‹ L'art ancien à l'Exposition nationale belgeChapitre 6 sur 46 · ITI · texte numérisé non relu

ITI

N ne possède plus guère aujourd’hui en Belgique d'objets en cuivre ou en bronze d’une certaine importance qui remontent avec certitude aux temps reculés du XIIe siècle. L’admirable cuve baptismale de l’église de Saint-Barthélemi, à Liège, qui date de 1 1 1 3, est sans contredit le plus remarquable, au point de vue de l’art, de tous ceux qui existent encore dans notre pays. Il est suffisamment connu par les photographies et les gravures qui en ont été publiées dans divers recueils archéologiques. Le bassin, de forme circulaire, figure un vase presque cylindrique que semblent supporter

Fiç ,23 Porte-lumière (xvie s.) ; douze bœufs à mi-corps (il n’y en a plus que dix), allusion Coll, de M. 1e baron Albert Snoy à la mer d’airain de Salomon, dont parle la Bible. Sur la

cuve se voient en haut-relief, d’un goût et d’un modelé réellement merveilleux, les sujets suivants, dont voici l’énumération de droite à gauche : le Baptême de Jésus; le Baptême du centurion Corneille par saint Pierre; saint Jean l’Évangéliste baptisant le philosophe Craton ; le Baptême des Publicains par saint Jean- Baptiste, et un groupe représentant la foule accourant pour se faire baptiser par le précurseur du Christ. La première scène se compose de quatre figures, les deux suivantes de trois, et les deux dernières de cinq. Le couvercle est perdu. Une autre cuve en cuivre destinée au même usage que celle de Liège, se trouve actuellement au Musée royal d’antiquités, à Bruxelles : elle provient de l'église de Saint-Germain, à Tirlemont. Elle a aussi la forme d'un cône tronqué ou renversé, reposant sur un socle également en cuivre, d’où sortent à mi-corps la figure d'un griffon et celle d’un lion, espèces de monstres sur lesquels chevauchent deux statuettes. La cuve est partagée à l’extérieur en deux zones, dont la supérieure est divisée en quatorze niches ou arcades cintrées qui retombent sur de petites colonnes torses. Les sujets représentés en bas-relief dans chacun de ces compartiments sont composés d’une ou de plusieurs figures : les groupes reproduisent le Baptême du Christ, son supplice, son ascension, l’Agneau pascal ; les figures isolées sont celles des quatre évangélistes, de saint Pierre, de saint Paul, de saint André et d'un personnage agenouillé. La zone inférieure, séparée de l’autre par une bande chargée d’une inscription latine, mal lue jusqu’ici, est ornée de rinceaux gravés en creux, séparés aussi par un cordon sur lequel on lit que cet ouvrage date de 1149, à l’époque où régnait l’empereur Conrad (III), sous l’évêque de Liège Henri (II), et la septième année

du règne du duc (de Lothier) comte (de Louvain) marquis (du Saint-Empire) Godefroid (III). L’exe'cution de ce monument est fort grossière, et son auteur n’était qu’un ouvrier très inhabile, comparé à l’artiste qui a fait les fonts de Liège.

Au XIIe siècle appartient aussi un curieux chandelier pascal que possède l’église de Postel, dans la Campine anversoise ; c’est une pièce qui mesure i mq 3 d’élévation; sa tige est divisée par quatre nœuds en trois sections ornées d’élégants rinceaux et de quatre-feuilles ; elle repose sur un pied formé de trois dragons ailés, les espaces triangulaires qui les séparent et qui sont fort grands, du reste, sont décorés de rinceaux s’enroulant autour de bas-reliefs à figures, parmi lesquels on voit la scène du Baptême du Christ, le Christ en gloire, etc.

Le bassin est soutenu par trois petits dragons. On sait que cet animal était le symbole alors ordinairement employé dans l’ornementation des chandeliers. « Au

Fig 24. — Porte-lumière (xvie siècle) ;

Coll, de M. Frésart

Fig. 25. — Porte-lumière (xvie siècle) ;

Coll, de M. Yermëersch

Fig. 26. — Porte-lumière (xvie siècle) ; Collection de M. Gustave de Savoye

Fig. 27. — Porte-lumière (xvie siècle) Collection de M. Vermeersch

» surplus, c’était un goût général à cette époque, — écrit M. Labarte, () que » l’exécution d’objets usuels en métal sous la forme d’animaux, et ce goût s étendait (*)

(*) ITistoire des arts industriels, irt‘ édition, t. Ier, p. 353.

meme aux vases destinés au service des autels. » Les planches qui accompagnent ce texte en reproduisent plusieurs spécimens qui ont été exposés.

