IVOIRES
Fig. 1. — Baiser de paix (xve siècle) ; Musée de la ville de Gand
►OICI la matière sur laquelle l'homme a esquissé peut-être ses premiers essais graphiques, et qui a éveillé en lui l’instinct de l’art se faisant jour peu à peu au milieu de la torpeur de son intelligence primitive. Avant même de manipuler la terre pour en fabriquer des ustensiles, l’homme ciselait déjà les os des grands mammifères. Sur l’ivoire des mammouths on retrouve dessinés avec une imperfection relative, mais cependant avec une certaine entente des formes et de la ligne principale, les traits des animaux qui, par leur grandeur ou leur beauté, avaient frappé ses yeux.
Plus tard, quand on se rendit compte des meiveilleuses qualités de cette substance opaque et dure, sans être cassante, susceptible de recevoir un poli très brillant, et qui par son grain serré pouvait atteindre au fini le plus minutieux, on se mit à l’employer en même temps que le marbre ; et ces deux matières sculptées séparément , ou bien rehaussées par l'emploi des métaux précieux, reçurent bientôt la plus noble destination et servirent à représenter les traits augustes des dieux et des déesses de la Grèce.
Remontons à une époque plus lointaine : nous retrouverons dans les textes sacrés la preuve que dans l’antiquité hébraïque l’ivoire était fréquemment employé. David célèbre les palais enrichis de plaques d’ivoire ; le trône de Salomon était également construit en ivoire rehaussé d’un or très pur.
Les Phéniciens, ces grands navigateurs, fournissaient cette matière aux Hébreux, comme aux Grecs. Ces derniers, guidés par leur admirable sens artistique, l’employèrent bientôt dans la composition de statues colossales. Le Jupiter d’Olympie,
et ia Minerve du Parthénon, les deux chefs-d’œuvre de Phidias, furent exécutés en ivoire et en matières précieuses. Le Jupiter avait dix-sept mètres de hauteur. Les nus de la statue étaient sculptés dans des blocs d’ivoire d’un grain et d’une pureté homogènes, mais toutes les draperies étaient d’or. Le dieu était assis sur un trône également d’or, auquel les pierres précieuses employées avec une profusion magnifique ajoutaient un éclat éblouissant. La Minerve avait douze mètres de hauteur, elle portait une tunique d’or, et dans sa construction les blancheurs douces et tendres de l’ivoire se combinaient harmonieusement avec les chaudes colorations des métaux précieux et les mille feux projetés par d'innombrables pierreries.
Tous les grands artistes de la Grèce et de Rome sculptaient alors l’or et l’ivoire. Les attributs de la royauté chez les Etrusques, et plus tard chez les Romains, étaient taillés dans ces deux matières. A partir de cette époque jusqu’à la période Byzantine, la sculpture Chryséléphantine reste constamment en honneur, et tient
la première place dans les productions artistiques de ces époques, qui poussèrent aux dernières limites les raffinements du goût. La richesse publique et le luxe allant toujours en augmentant, l’emploi de l’ivoire se répandit à Rome, et il servit, non seulement aux manifestations de l’art le plus élevé , mais il fut employé aussi à des usages plus intimes. Parmi ces monuments de sculpture mobilière, les dyptiques consulaires sont les plus intéressants et les plus connus. Nous n’avons pas à refaire ici l’histoire de ces œuvres remarquables ; et leur emploi, depuis les majestueux dyptiques retraçant les combats du cirque, jusqu’aux minuscules Pugilares, a été expliqué et commenté avec autorité dans cet ouvrage même par notre éminent collègue, M. le chanoine Reusens. Nous ferons seulement remarquer que c’est à tort, croyons-nous, que l’ivoire de Tongres se trouve reproduit parmi ces derniers. Cette image du VIe siècle, qui représente un Évangéliste bénissant de la main droite à la manière grecque, nous semble plutôt un fragment de trône épiscopal semblable à la célèbre Cathedra de Ravenne.
Cette mention de trônes et de sièges en ivoire, prouve que l'on faisait usage
de cette matière avec la plus grande prodigalité. A Constantinople, au VIe siècle,
elle était appliquée à la décoration des édifices, et l'on rapporte que dans l’église
Sainte-Sophie, trois cent soixante portes étaient ornées de bas-reliefs d'ivoire.
Tous les instruments du culte qui furent exécutés du VIIe au XIIe siècle,
empruntaient également à cette substance une partie de leur magnificence. Au XIe siècle, il existait au monastère de Saint-Laurent, à Liège, un autel portatif orné des douze apôtres en ivoire. Une inscription constatait qu’il avait été dédié en 1061.
C'est peut-être aux persécutions des empereurs iconoclastes qu’il faut attribuer la création de ces tableaux dyptiques et tryptiques portatifs, si nombreux à toutes les époques, et dont l’usage s’est perpétué pendant longtemps. Ces petits tableaux à volets, par leurs proportions exigues, pouvaient facilement échapper aux perquisitions, et dans les oratoires domestiques ils représentaient aux yeux des fidèles, les images
Fig. 5. — Tablettes à écrire (xive s.);
Firj. 6. — Gaine et poinçon ;
Musée archéologique dé Namur
saintes, et toute cette iconographie poétique, que le triomphe de l’hérésie avait chassée pendant plus d’un siècle de l’enceinte des Basiliques. L’usage de ces petits tableaux, dits : Cloants, devint général au XIIIe et au XIVe siècle. Bientôt on se mit à colorier certaines parties des figures, et des rehauts d’or furent même ajoutés sur les vêtements.
Le tryptique reproduit (fig. 4) est ainsi polychromé et doré. La sculpture de ces petits monuments s’était dégagée de toute influénce antique, et moins individuelle elle s’identifiait davantage avec l’architecture. Aux figures recueillies, aux poses pleines de roideur, aux draperies mouillées et ornées de pierreries du XIIe siècle, avaient succédé des attitudes plus justes et plus humaines. Les plis des vêtements prennent bientôt une importance exagérée, et les statuettes se ressentent des courbes nerveuses, et de la sveltesse aigue qui dominent alors dans l'ossature des édifices. Dans les grandes compositions de cette époque, tout se balance dans une sage harmonie, et se prête un appui mutuel. L’architecte et le sculpteur, sous l'impulsion
de la même pensée, obtiennent ainsi une unité parfaite, et cette grandeur sereine qui semble dédaigner tous les éphémères succès personnels.
Ces considérations, inspirées par les grandes œuvres du XIIIe siècle, sont également applicables aux retables, aux oratoires domestiques, et à toutes les statuettes isolées.
Nous avons peu de spécimens de ces époques à reproduire ici : deux feuillets de dyptiques, l’un du XIIIe et l’autre du XIVe siècle. Dans le registre supérieur de l’un de ces feuillets on distingue la résurrection finale et le jugement dernier. Le sujet principal de l’autre feuillet nous montre la Vierge et l’Enfant adorés par deux anges céroféraires .
Parmi les nombreuses statuettes en ivoire qui attiraient les regards à notre Exposition, la plus remarquable était incontestablement celle exposée par la société
Fig. 7. — Vierge (xive siècle; ;
Musée archéologique de la ville de Bruges
archéologique de Bruges (fig 7). Quelle naïveté divine et quel respect attendri dans l’attitude de la Vierge ! Ce n’est déjà plus, il est vrai, le groupe hiératique de l’époque romane, qui se distingue par cette majesté et cette noblesse d’attitudes incomparables, dont parle Didron dans ses annales archéologiques : « Marie touche à peine Jésus. Créature pleine de respect pour le Créateur sorti de son sein, elle l’a devant elle et n’ose le tenir en quelque sorte, encore moins le porter. Elle l’offre à l’adoration des fidèles comme un héraut qui commande la vénération, bien plutôt que comme une mère hère de son fils; il y a entre Marie et Jésus la distance commandée entre la femme mortelle et le Dieu éternel. »
Cette admirable attitude si bien comprise et commentée dans le passage précédent, n’est plus applicable entièrement au groupe que nous reproduisons. Ici le fils s’identifie déjà davantage avec sa mère ; mais si la majesté du dieu disparaît pour faire place aux libertés innocentes de l’enfance, la Vierge, encore pénétrée de respect, n’ose se livrer à cette intimité charmante qu’on retrouve dans les siècles suivants.
Buffet en chêne sculpté. Travail liégeois (xvme siècle) Collection de Mmc Paul Morren
et qui représente les tendresses familières d'une mère et de son enfant, et non les affinités mystiques qui unissaient la Vierge maternelle et le divin Rédempteur.
Jusque vers le XVe siècle les scènes religieuses furent uniquement représentées. Bientôt les romans de chevalerie et les fabliaux exercèrent l'imagination des artistes ivoiriers; et les coffrets, les boîtiers de miroirs, etc., s’enrichirent de compositions inspirées par ces légendes.
Nous possédions à notre Exposition deux objets profanes de l’époque ogivale; le premier est un boîtier de miroir de notre collection (N° 419A du catalogue). Il est formé par un disque circulaire cantonné de quatre petits animaux chimériques. Le sujet représente le Château d’amour attaqué par des chevaliers recouverts du haubert, et défendu courtoisement par de nobles damoiselles. Le revers est creusé d'une cavité circulaire pour recevoir un miroir métallique, entouré d’une
FUj. S. — Médaillon sculpté par Pieter Geuns xvuie siècle);
Collection de M. J. Gieliîn
"bordure moulurée. Cet intéressant objet date du XIVe siècle. Les tablettes à écrire exposées par la société archéologique de Namur sont également d’une rareté insigne. Le premier et le dernier feuillet sont ornés de sculptures représentant des scènes de galanterie. Les autres feuillets sont recouverts de cire rouge. La gaîne en cuir bouilli offre des scènes de fabliaux (fig. 5 et 6).
