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VERRES

De toutes les industries, l’industrie verrière est une des plus anciennes ; dans les différentes fouilles faites de nos jours on retrouve, entre autres objets, des vases lacrymatoires qui attestent que les peuples de la plus haute antiquité ont su fabriquer

et souffler le verre. Nous ne pourrions, sans dépasser les limites imposées par notre cadre, suivre pas à pas les progrès de cette importante fabrication. Qu’il suffise de rappeler qu’au XIIIe siècle le grand conseil de Venise fit transporter

fabriques qui constituaient pour la ville un danger permanent d’incendie.

Vers le commencement du XVIe siècle, il est fait mention à Murano de miroirs à l’imitation de ceux qui étaient fabriqués en Flandre.

A peu près à la même époque, l’empereur Charles-Quint appela Pasquetti, de Brescia, afin d’établir à Anvers une verrerie semblable à celles de Murano. Grâce à ce célèbre artisan et à ses successeurs, cette industrie devint bientôt prospère, tant à Anvers qu’à Bruxelles.

D’autre part le pays de Liège fournissait en 1 5 2 3 à la cour de Marguerite d’Autriche des verres colorés destinés à être montés en orfèvrerie.

En i65o environ, un industriel liégeois, du nom de Bonhomme, ancêtre des barons de Bonhomme et de Bounam, réunissait sous sa direction les « fournaises » d’Anvers, Bruxelles et Liège.

Ce maître fameux occupa de nombreux ouvriers verriers de Venise et de Murano, qui s'engagèrent pour un temps déterminé à l’effet de fabriquer des verres à « bouttons, à haulte olive, à serpent, à buck, à chaisnette, à branches, à ondes, à escarbotte, à fleurs, à piliers. »

La famille Bonhomme possédait, en outre, des verreries à Huy, Maestricht, Bois-leduc et Liège où se fabriquaient des verres « à la façon d’Allemagne et de Bohême. »

M. Van de Casteele a fait à ce sujet d’intéressantes recherches ; on lui doit de précieux renseignements sur nos anciennes verreries.

Au XVIIIe siècle, des industriels anglais obtinrent des privilèges pour la fabrication du verre dans les Provinces-Unies.

dans l’île San Michiele de Murano les grandes

Fij. 9. — Grand verre craquelé, façon Venise, (xvne siècle) provenance flamande ; Collection de M. Eus. Poswick

J. B. CAPRONNIER

GRES CERAMES

On désigne sous le nom de grès cérame une poterie opaque à grain serré, qui par le sable mêlé à l'argile servant à sa fabrication, acquiert la dureté de la pierre. Aussi les Allemands appellent-ils cette production céramique, Steingut , ustensile de pierre. En Flandre on appelle aussi volontiers les pots et cruchons en grès Steene kruik , pot de pierre.

Cette poterie n'exerce pas au premier aspect l'attraction irrésistible, qui se manifeste même sur les profanes, se trouvant pour la première fois en présence des décors éblouissants des faïences au grand feu , ou des exquises harmonies de coloration, que l'on obtient par l'emploi des émaux opaques recouvrant les porcelaines kaoliniques chinoises. Mais si l'on parvient à surmonter ce premier mouvement d’indifférence inspiré par la grossièreté de la matière employée, on en arrive bientôt à une appréciation plus équitable, basée sur l'aspect élégant et solide à la fois de ces buires, et de ces vases aux formes variées. Maintenant si l’on examine tous ces beaux bas-reliefs artistiques, on se laisse peu à peu envahir par le charme discret et pénétrant qui se dégage de cette poterie si modeste en apparence ; et l’on s'éprend d'un singulier amour pour ces productions originales, aux ornements magnifiques, inspirés par le goût délicat qui est particulier à toutes les productions de ce XVIe siècle, considéré, à juste titre, comme la plus belle époque de l’art industriel.

Ces bas-reliefs se composent de frises, d’armoiries, de cartouches, de cuirs, et souvent aussi de sujets religieux ou profanes. L’histoire de la chaste Suzanne, les premiers épisodes de la vie du Christ, sont les sujets bibliques traités ordinairement par ces potiers. Quelquefois l’on voit se dérouler sur les plates bandes des panses de ces vases, de brillants cortèges dont les personnages aux costumes somptueux, semblent avoir été dessinés par le grand Altegrevrer lui-même.