Le moine Théophile, qui vivait au XIIe siècle, d’après l’opinion presque universellement admise aujourd'hui, consacre un des trois livres de son Essai sur divers arts ( Diversarum artium schedula) à l'art de la fonte de l’or, de l’argent et du cuivre ( de arte fusili), et s'étend longuement sur toutes les parties qui appartiennent surtout au matériel de la liturgie. Les curieux pourront y lire (chapitres LIX et LX) comment on procédait pour faire les encensoirs en cuivre battu et en cuivre fondu. La forme extérieure de ceux-ci était modelée en cire, ainsi que toutes les figures d'hommes et d’animaux qui les décoraient, et l'on y appliquait de l’argile légère pour prendre la forme de ces sculptures. Théophile donne les recettes pour faire fondre et pour recueillir la cire, pour sécher le moule, couler le métal et le laisser refroidir ; il termine le chapitre en indiquant la façon de

Fig. 2S. — Porte-lumière (xvie siècle! ; Collection de M. Vermeersch

Fig. 29. — Porte-lumière (xvs.); Collection de M. Frésart

réparer l’objet au moyen de limes de différentes espèces, de le fouiller avec les fers à creuser, enfin de le nettoyer. Il explique (chapitre LXIV) la manière de faire les creusets ou vases pour fondre le cuivre ou le laiton, d’une pâte composée de terre grise dont on faisait les pots, mélangée à des vases ayant déjà servi au même usage cassés menu. Au chapitre suivant (LXV), Théophile traite de la fabrication de l’airain, qu’il compose de cuivre et de calamine, et dont on fait, dit-il, des chaudières, des plats et des bassins. Il consacre ensuite plusieurs chapitres au travail du repoussé et décrit soigneusement la manière de s’y prendre pour obtenir des reliefs de toute espèce.

La science relative à l’art de la fonte et de la batterie de cuivre est donc entièrement résumée dans l’ouvrage du savant religieux. Le peu que nous en avons dit montre combien étaient imparfaits les procédés dont on se servait pour opérer la fusion du métal et pour lui faire prendre une forme en le coulant.

Les Dinantais ont dû introduire des progrès considérables dans l’industrie qui avait rendu célèbre le nom de cette ville.

Au XIIIe siècle furent élevés dans la cathédrale de Tournai les mausolées avec statues en bronze de deux évêques de cette ville qui se sont succédé : Walter de Marvis, mort en 1252, et Walter de Croix, décédé dix ans plus tard. Ils ont été détruits par les iconoclastes de i566. L’effigie du premier reposait sur une plaque de métal

Fig. 30. — Flambeau (xvie siècle); Collection de M. le baron de Vinck de Deux-Orp

supportée par six lions également en fonte. C’est très probablement à l’instar de ce qui avait été fait dans la cathédrale d’Amiens, où l’on a consacré par des monuments du même genre, qui existent encore, le souvenir de deux prélats de la première moitié du même siècle.

Aucun évêque d’Arras, de Liège ni de Cambrai de ces temps n’eut un tombeau en métal avec son effigie en relief. Les chroniqueurs qui se sont occupés de la relation de leurs faits et gestes, n’en signalent point, et les historiens des temps postérieurs, qui ont recueilli des détails sur leurs sépultures, ne parlent que de lames de cuivre et de dalles en pierre ou en marbre.

Les chroniques ne nous ont presque rien appris sur des œuvres de cuivre, fondu ou

martelé, qui auraient été exécutées dans notre pays au XIIIe siècle. Lune d’elles consacre quelques lignes au bassin en métal de la fontaine de la place du Marché, à Huy. dans lequel l'eau était déversée par des lions pareillement en fonte, ouvrage dlun orfèvre de Liège, nommé Lambert li Cornus, qui remonte à Fan 1217. Une autre raconte qu'une croix en cuivre doré fut posée, au mois de juillet 1273, sur la tour des Dominicains de Parc, près de Louvain, et mentionne la dépense d une piscine ou fontaine qui y fut placée dans le cloître en 1281, et qui, à en juger par le prix, devait être en bronze, comme celle de l’abbaye de Saint-Bertin, ^dont il a été question plus haut. Dans ce même monastère de Parc, encore existant aujourd’hui, on montre un chandelier pascal en cuivre, d’assez grande dimension, haut d’environ deux mètres, qui appartient au XIIIe siècle; sa tige est unie et divisée en quatre sections par cinq nœuds, dont deux sont ornés de cabochons et de plaques émaillées de quatre-feuilles; elle est plantée sur un trépied travaillé à j'our, qui repose sur trois griffes d’aigle.