Si nous avions à déplorer une pauvreté relative parmi les ivoires de l’époque ogivale, avec le XVIe, le XVIIe et le XVIIIe siècle nous tombons en pleine abondance et les beaux échantillons de nos maîtres ne nous feront plus défaut.
Le morceau de sculpture qui a exercé la plus grande attraction sur le public est incontestablement la Vierge de M. Goethals Danneels. D’après son propriétaire actuel cette statuette, attribuée à Michel-Ange, fut apportée d’Italie par le cardinal de lourdes et donnée vers 1616 à 1629 au couvent de la chartreuse de Bordeaux dont il fut le fondateur.
Nous avons complaisamment admis cette atribution glorieuse dans le catalogue de l’Exposition, mais franchement quel est l’artiste, quel est l’archéologue qui s’est laissé prendre à cette petite légende ingénieuse? Peut-on s’imaginer Michel-Ange, l’artiste au tempérament titanique, l’auteur des sublimes peintures de la chapelle Sixtine, qui a vécu avec ces prophètes et ces Sybilles animés par son souffle puissant , et s’est identifié leur génie , leurs tristesses et leurs gloires, capable d’assouplir sa nature jusqu’à racler et polir avec une patience de bénédictin un ingrat morceau d'ivoire ; quand, suivant son expression, le marbre tremblait devant lui. Comme nous le reconnaissons mieux dans la tradition qui le représente, emporté et superbe, jetant à son Moïse cette apostrophe convaincue: Marche donc, puisque tu vis!...
Admettons, cependant, que par un miracle inexplicable, il ait pu s’astreindre aux patientes pratiques de l’ivoirier ; ce n’est pas encore cette Vierge jolie et gracieuse qu’on pourrait lui attribuer. Les figures de femmes créées par Michel-Ange appartiennent toutes à un monde idéal, grandiose et presque terrible, et l’on pourra dire de ce génie étonnant qu’il a parcouru tout le cycle de l'art, mais que jamais il n’a sacrifié au maniéré et au joli. Le style général de Fig. 10. — Gaine (xvie s.) ; Collection cette statuette, l’arrangement des plis des draperies, (xvies.); Collection de M. Van Zuylen tOU{ nous indique une époque postérieure. Œuvre de M. Van Zuylen charmante toutefois, imprégnée d’une grande distinction. La figure et les mains modelées avec une rare perfection accusent le talent et l’expérience d’un praticien de tout premier ordre.
Au XVIIe siècle, le travail de l’ivoire, un peu abandonné en France et en Italie, prend un essor considérable en Flandre. Des maîtres habiles ont taillé dans cette matière de charmantes figurines, de délicates fantaisies, et ont su l’assouplir au point de lui donner un moelleux, qu’on demanderait vainement au marbre. La pureté des lignes,
Fig. 11. - — Christ (xvne siècle) ; Fig. 12. — Amour endormi (xvne siècle)
Collection de M. de Caigny Collection deM. Vermeersch
l’élégance des attitudes, la précision dans les moindres détails, tout cela est rendu avec une grande perfection technique.
Le plus grand de nos ivoiriers est incontestablement François Duquesnoy, plus connu en France sous le nom de François Flamand, né à Bruxelles en 1594. L’archiduc Albert l’envoya à Rome pour se perfectionner dans son art. Dans la ville éternelle il se lia avec le Poussin, et guidé par une aptitude spéciale, il en arriva à traiter la sculpture des enfants avec une supériorité qui lui valut une grande réputation. Tous les musées, tous les
cabinets d'amateurs possèdent des statuettes d'enfants, attribuées à Duquesnoy; cette abondance fait sourire et doit nous rendre excessivement prudent dans nos appréciations.
Nous croyons cependant pouvoir attribuer à cet artiste la terre cuite représentant un enfant tenant une croix (fig. 17) et l'amour endormi sur son carquois (fig. 12); ce dernier présente les traits caractéristiques du talent de ce maître, et l’on retrouve dans le modelé des chairs cette morbidesse qui distingue le travail assoupli de cet ivoirier
Fig. 13. — Vierge (xvii» siècle):
Collection de M. Goethals-Daxneels
habile entre les plus habiles. François Duquesnoy mourut à Rome en 1646.
Le nom de Gérard Van Opstal, moins populaire que celui de Duquesnoy, rappelle cependant aussi le souvenir d’un sculpteur accompli. La famille des Van Opstal a donné plusieurs artistes distingués à la ville d’Anvers. Gérard naquit dans cette ville vers la fin du XVIe siècle (1595) et apprit son art dans l’atelier de Jean Van Mildert ou Malderus, dont il épousa la fille. Ayant acquis en Flandre une grande réputation, il fut appelé à Paris par le cardinal de Richelieu. Ce maître exécuta un grand nombre de statues, entr’autres deux figures allégoriques des richesses de la terre et de la mer destinées
à la décoration du Louvre, et un groupe d'enfants pour le palais des Tuileries. Il sculpta également pour l’Hôtel Carnavalet, terminé par Mansard, une série nombreuse de figurines allégoriques. Van Opstal fut l’un des premiers membres de l’Académie des Beaux-Arts créée en 1648 et il mourut en 1668 dans l’exercice des fonctions de recteur de l’Académie de peinture et de sculpture. Mais ce furent surtout ses sculptures en ivoire et ses nombreux bas-reliefs découpés pour être appliqués sur un fond de velours, qui lui valurent un grand renom. Il représente souvent des sujets mythologiques, ou bien des enfants et des satyres jouant avec des chèvres. Le bas-relief appartenant à M. le baron de Serezo de Tejada rentre dans la manière habituelle de l’artiste, et peut lui être attribué (fig. 1 5).
Louis XIV possédait un grand nombre de sculptures de Van Opstal. Quelques-uns de ces morceaux portant la signature de l’artiste existent encore au musée du Louvre.
On trouve dans le registre des comptes des bâtiments de l’année 1660 la mention suivante : « aux héritiers de deffunt Van Opstal sculpteur, pour payement de quarante quatre pièces de sculpture, tant bas reliefs, groupes, que figurines de marbre, bronze et d’ivoire... i835o livres. » L’éloge de Van Opstal, prononcé par Juillet de Saint Georges, fut lu en séance de l’Académie de peinture le 2 août 1692.
Le Bruxellois François Bossuit, né en 16 35, complète cette trinité d’ivoiriers célèbres. En Italie où il se rendit pour achever son éducation artistique, l’étude des productions admirables de la statuaire antique épura son style, et il rentra dans sa patrie précédé d’une grande réputation. C’est à sa manière habile de travailler l’ivoire qu'il dut sa véritable célébrité. Son œuvre est surtout connu par le recueil de plus de cent planches publiées en par le graveur Matthys-Pool, d’après les dessins de Barend Grand. Les figures de Bossuit sont presque entièrement nues et inspirées de l’antique.
Pour résumer le talent de ces trois maîtres, nous dirons que Duquesnoy est plus élégant et plus noble, Van Opstal plus gras et plus moelleux ; Bossuit cependant donne aux physionomies de ses personnages une expression vivante un peu vulgaire mais vivement sentie. Il mourut à Amsterdam en 1692.
Luc Faid’herbe, l’artiste malinois, né en 1617 dans la rue Sainte-Catherine , doit être également cité parmi les sculpteurs qui exécutèrent des figurines en ivoire ; et la tradition rapporte que son maître, Rubens, le pria de lui sculpter comme souvenir quelques statuettes qu’il ne dédaigna pas de dessiner lui-même. L'illustre peintre délivra le 5 avril 1640 un certificat rédigé en langue flamande signé de son nom : dans cette pièce, Rubens parle de plusieurs ivoires d’un beau travail exécutés par son élève, et il demande à toutes les villes d’accorder à celui-ci les franchises et les libertés qu’il pourrait réclamer. Le jeune statuaire épousa peu après, le ier mai 1640,
Fit 7. 14. — Groupe (xvue siècle) ; Coll, de M. le baron Joigny de Pamele
Fig. 15. — Bas-relief (xvue s.); Collection de M. le baron Serezo de Tejada
Marie Snyers, et cette union fut si longue que le i5 mai 1690, les époux célébrèrent leurs noces d'or. Il mourut d'une maladie de langueur, le 3i de'cembre 1697.
Le bas-relief représentant Judith et Holopherne (fig. 8) est l'œuvre de Pieter Geùns, le sculpteur tourneur de Maeseyck. Il naquit en 1706 et produisit un grand nombre de statuettes et de médaillons mobiles, qui étaient ensuite encastrés dans les panneaux des meubles, ou appliqués sur des colonnes faites au tour avec une grande délicatesse. Il épousa Marie Agnès Van Carlo, et mourut le 18 février 1776.
Avant de clôturer cette liste incomplète de nos ivoiriers, nous devons mentionner l’existence de la famille Pompe, les derniers artistes peut-être qui pratiquèrent cet art en Belgique.
Le chef de cette famille de sculpteurs fut Walther Pompe, né à Lith, près de Bois-le-Duc, mort ji Anvers le 6 février 1777. Il orna l’église de sa ville natale de nombreuses statues, et participa également avec ses fils à la décoration de l'hôtel de ville de Middelburg.
