DES ANCIENNES PROVINCES BELGES
ASO Finiguerra, orfèvre de Florence, grave en 1452, le nielle du Couronnement de la Vierge. L’Italie nous a donc donne' la première gravure sur métal caractéristique et complète. Il y avait là en germe toutes les beautés de l’estampe : le trait, le groupement, l’expression. Du pays de Finiguerra devaient venir aussi les premières vraies médailles. Les médaillons coulés font leur apparition vers l’année iq3o ; mais avant ces produits d’un art grandiose et original, l’on avait pu voir, à Venise et à Padoue, en 1390, 1 39 3 et 1417, des coins à sujets antiques, ou à portraits dans le goût des bronzes romains, (v. Les Médailles italiennes du XVe siècle, !de M. J. Friedlaender, 18 80- 1881.)
Les coins des médailles de 1390 furent gravés pour les Carrara, seigneurs de Padoue, à la cour desquels avait vécu Pétrarque. L’illustre poète-humaniste n’a pas été le premier en date à aimer les monnaies antiques. Il n’a fait, dit M. Eugène Müntz {Les Arts à la cour des papes pendant le XVe et le XVIe siècle t. II, p. i65) que suivre l’exemple de Trévisan Forzetta qui, en 1454, depuis plus de vingt ans déjà, travaillait à enrichir une collection. Naturellement, à l’aurore de la Renaissance, pour la médaille, comme pour le reste, on devait s’inspirer de l’antiquité. A Padoue s’était rencontré un amateur enthousiaste d’effigies du haut empire : « on dirait vraiment qu’elles respirent », écrit Pétrarque à un ami, « in queis et Augusti Cœsaris
Viiltus erat pene spirans » ; à Padoue aussi, l’on essayait, vers la fin du siècle, à l’intention de la maison souveraine, de ressusciter les types de Rome. Du reste, un renouvellement monétaire en ce sens s’était manifesté, longtemps auparavant, au midi de l’Italie: Frédéric II y avait eu son or augustal, au buste lauré, d’un côté, et à l’aigle éployée, de l’autre. Lorsqu’on se mit à monnayer les aureus du monarque allemand, Nicolas de Pise, l’instaurateur de la sculpture, était né.
Mais aux peintres statuaires du quinzième siècle, il va falloir autre chose que des coins péniblement creusés, pour rendre avec liberté la figure humaine et l’allégorie. Après avoir donné carrière à leur fantaisie dans le modelage des figures, ils couleront leurs médailles, et au besoin les reprendront au burin pour les avoir plus parfaites. Cependant on s’applique toujours à la gravure des coins, et Vittore Gambello. 1484-1523, arrivera à frapper, dans le style de la Renaissance, des pièces de fort relief.
Avant de passer aux médaillons des Pays-Bas, je resterai un instant, au pays d'origine, à parler de l’œuvre métallique du premier peintre-modeleur, Vittore Pisano, i38o-i455, ou 1456. Il a bien raison de toujours se dire peintre sur ses médailles : OPVS PISANI P1CTOR1S. Les physionomies sont si fines de touche, les compositions du revers si hardies dans leur étonnante dégradation de plans, que d’instinct on les attribue à un peintre. Tout dans cette galerie infiniment variée, est marqué au coin de l’ouvrier de génie qui crée en pleine sûreté d’intelligence et de main. Après avoir mis la plus grande sincérité à exprimer, au côté droit, le caractère de ses personnages jeunes ou vieux, dans le champ du revers il donne libre cours à son imagination fertile et poétique. Tantôt, c’est un terrifiant griffon allaitant les maîtres de Pérouse, deux enfants-louveteaux ; tantôt il développe en une ligne superbe un lion gigantesque à qui Amour vient présenter des portées de musique. Il fallait marquer que Lionel d’Este épouse la fille d’Alphonse de Naples; puis, au revers de la médaille d’Alphonse, un autre animal de combat et de proie, un aigle, du haut de son trône de branches mortes, fait à des vautours, ses barons féaux, le sanglant partage d’un chevreuil. Une autre fois, Pisano modèle le profil busqué, à la lèvre supérieure s’allongeant en moue, du jeune Malatesta ; sur l’autre côté de la médaille, il l’a fait descendre de cheval pour aller étreindre, d’un élan irrésistible, un crucifix planté au milieu d’un paysage austère. Sous le heaume qui cache la tête du jeune cavalier, on croit deviner la ferveur de l’invocation, son âme qui se dilate du côté du ciel, son œil perdu dans la contemplation de l’Homme-Dieu.