Nous savons aussi qu’il y avait au XIIIe siècle, dans le chœur de l’église cathédrale

Fig. 31. — Mortier, (xve siècle) ; Fig. 32. — Mortier (xve siècle) ;

Collection de M. Yermrersch Coll, de M. le baron de Vinck de Deux-Orp

de Tournai, deux lutrins en cuivre; l’un, celui du côté de l’évangile, avait la forme d’un aigle et représentait le Nouveau Testament; l’autre, placé du côté de l’épître, avait la figure de Moïse, et symbolisait l’ancienne loi. De cette époque datait également le pupitre qui ornait le chœur de l’église de l’abbaye de St-Vaast, à Arras, et que supportait un arbre soutenu par deux ours debout, entourés de jeunes oursons paraissant folâtrer autour d’eux. Le tout était en bronze.

Du même centenaire date cette merveille de la sculpture en fonte, que l’on connaît sous le nom de l’encensoir de Lille, et qui paraît provenir de quelque église ou monastère de l’Artois, de la Flandre ou du Hainaut. Quoique décrit partout, nous ne pouvons passer outre sans en dire au moins quelques mots. L’objet a la forme que l’on donne, généralement à ces ustensiles, servant au culte. Dans trois cercles qui se touchent sont représentés, au milieu de rinceaux, en haut et en bas (sur le couvercle et sur la cassolette), des animaux fantastiques, dragons, lions et oiseaux, tous affrontés par deux et séparés par des branchages ou des feuillages. Tout cela est délicatement découpé à jour. Séparées, les deux parties offrent la forme d’un trèfle là où elles se rejoignent. A la partie supérieure du couvercle sont assis les trois jeunes Hébreux sauvés miraculeusement dans la fournaise, où les avait fait exposer Nabuchodonosor. Audessus d’eux et tout à fait au sommet est placé l’ange qui les garde. Leurs noms sont

inscrits à leurs pieds, et sur les deux cordons qui forment le centre de l’encensoir, à l’endroit où le couvercle vient se poser sur la cassolette, est gravée une inscription qui nous apprend que ce magnifique objet a été donné par un certain Renier, qui sollicite les prières de ceux qui s’en servent.

Nos renseignements sur les fondeurs de Dinant et de Bouvignes qui abandonnèrent leur patrie pour aller s’établir dans une autre localité, ne remontent pas au-delà du

Fig. 33. — Mortier (xv® siècle) :

Coll, de M. le baron de Yinck de Deux-Orp

Fig. 34. — Mortier xvie siècle);

Coll, de M. le baron de Yinck de Deux-Orp

XIVe siècle. Cependant il est hors de doute qu’il y en eut avant cette époque. Nous avons trouvé un Jean de Dinant, qualifié de fondeur de pots, à Louvain, dans un acte de l’an i 322. Au nombre des batteurs de cuivre qui habitaient Bruxelles dans la seconde moitié du XIVe siècle, il y en avait plusieurs originaires de Dinant ou des environs. L’un d’eux, que l’on désigne dans les documents sous le nom de Gilles, dit le batteur de cuivre de Dinant, fournit, en i 379, trois grands bassins pour l’usage de la chambre de Jeanne, duchesse de Brabant, de Limbourg et de Luxembourg, et livra pour le compte de cette princesse, en 1 3 8 1 , six canons destinés à armer le château de Daelhem. Maître Lambert de Dinant est mentionné comme ayant fait des ouvrages en fonte pour l’hôtel-de-ville de Malines, en 1 377 et 1378. Jean Josès, son compatriote, était allé s’établir à Tongres, où il fit pour l’église collégiale de Notre- Dame, diverses œuvres en laiton, qui ont été conservées, et entre autres un lutrin et un chandelier pascal. Ces pièces sont remarquables par leurs dimensions, l’élégance de leurs formes et le mérite de leur exécution. Aussi l’auteur a-t-il eu soin d’y mettre son nom. Le lutrin, qui est sans contredit un des plus beaux de ce genre que l’on voie encore en Belgique, mesure irago d’élévation, et représente un aigle aux aîles éployées et la tête levée, tenant dans ses serres un dragon renversé qui se retourne vers l’oiseau.

Le tut est triangulaire et ligure une tourelle à trois fenêtres ogivales, divisées en plusieurs lobes, et coupées au centre par une bande ornée de quatre-feuilles ajourées. Aux angles est un contre-fort relié à la masse par un arc-boutant, et terminé par un élégant pinacle. Devant chaque face se tient debout une petite figure d’animal plus ou moins fantastique. Le fût pose sur un socle que supportent trois lions couchés, et sous le pied droit sont découpées des quatre-feuilles. Au dos de l'aigle deux salamandres se mordent mutuellement la queue, et soutiennent le pupitre sur lequel on place l'évangéliaire. L’oiseau a son point d'appui sur une moitié de globe. La tourelle est couronnée de moulures et de quatre-feuilles ; à chacun de ses angles se dressent un petit monstre ailé; tous trois sont pareils. C'est là que l’artiste a inscrit son nom en ces termes sur un fond de hachures grossières pour faire ressortir les lettres : HOC + OPYS -f- FECIT -}- IOHANNES + DCS (*) + IOSES -j- DE + DYONANTO (fig. 17).