Le premier de ses fils, Martin naquit à Anvers le 24 avril 1742, et y mourut le 4 mai 1822. Elève de son père, il produisit des statues qui ornent les églises de sa patrie. Son frère Jean-Baptiste naquit également à Anvers le 18 décembre 1743, et y mourut le ier novembre 1810. C'est à ce dernier ai’tiste qu’on
doit attribuer un grand nombre de bas-reliefs, et de christs en ivoire, fort remarquables pour l'époque de décadence qui vit naître les productions de ce dernier descendant de nos habiles praticiens.
Fitj. lü. — St-Sébastien, groupe du xvne s. ; Coll, de M. Vermeersch
Les terres cuites reproduites dans cette livraison, sortent un peu de notre cadre, et rentrent dans le domaine du grand art, et non de l’art industriel. En effet, ces productions rendent mieux encore que le marbre et le bronze, la pensée intime de
l’artiste, qui en modelant l’argile sous l’impulsion de sa pensée première, trouvera toujours une liberté d’allures, et une impétuosité d’accent qu’on cherchera en vain dans des œuvres, plus châtiées peut-être, mais aussi moins primesautières.
Nous possédions dans le compartiment réservé à la sculpture un certain nombre de terres cuites de Laurent Delvaux qui sont conservées avec un soin jaloux par plusieurs descendants de ce célèbre sculpteur.
Laurent Delvaux naquit à Gand en 1 6g 5 . Ses premiers maîtres furent son compatriote Van Helderenberg, et le Bruxellois Pierre Denis Plumier. A l’âge de 22 ans, le jeune
Fig. 18. — Statuette d’IIercule, terre cuite par Delvaux (xvme siècle;; Collection de M. Arthur Cousin
artiste partit pour l’Angleterre, et pendant les neuf ans qu’il résida à Londres, produisit un grand nombre d’œuvres remarquables parmi lesquelles on distingue le mausolée de Jean Sheffïeld, duc de Buckingham, érigé dans l’église de Westminster. Avant de retourner dans sa patrie qui exerça toujours sur lui une grande attraction, il se rendit en Italie pour étudier les chefs-d’œuvre de l'art antique. Delvaux quitta Rome en iy33, malgré les vives sollicitations du pape Clément XII qui le tenait en haute estime et lui donna un bref pour le recommander au nonce apostolique de Bruxelles, et à la gouvernante des Pays Bas, l’archiduchesse Marie Elisabeth. En rendant visite à son père, ex-officier du régiment belge de Me'rode Westerloo, qui habitait Nivelles,
il revit la veuve de son ancien maître Plumier, et 1 épousa peu après, en s'établissant définitivement à Nivelles. Quelques années plus tard, Delvaux, devenu veuf à son tour, épousa Agnès Colas dont il eut plusieurs enfants. Il mourut en 1778, comblé d’honneurs par le prince Charles de Lorraine.
Son œuvre principale bien connue, est la chaire à prêcher de la cathédrale de Saint Bavon à Gand. Par acte passé devant le notaire Van Tieghem, il s’engagea à exécuter une chaire en bois de chêne et marbre d’Italie avec statues, figures d’anges, bas-reliefs, et ornements selon le modèle adopté en séance capitulaire, Cette œuvre
Fig. 19 — Buste de Vandernoot par Godecharles ; Collection de M. Willems-Leroy
remarquable, payée à l’artiste quinze mille florins du Brabant, fut signée par lui : L. Delvaux , gandavensis, invertit et fecit Nivellis. (*) Les modèles des statues qui décorent cette chaire à prêcher figuraient à l’Exposition.
La manière de Delvaux, inspirée par l’étude des chefs-d’œuvre de l’antiquité, se ressent de l’influence de son siècle ; mais il rend avec puissance les expressions violentes ou passionnées.
Son élève le plus distingué fut le Bruxellois Godecharles, l’auteur du beau fronton qui orne la façade du Palais delà Nation, et de nombreuses figures allégoriques placées dans nos promenades publiques.
(*; Voir la biographie de Laurent Delvaux par M. E. de Bustcher, Biographie nationale. Tome cinquième.
Le buste reproduit (fi g. 19) est celui de Vandernoot, le chef de la révolution Brabançonne. Godecharles a modelé en l’honneur de ce célèbre agitateur, une maquette qui se trouve au musée royal d’antiquités de Bruxelles.
Après cette courte digression et en terminant notre notice sur les ivoiriers belges, on nous permettra de constater .avec fierté que dans cette manifestation secondaire de l’art du sculpteur, notre pays brille de nouveau au premier rang, et ces artistes habiles occuperont une place honorable dans le monument qu’une plume autorisée (*) élève en ce moment à la gloire de nos illustres ymagiers nationaux.
G. VERMEERSCH.
Fiij. 20. — Statuette en terre cuite par Delvaux ; Collection de M. Jules Morren
O M. Rousseau, directeur général des Beaux-Arts.
La Vierge et l’Enfant Jésus, marbre (XIIIe siècle); appartient à la cathédrale d’Anvers,
LES
ANS ce rapide aperçu de l'histoire de l’art appliqué à la décoration des manuscrits, nous ne sortirons pas dts limites rigoureuses de cette partie spéciale de la paléographie, et nous nous bornerons à parler des documents de cette histoire exhibés à l'Exposition rétrospective. Cependant, il nous faut dire, d’abord, quelques mots du manuscrit considéré en lui-même, c’est à dire du livre écrit par la main de l'homme avant l'apparition du livre multiplié par la presse typographique.
Dans ce siècle de passion archéologique, on veut remonter jusqu'à l’oi'igine la plus extrême des choses créées par l'industrie humaine et l’on s’est demandé, plus d'une fois, quand fut inventée l'écriture, l'art de consigner l’idée ou la parole par des caractères et des mots, quand apparut le premier livre?
Tout lecteur intelligent en saura sur ce point à peu près autant que le savant le plus profond ; tout au moins saura-t-il quelque chose de l’écriture et des livres chez les anciens peuples, comment ceux-ci se sont transmis les uns aux autres leurs conquêtes dans le domaine de la civilisation, comment enfin, ils les ont passées aux tribus barbares dont nous sommes les descendants.
Avant la conquête romaine, nos ancêtres avaient eu, sans doute, de nombreux
ÊW
rapports avec les contrées glorieuses et florissantes du Midi ; des voyages, des émigrations, le commerce avaient introduit chez nous quelques éléments de progrès: l’écriture, on la retrouve sur des monnaies informes ; l’art, on le devine sur des objets divers trouvés dans les tombeaux. Les Commentaires de César, en quelques passages, témoignent de la connaissance de l’écriture au moins chez certaines tribus des Gaules. Mais ce sont les colons romains, les légionnaires chargés de l’occupation du pays, qui doivent avoir apporté les premiers livres, volumina, qui aient apparu sur notre sol : ce sont ces étrangers qui ont probablement répandu dans nos peuplades quelques germes de connaissances littéraires. Il n’y a aucune hardiesse à dire que les œuvres sublimes de l'antiquité classique ont résidé chez nous, dans les bagages des Jules César, des Quintus Cicéron, des Labiénus et de leurs successeurs, qu’ils ont été lus peut-être par des Belges. On constate aisément un courant continu de civilisation sous les empereurs, et nous savons qu’au IIIe siècle, par exemple, il existait déjà des écoles célèbres, à deux pas de nos frontières, à Trêves.
Mais de tous les livres qui furent les outils obligés de cette culture de l’esprit, pas un seul n’est parvenu jusqu’à nous. Puis les invasions du Nord commencent, l’empire s’effondre, une nuit noire enveloppe le pays. Heureusement, un nouvel élément de civilisation apparaît à l’horizon : le christianisme et ses missionnaires ; c’est de ce temps que datent les plus anciens documents paléographiques dont nous ayons connaissance, soit par les objets eux-mêmes, soit par des souvenirs consignés dans l’histoire.
Au IIIe siècle, déjà, les Piat, les Chrysolius, les Eubertus prêchaient l’Evangile à Tournai et dans les Flandres ; au IVe, arrivent les Materne, les Maximin, les Servais; au Ve, les Eleuthère, les Vaast, les Géry; au VIe, les Enchère, les Monulphe et tant d’autres. Les tribus diverses occupant notre sol se convertissent à la voix de ces pasteurs, évêques régionnaires ou fondateurs de sièges fixes; des écoles s'ouvrent par leurs soins, ils instruisent des lévites. Ils avaient avec eux, nécessairement, des livres à leur usage et pour les besoins liturgiques : ces livres pouvaient être exécutés au dehors, mais ils pouvaient l'être aussi, sur notre territoire, par eux-mêmes ou par leurs disciples.
De ces vénérables manuscrits primitifs, il n’existe point de restes.
Dans l’antiquité et les premiers siècles de notre ère, pour conserver le texte d’un document officiel ou d'un livre, on se servait d’une matière peu résistante, le papyrus. De rares fragments d’actes ou d’ouvrages en existent dans quelques bibliothèques. Il faut arriver à l’époque du parchemin, au Ve ou au VIe siècle, pour trouver, chez nous, les reliques de notre paléographie la plus ancienne.