Mais ce qui rend cette fabrication surtout précieuse à nos yeux, c'est qu’elle représente presque exclusivement l’art du potier en Belgique, et sur les bords du Rhin aux XVIe et XVIIe siècles. Trois groupes céramiques occupent une place brillante dans cette période féconde pour tous les arts. L’Italie nous a transmis en héritage ces majoliques éclatantes, lesquelles sortant des ateliers d'Urbino ou de Gubbio,

Fiy. 1. — Buire en grès de Siegbourg ; Musée de Ivensington

de Chatfagiolo ou de Pesaro, portent toutes l’empreinte non de l'art industriel, mais de l'art absolu, dans son sens le plus élevé. Nous trouvons en France à la même époque, une fabrication plus modeste, empruntant à la nature même ses éléments décoratifs, et la postérité a consacré l’exactitude et l’originalité des plats à reptiles, et des rustiques figurines de Bernard Palissy. Nous ne parlerons que pour mémoire des faïences d’Oiron. Ces œuvres, au nombre d’une soixantaine, aujourd’hui si follement recherchées, ne sont que la production individuelle de François Charpentier, et non le résultat d'un centre de fabrication de quelque importance. Nos grès artistiques enfin, complètent cette belle série céramique du XVIe siècle, et comparés aux œuvres charmantes, mais un peu efféminées que nous venons d’énumérer, ils nous paraissent le produit d’un art sain et vigoureux, aux formes opulentes, à la coloration

discrète, mais chaude et harmonieuse. Ils ne cherchent pas à éblouir les yeux par leurs reflets métalliques, mais par le grand goût de leurs motifs décoratifs, l'élégance, l’ampleur, et quelquefois par la bizarrerie de leurs formes, ils supportent avec honneur toutes les comparaisons que l’on serait tenté de faire avec les productions d’autres contrées.

On ne connaissait il y a quelques années que fort peu de choses relatives à cette poterie. Les lieux de fabrication étaient inconnus : pas un nom de potier, ni de modeleur n’avait survécu dans les traditions locales. Le nom même sous lequel les grès cérames étaient désignés dans les catalogues se trouvait être d’une entière inexactitude. En 1872-1873 M. Weale écrivait dans le Beffroi : « On trouverait difficilement un conservateur de musée qui fut en état de déterminer avec exactitude le lieu de fabrication d’une seule des cruches de grès orné, confiées à sa charge ... »

Il ajoutait plus loin (page 126). « On sera seulement à même d’écrire une histoire de la fabrication des grès lorsque les renseignements sur chaque gilde, encore enterrés dans les archives, auront été livrés à la lumière, et lorsque des fouilles étendues pratiquées dans les dépôts de débris qui entourent partout les emplacements de poteries anciennes auront mis au jour des matériaux, d’après lesquels on pourra déterminer les produits de chacune de ces poteries »

En écrivant ces lignes, M. Weale avait comme le pressentiment de ce qui se produisit quelques années après.

Aujourd’hui, grâce aux travaux d’archéologues éminents et convaincus, tout cet échafaudage de suppositions plus ou moins ingénieuses s’écroule avec fracas.

Quelles sont les déductions qui peuvent résister à des preuves matérielles venant au nombre de plusieurs milliers, affirmer brutalement des faits indéniables ?

M. le vicaire Schmitz de Raeren, M. Van Bastelaer, M. Van de Casteele, et notre savant collègue M. Schuermans, président de la Cour d’appel de Liège, ont fait pour cette branche de nos anciennes industries d’art, ce que M. Wauters, archiviste de la ville de Bruxelles, a fait pour nos hauts liciers, et ce que M. le capitaine

Fiy. 2. — Gourde en grès de Siegbourg Musée de Kensington

Van Yinkeroy tente en ce moment avec succès pour nos anciens armuriers. Ces arche'ologues courageux, non seulement ont compulsé nos archives , mais ils ont trouvé dans les entrailles de la terre, des preuves irréfutables, qui établissent désormais victorieusement les lieux de fabrication, et les procédés favoris de chaque céramiste. Ces fouilles ont amené au jour des milliers de vases défectueux ou des tessons, rebuts des fours de nos anciens potiers.