Le chandelier pascal (fig. 4), haut d’environ 2ni6o, de forme cylindrique, à pied

Fig. 35. — Grand mortier (xvue siècle) ;

Fig. 3(5. — Mortier (xviie siècle);

Collection de M . Yandexcorput

Collection de M. Vermeersch

octogonal, est divisé en compartiments par quatre nœuds à moulures, et surmonté d’une sorte de chapiteau décoré de glands et de feuilles de chêne, très délicatement disposés, qui soutiennent le bassin muni de la pointe. La base du chandelier est cylindrique et se compose d’une série de moulures reposant sur une plinthe à huit angles, de 2m20 de tour, laquelle est ornée d'une bande à quatre-feuilles ajourées. Trois lions accroupis supportent le tout. Sur un des cordons de la plinthe on lit : IEHAN. IOZES. DE. DINANT. ME FISTE. LAN. DE GRAS. M. CCC. LX. ET. XII. Ce chandelier servait aussi à y attacher un lutrin à jour, où se plaçait le livre pendant que le diacre chantait Fexultet, et six branches en forme de girandoles, qui garnissent aujourd'hui l'abside du chœur. Dans cette même église de Notre-Dame, à Tongres, se voient quatre chandeliers d’élévation, hauts de 1 m 36, à fût cylindrique divisé en quatre compartiments par deux anneaux, avec un élégant chapiteau, et ornés de trois griffes de lions à la base, laquelle repose sur un vaste cercle ou plateau. Ils datent du XIVe siècle, et il ne

(*■; Abréviation du mot dictus.

serait pas impossible qu’ils fussent aussi l’œuvre du dinantais Jean Jose's. Devant le chandelier pascal, dans le chœur, pendait une e'norme couronne de lumière, en cuivre, qui remontait au-delà de i 385 , et que le chapitre vendit en 1 66 1 .

Nicolas Joseph, fondeur de Dinant, avait été nommé canonnier en titre de Philippele-Hardi, duc de Bourgogne, dans les premiers jours de l’année i 3 86 . A cette époque ce prince faisait construire le couvent des chartreux de Champmol, près de Dijon. Il chargea Joseph de fondre pour l’église les objets suivants : la cloche qui pesait i,ooo livres ; — une énorme croix et le coq pour placer sur le clocher ; — de grandes colonnes décorées de feuillages et de statues d’anges pour le maître-autel ; — un riche lutrin représentant un aigle et deux serpents, avec pupitres ornés de pinacles, etc. Joseph était établi à Dijon, mais il vint se fournir à Dinant et à Bouvignes du métal dont il eut besoin pour ses travaux.

Au XVe siècle vécut à Bruxelles Jacques de Gerines, qualifié dans tous les

Fig. 37. — Grand mortier (xvie siècle) ; Coll, de M. le baron de Vinck de Deux-Ori-

Fig. 38. — Mortier (xvne siècle) ; Collection de M. Yermeersch

documents de batteur de cuivre, et qui était, selon toute apparence, à en juger par son nom, natif ou originaire des rives de la Meuse. Nous avons publié sur cet artiste une notice assez étendue (*). Il fut en grande réputation, car Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, lui confia l’exécution de deux œuvres capitales, savoir : i" en iq55, le tombeau de Louis de Male, comte de Flandre, son bisaïeul ; 2°, en 1459, celui de sa grand’tante Jeanne, duchesse de Brabant. Nous les décrirons plus loin ; ce dernier disparut à la suite des dévastations des calvinistes à Bruxelles, de 1578 à i58o; l’autre fut anéanti à la fin du XVIIIe siècle.

Nous nous sommes borné ici à consigner les noms de quelques batteurs et fondeurs de Dinant qui se sont établis à l’étranger. On a pu se rendre compte de l’importance de leur ville par l’immense commerce qu’ils faisaient, et il est tout naturel que plusieurs

O Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie ; année 1866.

d'entre eux aient émigré, trouvant de l'avantage à aller exercer leur industrie dans d’autres localités, et même au loin. Des documents du XVe siècle fournissent la preuve qu’il y en avait entre autres à Orléans, sous le règne de Charles VII, et à Londres, dans les premières années de celui d’Édouard IV. En 1 4 5 3 , le magistrat de Dinant écrivit une lettre au roi de France pour lui exposer que trois bourgeois de leur cité avaient eu « leurs denrées et marchandizes de batteries » qui se trouvaient à Orléans, mises sous séquestre en vertu d'un mandement de ce prince qu’avait obtenu Etienne de Mondoret, « marchant de batteries », dans cette ville, à l’occasion d’un procès intenté par

F'(j. 39. — Grand plat en cuivre repoussé (xvne siècle) ; Collection deM. Verjieersch

lui aux trois Dinantais. La missive racontait tout ce qui était arrivé, et montrait l’injustice qui avait été commise à leur égard dans ces circonstances : elle se terminait par la demande qu'il plût au roi d’ordonner la levée de l’arrêt des marchandises induement arrêtées.