A l’Exposition rétrospective on a pu voir deux de ces témoignages précieux que, sans crainte de nous livrer à des conjectures trop hardies, nous admettons comme ayant appartenu à quelqu’un de nos anciens missionnaires et même comme ayant été écrits dans nos contrées. Le premier est un feuillet et demi de parchemin contenant, sur deux colonnes, des parties des chapitres 2 3, 24 et 2 5 de l’Evangile de S'-Mathieu, en écriture onciale du VIe siècle. Ce fragment, qui appartient aujourd’hui au séminaire de Namur, avait servi de feuille de garde à un manuscrit de l’abbaye de St-Gérard de Brogne. Il n'a pu être écrit dans ce monastère qui date de l'an 91 3, mais le volume dont
Fig. 2. — Coin de bordure par SS. Herlindeet. Renilde vines.; Eglise deMaeseyck
il est extrait peut avoir été conservé dans quelque église de la contrée. Les nombreuses fautes de copie que l'on y remarque dénotent une origine barbare, et le dépècement du livre, opéré à une époque très reculée, fait supposer un long usage au pays même où il a été conservé. L'autre fragment consiste en 4 pages, écrites à la fin du VIe siècle et ayant servi également de feuilles de garde à un volume du XIIe siècle provenant de l'abbaye de St-Pierre, à Gand, fondée au VIIe siècle. Ce texte semble appartenir à quelque instruction pieuse. Les précieux feuillets sont aujourd'hui à la bibliothèque de l'Université de Gand (n° 3 17 du Cat., Cat. Exp. n° 2).
La bibliothèque royale de Belgique à Bruxelles possède un fragment, plus ancien encore, car il peut être rapporté au Ve siècle. Ce sont quatre pages des Histoires de Paul Orose, ayant comme les précédentes servi de couverture à un ancien codice de l'abbaye de Stavelot, fondée comme on sait, vers le milieu du VIIe siècle. Mais la nature de l'ouvrage nous permet moins aisément d’admettre qu’il ait été transcrit en Belgique.
Au VIIe siècle, à la fin du Pontificat de St-Grégoire, une illustre dynastie, d’origine
Fig. 3. — Symboles îles quatre Evangélistes, par S S. Herlinde et Renilde. (vme sièole ;
Eglise de Maeseyek
nationale, celle des Pépins, voit s’élever sa puissance. Avec ces princes s’ouvre dans nos pays, une ère de développement plus rapide de civilisation; les monastères, refuges des grandes infortunes, des intelligences, du travail paisible, se fondent de toutes parts, l'Evangile convertit les dernières peuplades demi-sauvages. Ce fut vraiment un siècle de progrès social, sinon de tranquillité politique. A cette époque appartiennent S. S. Bavon, Liévin, Landelin, Ursmar, Amand, Eloi, Guislain, Trudon; alors se fondent les abbayes de Lobbes, d’Alne, de Marchiennes, de Gand, de St-Ghislain, de Stavelot et Malmédy, de St-Trond et cette foule de monastères où se retiraient les veuves et les filles des princes, les Gertrude, les Begge, les Waudru, les Richilde, les Pharaïlde. Dans toutes ces maisons, aux heures de la prière succédaient les heures de travail et, les témoignages abondent pour le prouver, un des travaux les plus recommandés partout, c’était la transcription des livres.
Nos bibliothèques possèdent quelques restes de ces anciens livres : en général, ils sont peu remarquables, barbares de forme et, à l’exception de quelques majuscules plus ou moins ornées ou coloriées, on n’y voit guère d’ornements pour flatter la vue du lecteur. L'art en est encore absent.
Cependant, à cette époque de rudesse, au VIIe siècle, l’art vient tout à coup illuminer ces travaux austères : il est importé par un nouveau contingent de missionnaires venant d'un milieu de civilisation plus délicate, plus esthétique, si l’on peut s’exprimer ainsi. Ce sont les missionnaires anglo-saxons et irlandais.
Les des des Bretons et des Hibernes, d’où ils avaient abordé chez nous, jouissaient
d'une paix et d’une prospérité relatives, pendant que les invasions et les guerres dévastaient le continent. De nombreux monastères bénédictins florissaient dans ces îles et on y exécutait des œuvres dont l’écriture et l’illustration excitent notre étonnement.
Ce sont des Evangiles, des Bibles, des Livres liturgiques contenant de grandes pages avec encadrements de composition régulière, tracés en général à la pointe fine, à lignes doubles remplies de teintes plates variées et formant des entrelacs, des chaînes avec des terminaisons fantastiques d’animaux, des enroulements de spirales d'une telle finesse que le burin du graveur de nos jours peut à peine les reproduire. Dans ces ensembles apparaissent des figures humaines traitées par des mains enfantines, figures isolées ou groupées pour constituer une scène, et ressemblant assez aux charges absurdes des caricaturistes anglais. C’est de la naïveté, de l’inexpérience au premier chef; mais la vue d’ensemble est charmante, par l’infinie variété des détails, l’harmonie des tons, la richesse, la splendeur même de l’exécution.
Un des plus beaux types de ce genre est le Livre des Evangiles du VIIe siècle, connu sous le nom de Kelïs book et conservé à Trinity College de Dublin.
Selon nous, la plupart des manuscrits de cette école ont été exécutés dans les couvents de femmes : des mains féminines seules ont pu exécuter ces merveilles de patience, de dextérité, d’agencement coquet. Ce sont les mêmes mains qui brodaient ces étoffes, ces tapisseries qui se retrouvent encore dans les châsses des Saints et sur les vêtements sacerdotaux de ces époques reculées.
De nombreux témoignages nous ont conservé des noms de religieuses ou de dames du monde ayant écrit de beaux livres ou exécuté à l’aiguille de riches ornements pour les offrir à un évêque, à une église.
C’est même par deux noms de femme que nous ouvrons l’histoire de l’art paléographique dans nos provinces.
En l’an 730, deux sœurs, Herlinde et Renilde, filles d’Adalard, seigneur en Picardie, et de Grinuara, vinrent s’établir à l’extrémité de notre Limbourg actuel, aux bords de la Meuse, et y fondèrent, à Alden-Eyck, une maison religieuse où toutes deux reçurent le voile des mains de St-Willibrord et de St-Boniface, et dont elles furent successivement les abbesses.
Les deux sœurs avaient été élevées dans un monastère de Valenciennes où elles avaient appris tout ce que l’on pouvait enseigner en ce temps là. Un biographe du IXe siècle célèbre déjà leurs talents : elles savaient lire, écrire, peindre, étaient expertes en couture et en broderie, excellaient à disposer l’or et les pierreries sur des étoffes de soie. Dans leur couvent d’Eyck, elles enseignaient, à leur tour, à douze religieuses réunies autour d’elles, l’art de calligraphier, d’enluminer, d’orner des tissus.
Il nous reste des deux sœurs des monuments précieux d’habileté artistique, une broderie de chasuble et un Livre d’Evangiles. Leur biographe du IXe siècle les mentionne déjà : « Elles ont laissé, dit-il, de splendides broderies, un Recueil des quatre Evangiles, un Psautier et d’autres parties des Ecritures, écrits par elles. Tous ces objets sont encore conservés au même lieu et sont si neufs, si éclatants d’or et de pierres précieuses qu’on les croirait exécutés d’aujourd’hui. »
Hélas ! l’or et les pierreries font défaut et des livres, celui des Evangiles seul est arrivé jusqu’à nous, délabré, souillé, rongé par l’eau, n’offrant plus d’attraits aux yeux du vulgaire. Néanmoins, tel qu’on a pu le voir à l’Exposition, il commande hautement le respect et la vénération.
C'est un in-40, sur parchemin, misérablement relié ; il appartient aujourd’hui à l'Eglise de Maeseyck.
Au premier feuillet on voit, sur une page entière, l’Evangéliste St-Mathieu, assis sous un portique et écrivant ; la page est entourée d’un encadrement avec entrelacs et chaînettes. Les huit pages suivantes contiennent les canons d’Eusèbe ou concordance des Evangiles, sous de riches portiques, à colonnes polychromées que surmontent des ligures allégoriques. Les effigies des Evangélistes St-Luc, St-Marc et St-Jean ont été arrachées du volume.
Toutes ces illustrations accusent une origine anglo-saxonne ; cette origine se remarque surtout dans tout ce qui est ornementation pure : car la grande figure du St-Mathieu trahit déjà l'influence de ce style que les paléographes distinguent par
été élevé dans ces monastères d’Irlande et d’Angleterre où florissait alors l’art des manuscrits, et il en avait peutêtre rapporté sur le continent ce livre d’Evangiles, un des plus beaux qui nous restent de l’école anglo-saxonne. Il se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de Paris et de nombreux facsimilé en sont épars dans les grands ouvrages de Sylvestre, de Lacroix et Séré, de Westwood, de Bastard, etc.
Quant au Calendrier, qui se conserve dans le même établissement, il paraît avoir été exécuté sur le continent, et 011 y voit une note marginale écrite de la main de St-Wilîibrord. Mais rien ne s'oppose même à admettre que ces deux manuscrits aient été exécutés dans les Pays-Bas.
De rares débris de l’art de cet âge existent dans nos collections ; il est difficile, par conséquent, de déterminer l’étendue de l’influence anglo-saxonne sur la peinture des manuscrits, toutefois nous pouvons constater qu’elle fut assez considérable pour modifier un autre courant esthétique qui vint quelque temps après dominer en quelque sorte l’art en Europe.
