruxelles, les fondeurs de Malines, et les fabricants d’armes de Liège, ont toujours maintenu l’industrie nationale au premier rang, et qu’en outre, plus on étudie l’histoire des armes anciennes, plus on doit reconnaître la justesse de ce vieil adage : RlEN DE NOUVEAU SOUS LE SOLEIL.
Capitaine E. VAN VINKEROY.
Fig . 89. — Poudrière du xvne siècle ; Collection de M. Neyt