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COFFRETS

Fig. 1. — Horloge fin du xvie siècle ;

Coll, de M. Yermeersch

'USAGE des coffrets est si ancien qu’il est difficile, sinon impossible, de préciser l'époque à laquelle il remonte. Il n’est légende, poème ou conte qui n’en fasse mention. Comment, en effet, concevoir un héros ou une héroïne sans coffret contenant des bijoux, des parchemins ou des souvenirs d’amour.

Jamais, si l’on en croit les fabliaux, les chevaliers errants, les princesses persécutées ne voyageaient sans trésors ou talismans précieusement enfermés dans quelque coffret de grande valeur.

Dans l’histoire du châtelain de Coucy et de la dame de Fayel on lit à ce propos les vers suivants :

Sentant venir la mort, le châtelain

a fist apporter

» Un des coffrets de ces sonmiers » (Duquel esloit li trésors chiers » Des tresches (tresses) qu’il veoit souvent » Un coffre petit et d’argent » En a trait et puis l’a baizié » Ouvert l’a, si a fors sachié » Les tresches qui sembloient d’or. »

En réalité, les mœurs nomades du moyen âge, la lenteur des voyages, la difficulté

des transactions commerciales qui nécessitaient le transport de richesses considérables en rendaient l’usage indispensable.

Les matières les plus diverses ont servi tour à tour à leur fabrication ; souvent, pour décorer panneaux et couvercles, l’orfèvre cisela l’or et l’argent, enchâssa les pierres fines, émailla le cuivre, eut recours, en un mot, à toutes les ressources de son art. Souvent aussi le sculpteur fouilla le bois et l’ivoire, ornant, au gré de son imagination, les faces de certains coffrets de chasses fantastiques, d’ornements légers capricieusement enroulés, ou bien reproduisit quelque scène d’une légende populaire ou d’un roman fameux. On fit aussi de tous temps nombre de coffrets destinés à contenir des reliques ; presque tous les trésors de cathédrales, d’églises et de monastères en possèdent de fort beaux.

Notre exposition était riche en spécimens de ces différents genres , aussi bien le sacré que le profane. Les plus remarquables sont reproduits dans ce chapitre.

Fig . 2. — Coffret d’ivoire (ix« siècle); Collection de M. Vermeersch

Il convient de citer d'abord le grand coffret d’ivoire (fig. 2) tiré de la collection de M. Vermeersch.

Ce coffret a dû servir de reliquaire à l’époque des croisades et peut-être même avant, c’est à dire quand les premiers pèlerins visitèrent les Lieux Saints. On fabriquait alors à Constantinople beaucoup de ces boîtes, sans destination bien arrêtée d’avance; les pèlerins les achetaient pour y renfermer les reliques qu’ils remportaient dans leurs pays. C’est ce qui distingue ces reliquaires banals de ceux construits exprès pour telle ou telle partie du corps, soit le chef, soit le pied, soit même une côte et qui en affectaient les contours.

Ces coffrets sont d’ordinaire de forme carrée allongée ; les sculptures qui les décorent n’ont aucun caractère particulier ; on se contentait d’y représenter des animaux chimériques ou des scènes cynégétiques. Quelquefois aussi les quatre faces étaient ornées de statuettes, figures de saints intercalées dans un motif architectonique (fig. 3).

Plus tard, en Occident, on employa communément le fer tantôt seul, tantôt avec

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adjonction de cuir gaufre' ou de bois. Dans le premier cas ces coffrets sont presque toujours d'une merveilleuse exe'cution et leur de'cor te'moigne en faveur du goût des artisans des XIVe et XVe siècles.

L'ornementation varie d'ailleurs suivant les styles ; on devine que ces petits meubles de luxe se transformaient fréquemment pour obéir aux caprices de la mode. La plupart de ceux qui se sont conservés datent du XVe siècle et prouvent qu’alors les ferronniers autant que les orfèvres empruntaient à l’architecture leurs principaux motifs décoratifs. Ce ne sont, en effet, qu'ogives et rosaces trilobées et fleuries; que le fer soit délicatement découpé et superposé en plaques minces sur un fond plat, le plus souvent encadré de puissants contreforts, qu'il soit martelé et buriné, presque toujours la silhouette du coffret offre une certaine analogie avec les grands édifices de l’époque.

Au XVIe siècle des ouvriers du nord de l’Italie introduisirent la damasquine dans le reste de l'Europe. Ce procédé, qu’ils tenaient des Orientaux, fut habilement employé par nos artisans à la décoration de toutes sortes d’objets en fer et parfois des coffrets. Il ne faut cependant point confondre la damasquine proprement dite, ou l’emploi de l'or et autres métaux précieux appliqués superficiellement sur le fer, avec le mode

d'incrustation dont la fig. 8 est un bel exemple. Le travail de ce petit coffret rappelle plutôt celui des graveurs, lesquels champlevaient ou incisaient dans le métal des dessins que les émailleurs remplissaient ensuite d’une matière vitrifiable et colorée.

Les médaillons à figures, les ornements légers qui rehaussaient ce couvercle furent d'abord entaillés par le burin; puis on incrusta des filets et des plaques d’or dans les sinuosités profondes ; enfin, le ciseleur ajouta à la richesse des contours par des retouches délicates.

Rien ne surpasse en beauté le fer damasquiné ; l’opposition produite par le trait brillant sur le fond sombre est d’un effet puissant et sobre tout à la fois.

La fig. 6 est un petit coffret fort ancien du XIVe siècle environ ; les quatres faces sont recouvertes de cuir gaufré ; les garnitures, la poignée et les deux pieds sont en fer.

Mentionnons aussi une belle gaine (fig. 7) provenant de la collection de M. Vermeersch. Cette gaine en cuir bouilli poinçonné a été ornée à froid au petit fer, procédé très employé par les cordouanniers au XIVe siècle.

Le plus récent des coffrets dont nous ayons à parler est celui de l’église de

Montaigu (fig. 9) ; il date du XVIIe siecle et n offre rien de bien paiticulier , si nous nous sommes décidés à le reproduire, c est qu il complète notre séiie Le bâti est fait de bois doré ; la décoration des panneaux est en cristal de roche, taillé en biseau , les

Fig. 4. — Coffret en fer (xve siècle) ; Coll, de M. Vermeersch

colonnettes torses sont de même matière, ce qui, à défaut de valeur artistique, donne à ce petit meuble une certaine valeur intrinsèque. Une ornementation découpée agrémente le soubassement.

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