Nous sommes loin aujourd'hui de cette histoire séculaire servie à tant de générations,

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Fig. A. — Grande fontaine en grès de Raeren ; Musée de Kensington

de cette comtesse Jacqueline de Bavière qui fut prisonnière à Teylingen, de iq33 à iq36. Dans toute notice qui se respecte, on raconte que cette princesse, pour charmer les longues heures de sa captivité, s’occupait, non à chanter quelque lais d'amour, suivant les traditions de toute châtelaine persécutée, mais quelle passait son temps à fabriquer des vases en grès d'une forme allongée, qui portent encore aujourd’hui le nom de Jacoba kannetjes. Elle ne se contentait pas de les modeler de ses blanches mains, mais leur faisait prendre l'air en les jetant par la fenêtre,

dans l’espoir d'en faire des objets de curiosité. Nous n’osons recommander ce mode de propagande qui semble vouloir démontrer, que le meilleur moyen de vulgariser les œuvres d’art, c’est de les jeter à la tête des gens.

Puisque nous parlons de légendes, nous devons aussi mentionner une tradition qui se rapporte à une espèce particulière de cruches à trois anses dites Keiser Karel Kruiken et qui a pour héros Charles-Quint en personne.

L’empereur, un jour qu’il avait mis à mal force biches et sangliers, s’arrêta devant un modeste cabaret de village pour se rafraîchir. Le caviste rustique lui présenta un vase en le tenant par l’anse. L’empereur ne sachant comment le saisir, ordonna que les vases semblables eussent désormais deux anses. Quelque temps après,

nouvelle chasse, nouvelle halte. Le ganymède était remplacé cette fois par une Hébé plantureuse qui lui présenta le vase en le tenant par les deux anses. L’empereur qui voulait toujours avoir le dernier mot ordonna d’en ajouter une troisième. Mais voyez la malechance ; la commère tourna cette troisième anse contre sa poitrine. Nous ignorons ce qu’il en advint, mais l’empereur se désaltéra probablement, sans toucher au vase que lui présentait la Rebecca Brabançonne.

La qualification de grès flamands adoptée longtemps dans les catalogues de tous les musées d'Europe, a été attaquée ensuite avec véhémence, particulièrement par M. Demmin. Cet auteur revendique pour l’Allemagne tous les spécimens artistiques de cette fabrication, en voulant bien nous concéder quelques produits vulgaires.

Tout le monde reconnaît aujourd'hui que cette qualification de grès flamands, prise dans le sens rigoureux du mot , est erronée ; mais elle peut s’expliquer cependant par une suite de circonstances particulières.

La plupart des collections qui ont alimenté les musées d’Europe, ont été formées en Flandre, et particulièrement à Gand. N’oublions pas non plus qu’à partir du XVIe siècle jusqu’à la révolution française, on appela toujours les Flandres la réunion de toutes les provinces formant les Pays-Bas. On peut facilement s’en convaincre en lisant l’histoire des guerres de Louis XIV, ou en parcourant les légendes accompagnant l’œuvre picturale de Vandermeulen.

Nous ne pouvons plus revendiquer toutes les productions de grès cérames ; mais le centre le plus important de fabrication, Raeren dans le duché de Limbourg, a tait pendant six siècles partie de nos anciennes provinces. Depuis la bataille de Woeringen jusqu’au XIXe siècle le duché de Limbourg a toujours été un fief du duché de Brabant.

Fig. 4. — Cruche aplatie eu grès de Raeren ; Musée de Kerisington

On peut désormais séparer les grès en deux divisions toutes naturelles, d’après la classification de M. Schuermans, et qui doit, nous semble-t-il, contenter tout le monde.

i° Les grès mosans comprenaient : les poteries fabriquées à Raeren, Verviers, Dinant, Bouvignes, Namur, Bouffioulx, Châtelet et Pont-de-Loup.

2° Les grès rhénans comprenaient : les poteries fabriquées à Freschen près de Cologne, Siegbourg près de Bonn, Grenzhausen et Hohr dans le duché de Nassau.

Les grès de Raeren affectent habituellement la forme cylindro-sphéroïdale. La plate bande de la panse contient souvent des ornements, des sujets courants, ou bien séparés par des arcades. Cette poterie appartient à l’époque de fabrication la plus artistique. On n’était pas encore obligé de lutter contre 1 invasion des émaux polvchromes, et contre les colorations intenses des faïences, et des porcelaines chinoises. Aussi ces vases sont-ils d’une couleur tranquille, et peu variée. Quelquefois décorés d’une couverte brune, ils sont le plus souvent d’un gris bleuté, relevé de bleu vif brillant, ou maté. Mais ce qui fait leur mérite exceptionnel, c’est la présence de ces beaux bas-reliefs , produits au moyen de moules en bois travaillés , et ciselés très délicatement.

