Hérodote, III
2. Strabon raconte qu’à la cour d’Ecbatane , sous le règne des rois mèdes, le visage des femmes était déjà absolument caché sous des voiles épais [Géographie, XI, ch. i3, § ix).
S vi
Discussion des formes des monuments de Méched-Mourgab. Les édifices de Méched-Mourgab n’ont aucune analogie avec les édifices assyriens et égyptiens. Ils procèdent des édifices gréco-ioniens et gréco-lyciens. Ils ont été élevés au Vf0 siècle avant notre ère. — Déductions relatives à la généalogie de Cvrus et de Darius. — Conclusion.
L’analyse détaillée des monuments de Méched-Mourgab permet de les classer en deux groupes distincts.
Les uns, comme le Takhte, le Gabre, le palais ruiné, peuvent être comparés à des édifices grecs; d’autres, tels que les tours funéraires, rappellent les constructions lyciennes. Dans aucun d’entre eux, ce point est essentiel à établir, ne se fait sentir l’influence de l’Assyrie ou de l’Égypte. Quelques savants, se fiant aux analogies fort hypothétiques signalées entre le Birs-Nimroud, lesZigourats gravés sur les bas-reliefs de Kouyoundjik et le soubassement de l’édicule perse, ont cru reconnaître dans le Gabre Madérè-Soleïman une réduction fidèle des temples à étages de l’Assyrie et de la Chaldée. M. Fergusson, le premier, je crois, a exposé cette théorie dans son Histoire générale de ï architecture . D’après cet auteur, les six étages du soubassement du Birs-Nimroud et le temple placé au sommet de l’édifice étaient disposés de telle sorte que la hauteur du naos supérieur équivalait à celle du soubassement et que les six étages de ce dernier étaient répartis en trois zones de hauteurs égales comprenant successivement : la première, le premier étage; la deuxième, le second et le troisième; et la dernière enfin, le quatrième, le cinquième et le sixième. M. Fergusson compare les six degrés du Gabre Madérè-Soleïman aux étages correspondants du Birs et l’édicule perse au naos du monument chaldéen; mais ce parallèle , alors même que la restitution proposée par l'architecte anglais se vérifierait (ce qui devient fort improbable depuis le déblaiement de la tour de Khorsabad), serait encore inexact. Il n’existe en effet aucun rapport simple entre les hauteurs des marches du Gabre (fig. 3 1 ) : s'il se fût agi d’un monument
PREMIÈRE DYNASTIE ACHÉMENIDE.
religieux élevé suivant les principes chaldéens, la loi des nombres, proposée par M. Fergusson, eût été rigoureusement observée.
Pourquoi d'ailleurs les Perses auraient-ils choisi comme modèle d’un tombeau qui devait être caché à tous les yeux un de ces temples à étages destinés à dominer les immenses plaines de la Chaldée et à signaler au loin les grandes capitales? Ce serait une anomalie bien étrange. En outre, il serait surprenant, si le Gabre était la copie d'un monument ninivite, exécuté par des ouvriers perses ou mèdes, que, dans l’édicule de Madérè-Soleïman, la porte, le fronton, la corniche, le dessin des bases des colonnes, l’appareil, rappelassent les monuments de la Grèce et de l'Ionie, et pas un profil, pas un détail des moulures, pas un ornement, la modénature des monuments retrouvés sur les rives du 'bigre et de l’Euphrate.
L’idée de construire sur une plate-forme artificielle ou sur des gradins les palais et les édifices est peut-être élamite ou chaldéenne, bien que les peuples de l’Asie Mineure aient fait, dès la plus haute antiquité, reposer leurs monuments funèbres sur de hauts soubassements 1 et que les Grecs eux-mêmes aient aimé à construire leurs temples sur des lieux élevés; mais de cette simple analogie on ne saurait déduire une théorie infirmant les preuves et les documents fournis par l’étude directe des monuments de la plaine du Polvar-Roud.