En 1455, trois batteurs de Dinant se sauvèrent de chez eux en emportant des outils et des ustensiles propres à leur métier, avec l'intention de se rendre en Angleterre. Ils étaient partis sans payer leurs dettes, et leurs créanciers s’empressèrent d’informer de ce fait le magistrat. Immédiatement celui-ci fit faire des recherches pour les découvrir, et l’on parvint à les arrêter à Bommel, en Gueldre. Le mayeur et les douze gouverneurs du métier de la batterie de Dinant se rendirent à Liège auprès de l’évêque pour lui représenter

que les fugitifs avaient « l’intention de demourer en pays d’Engleterre, et illeucques enlever i batterie de poëlles et chaudrons », et que si l’on tolérait leur expatriation, ce serait une cause de diminution de l’industrie du cuivre à Dinant, parce qu’ils pourraient livrer la marchandise faite par eux à meilleur marché, au grand préjudice aussi des droits de l'évêque, qui annuellement établissait des juges experts pour connaître des fraudes dans la fabrication, et pour appliquer les amendes, dont il percevait une part à son profit. Nous ignorons la suite de cette affaire, mais la présence de Dinantais établis à Londres en 1462 est certaine. Cela résulte de la charte dont il a déjà été parlé, par laquelle le roi Édouard IV assura des privilèges aux Dinantais demeurant à Middelbourg,

Fig. 40. — Bassin d'offrande (xvii« siècle/ ; Collection de M. Vermeersch

en Flandre. On y lit que ceux-ci « ne sont en riens coupables de la faulte que les autres « dudit Dinant, naguères résidens en la cité de Londres ont ou peuvent avoir commise envers ce souverain. » Les Dinantais de Londres avaient, ainsi que tous les marchands affiliés à la hanse teutonique, embrassé le parti de Henri VI contre Édouard IV dans la fameuse querelle des maisons d’York et de Lancaster. Le dernier de ces princes avait alors révoqué, par charte du 9 mars 1462, les privilèges dont les marchands de la hanse jouissaient dans ses États depuis trois siècles.

Lustre en cuivre; Collection de M. Gustave he Savoye

Au XIVe siècle l'usage des objets en cuivre battu et fondu, comme motifs de décoration, prit une extension conside'rable. On remplit les églises et les chapelles de lustres, de chandeliers, de lutrins, de candélabres, de colonnes, de balustrades, etc. Partout dans les rues et aux portes des villes il y avait des girandoles ou des branches de lumière devant les images des saints ; les salles des maisons échevinales étaient garnies d'objets de même espèce (tig. 1 8), et dans les cheminées s’étalaient des chenets colossaux, travaillés avec goût.

/^■Zooss/i/ivr •

Fig. 41. — Encrier (xvne siècle);

Ville de Bruges

Donner dans cet article l’énumération de tout ce que nous avons rencontré en dépouillant les livres et les archives, qui rentre dans ces différentes catégories, est chose absolument impossible. Nous nous sommes par conséquent borné à quelques citations.

Malgré les dévastations insensées commises par les briseurs d’images à Tournai en 1 5 66, les églises de cette ville possèdent encore de très curieux spécimens de lutrins en fonte du XIVe et du XVe siècle. Celui de l'église de Saint-Nicolas remonte à i 383, d'après l’inscription de la base; ceux des églises de Saint-Piat et de Saint-Jacques furent donnés, l’un en iqo3, et l'autre en 141 1 ; celui de l’église de Saint-Brice, date d’environ l'an 1480, etc. Tous sont faits à peu près sur le même modèle : une tige cylindrique à nœuds qui supporte un aigle, et qui repose sur une base soutenue par des lions couchés. Parfois c’était un pélican qui couronnait le lutrin, mais le plus souvent on choisissait l'aigle aux ailes éployées, sur lesquelles était appuyé le pupitre destiné à recevoir le livre aux évangiles ou le livre aux épîtres. Tels sont ceux qui se voient

