II
et cette légende, je les retrouve sur une médaille faite en l'honneur du capitaine Pierre Plantanida. Elle reparaît au revers d'une médaille de Sigismond-Auguste, roi de Pologne, pour qui Etienne de Hollande travailla. Je relève incidemment que vers la fin du XVIe siècle, il y avait en fonctions, à la monnaie de Milan, un magistrat du nom de Gio. Giacomo Piantanida.
Le prototvpe de ces médailles au revers de la Foi, semble être la pièce du capitaine. En 1 5 5 9 , pour l'opposer au buste de Cecilia Veselar, fille du maître général de la monnaie d'Anvers, Etienne de Hollande imagine une figure de la Religion, que nous redonnera, presque sans changements en 1 5 6 1 , la médaille de la marquise de Northampton.
Cette même année 1 5 5g, Etienne fait le portrait du second mari de Cecilia, Floris Allewvn v. l'article que vient de publier sur la famille, le savant éditeur du Bulletin mensuel de numismatique, M. C. Serrure). Il le pose et 1 habille comme le fera un an après, Antoine van Montfoort van Blocklant, de Delft, un des bons élèves de Frans Floris.
C'est à des fonctionnaires anversois que sont consacrées ses deux autres médailles de 059: Hans Vanden Broeck, administrateur des hospices, et Pierre van Panhuis premier trésorier et échevin. Le revers normal de la tête de Vanden Broeck ne peut être que la Charité prodiguant ses soins à des enfants ( Cabinet de F Etat). — Je fais honneur également à Etienne de la délicieuse portraiture de Margareta a Calslagen, femme de Jean Polites, ou Burgher, greffier d’Anvers. Quant au buste de femme à la chevelure emperlée, au corsage déchiqueté et tout tressé d’or, c’est le hasard qui le joignit une fois à l'effigie de Hans Vanden Broeck. Bianca Pansana Carcania, la bella donna , a été modelée par Pietro- Paolo Galeotti, dit Pietro-Paolo Romano, au milieu du XVIe siècle (n° 20 de son œuvre dans les Médailleurs italiens de M. Alfred Armand).
Ces allégories sévères de la Religion et de la Foi, un séjour productif dans l'Angleterre d'Elisabeth, un voyage en Pologne où règne le protecteur de toutes les religions, Sigismond-Auguste, la médaille de Charles de Cocquiel, membre du consistoire de l’église luthérienne d’Anvers, tout cela réuni donne à croire que Stephanus a eu un faible pour la réforme. 1 5 6 1 est la date que porte aussi le grand médaillon au portrait de Thomas Therlaen, fait de trois quarts. Il y eut un peintre nommé Thierry Vander Laen, qui avait étudié chez Frans Floris.
L’artiste est maintenant en Pologne, i56i et i5Ô2 Il fait la médaille du roi,
deux fois de grand module, aux revers de la reine Catherine splendidement vêtue, et de l'aigle de Pologne entouré de foudres. Sur la coupure de la cuirasse, je lis STE, H. F. La médaille de moyen module a le buste royal et un cavalier habillé à l’antique avec cette légende, prise à la monnaie de Charles-Quint : Da mihi virtutem contra hostes tuos.
La tête de Sigismond-Auguste me paraît d’un caractère admirablement senti, accusé avec profondeur. Sa personnalité est frappante. Ces médailleurs flamands font en métal des portraits pourbusiens. Il était ainsi ce roi lent, indulgent, nonchalant.
Le duc d’Albe
comme l’appelle Lelewel dans son Histoire de Pologne. Le front se modèle large et haut; les yeux regardent grands, un peu à fleur de tête, placides, fatigués, sous l’arc surhaussé des sourcils ; le nez est assis sur de petites narines ; la rare moustache laisse à découvert la bouche d’un dessin juvénile et charmant. Le bronze, très clair, donne toute la morbidesse des chairs. Le dernier descendant mâle des Jagellons garde intacte sa curieuse personnalité : ni Antonio Moro, ni Frans Pourbus n’eussent mieux fait.
En Angleterre, Stephanus H. représente de profil Richard Martin et sa femme Dorcas Eglestone ; Marie Newce, femme de John Dimock ; le marquis et la marquise de Northampton. Il se rencontre encore une médaille de Thomas de Montrichier, datée de i 56 1. Les Anecdotes of painting in England, de George Virtue et Horace Walpole, nous entretiennent d’un statuaire, peintre et médailleur, signant Ste H. F. « ce qui signifie Stephens Hollandus ». Il y est appelé couramment le Hollandais Richard (?) Stephens, « au coloris digne de Holbein », exécute les statues sépulcrales du monument
Jean-Baptiste Houwaert
de Thomas Radcliffe, comte de Sussex, i 5 8 3 ; peint, entre autres personnages, John, lord Lumley, 1590, et modèle les médailles d’Anna Poins, mariée à Thomas Heneage, de Robert Dudley, comte de Leicester (??) ; du comte de Pembrokeet de sir Thomas Bodley.
A ce moment de notre histoire, l’art hollandais et l’art flamand continuent à ne faire qu’un. Depuis le commencement du siècle, on prenait exemple chez les peintres d'Italie, après avoir reçu dans un atelier flamand une solide instruction première. La connaissance approfondie du nu, les formules d’équilibre et de groupement, devaient servir merveilleusement dans la médaille qui n’est que bas-relief.
Dans le vaste médaillier de notre XVIe siècle, se présente ex abrupto, parmi les effigies bénignes ou redoutables des maîtres de ce monde, une forte figure rustique, aux petits yeux pétillants de gaieté et de malice. Légalement il s’appelle Jan Walravenz ; mais pour tout le monde, à Bruxelles et ailleurs en pays flamand, il est maistre Oomken, prince coronné des docteurs à quatre oreilles. Gomme prince, il a sa devise qui n’est qu’un jeu de mots, que je n’essaierai pas de traduire :