Le règne du plus illustre des Pépins, rejetons de notre sol, opéra, comme on sait, une renaissance forte, mais éphémère, des arts, des lettres, de la civilisation. Charlemagne, qui voulait réglementer les moindres détails de son immense administration, s’occupa même de l’écriture et de la confection des manuscrits. Vers la fin du VIIIe siècle, il avait fait venir d’Angleterre le célèbre Alcuin, qui était non seulement un lettré, mais un calligraphe et un peintre, et lui confia la direction du mouvement intellectuel et artistique.
l'épithète de franco-saxon, style qui régnera longtemps dans les œuvres provenant de nos provinces. (V. fig. 1 et 2) La Belgique possédait, à la fin du siècle passé, deux reliques semblables à celle de Maeseyck, plus belles, plus imposantes encore. Ce sont:
i° un magnifique recueil des Evangiles; 20 un autre recueil contenant le Calendrier et le Martyrologe de St-Jérôme, ayant appartenu à St-Willibrord, l’apôtre de la Frise et d’Utrecht, qui mourut, comme on sait, en 738 ou 739, à l’abbaye d’Echternach, dans le Luxembourg. Né dans le Northumberland, vers 638, le saint missionnaire avait
Fig. 4. — Saint Orner, évêque Ms. du xne siècle; Ur.iv. de Gand
Sur les ordres de l'empereur on établit des écoles de calligraphie : il en existait à nos portes, à Aix-la-Chapelle. La forme même des caractères de l’écriture fut changée, on exécuta des manuscrits somptueusement enluminés qui, répandus sur diverses parties de l’immense empire, servirent, en quelque sorte, de modèles aux artistes et aux scribes. Divers monastères de notre pays se glorifiaient autrefois de posséder, dans leur trésor, de semblables monuments de la munificence impériale: aujourd’hui notre pays n’en possède plus, croyons-nous, un seul. On a essayé de dresser des listes de ceux qui peuvent exister encore: on en cite à Paris, à Vienne, à Einsiedlen, à Berlin, à Abbeville.
Les manuscrits carolingiens sont splendides ; For y brille, souvent sur un fond de pourpre, et tout l’art de l’époque, avec toutes ses nuances locales, peut y être étudié. Les manuscrits impériaux, en effet, ont été exécutés sur divers points et on y reconnaît diverses influences : l’ornementation et l’écriture trahissent surtout celles des écoles
calligraphiques instituées par l’anglo-saxon Alcuin ; dans les peintures , l’influence byzantine et romaine est due à des artistes grecs et italiens appelés sans doute aux écoles instituées, enfin, on y reconnaît aussi, et très fortement accusée quelquefois, l’influence franque.
Après le démembrement de l’empire, une décadence littéraire et artistique commence en quelques contrées;
en d’autres le mouvement de renaissance ne s’arrête pas. Nos provinces, ou du moins celles qui sont limitrophes à l’Allemagne actuelle, participèrent au progrès relatif qui avait continué sa marche dans les pays situés au delà de la Meuse.
Ainsi, au VIIIe siècle, Saint-Hubert, devenu évêque de Liège , frappe monnaie, bâtit des remparts et fait de Liège une ville.
Dans son diocèse, les grandes maisons religieuses prospèrent et se multiplient ; sous ses successeurs, on y produit des œuvres si remarquables, qu’il est impossible de ne pas regretter la disparition de celles qui ont été les chaînons de Fart d’Herlinde et Renilde à l’art de ceux qui exécutèrent le magnifique Livre des Evangiles de l’abbaye de St-Laurent, au Xe siècle, appartenant à la Bibliothèque royale, par acquisition faite en 1849, (n° 1 8383) et ayant figuré à l’Exposition sous le n° 17 du Catalogue.
Nous empruntons à l 'Histoire de la peinture au pays de Liège , la description très exacte qu’a faite M. J. Helbig de ce précieux volume. « Il est orné de quatre miniatures représentant les Evangélistes et couvrant la page entière de ce petit in-folio. Il s’y trouve de plus, un certain nombre d'initiales de grand style dont les rinceaux d’or, d’un goût charmant, se détachent sur des fonds de couleurs variées.
Les figures des Evangélistes offrent d’assez bons types de Fart déchu de cette époque en train de chercher une voie nouvelle. Le dessin est incorrect et le style est d’une grandeur un peu sauvage, tandis que les tons de la coloration sont doux et même faibles. Deux de ces figures se détachent sur des fonds pourpres, dont l’un
Fig. 5. — Combat de David contre les fils d'Ammon Van Maerlant Rymbybel. Ms. xive s. ; B i b 1 . roy.
est constellé d'or et les deux autres dorés entièrement. Les lumières des draperies aussi sont striées d'or dans le goût des émaux, ce qui produit un effet assez précieux, tandis que les têtes aux grands yeux, aux demi-teintes et aux ombres verdâtres, produisent, au contraire, un effet étrange et un peu barbare. Les Evangélistes sont nimbés, mais n'ont point les attributs caractéristiques que les artistes grecs leur ont donné dès le VIe siècle, peut-être même à une époque antérieure, et que l’art d'Occident ne cessa de leur donner depuis. »
Cette description, faite par un artiste archéologue, peut s’appliquer à plus d’un livre d'Evangiles de ces temps reculés et de ces pays. Nos bibliothèques en ont conservé de très vénérables restes et, sauf la richesse d’exécution, ils ne diffèrent pas beaucoup l’un de l’autre sous le rapport de la valeur artistique.
L'exposition rétrospective montrait un monument du IXe siècle, appartenant
Fiy. 6. — Composition tirée d’une Apocalypse du xive siècle ; Séminaire de Namur
aujourd'hui à la Bibliothèque royale, mais dont la provenance d’origine n’est pas connue. Au XIIIe siècle il appartenait à l’archevêché de Brême et y était employé pour la prestation du serment de fidélité et d’obéissance. D’autres indices le rapporteraient à l’abbaye de Corwey en Westphalie et des paléographes ont pensé qu’il avait été exécuté pour Charles-le-Chauve, le petit-fils de Charlemagne. (Bibl. roy. n° 9418; Cat. Exp. n° 1 o).
Le volume est un Évangéliaire contenant 5 3 sujets ou pages ornées, et d'innombrables majuscules où l'or et les couleurs luttent de vivacité et d’éclat. Son état de conservation est tel, après dix siècles, qu’il semble sortir de l’atelier où il a été exécuté. Ce livre, un des plus beaux de cette époque, porte des caractères de l’école d’entre Meuse et Rhin et pourrait être attribué à quelque monastère du pays de Liège.
Il en est de même d’un autre recueil d’Evangiles du Xe siècle, plus ressemblant encore à celui de St-Laurent. Il appartenait autrefois à l’abbaye de St-Amand. (S. IL n° 175).
L’abbaye de Stavelot, fondée en 65 o par St-Remacle, et devenue la plus puissante de la contrée, a produit depuis le Xe siècle, une série de volumes d'une impor-
tance capitale pour l’histoire de l’art en Belgique. L’Exposition faisait voir un Rituel du Xe siècle contenant un dessin colorié représentant le Christ en croix et qui peut compter parmi les plus intéressantes compositions graphiques de cette époque. (Bibl. roy. n° 2034, Cat. Exp. n° 14). Mais c’est dans les siècles suivants, du XIe au XIIIe, qu’il est sorti de cette maison de véritables monuments de l’art.
Le livre d’Évangiles (Bib. roy. n° 9222, Cat. Exp. n° 25) provenant de Stavelot, nous offre 29 grandes miniatures représentant la vie du Christ. Plusieurs ont été reproduites par M. H. de Viel-Castel dans le Moyen Age et la Renaissance de P. Lacroix et Séré, et ailleurs.
Ce volume a attiré depuis longtemps l’attention des iconophiles. Il se distingue entre les œuvres du temps par une solidité de facture et une vigueur de tons remarquables. Il y a de la vie et du mouvement dans les compositions assez compliquées déjà et l’artiste maniait sa couleur à la gomme avec l’audace du peintre à l’huile. Malgré des affinités byzantines, il semble avoir procédé moins d’après les procédés traditionnels que d’après ses études propres, natura sola magistra, comme disait George Hoefnagel, le miniaturiste anversois du XVIe siècle.
Stavelot a été une véritable école d’art. On doit citer parmi les œuvres qui en sont sorties, la Bible en deux volumes achevée par les frères Goderanus et Ernestus, en 1097, et vendue en 1869 au British Muséum. Cette Bible est ornée de peintures d’une grande dimension et d’un caractère très imposant.
On sait quelle a été l’influence de l’an mil et de la croyance à la fin du monde à cette date fatale. On lui a attribué les ténèbres qui ont enveloppé le monde, l’arrêt dans la marche de la science et de l'art, la rareté des manuscrits ornés ; cependant les incursions des peuples du Nord et de l’Est, les guerres, sont des causes plus immédiates, plus puissantes de cette espèce de nuit barbare. Mais, ainsi que nous l’avons fait remarquer à propos du démembrement de l’Empire, ces désastres se sont moins abattus sur nos contrées. Le XIe siècle nous a fourni des chefs-d’œuvre, le XIIe nous présente une Bible écrite à l’abbaye de St-Trond, vers 1118, ornée de gigantesques initiales (Université de Liège, Cat. n° 1, Cat. Exp. n° 29); une Bible , non moins considérable, en 4 volumes. (Bibl. roy. n° 9107, Cat. Exp. n° 3o) ; une troisième Bible, également énorme, provenant de St-Hubert et conservée au Musée de Namur (Cat. Exp. n° 38); un Traité sur les Psaumes, par St-Augustin, provenant de St-Martin de Tournai (Bibl. roy. n° 21842, Cat. Exp. n° 36). Tous ces volumes accusent un travail considérable de transcription, mais n’offrent, pour toute illustration, que leurs majestueuses majuscules. L’exécution calligraphique, surtout à Tournai, est admirable, toutefois, il semble qu’il y ait dans le monde des préoccupations qui éloignent du culte de l’art : on ne travaille plus pour les yeux, on se contente de recueillir du texte, c’est à dire, de la nourriture pour l’esprit.