Voilà du génie, à coup sûr : le médailleur unit à la science des formes l’inspiration la plus élevée, l’invention la plus imprévue. Fazio (Barth. Faccius) avait raison de dire de lui dans son De viris illustribus : In pingendis formis rerum sensibusque exprimendis INGENIO PROPE POETICO putatus est ; voilà pour le sentiment ; il n’oublie pas l’incomparable beauté de ses chevaux, — le cheval de Malatesta présenté en raccourci, est prodigieux, — in pingendis eqnis cœterisque animalibus, peritorum judicio, cœteros antecessit.
Dans le premier fascicule de son bel ouvrage sur les Médailleurs de la Renaissance, M. Alois Heiss reproduit des dessins du maître, tirés du recueil Vallardi au Louvre. On rapproche avec intérêt ces projets, tracés d’une main libre et sûre, de l’œuvre parachevée en métal. Pisano, dont Vasari a décrit avec admiration plusieurs peintures, ne devint médailleur que sur la fin de sa vie. Il lui fut donné de créer un art nouveau. Aussi devais-je ouvrir par lui cette étude : Ab Jove principium.
La première lettrine des médailles des Pays-Bas est ornée d’un petit buste de Jean-
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sans-Peur. Le relief est haut, la dépouille du métal très nette. La tète, doucement inclinée en avant, respire la naïveté, la grâce de la renaissance italienne. Elle ne rappelle aucunement le profil peu idéal de Hannotin de Flandre assassiné à Montereau. On dirait plutôt une réduction séduisante des deux Sigismond Malatesta modelés, l’un par Pisanello, 1451, et l'autre par Matteo de ’ Pasti, ou bien encore les jeunes têtes de Galéas Marie Sforza et de Constantius Sforza par Marescotto et Giovan Francesco Enzola.
Voilà pour le caractère de l’œuvre, mais ce n’est pas tout. Il existe une médaille de
Lionel d'Este, seigneur de Ferrare, offrant dans son relief et son faire beaucoup
d'analogie avec le petit duc bourguignon, tête nue, le buste cuirassé. Elle est due à l'orfèvre, aurifex , comme il s'intitule, AMADIO DE MILAN. Il a travaillé à peu près en même temps que Pisanello. Au revers de la petite médaille du cabinet de l’Etat (Nouv. Acq.), se distingue un monogramme dont la lettre principale est un A.
Qui fut le restituteur de l’effigie du duc Jean ? Philippe-le-Bon, son fils, daigna-t-il s'enquérir de l'orfèvre milanais, comme Charles-le-Téméraire le fera d"un graveur de sceaux s'appelant Spinelli et
Spinel que l'on croit l'auteur des médailles du Grand
Bâtard de Bourgogne et du Dvx Karolvs Bvrgvndvs ?
ANTHONIVS. B. DE BVRGVN DI A
Le vaillant homme de guerre porte les cheveux tombanttout droit sur la figure et coupés au-dessus des sourcils.
Un diadème étroit, à petits grains relevés en bosse, ceint sa tête.
Le revers de la médaille est occupé par un engin de fortification : une hotte mobile en bois et en fer servant à protéger les embrasures par lesquelles on jetait sur les assaillants des matières enflammées. Autour de la hotte, des flammes et la légende :