Notamment, Strabon, XV, ch. 3, § xxm
PREMIÈRE DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
tous les éléments caractéristiques, toutes les formes élémentaires des monuments de Méched-Mourgab et que le fronton du Gabre, ainsi que l'ornement denticulé de sa corniche, ne peuvent être nés dans un pays absolument privé de bois de construction, on a la preuve décisive que les Perses ont demandé aux Grecs Ioniens les secrets de l’art apporté dans la vallée du Polvar-Roud,
Après cet exposé, est-il nécessaire d'insister plus longtemps pour démontrer que l’architecture funéraire des Lyciens prit naissance dans les pays riches en forets où se conservèrent intactes les formes traditionnelles des tombeaux construits en bois, puis taillés dans la pierre, et ne devient-il pas évident que les tours de Méched-Mourgab et de Nakhchè-Roustem, dont la forme et les détails présentent avec les tombes de Myra, d’Antiphellus, des analogies indiscutables, ne sont point originaires du Fars, pays absolument privé de bois ‘, mais de la Lycie ?
Ainsi donc, et c’était le résultat le plus important à constater, les tombeaux et les palais de Madérè-Soleïman n’étaient pas des conceptions originales ou les copies de monuments élevés dans les pays limitrophes du Fars, mais reproduisaient, en les adaptant aux coutumes des Aryens, des édifices existant antérieurement à l’avènement de Cyrus dans l'Ionie et la Lycie.
L’archaïsme des formes grecques transportées à Méched-Mourgab et ce mélange encore mal soudé des détails d’architecture propres à l’Asie Mineure et à la Hellade déterminent, en dehors de toute considération étrangère, l’âge et l’origine des monuments de la plaine du Polvar.
Le Gabre Madérè-Soleïman surtout, avec son entablement rudimentaire, ses colonnes à base cannelée ou cylindrique, semble, à cause même de son aspect archaïque, particulièrement intéressant.
J'ai déjà fait observer que, sauf les ornements de la tiare de Cyrus empruntés plus probablement à la Phénicie qu’à l’Égypte, on ne retrouvait à Méched-Mourgab aucun détail rappelant l’art des Pharaons; les éléments égyptiens abondent au contraire à Persépolis dans les palais construits après la conquête de l’Égypte.
Antérieures à l’expédition de Cambyse, postérieures à l’érection des temples de Ségeste et de Sélinonte, les constructions perses de Madérè-Soleïman sont en conséquence des œuvres remontant toutes au VF siècle avant notre ère. Cette
i. J’établirai sur des documents irrécusables, au commencement de la deuxième partie de cet ouvrage, que les arbres n’ont jamais pu pousser ni prospérer en Perse à l’état sauvage, et que les très rares bouquets que l’on rencontre auprès des villages disparaîtraient si l’on cessait un seul été de les arroser.
date se lit sur leurs pierres, sur leurs colonnes, sur leurs ornements, sur les membres les plus essentiels comme sur les détails les plus intimes de leur architecture.
Enfin, et cette dernière remarque me paraît d’un haut intérêt, de même que toutes les inscriptions achéménides de Darius et de ses successeurs, le texte trilingue gravé au-dessus du portrait de Cyrus est transcrit en perse, en médique et en assyrien.
La langue de Ninive était donc officiellement parlée à la cour de Perse au moment de la construction du palais de Méched-Mourgab, et cela sans doute parce que le roi de Perse qui l’a fait bâtir comptait déjà les Babyloniens au nombre de ses sujets. Il semblerait donc résulter de ce fait que la construction des palais a suivi la défaite de Nabouhanid.
Le roi dont le nom se trouve inscrit sur les piliers du palais est donc bien le grand Cyrus, et non Cyrus le Jeune, comme on aurait pu le supposer. Il est par cela % même établi que le vainqueur d’Astyage descendait d’Achéménès au même titre que Darius, et qu’il pouvait se faire gloire, comme le fils d’Hystaspe, de sa double qualité de Perse fils de Perses, et d’Aryen fils d’Aryens '.