Le seul détail des ruines de Méched-Mourgab paraissant inspiré par l’art ninivite est le bas-relief représentant l’image de Cyrus. Cette exception est d’ailleurs plus apparente que réelle : il s’agit en effet d’un ornement artistique, et non d’un détail de construction. En outre, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il serait difficile de préciser, dans l’état où se trouve cette sculpture, si l’on ne doit même pas la rattacher aux écoles archaïques de l’Ionie et de la Grèce.
En résumé, on doit conclure de cet exposé que l’on ne rencontre, dans les monuments de Méched-Mourgab, ni les massifs en briques crues, ni les revêtements avec boutissesen délit, ni les nierions, ni les colonnes accouplées, éléments et ornements constitutifs de toute construction ninivite, ni même la grande gorge égyptienne; mais que l’on signale au contraire, dans chaque édifice, en dehors même des procédés de construction, un point saillant tel que les ciselures des pierres, les refends et bossages, le fronton, le talon renversé ou l’ornement denticulé des corniches, la base cannelée des colonnes, la forme des tours funéraires ayant des ana-
i. Texier, Mission en Asie Mineure , vol. III, pl. 168. — Charles Fellows, An Account of discoveries in Lycia, p. 128 et fig. 4, 6, 8.
L’Art antique de la Perse.
logies frappantes avec les motifs les plus usités de l'architecture gréco-ionienne ou lycienne, et que, par conséquent, l’art monumental de la plaine du Polvar-Roud a les plus étroites affinités avec ceux qui ont pris naissance et se sont développés sur les côtes de l’Asie Mineure.
Je n’ai pas parlé à dessein des fûts lisses des colonnes du Gabre et du temple ruiné, considérées jusqu’à ce jour comme originaires de l'Assyrie. J’aurai l'occasion de démontrer plus tard 1 que cette filiation est contestable : les supports isolés, très exceptionnellement utilisés dans les palais de Sargon, de Sinakherib ou de Nabuchodonosor, ont été importés à Ninive et à Babylone; ce n’est donc pas fortuitement, mais parce que le fût lisse ou à cannelures sans listel est la forme primitive de la colonne usitée chez les peuples asiatiques riverains de la Méditerranée, qu’on le retrouve à la fois sur les bords du Polvar et du Tigre.
Les monuments de Méched-Mourgab sont-ils les prototypes des édifices grécolyciens, ou bien les Perses ont-ils emprunté aux peuples établis sur les côtes de l’Asie Mineure leur architecture primitive? A quelle époque s’est produit cet échange d’idées? Telles sont les questions qui restent à examiner.
Antérieurement au règne de Cyrus, les Perses n’avaient jamais eu de relations directes et suivies avec les Grecs, les témoignages concordants de tous les auteurs en font foi2. Par conséquent, si la transmission des procédés techniques et des formes architecturales de l’un des deux peuples à l’autre s’est effectuée avant cette époque, elle n’a pu se produire que par propagation lente à travers les pays interposés entre la Grèce et le Fars; on devrait donc, dans ce cas, retrouver en Assyrie des monuments participant par leur style aux constructions perses ou helléniques les plus anciennes.
Lesfouilles entreprises à Kouyoundjikou à Khorsabad ont montré, au contraire, que la modénature et l’ornement ninivites, à part quelques ornements sculptés, n’ont rien de commun avec l’art monumental d’Athènes ou de Méched-Mourgab. La nation qui fut redevable à l’autre de ses procédés de construction ne réalisa donc cet emprunt que le jour où les Aryens du Sud et les Hellènes se rencontrèrent pour la première fois sur les champs de bataille de la Lydie.
D’un autre côté, comme on retrouve dans les temples de Ségeste et de Sélinonte, dans l’antique sanctuaire de Samos, construits avant la prise de Sardes,
1. Au chapitre consacré à l’étude des colonnes persépolitaines.