dans les églises de Saint-Martin, à Saint-Ghislain ; de Notre-Dame, à Tongres ; des Saints-Pierre et Paul, à Leuze; de Saint-Étienne, à Freeren ; de Saint-Martin, à Hal, etc. D'après un écusson gravé sur le pupitre, le premier aurait été fait vers le milieu du XIVe siècle ; nous avons déjà décrit le deuxième, dont la belle disposition est peut-être surpassée par celui de Freeren, qui a été fondu, en 1428, par Louis de Hamale. Le lutrin de Leuze fut donné par un chanoine du nom de Jean de Montegni, mort en 1449. Thomas Huppyn, fondeur à Bruges, a fourni en 1431, à l’église de Saint-Donatien, en cette ville, un lutrin-aigle qui lui fut payé 62 livres. Un riche lutrin-aigle en style ogival flamboyant, composé de colonnettes, de dais, de pinacles et de tiges festonnées, avec des figurines de docteurs, de pères de l’Église et d’évangélistes, décorait le chœur de l’église de Saint-Lambert, à Liège; il a disparu à la fin du siècle dernier avec beaucoup d’autres dinanteries. On conserve un lutrin-pélican dans l’église de Saint-Martin, à Chièvres, avec le millésime de 1484 gravé sur un des anneaux du fût, et un autre, un peu plus ancien peut-être, dans l’église de Saint-Germain, à Tirlemont. Le beau lutrin de l’église d’Andenne, qui est de la fin du XVe siècle, représente un griffon assis, aux ailes ouvertes, appuyant ses serres sur un écusson formant pupitre.

Parmi les objets en cuivre anciens qui ont échappé aux iconoclastes du XVIe siècle et de la fin du XVIIIe, il faut citer en premier lieu peut-être, les fonts baptismaux de l'église de Saint-Martin, à Hal. Ils ont la forme d’un immense calice dont la partie inférieure est garnie de figurines et soutenue par des lions couchés. Le couvercle qui se lève au moyen d’une potence, est orné des statuettes des douze apôtres, et, au-dessus, de celles d’autres saints, avec un groupe du Baptême du Christ pour couronnement. Sur une des moulures de la base une inscription apprend que ces fonts ont été faits par « Willaume le Fevre, fondeur à Tournay », en 1446. C’est lui l’auteur du chandelier pascal conservé dans l’église de Saint-Ghislain, et qui date de 1442 ; il est à tige cylindrique, divisé par de nombreux anneaux, avec une jolie statuette de sainte Catherine au sommet. On peut en voir la représentation dans le t. VII des Annales du Cercle archéologique de Mons. Par le même Lefèvre encore a été fondu le chandelier d’élévation que possède l’église de Saint-Pierre, à Antoing.

Les fonts de l’église de Saint-Jean, à Bois-le-Duc, sont moins riches que ceux de Hal, mais également fort remarquables : ils ont été fondus à Maestricht, en 1492, par maître Arnt, qui a fait d’autres œuvres pour cette collégiale, et qui est l’auteur des fonts de l’église de Notre-Dame, dans la localité où il résidait. Dans l’église de Saint-Martin, à Wyck, près de Maestricht, on conserve des fonts, avec couvercle, peu décorés, qui méritent d’être cités parce que l'inscription déclare qu’ils ont été faits par Jean de Venloo, en 1482. Comparables aux fonts de Hal, sont ceux de l’église de Sainte- Walburge, à Zutphen, par leur importance, par l’élégance de leur forme et par la belle exécution des détails. La cuve pose sur un fût orné de statuettes, dont le pied est soutenu par six lions. Le couvercle est surmonté d’une sorte de tourelle ajourée avec pinacles et de nombreuses figurines. Cette merveilleuse production, qui fut faite en 1527, a pour auteur un fondeur de Malines du nom de Gilles Van den Eynde. On voit les photographies des fonts de Bois-le-Duc et de Zutphen dans le superbe ouvrage que publie M. Van Ysendyck sous ce titre : Documents classés de lart dans les Pays-Bas.

La ville de Malines fut renommée à partir du XVe siècle pour ses fondeurs de cloches et de mortiers ; la lignée des Van den Gheyn remonte à cette époque. Ils s’occupaient néanmoins d’autres travaux comme on vient de le voir; un second exemple,

— nous pourrions les multiplier, — est celui de Henri Van der Beken, qui passa un contrat, en 1547. pour l'exécution du tombeau d'un cardinal.

