‹ L'art antique de la Perse; Achéménides, Parthes, SassanidesChapitre 16 sur 75 · Histoires, II · texte numérisé non relu

Histoires, II

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Ainsi se vérifierait la désignation de Gabre Madérè-Soleïman (tombeau de la mère de Salomon) donnée par les habitants à l'édifice de Méched-Mourgab. Le nom de Salomon, qui revient sans cesse dansleKoran, aurait été substitué à celui de Cyrus, inconnu du peuple. Cette identification légendaire, qui ferait de ce monument un tombeau de reine, est même si universellement adoptée dans le pays que les femmes, seules chargées de la garde de l’édicule transformé en sanctuaire, en interdisent rigoureusement l'entrée à tous les hommes.

Les traditions recueillies en Perse, il y a lieu de le remarquer à ce propos, ne sont pas toujours aussi erronées qu’on serait tenté de le supposer. Les noms propres sont presque toujours empruntés à l’antiquité fabuleuse, mais les légendes reposent sur un fond de vérité historique; en tout cas, on ne doit jamais les rejeter avant de les avoir soumises à un examen sérieux. C’est ainsi que les Persans désignent sous les noms de Takhtè-Djemchid (trônes de Djemchid), les palais de Persépolis; Nakhchè- Roustem (dessins de Roustem), prince de beaucoup postérieur à Djemchid, d’après les récits de Ferdousi, les sculptures sassanides; Kalaè-Darab (forts de Darius), des ouvrages défensifs élevés par les Achéménides; tombeaux des rois guèbres, les sépultures de Darius et de ses successeurs.

Al. Oppert avait fait remarquer, avant de connaître les plans de Gabre Madérè-Soleïman, que cet édicule ne pouvait être le monument funéraire de Cyrus, et avait proposé de l’identifier avec celui de Cassandane, femme de Cyrus, tous les tombeaux de femmes étant, au dire du savant assyriologue, uniformément couverts de dalles taillées en forme de toiture à deux égouts. Mes études, je m’en félicite, viennent confirmer de tous points les prévisions de Al. Oppert. Toutefois, les Perses ne pouvant être les inventeurs d’une forme de toiture qui reproduit un des types les mieux caractérisés des constructions en charpente, il resterait à décider si le roi fit exécuter, pour servir de tombeau à sa mère, un édifice à fronton, parce qu’il était déjà dans les usages d’ensevelir les femmes sous un tumulus prismatique, ou plutôt, si, après la construction du Gabre, on ne fit pas à son image tous les sarcophages des reines achéménides.

Malgré tous les détails fournis au sujet du tombeau à fronton de Méched- Mourgab, il peut paraître surprenant que l’on ait préparé une aussi mystérieuse retraite pour y ensevelir une reine. Les sentiments jaloux, qui accompagnent la femme même au delà de la mort, sont bien cependant dans le caractère iranien. On en trouve la trace dans les récits les plus anciens de l’histoire de Perse.

PREMIÈRE DYNASTIE ACHÉMÉNIDE. 5r

Après le massacre de Gaumata et avant d’élire le roi, quel engagement prennent les conjurés? Tous auront leur libre entrée au palais quand ils le voudront, sans se faire annoncer, à moins que le roi ne donne avec lune de ses femmes 1 ; et si plus tard l’un d’eux, Intapherne, veut, malgré les sentinelles, pénétrer dans le harem pour s’entretenir avec le roi, il est mis à mort, et aucun des cinq ne s’oppose à l’exécution, tant leur paraît sanglant l’outrage fait à Darius.

Mahomet, on ne doit pas l’oublier, quand il fit aux femmes une loi de cacher leur visage sous les plis d’une épaisse draperie, s’inspira d’une coutume adoptée en Perse bien avant sa venue 2 et qui depuis cette époque a toujours été suivie dans ce royaume d'une manière bien plus rigoureuse que dans tous les autres pays musulmans. Encore de nos jours, bien que la morale religieuse tende à se relâcher, il n’est pas de vieille mendiante qui ne soit ensevelie voilée : au moment de déposer le corps dans la terre, les parents les plus rapprochés prennent même la précaution de maintenir une tente autour de la fosse afin de dissimuler jusqu’à l’idée des formes féminines. Quant aux femmes du souverain ou des princes, elles sont enterrées la nuit, par les eunuques, dans la partie la plus reculée et la plus inaccessible de l’anderoun.

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