Nous avons exhibé néanmoins du XIIe siècle, une œuvre importante: la fameuse Encyclopédie des connaissances du Moyen Age compilée par le chanoine Lambert de St-Bertin, à St-Omer, et connue sous le nom de Liber floridus. C’est un énorme volume in-folio de 287 ff., provenant de l’abbaye de St-Bavon, à Gand, et conservé aujourd’hui à la Bibliothèque de l'Université de cette ville. (Cat. n° 16, Cat. Exp. n° 3q). On y trouve 24 miniatures, plusieurs dessins et même des cartes géographiques qui sont des plus anciennes que l’on connaisse.
Parmi les sujets représentés, on remarque l’évêque St-Omer, assis sur une sorte d’arc-en-ciel, l’empereur Auguste assis sur son trône, avec le globe et l’épée, St-Pierre,
en habits pontificaux, Charles-le-Chauve, Behemoth, l'Antéchrist sur Leviathan, une foule de dessins bizarres d'animaux, de plantes, d’objets fantastiques. Les figures ne manquent point d'effet sculptural : on y retrouve encore l’influence byzantine. Nous donnons ici, comme spécimen, celle qui représente saint Orner, l’apôtre de la Morinie ifig. 4).
Le XIIe siècle était encore représenté à l’Exposition par un Livre d' Evangiles, avec miniatures de grande dimension, provenant de l’abbaye d’Averbode, et conservé à la Bibliothèque de l’Université de Liège (Cat. n° 5, Cat. Exp, n° 3y), et un recueil des Dialogues du pape St-Grégoire, provenant de St-Laurent de Liège et offrant un brillant spécimen de la culture artistique dans ce célèbre monastère. (Bibl. roy. n° 9916, Cat. Exp. n° 39). Il renferme environ 60 dessins coloriés sur fond rouge ou bleu. Comme l'a fait observer M. Helbig, le style est bien celui des miniatures de nos contrées, mais il y a de notables différences dans le travail artistique. Toutes n’ont pas le même mérite ; mais cette diversité même accuse l’existence à Liège d’un véritable
atelier de peintres enlumineurs.
Le XIIIe siècle vit, comme on sait, l'épanouissement complet de l'art gothique, ou plutôt sarrasin, issu des croisades et devenu l’art chrétien, dans la plupart des contrées de l’Europe. C’est l’époque où, à côté des cathédrales grandioses,
Fig. 7. — Meurtre d’Olympias, mère d’Alexandre Tiré du Ms. Alexanders Legende (xve s.); Bibl. roy.
monuments de la puissance ecclésiastique , on vit naître les beffrois, monuments delà puissance communale.
Ce n’est plus l’esprit religieux seul qui va régner 'dans l’art, un esprit nouveau, la pensée laïque, va s’y glisser.
Dans les villes affranchies, les richesses se créent, se conservent
et s’accroissent par le
travail; l’instruction, le goût du beau, l'amour du luxe se propagent. On voit arriver les chroniques, les romans de chevalerie, les poèmes en français ou en flamand; ces compositions se transcrivent, se lisent dans les châteaux et dans les demeures des bourgeois; l’art les remplit d’illustrations. Quand ils ne sont pas décorés de peintures, ils sont souvent ornés d’arabesques, de majuscules en or bruni sur des fonds de couleur, agrémentés de feuillages.
Cette magnificence s’accrut encore pendant le XIVe siècle, qui continue les traditions du siècle précédent. Mais l'art sort de plus en plus du cloître, les corporations comptent de nombreux artistes enlumineurs; les rois, les princes, les riches commencent à avoir la passion des beaux livres qu’ils paient quelquefois des prix fabuleux.
Dans les sujets créés par le peintre, on voit s’effacer de plus en plus la tradition byzantine. Les types que l’on pourrait appeler hiératiques sont remplacés par des êtres plus terrestres, plus vivants. La représentation des scènes de l’histoire réelle et fictive, dans les livres laïques, nécessite, de la part des artistes, des études préalables dont l’enlumineur monacal pouvait se dispenser : l’artiste travaillant pour les gens du monde devait se préoccuper davantage de la vérité dans le rendu de la figure humaine, du costume, de la nature. Aussi remarque-t-on qu’il a appris à donner du mouvement et de 1 expression aux personnages et du jeu aux draperies; les contours sont nets, tracés d’une main plus experte, à la pointe fine de la plume, la peinture est à teintes plates
légèrement ombrées. Sans doute, il y a toujours beaucoup de convention, surtout dans les fonds et dans les paysages : l’artiste n’a pas encore l’intention de faire des tableaux ; nous sommes à l’époque des peintures murales et des rosaces multicolores ; la miniature du livre imite le vitrail de l’église.
L’auteur du Mémoire couronné sur le caractère de î école flamande de peinture , (Mém. Acad. t. XXVI) a parfaitement analysé le caractère esthétique de cette période.
Nous lui empruntons ces paroles : « Durant l’intervalle qui sépare les années 1260 et 1 35o, l’élément fantastique dans le choix des scènes religieuses et l’élément chevaleresque dans le choix des scènes profanes prédominent presque généralement. Mais, à côté des motifs empruntés à l’Apocalypse et aux Cycles romanesques, il s’en présente un grand nombre qui portent le cachet du mysticisme allégorique dont les écrits de cette époque se montrent empreints et que les artistes se mirent à appliquer, non seulement aux arts
et aux personnages de l’histoire profane et même des chants de geste Aussi la mine
inépuisable des légendes est-elle exploitée dès lors avec une ardeur égale à celle qu’on met à reproduire les épisodes de la vie des héros romanesques que les chants de geste ont rendus si populaires.
Mais, chose à remarquer, dans toutes ces représentations les modèles antiques sont de plus en plus négligés : personnages sacrés ou profanes, héros appartenant au monde des fictions ou au monde réel, types, costumes, accessoires, tout revêt naïvement le caractère de l’époque même des artistes. Il n’y a pas jusqu’aux figures les plus saintes, l’ Eternel, le Christ, la Vierge, les Apôtres que l’on ne dépouille de leurs draperies traditionnelles pour leur ajuster les vêtements contemporains. »
Cette dernière remarque à propos d’un usage général pendant tout le moyen âge et même plus tard, ne doit pourtant pas être prise tout à fait à la lettre. Dans un grand nombre de miniatures représentant des sujets religieux, bibliques et même romanesques, l’artiste a évidemment cherché à donner à ses personnages des costumes de convention, des drapages particuliers, plus recherchés ; quelquefois même, surtout au XVe siècle, il a des vélléités archéologiques ou ethnologiques : ainsi, dans les miniatures des livres, comme dans les tableaux des Van Eyck, on rencontre des personnages bibliques affublés de costumes d’Orientaux et même, cà et là, des sujets ou des héros de l’antiquité classique montrent de vagues réminiscences de monuments anciens restés debout à Rome ou ailleurs.
Comme documents du XIIIe siècle, l’Exposition comptait le roman Par cheval le Gallois, par Chrestien de Troyes, appartenant à la bibliothèque de Mons (Cat. Ex. n° 157); le roman en vers de Pamphile et Galatée, ayant appartenu à Guillaume de Dampierre, et aujourd’hui à la Bibliothèque Royale (n° 4783, Cat. Exp. n° 47). Ils sont peu décorés, mais donnent une idée des manuscrits laïques ; un livre des Evangiles avec miniatures de l’école de Stavelot, (Bibl. roy. n° 10527, Cat. Exp. n° q3) ; un Digeste orné de grandes lettres à rinceaux d’une exécution très belle. Il a appartenu à Viglius et fait partie des trésors de l’Université de Gand. (Cat. n° 20 5, Cat. Exp. n° 46).
Les manuscrits remarquables par la profusion et la richesse des peintures sont assez rares dans nos provinces pendant le XIIIe siècle. Ce siècle fut plutôt celui de la diffusion des livres parmi les bourgeois de nos grandes communes, mais ceux-ci ne pouvaient pas encore se permettre les munificences artistiques dont ils donnèrent tant de preuves aux siècles suivants.
Le XIVe siècle a fourni à l’Exposition des objets de premier ordre, éclos dans les
provinces dont Philippe-le-Bon allait bientôt ne former qu'un seul domaine. Nous citons quelques volumes.
La fig. 5 est une des vignettes peintes sur fond d’or, illustrant un magnifique Rym- Bybel de Jacob van Maerlant, le père de la poésie néerlandaise, (Bibl. Roy. n° i5ooi. Cat. Exp. 59). Ce volume doit avoir été exécuté pour quelque patricien opulent de Bruges ou de Gand.
La fig. 6 est tirée d’une Apocalypse contenant 85 dessins coloriés, représentant les sujets mystiques du livre de St-Jean, traités avec beaucoup d’imagination et dans un
tf/ic/SSA/Hf
Fig. 8 — Miniature à quadruple sujet, tirée du Roman de Gillion de Traterjniex, xve siècle) ;
Duc de Croy-I)ui,men
style parfois très distingué. Ce volume curieux, probablement exécuté en Flandre, appartient au séminaire de Namur. (Cat. Exp. n° 5o).