Les artistes produisant ces matrices portaient le nom de Cartemakers, et ils exécutaient sur commande pour les potiers (potenbakers) les sujets, frises, et armoiries dont ils voulaient orner les produits de leur fabrication. Tous les potiers s’adressaient-ils aux sculpteurs des grandes villes pour obtenir ces moules en bois, et ne peut-on considérer les maîtres célèbres de Raeren , les Engelkran, les Eemens et les Menniecken , comme Potenbackers et Cartemakers en même temps?

Nous penchons avec M. le vicaire Schmitz pour l’affirmative. Un détail relevé sur un vase de Raeren de ma collection nous en donne la preuve. Les ornements couvrant la plate bande portent dans leurs enroulements harmonieux, les deux initiales bien connues de Jan Eemens , le plus artiste des potiers de cette localité ; tandis que sur la frise, contournant le col, et formée de chimères affrontées, on distingue les initiales de Balden Mennicken, chef de cette lignée de céramistes. Le potier pour produire son œuvre a donc employé des matrices de ces deux maîtres, qui ont apposé leur monogramme, non sur le vase lui-même, mais sur les ciselures artistiques reproduites ensuite à un très grand nombre d’exemplaires.

Les grès de Siegbourg seuls luttent avec avantage contre la finesse des ornements recouvrant les cruches de Raeren. Mais si leurs empreintes et leurs reliefs ont parfois une plus grande netteté, et un fini plus précieux, c’est à l’absence de

Fig. 5. — (*) Groupeen terre cuite vernissée représentant Ste- Catherine ; Collection de Mm® Tourteau

(’) Le groupe en terre cuite représentant Sle-Catherine (fig. 5) se rapproche des grès par sa pâte contenant du sable. Cette œuvre d’une naïveté un peu trop rudimentaire est peut-être fort curieuse, mais elle n’a avec l’art que des rapports excessivement vagues.

toute glaçure qu’on doit l’attribuer; tandis que les couvertes brunes, ou bleues employées à Raeren, donnaient de l’éclat et de la vivacité à ces vases, mais empâtaient aussi parfois outrageusement, les beaux bas-reliefs dont ils étaient couverts.

C’est également à Raeren que l’on a fabriqué ces œuvres de maîtrise aux formes originales, comme le vase à créneaux du musée de Trêves, et aussi ces fameuses cruches annulaires d’une rareté insigne dites Ringkrïige ou Wurstkriige, qui sont formées d’un seul anneau posé sur un pied, ou de plusieurs anneaux entrelacés.

Nous reproduisons ici le chef-d’œuvre de la fabrique Raerenoise, la belle fontaine universellement connue sous le nom du : roi des vases en grès. Il provient de la célèbre collection d’Huyvetter de Gand, qui eut l’honneur d’être visitée en 1829, par le roi de Hollande. D’Huyvetter fit frapper en commémoration de cette visite royale, une médaille sur laquelle ce vase se trouve reproduit avec une grande finesse.

Ce vase unique peut-être par sa grandeur et sa beauté, est entièrement couvert

d’ornements, dont le moulage est du fini le plus précieux. Sur la plate bande du milieu se trouvent représentées dans des niches : les sept œuvres de miséricorde. Quatre rosaces ajourées ajoutent encore à l’élégance, et à l’originalité de ce produit céramique exceptionnel. Le fond est d’un blanc grisâtre largement rehaussé de bleu, et parfois aussi de manganèse.

Le catalogue de la collection d’Huyvetter mentionne fièrement que ce vase est d’une conservation irréprochable. Hélas, on ne peut en dire autant aujourd’hui. Les spécimens les plus remarquables de cette collection ont été acquis en partie par M. Weckherlin. Ce dernier céda plus tard sa collection à M. Gambard de Londres. Une explosion de gaz détruisit, peu après, cet assemblage merveilleux, de grès cérames, et le roi des vases brisé en plus de cinquante pièces, après avoir été habilement restauré, fut acquis par le musée de Kensington. Il faisait partie de la collection d’objets flamands, que ce musée avait bien voulu nous confier pour notre exposition nationale, et dans le salon exclusivement réservé au musée anglais, il n’a cessé d’attirer de nombreux admirateurs.

Deux autres cruches remarquables et fort nombreuses, sont également des produits de Raeren. Ce sont les Bauerntan\-krüge (danse de paysans) et les Susannakrilge. Parmi les groupes de danseurs variés tournoyant sur la panse de cette première cruche , on remarque souvent des membres de la gilde des potiers , reconnaissables à leur costume. D’après leurs statuts il devaient porter l’épée au côté , et ils étaient vêtus d'un jaustaucorps en velours , et coiffés d’une barette espagnole.