Grâce aux traductions données par AL Pinches et M. Rawlinson d’une tablette et d’un cylindre retrouvés à Babylone, nous savons de la manière la plus certaine que Cyrus, fils de Cambyse, petit-fils de Cyrus 1er, était arrière-petit-fils d’un roi d’Ansan, nommé Téïspèsi. 2, et paraissait par conséquent avoir ce dernier ancêtre commun avec Darius. L’analyse des monuments de la plaine du Polvar confirme pleinement ces résultats, puisqu’elle me permet, en m’appuyant sur des documents dont je crois avoir prouvé l’authenticité, de rétablir Achéménès en tête des aïeux de Cyrus 3.
On peut désormais, en se basant sur des documents scientifiques, recomposer
i. Darius, dans son testament, prend cette double qualification. — Oppert, les Inscriptions des Achéménides.
i. Voir à ce sujet la tablette de Cyrus, traduite par M. Pinches ( Transactions of the Society of Biblical Arclieology , vol. VII, part. 1, 18S0, p. 1 3o— 1 76, colonne 11, revers, lignes 20 et 21).
« Je suis Cyrus, roi des légions, roi grand, roi puissant, roi de Babylone, roi des pays de Soumir et d’Acad, roi des quatre régions, fils de Cambyse , roi grand, roi de la ville d’Ansan, petit-fils de Cyrus, roi grand, roi de la ville d’Ansan, arrière-petit-fils de Té'ispès, roi grand, roi de la ville d’Ansan. »
3. Hérodote (III, y b) raconte que Prexaspe, au moment de l’exécution du faux Smerdis, monta sur une tour pour ameuter le peuple et commença par Achéménès la généalogie paternelle de Cyrus. Cette affirmation d’un auteur aussi sérieux que l’était l’historien grec établissait déjà une forte présomption en faveur des origines de Cyrus.
PREMIERE DYNASTIE ACHEMÉNIDE.
ainsi qu'il suit la généalogie des deux branches Achéménides qui arrivèrent au trône.
Achéménès, roi de Perse l.
Téïspès, roi de Perse2 et d’Ansan K
Ariaramnès, roi de Perse*.
Arsamès, roi de Perse s.
Hystaspe, gouverneur de la Perse sous Cyrus 6.
Darius s.
Cyrus l’Ancien, roi d’Ansan >.
Cambyse Ier, roi d’Ansan >.
Cyrus le Grand, roi de Perse g d’Ansan 7 et de Médie.
Cambyse II , id.
L’histoire de Cyrus et de ses ancêtres telle qu’elle nous est racontée par les historiens grecs et les inscriptions cunéiformes est en parfait accord avec les faits observés ou décrits9. Voici, je crois, comment il convient de rétablir cette histoire : En 6e5 avant notre ère, Cyaxare, souverain de la Médie et suzerain de la Perse,
1. Hérodote (I, 1 a 5 , et III, jb). Quand Prexaspe fait, sur l’ordre de Darius et des conjurés, le récit de la mort de Smerdis, il place à la tête des ancêtres paternels de Cyrus Achéménès.
( VII ,11.) Dans le discours adressé par Xerxès à son oncle Artaban , qui essaye de le détourner d’entreprendre la guerre contre les Grecs, le roi s’exprime ainsi :
« Tu resteras avec les femmes à Suze, et moi, sans ta participation, j’accomplirai tout ce que j’ai promis. Je ne serais pas fils de Darius, fils d' Hystaspe, fils d'Arsam, fils d' Ariaramne, fils de Téïspès, fils de Cyrus, fils de Cambyse, fils d’ Achéménès, si je renonçais à punir les Athéniens. »
Cette généalogie est absolument conforme à celle que donne Darius dans l’inscription de Bisoutoun (Oppert, le Peuple et la Langue des Perses ).
Et Darius, le roi, dit : « Mon père à moi fut Hystaspe, et le père d’Hystaspe fut Arsame, et le père d’Arsame fût Ariaramne, et le père d’Ariaramne fut Téïspès, et le père de Téïspès fut Achéménès. »
Les noms de Cyrus et de Cambyse auraient été ajoutés emphatiquement par Xerxès à la liste de ses ascendants directs, parce que, dans la pompeuse énumération de ses ancêtres, il ne pouvait oublier le plus célèbre et le plus grand d’entre eux.