Deux volumes liturgiques, provenant de nos anciens princes, ont attiré l’attention des connaisseurs par la délicatesse, le bon goût, l’exquise perfection de leurs majuscules historiées, ou simplement ornées en or et en couleurs. L’un est le Diurnal portant l’écusson écartelé de Flandre et de Brabant et provenant de Louis de Male et de sa femme Marguerite, fille de Jean III ; (Bibl. Roy. n° 9427, Cat. Exp. n° 5 5) ; l’autre est le Livre d Heures de Philippe le Hardi et de Marguerite de Male. (Ib. 10392, C. E. n°6 1).
Un Missel (Bibl. Roy. n° 9217, Cat. Exp. n°32) contient des majuscules superbes qui donnent une idée de la fécondité d’imagination des spécialistes chargés d’exécuter les lettres ornées, initiales, etc. Car il n’est pas inutile de dire ici, entre parenthèses, qu’il existait une curieuse division de travail dans la confection des miniatures, même des plus compliquées.
Ce n’est pas toujours la même main qui a tracé le lieu de la scène et les personnages : on remarque souvent de grandes disproportions de talent, de science ou de style entre le fond et l’étoffage. Ainsi, dans quelques pages des compositions les plus éclatantes, les plus renommées, on s’étonne de voir des personnages dessinés avec une science et une habileté extrêmes, se mouvoir sur une scène absolument ridicule, au milieu d’objets, édifices, paysages, lointains, dessinés sans tenir compte de la perspective la plus vulgaire et des règles les plus simples du clair-obscur. On ne peut pas admettre que celui qui a peint les figures, avec une science si parfaite de la lumière et de l’ombre, ait pu tracer en même temps ces entourages et ces accessoires, brillants d’or et de couleur, très détaillés parfois et dessinés avec une patience infinie, mais d’une exécution incorrecte à l’excès, parfois enfantine.
Parmi les beaux exemples du XIVe siècle de l’Exposition, mentionnons encore un Missel du diocèse de Liège (Bibl. Roy. n° 209, Cat. Exp. 56); une Bible moralisée avec i5 miniatures (Cat. Gand n° 426, Cat. Exp. n° 58), un superbe Aristote acquis en 1479 pour l’abbaye de St-Bavon à Gand, par l’abbé Raphaël de Mercatellis. (Cat. Gand n° 355, Cat. Exp. n° 60); etc., etc.
Le XVe siècle est l’époque de la plus grande splendeur du manuscrit. Sous l’influence des Van Eyck et de leur école, l’art s’était élevé en Flandre à une hauteur extraordinaire; le prince opulent qui régnait sur la contrée avait la passion de toutes les magnificences ; sa famille et les seigneurs de sa cour partagaient ses' goûts, et faisaient exécuter, à son exemple, des ouvrages dont l’illustration devait coûter souvent des sommes considérables.
Antoine de Bourgogne et Raphaël de Mercatellis, abbé de St-Bavon, tous deux bâtards de Philippe-le-Bon ; Louis de Bruges, seigneur de la Gruuthuse ; Charles de Croy, comte de Chimay, furent les principaux de ces Mécènes du livre. Ils avaient formé des collections qui contenaient des chefs-d’œuvre, en moindre nombre sans doute, mais aussi beaux que ceux de la bibliothèque du Duc. Après celui-ci, son fils, Charles-le-Téméraire et ses autres successeurs continuèrent à augmenter ces trésors dynastiques, et ce que l’on a pu en sauver forment le noyau de ce qu’on appelle encore aujourd’hui la bibliothèque de Bourgogne.
L’art était tout à fait sorti du cloître : dans nos villes riches et industrieuses les scribes et les décorateurs du livre se comptaient par centaines : leurs noms se trouvent inscrits dans les registres des corporations de Tournai, de Bruges, de Gand, d’Anvers, dans les comptes des maisons féodales ; très rarement un nom est tracé sur une œuvre. Pour celui qui cherche à suivre les pas de la civilisation, à découvrir les jalons du progrès et à honorer les hommes qui les ont posés, c’est avec un réel sentiment de tristesse qu’il contemple ces pages souvent admirables, aussi parfaites que les monuments de la peinture les plus acclamés, et qui ne portent pas de nom, pas de marque, pas d’initiales. Il est vrai qu’il en est presque toujours de même pour les pages les plus célèbres de notre école primitive de peinture ; mais pour celles-là, — quelquefois du moins — il se trouve un historien, un annaliste, un poète qui nous sauve de l’oubli la mémoire de l’auteur.
A cette époque, l’art n’était pas émancipé : on payait bien le peintre, le statuaire, l’architecte; un prince les admettait dans sa haute domesticité, mais dans ce milieu féodal ils n’étaient que des artisans, des ouvriers. Ils n’éprouvaient pas le besoin de signer une œuvre. Leur eût-on permis toujours de le faire? Un nom obscur
un simple prénom suivi de quelque qualificatif: très plébéien, n'eût-il pas paru déplacé dans les somptueux volumes de la Librairie d’un duc de Bourgogne? Il est permis de se faire cette question en lisant les humbles excuses des auteurs et des traducteurs d'oser mettre leur nom au travail qu'ils présentent à genoux au prince, comme on peut le voir dans la plupart des miniatures initiales. Le duc Philippe avait attaché à sa maison tout un bureau de grossoyeiirs ou arrangeurs de textes, de secrétaires, de copistes. Chaque fois, par exemple, que l’un d’eux, le chanoine Jean Miélot, a terminé un livre, il s'intitule, dans la dédicace à son maître, le « dernier de ses secrétaires » ou « le plus petit de ses serviteurs ».
Si l'auteur du texte a besoin de prendre tant de précautions pour signer son oeuvre, on peut supposer que le peintre illustrateur n’eût pas été autorisé à signer la sienne.
Fig. 9. — Jean Miélot offrant à Philippe-le-Bon le Débat d’Honneur. Dessina la plume (xvc siècle);
Bibl. roy. de Copenhague
Et, en effet, n’est-il pas étrange que sur ces milliers de pages souvent si merveilleuses et si magistrales, on n’en ait jamais découvert qu’un infime petit nombre portant une timide signature?
Dans leur dépit, très justifié en présence de tant de chefs-d’œuvre anonymes, les historiens et les experts de l’art ont essayé d’y attacher les noms de nos Van Eyck, de nos Memling, de nos Roger Vander Weyden, trouvant que ces illustres maîtres étaient dignes d ajouter ces perles à leurs couronnes. Mais ces attributions sont erronées : la législation de l’époque, la jalouse répartition du travail dans les corps de métiers, la tradition et le respect des procédés, tout opposait des obstacles, sinon absolus, du moins, très difficiles à surmonter pour celui qui aurait voulu empiéter sur les privilèges consacrés en exerçant des genres de peinture différents.
Grâce aux recherches des archivistes, on est parvenu à découvrir, particulièrement
dans les comptes des maisons souveraines ou des hautes institutions, les noms de quelques-uns de ces humbles et grands artistes et à déterminer un certain nombre de leurs œuvres.
Jusqu’à présent, aucune de celles-ci, et il en est de capitales, n’a eu pour auteur un des maîtres renommés de l’école flamande primitive. Mais à en juger d'après ce qui est déjà certain et connu, il est d'autres noms qui seront un jour classés parmi les illustres de l’histoire de l’art; nous citerons ceux d’André Beauneveu, de Valenciennes ; de Jean Clouet; de Godefroid, de la Flandre; de Loyset Liédet et de Guillaume Vrelant, de Bruges ; de Jacques Le Tavernier, d’Audenarde.
Des 174 manuscrits dont se composait le compartiment de l’Exposition, près de deux tiers appartenaient au XVe siècle. Il nous serait impossible de les passer en revue et même de les signaler ici. Nous nous bornerons à dire un mot de quelques-uns des principaux.
Le dessin n° 7 est extrait d’un admirable recueil en deux volumes contenant en flamand la légende d’Alexandre et diverses parties de l’histoire de la Bible. Les vignettes sont encore sur fond d’or, comme au siècle précédent : les volumes ont été écrits en 1430. On lit à la fin : « Dit boec heeft Claes Peters sone gescreven, anno 1430. » (Bibl. roy. n° 9018-20, Cat. Exp. n° 65).
Les Chroniques de Hainaut par Jacques de Guyse, en 3 volumes (Bibl. roy. n° 9243; Cat. Exp.n°69) sont connues de l'Europe entière. La page initiale représentant Philippele- Bon recevant l’hommage du livre, entouré des principaux personnages de sa cour, reproduits en portraits, peut compter pour une des choses les plus parfaites que l’art ait produites. L’auteur en est encore ignoré. Une partie des autres pages a été reconnue pour être de la main de Guillaume Vrelant. Celui-ci est aussi, selon nous, l’auteur de plusieurs illustrations du beau manuscrit de la Vie de St- Catherine, ayant appartenu au fonds des ducs de Bourgogne et aujourd’hui à Paris, à la Bibliothèque nationale dont il est l’un des joyaux.
Le roman Giilion de Traqegnies , provenant du grand bâtard de Bourgogne et appartenant à M. le duc de Croy-Dulmen. Nous donnons un spécimen d’une des pages délicates et spirituelles de ce beau volume. (Cat. Exp. n° y3). (fig. n° 8).
Les Conquêtes de Charlemagne, en 3 volumes, par David Aubert (Bibl. roy. n° 9068, Cat. Exp. n° 74). Ses illustrations en grisaille, avec rehauts d’or, sont des merveilles de fini et de composition : elles sont l’œuvre d’un artiste resté inconnu jusqu’à ces derniers jours, de Jacques le Tavernier.