La fabrication des grès à Bouffioulx remonte à une époque fort lointaine, peutêtre même au XIIIe siècle. Des fouilles faites dans cette localité ont fait retrouver des reliefs et des marques, considérées jusqu’à présent comme étant l’apanage exclusif de Raeren. On explique cette particularité par les relations de famille qui ont existé entre les potiers de ces deux localités. Ils ont pu se communiquer des matrices, qui devinrent ainsi communes aux deux manufactures. On attribue à

Fig. 6 . - — Eouquetier chauffoir en grès dfe Raeren ;

Coll.de M. le comte d'Oultremont

Fig. 7. — Cruche en grés de Raeren ;

Coll, de M. le docteur Jacobs

Bouliioulx, Châtelet et Pont-de-Loup, des grands pots, des gourdes, et des tonnelets le plus souvent de couleur brune, et ornés d'armoiries.

Les centres principaux de fabrication du bassin rhénan sont :

Freschen près de Cologne. Grès de grandes dimensions à mascarons barbus au goulot ( Bartmanen ). Couleur brune rehaussée parfois de rosaces bleues. Remarquables par les belles inscriptions en caractères gothiques, qui se déroulent souvent sur les panses de ces vases.

Siegbourg. Produits très artistiques en blanc grisâtre. Les spécimens les plus remarquables de cette localité sont les snelles cylindriques aux bas-reliets splendides, reproduisant des personnages historiques ou allégoriques ; et les tootkruiken, buires à long goulot. Ces grès pour être parfaits , doivent avoir une blancheur mate uniforme, qui leur donne l’aspect du biscuit de porcelaine. Notons en passant, que c’est la seule espèce de grès dont la contrefaçon s’est emparée avec succès.

Hohr et Gren^hausen , dans le duché de Nassau. Vases de toutes dimensions ornés de riches armoiries. Souvent de forme sphéroïdale, et recouverts d’émaux fort brillants, aux colorations variées , gris, bleu et manganèse.

A ces fabrications des bords du Rhin, nous devons ajouter les grès de Creussen, près de Bayreuth en Bavière. Vases cylindriques mais peu élancés, connus sous le nom de Apostel-Jagd-Krüge, cruches aux apôtres, ou avec sujets cynégétiques. Ici nous nous trouvons en présence d’une véritable polychromie, souvent d'un goût douteux, et rehaussée même par la dorure.

Les buires et cruches , fabriquées par la famille des Hirschvogel de l'école de Nuremberg , rentrent par leurs formes dans la catégorie des grès cérames. Mais le grain de cette poterie n'a pas la dureté et la finesse qui caractérisent le grès. Il convient de classer ces vases dans la famille des terres cuites, recouvertes d'un émail stannifère, ou d'un vernis plombifère.

Cette notice, improvisée à la dernière heure, présente plus d’une lacune, mais elle permettra cependant aux amateurs de se faire une idée approximative de l’état actuel des recherches.

Une noble émulation anime depuis quelque temps les champions de ces diverses fabriques. Tous combattent intré- Flg 8 cruche dite Sneiie pidement pour leur localité favorite. Les deux partis principaux en grès de Siegbourg; sont cantonnés le long du Rhin et de la Meuse ; mais dans Coll, de M. le docteur Jacobs les deux camps, on signale bien des divisions, et des symptômes de luttes intestines prochaines. Les partisans de Raeren, et ceux de Bouffioulx se préparent de nouveau à rentrer dans la lice, et les poches remplies de documents, la tête farcie de preuves à l’appui, un tesson de pot dans chaque main , ils se défient au cri de : Potenbackers en Cartemakers vooruit !

Les amateurs de ces poteries assistent inquiets à ces luttes, qui tournent toujours au profit de l'art et de la science, mais qui ont surtout pour résultat d’exagérer

la valeur de ces vases, et leur font atteindre aujourd’hui des prix qui rendent rêveur. En somme, c’est nous, infortunés collectionneurs, qui payerons les pots cassés,

et nous pouvons murmurer désormais le fatidique : Lasciate ogni speran^a Jamais

notre rêve ne s’acccomplira ! Jamais nous ne posséderons cet idéal de tous les cruchomanes : une Wurst-Kriige à double, à triple anneau !

G. VERMEERSCH

Fig, 9. — Cruche en grès de Frescben ;

Collection de M. le docteur Jacobs

Cage en faïence Je Delft, décor polychrome à rehauts d'or Collection de M. A. IivEXEroEL.

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