Quand on doit parler des candélabres existants en Belgique, la pensée se reporte immédiatement à celui de l’église de Saint-Léonard, à Léau, la seule du pays dont le mobilier soit aussi intéressant, au triple point de vue du nombre, de l’art et de l'ancienneté. Ce candélabre ou chandelier pascal fut exécuté en 1483 ; c’est une pièce vraiment colossale, puisqu'elle mesure 5m68 d’élévation. Du milieu du pied, qui est hexagonal et soutenu par trois lions et trois chiens couchés, s’élève le fût composé de trois colonnettes reliées entre elles par des anneaux. Du sommet sortent six branches terminées par des bassins, et du centre de ces branches s’élève une tige qu’entourent

trois autres rameaux, au bout desquels sont placées les statuettes de la Vierge, de saint Jean et de sainte Marie-Magdeleine groupées près de la croix; celle-ci est garnie d'une pointe destinée à recevoir le cierge pascal. Un pupitre découpé à jour est attaché au fût principal. On sait par une notice qu'a publiée M. Piot dans le t. ier de la Revue universelle des arts, que ce superbe spécimen de l’habileté de nos anciens fondeurs de cuivre, est dû à Renier Van Thienen, qui habitait Bruxelles. Van Thienen a été conseiller de la ville en 1477; bourgmestre en 1485 et 1490, et receveur en i486. Il livra, en 1482, pour un des chœurs latéraux de l’église de Léau, un autre candélabre, moins important que celui du grand chœur, mais qui devait être semblable à celui qu'il avait fait pour l’église de Sainte-Gudule, à Bruxelles. Dans le contrat passé pour l'exécution du grand candélabre, on lit que Van Thienen en avait encore

I oo

fabriqué un autre pour l’église de Saint-Pierre, à Louvain. Cette collégiale possédait deux magnifiques lutrins que l’on a vendus en 1798, et qu’on peut admirer dans l’église du collège catholique, à Oscott, près de Birmingham, en Angleterre. Le dessin de l’un d’eux se trouve dans le livre intitulé : Louvain monumental , par M. Van Even. Nous n’hésitons pas à affirmer qu’ils sont également l’œuvre de Van Thienen. Voici d’autres

Fi'j. 43. — Branches en cuivre doré ; Ville de Bruges

renseignements sur ses travaux. Il fut chargé, en 1509, par Marguerite d'Autriche, gouvernante générale des Pays-Bas, de couler en cuivre trois des statuettes qui couronnaient les piliers des bailles de la cour du palais de Bruxelles, et c’est lui l’auteur du tombeau d’Adolphe, seigneur de Ravesteyn, que l’on voyait dans l’église des dominicains de cette ville.

Un autre fondeur de Bruxelles qui vivait dans le même temps, fit un énorme candélabre et deux chandeliers pour l'église de Notre-Dame, à Namur. En 1499, ou

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plaça un grand chandelier pascal dans l'église de l’abbaye du Val-des-Écoliers, à Mons. Il v avait deux meubles du même genre dans l'église cathédrale de Saint-Lambert, à Liège, l'un devant et l'autre derrière la châsse de cet évêque; d’après un vieil historien, le premier était divisé en sept branches, chacun en forme de console, et mesurait de douze à seize pieds de haut; le second avait neuf branches de plus grande dimension encore, toutes destinées à recevoir d'énormes cierges. Voici maintenant la mention de véritables dinanteries d’origine. Henri Hubert, de Dinant, fit en iq35, pour la chapelle de Notre-Dame, dans l’église de l’abbaye de Saint-Vaast, à Arras, un candélabre qui pesait 02 5 livres. C'est un fondeur de la même localité qui a fourni, dans les dernières années du XVe siècle, les colonnes de cuivre surmontées de chandeliers qui étaient placées devant le maître-autel de l’église de Saint-Jean-1' Évangéliste, à Namur.

Les lustres et les couronnes de lumière en cuivre étaient des objets fort répandus anciennement. Les lustres que nos églises possèdent actuellement ne sont pas antérieurs au XVe siècle ; il y en a un à seize branches de cette époque à l'hôpital de Saint-Jean, à Bruges, avec une figurine de la Vierge au sommet, comme ceux de la même époque qui sont gravés dans l'ouvrage de M. Van der Kellen, intitulé: les Antiquités des Pays-Bas, et qui proviennent d'une église de La Haye. Le plus élégant de forme est celui de l'église de Saint-Jean, à Bois-le-Duc, qui fut donné, en 1424, aux bourgeois de cette ville, en récompense de leur bravoure au siège de Braine-le-Comte. On en voit du XVIe siècle dans les églises de Machelen, de Winxele, etc. Un nommé Mathieu du Moulin, de Soignies, passa, en 1 6 3 8 , un contrat avec le magistrat de Valenciennes pour la livraison, moyennant 725 florins, d’un lustre en forme de tiare, à vingt-quatre branches, destiné au chœur de l’église de Notre-Dame-la- Grande de cette ville : le dessin en a été reproduit dans Y Histoire ecclésiastique de Valentiennes de S. Leboucq, qu’a fait imprimer Arthur Dinaux. Dans l’église de Notre-Dame,

■ à Bruges, pendait une couronne de lumière dont les douze statuettes ont été conservées, et qui avait été faite par Grégoire Van Halle, en 1625.