Le Débat de 1 Honneur . Ce recueil contient divers traités traduits du latin par Jean Miélot : c’est un manuscrit minute, c’est à dire, préparé par l’auteur pour servir de modèle aux copistes et aux enlumineurs. Nous donnons un des dessins à la plume exécuté probablement par Miélot lui-même. Il nous introduit dans les secrets de la confection d’un manuscrit. Le volume appartient à la Bibliothèque royale de Copenhague (Cat. Exp. n° 75) (fig. 9).
L Histoire de Charles-Martel. Ce roman, grossoyé par David Aubert pour Philippele-Bon, est en quatre gros volumes dont les plus belles miniatures sont de Loyset Liédet: l’une d’elles est signée (Bibl. roy. n° 6, Cat. Exp. n° 76).
La vie de St-Adrien, traduite par Jean Miélot. Le volume a été exécuté en iq58 pour Philippe-le-Bon, et appartient aujourd’hui à M. le comte van der Cruice Waziers, à Lille (Cat. Exp. n° 1 5 8) . Il renferme de magnifiques grisailles, œuvre d’un artiste qui est probablement aussi l’auteur de deux beaux manuscrits de la Bibliothèque royale :
La composition de la Ste-Ecriture (Cat. Exp. n° i5g) et la Passion de N. S. J.-C. par Gerson «Cat. Exp. n° 1 6 3) .
L'Estrif de Fortune , par Martin le Franc. Superbe manuscrit provenant de la bibliothèque de Charles de Croy, comte de Chimay. (Bibl. roy. n° 9510, Cat. Exp. n° 1 1 1). Nous donnons en chromo-lithographie la charmante miniature de la première page du livre.
Il nous faudrait citer vingt autres volumes de premier ordre reposant à la Bibliothèque rovale, les majestueux in-folios, conservés dans leurs reliures primitives, provenant
Bibliothèque royale
de Raphaël de Mercatellis, enluminés dans les Flandres et que l'on peut admirer à la bibliothèque de l’Université de Gand; deux volumes provenant de Charles-le- Téméraire et du grand bâtard de Bourgogne et faisant partie de la Bibliothèque de Copenhague (Cat. Exp. nos 80 et 86), et, enfin, cette foule de Livres d Heures qui brillaient à l’Exposition d’un si vif éclat. La Belgique a été, à la fin du moyen âge, le plus fécond des ateliers producteurs des beaux livres d’usage pieux ou liturgique, missels, bréviaires, psautiers, heures, offices, etc. Le célèbre bréviaire Grimani conservé à Venise et qui passe depuis longtemps pour le plus riche, le plus parfait de ce genre de produits artistiques, a été exécuté dans nos provinces.
L Exposition a fait admirer, sous ce rapport, un volume tout à fait hors ligne,
le Psautier en latin, dit de Henri VIII, parce que ce roi d’Angleterre s’en est servi lors de son entrée à Tournai, en i 5 i 3, (Cat. Exp. n° 1 1 g). Les peintures en grisaille rehausse'e d’or sont d’un fini prodigieux ; jamais le pinceau du miniaturiste n’a réalisé rien de plus suave.
La Bibliothèque de Gand possède des Heures romaines contenant 24 grandes et 22 petites miniatures birllant des couleurs les plus vives avec reflets d’or. A cause de sa richesse et de sa beauté, sans doute, on en avait attribué la possession à René d’Anjou, l’infortuné roi-artiste. Mais il nous semble plus probable qu’il a fait partie du fonds des ducs de Bourgogne. (Cat. Gand n° 5 1 5, Cat. Exp. n° 91).
Plusieurs particuliers avaient confié à l’Exposition de charmants spécimens de l’antique industrie flamande des livres d’église.
Nous donnons comme exemple de décoration, (fig. 1 1) un feuillet avec bordure tiré d’un Horœ du diocèse de Bruges, de la collection de M. G. Vermeersch à Bruxelles. L’encadrement des pages consiste en un large parquet d’or mat, fourmillant d’oiseaux et de fleurs. Nos miniaturistes flamands n’ont pas été surpassés pour la variété et l’éclat dans l’ornementation des marges de leurs manuscrits : ils ont réussi particulièrement à tirer parti des plantes, des insectes, des animaux les plus jolis du pays. Cette prédilection et cette habileté ont persisté, après le manuscrit, à se montrer dans les Verdures des belles tapisseries d’Audenarde et de Bruxelles.
Au XVIe siècle, malgré l’extension énorme que l’imprimerie avait prise, l’industrie du manuscrit ne subit aucune décadence, du moins pendant le premier quart. C’est même pendant cette époque que furent exécutées quelques-unes des œuvres les plus éclatantes, les plus admirées de l’Exposition rétrospective. Nous citerons les magnifiques Antiplionaires et Missels exposés dans le compartiment de la musique et provenant de Marguerite d’Autriche et de l’Abbaye de Gembloux, dont un des abbés, Antoine Papin, exécuta lui-même des peintures d’un grand mérite.
Nous citerons encore plusieurs des magnifiques in-folios exposés par l’Université de Gand et provenant de Raphaël de Mercatellis. Le Monotesseron de Gerson, (Cat. Gand n° 462,, Cat. Exp. n° 1 i3), avec 1 3 1 grandes peintures, la Margarita philosophica de Reisch (Cat. Gand n° 365, Cat. Exp. n° 129) et bien d’autres, semblent témoigner des efforts que faisaient les scribes et les amateurs pour lutter contre l’industrie nouvelle et pour ne pas laisser périr l’art si florissant de l’illustration du livre.
En même temps, d’ailleurs, cet art prenait possession du livre imprimé. Les premiers produits de la presse, pour imiter, jusqu’à un certain point, le manuscrit, passaient souvent entre les mains de l’enlumineur qui les ornait de lettres initiales, en or et en couleurs et y ajoutait quelquefois des compositions à l’aquarelle ou à la détrempe. On constate même à ce sujet, une chose curieuse.
Tout le monde a vu ces chefs-d'œuvre de la typographie ancienne, les admirables Livres d' Heures publiés par les Ve'rard, les Vostre, les Kerver et autres imprimeurs parisiens. Ce sont, comme on sait, des volumes imitant, au moyen des caractères mobiles et de la gravure en relief sur bois et sur métal, les Heures écrites. Afin de pousser l’imitation aussi loin que possible, on y prodiguait toutes les ressources de l’ornementation. Mais, voulant protester, sans doute, contre l’envahissement de cet art nouveau qui devait les détrôner, les enlumineurs ne se bornaient pas toujours à colorier de leur mieux et à rehausser les gravures si délicates, si parfaites, qu’on offrait comme champ de travail à leurs pinceaux, ils en faisaient souvent disparaître les contours
charmants, les traits étudie's, sous des couleurs opaques, sous des dorures, superposant en quelque sorte, des sujets nouveaux aux sujets grave's.
Aussi, quelque splendides, quelque chatoyants pour les yeux qu’ils puissent être, les exemplaires illustrés de cette façon sont appréciés des bibliophiles bien au-dessous des rares exemplaires dans lesquels la gravure est resté intacte.
Fiy. 11. — Page tirée d’un Livre d' Heures, du xvc siècle; Collection de M. Vermeersch
Pour en revenir au manuscrit orné, du XVIe siècle, il nous reste à citer un chefd’œuvre de premier ordre: le Livi'e ci' Heures acquis il y a peu d’années des héritiers Hennessy par la Bibliothèque royale. Ce petit volume est illustré de 56 miniatures, dont douze représentent les travaux des douze mois du calendrier ; quatre, les évangélistes ; huit, les scènes de la Passion du Christ ; trois, les sujets suivants : Bethsabée au bain, Saint Côme et Saint Damien, la Messe ; puis de 29 pages dont les encadrements historiés sont de vrais tableaux. Quelques-uns des grands sujets sont des reproductions.
2go
un peu modifiées, de peintures du bréviaire Grimani, et il n’y a point de doute que le livre ne sorte des mêmes mains. Mais les compositions étant établies sur des dimensions moindres, sont traitées ici avec plus de délicatesse et de fini.
Dessin, coloris, perspective, science de la figure, tout y est d’une perfection extraordinaire; quelques-unes des compositions sont hors de pair, comme vérité, comme étude de la nature, entre tout ce que l’art flamand a produit en ce temps-là. On semble y reconnaître la main de deux artistes : l’un d’eux a vu l’Italie, car il a reproduit en grisaille, sur une predella , la Cène de Léonard de Vinci, et on voit qu’il s’est inspiré des maîtres de la péninsule. Mais toute l’œuvre est essentiellement flamande: malheureusement, nous en sommes réduits aux conjectures, quant au nom de l’artiste ou des artistes. On a émis l’opinion, favorisée par quelques indices, que ce diamant de l’art a été créé pour Jeanne la Folle. En tout cas, il était digne d’être offert à celle qui fut la mère de Charles-Quint.
Nous en reproduisons la page représentant le mois de Juin: la fenaison (fig. io).
Nous regardons ce manuscrit comme le chant du cygne de l’art de la miniature aux Pays-Bas. Après lui, il se produisit encore çà et là quelques œuvres remarquables, mais avant le milieu du siècle, à l’avénement des guerres religieuses, le manuscrit illustré cède tout à fait la place au livre orné de gravures.
Après, sans doute, on confectionna encore des Heures, des Antiphonaires, des Albums et autres objets imitant avec plus ou moins de succès le manuscrit du moyen âge, — on en fabrique encore de nos jours, — mais quelque brillants qu’ils puissent être, ils n’appartiennent plus à l’histoire de l’art; pas plus, du moins, que n’y appartient une église gothique élevée par un professeur d’Académie contemporaine.