Pour le XVIIe siècle il y a encore à consigner les noms de deux batteurs de Dinant dont il existe des œuvres, Nicolas Bello et Léonard Dusart. Le premier a fait pour l’église de cette ville des chandeliers datés de 1629; les Musées de Bruxelles et de Namur renferment des objets fabriqués par le second, qui travaillait dans les années i63o à 1670. La statue de bronze de Guillaume de Beeckman , bourgmestre de Liège, qui avait été érigée sur une place de cette ville avec le concours des trente-deux métiers, fut fondue à Dinant en i63q, trois années après la mort de ce magistrat: on l’a brisée à la suite d'une émeute, en 1649.

Toutes les citations que nous avons faites prouvent que l’on travailla le cuivre au XVe siècle ailleurs qu’à Dinant et à Bouvignes, et qu’il y avait alors de nombreux fondeurs à Bruxelles, à Tournai, à Malines et dans d’autres endroits. A Bruges on faisait des ouvrages de « batterie » de toutes sortes. On lit dans un compte de 1 4 3 3 que « ung grant aigle de cuivre » fut conduit de cette ville à Anvers, et mis « en pièces » dedans ung tonneau, pour icelluy mener mieulx et plus seurement à Dijon, pour » mettre en la chapelle de Monseigneur » c’est à dire du duc de* Bourgogne. Laurent

Fiy 44. — Mascaron de fontaine (xvne siècle) ; Collection de M. Yermeerscii

Van Brecht, fondeur de Bruges, fournit en 146g, des piliers pour l’église de Delft, en Hollande. En i5o6 ou 1507, l’abbé de Saint-Bertin à Saint-Omer fit acheter dans cette ville des chandeliers pour son église, dont le chœur était orné d’un « grant » candeller de cœuvre ». Hugues de Horst, fondeur brugeois, avait aussi fourni, en 1 5 66, un candélabre d’airain pour une chapelle à Saint-Omer. Dans les documents du XVIe et du XVIIe siècle figurent beaucoup d’artisans qui exerçaient le même métier. Sur les colonnettes des portes en cuivre qui ferment le chœur de l’église de Saint-Jacques, dans l’ancienne capitale de la Flandre, on lit en lettres poinçonnées, le nom du fondeur : G1LLIS MOERMAN Fe I-6-8-3.

Au nombre des œuvres qui peuvent être classées parmi celles que l’on est convenu d’appeler dinanteries, il faut encore ranger la fontaine de Huy, qui fut érigée en 1406, et le célèbre péron de Liège qui était un peu plus récent, et datait de l'épiscopat de Jean de Heinsberg. Ce dernier monument a disparu depuis 169 3. Il était composé d’une colonne ornée d’un chapiteau, au-dessus duquel était un groupe de trois statuettes de femmes nues, supportant une couronne radiale sur laquelle était posée une pomme de pin, d’où sortait une croix fleuronnée. La colonne avait pour base des marches en marbre formant quadrilatère, avec des lions aux angles. Le couronnement du péron remontait à l’année 1449. On sait que ce palladium des libertés communales de Liège fut enlevé de son piédestal par ordre de Charles-le-Téméraire, duc de Bourgogne, en décembre 1467, et transporté à Bruges, et que dix ans plus tard, Marie, fille de ce prince, le rendit aux Liégeois. Le sac de la cité, qui a duré plusieurs jours, est un événement qui a occasionné des pertes incalculables en objets d’art de toute espèce, et surtout en orfèvreries, en manuscrits, en ornements sacerdotaux, etc.

Les pilastres, les clôtures, les portes en cuivre des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles existent en très grand nombre dans notre pays. Nous nous contenterons de citer à ce propos le chef-d’œuvre du genre, qui est la balustrade du tabernacle de l’église de Saint- Jacques, à Louvain, exécutée en 1 5 68, dans cette ville, par le fondeur Jean Veldener (fi g. 42). Jérôme, son père, qui exerçait également cette profession, avait été chargé, en i5og, de faire un tabernacle pour l’église de Saint-Michel, de la même cité. Dans l’église de Notre-Dame, à Tongres, il y a une porte, en cuivre, à deux battants et à claires voies, qui est signée de cette façon : CHRISTIAEN SCHWERTFLEGER LEODIUS ME FEGIT A° 1711. Sur le couvercle en cuivre repoussé des fonts baptismaux on lit cetie autre inscription : Fait par Jean Kirsch, chaudronniée à Liège. 1793. Les noms de ces deux artisans méritent d’être notés.

Alexandre PINCHART.

Fij. 45. — Heurtoir (xv« siècle ; Coll, de M. Vermeersch

Médaille à l’effigie de Michel Mercator, de Venlo.

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